L’œuf ou la poule ?

    Et à part ça, quoi de neuf ? (Kate Ter Haar sous CC)
    Et à part ça, quoi de neuf ? (Kate Ter Haar sous CC)

    C’est un débat aussi vieux – et aussi insoluble – que celui de la poule et de l’œuf : faut-il commencer un procès d’assises par l’examen de la personnalité de l’accusé ou par l’étude des faits ? Autrement dit : doit-on d’abord savoir qui l’on juge ou ce que l’on juge ?

    Actuellement, bien que le code de procédure n’impose rien en la matière, la mode est plutôt à la première option.

    Le problème, c’est qu’à son inauguration, un procès d’assises ressemble toujours à une éternité. Qu’il soit audiencé sur trois, dix ou quinze jours, on est pris de vertige devant ce laps de temps. « Ils ont compté trop large », entend-on communément. Alors on s’étale sur la vie sexuelle du mis en cause (quand bien même il comparaît pour vol), on ergote sur la date de son dépucelage, on s’étripe sur cette moyenne de 5 en sciences naturelles durant son année de Quatrième comme si son bulletin scolaire au collège Jean-Zay devait expliquer qu’il devînt assassin vingt ans plus tard.

    Et puis, d’un coup, c’est comme un réveil qui sonne trop tôt aux oreilles d’un noceur couché trop tard. Mince ! Plus que deux jours ! Et on doit encore entendre les policiers, les légistes, l’expert en balistique ! Et puis tiens, cet accusé qui se la coule douce depuis une semaine, il serait peut-être temps de lui demander ce qu’il a fait, et pourquoi ? Tant qu’on y est, avant de laisser place aux avocats (que l’on priera de ne pas faire trop long), on pensera aussi à donner la parole aux victimes !

    Dans l’actualité judiciaire picarde, ces dernières semaines, on a ainsi connu un procès – celui du règlement de comptes d’Etouvie – où l’on navigua à vue sans savoir qui, parmi les sept accusés, niait, reconnaissait en partie ou avouait tout.

    A Laon, au contraire, si l’on commença bien par la personnalité des deux femmes accusées de tentative d’assassinat, elle fut comprimée par un plan d’audience strict, comme une marmotte entre les serres d’un aigle. Et puis la flamboyante et rigoureuse présidente Karas (ces deux qualités peuvent se faire femme en d’heureux cas ; chez un homme, jamais : c’est fromage ou dessert) eut la bonne idée, dès la première matinée, de poser cette question certes vieux jeu mais cruciale : « Reconnaissez-vous les faits qui vous sont reprochés ? »

    Mine de rien, on y voit plus clair…

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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