Mattéo, l’effronté populaire

    Mattéo, tome 3 : août 1936, Jean-Pierre Gibrat, éditions Futuropolis, 80 pages, 17 euros.

    Rescapé des tranchées, revenu désabusé de son séjour en Russie révolutionnaire, et amnistié de sa condamnation au bagne, c’est un Mattéo désengagé que l’on retrouve ici, près de quinze après, à l’été 1936. Avec son ami aveugle et toujours communiste Paulin, Amélie, une jolie infirmière et son amant Augustin, journaliste radical-socialiste, il retrouve la côte pyrénéenne de sa jeunesse. La bande de Parisiens découvrant les charmes de Collioure, le  temps de deux semaines de congés payés. Pour Mattéo, c’est l’occasion de renouer des liens un peu compliqués avec son passé. Avec sa mère, toujours là et avec son fichu caractère ; avec Juliette, surtout, son premier – et seul amour. Désormais veuve et mère célibataire, elle tente d’élever son fils, Louis, bientôt adulte et à l’attitude de “petit con”, legs de la famille bourgeoise  ennoblie de son défunt père. Ce ne sera pas la seule découverte pour Mattéo, alors que les nuages s’amoncellent de l’autre côté des Pyrénées…

    Devenu totalement indifférent à l’actualité (sinon sportive du Tour de France), Mattéo va se retrouver une fois encore, un peu malgré lui, embarqué par le tumulte guerrier du moment, du côté de l’Espagne cette fois… Une autre forme de retour aux sources pour le fils d’anarchiste espagnol, et la promesse, peut-être  de nouvelles aventures sur fond de guerre contre le franquisme, dans le quatrième tome (sur les cinq annoncés).

    Amélie, un nouveau personnage féminin, ici entre Mattéo et Augustin

    Toujours aussi magnifiquement dessinée et mise en couleurs, à l’aquarelle, cette chronique fait revivre avec chaleur et subtilité cette parenthèse (en partie) enchantée du Front populaire. A travers son petit groupe de personnages (qui incarne chacun une des familles de la gauche) et des dialogues enlevés,  Gibrat parvient à restituer en effet fort bien l’ambiance et le climat politique de l’époque, entre le débat sur la non-intervention en Espagne, le spectre du complot d’extrême droite de la Cagoule et l’hostilité – moins connue – des bourgeois face aux congés payés. Seul petit reproche graphique (qui n’en n’est pas vraiment un, cela relevant, aussi, de la licence poétique…), l’incapacité de Jean-Pierre Gibrat à faire vieillir ou enlaidir son héroïne. Juliette est toujours aussi fraîche et belle qu’à ses vingts ans, deux albums plus tôt. Mais la sublime beauté et délicatesse de ses personnages féminins – et leur incontestable air de famille – est aussi la marque de fabrique de Gibrat !

     

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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