Les Lulus vraiment dans le bain de la Grande Guerre

    La guerre des Lulus, tome 2 : Hans, Régis Hautière (scénario), Hardoc (dessin). Editions Casterman, 64 pages, 13,50 euros.

    Six mois après avoir été “oubliés” lors de l’évacuation de leur orphelinat, dans l’Aisne, fuyant l’offensive allemande de l’été 1914, Ludwig, Lucien, Lucas et Luigi se sont installés dans leur nouvelle vie sauvage dans la forêt. Et, de même que les Trois mousquetaires étaient quatre, les quatre “Lulus” étaient cinq dans la deuxième partie du premier album, fin 1914, avec l’arrivée de la jeune Luce. Et même six, à la toute fin, après la rencontre impromptue… avec un soldat allemand.

    Désormais, en ce début d’année 1915, tandis que le pays s’est installé dans la guerre, les enfants livrés à eux-mêmes restent cachés derrière la ligne de front allemande. Leur prisonnier, Hans, est en fait un déserteur hanté par les combats et songeant surtout à retrouver sa jeune femme enceinte. Bientôt, une belle amitié se nouera entre le soldat allemand, qui leur fera bénéficier de son talent à améliorer leur cabane, et les enfants. Avec l’arrivée du printemps, la vie et l’insouciance enfantine semblent même reprendre leur cours, entre jeux, anniversaire de Luce et partie de pêche. Une parenthèse enchantée très provisoire… jusqu’à ce que le conflit se rappelle tragiquement à eux – dans une ironie noire et absurde – les ramenant tous à l’enfer de la Grande Guerre.

    Le personnage de Hans est particulièrement soigné. Loin de tout manichéisme, il devient l’élément central de cet épisode, belle illustration de fraternité et d’humanisme. Hardoc affirme son style, semi-réaliste, réalisant de magnifiques planches sylvestres, très bien mises en couleurs. Il se montre aussi particulièrement inspiré dans les deux planches sur l’évocation fantasmatique de la guerre vue par les yeux d’Hans.

    Moins drôle, moins porté sur les bons mots et moins centré sur les personnages (désormais bien campés et connus), le ton de ce deuxième album se fait plus tendre, voire même bucolique dans la partie “printanière”, avant de trouver une gravité tragique dans sa deuxième partie, prélude aux nouveaux dangers qui vont menacer les enfants dans le prochain épisode (qui se dévoile en deux planches en postface). Un troisième tome qui devrait – à en croire la couverture de cet opus “1916” qui devrait les ramener vers la “civilisation” et le Familistère de Guise. Une profondeur dans le propos qui renforce l’intérêt et fait franchir un palier à cette série, encore à mi-parcours.

    A noter, en fin d’album, quatre jolies pages du “supplément illustré” des Lulus, daté du 27 février 1916, avec un beau dessin de David François, une petite “facétie” d’Arnaud Poitevin, quelques croquis d’Hardoc et des portraits des héros dessinés par Damien Cuvillier et Cédric Lebihan.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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