Mieux vaut Plutarque que jamais pour Blake et Mortimer

    baton-plutarque_couvLes aventures de Blake et Mortimer, tome 23: Le bâton de Plutarque, Yves Sente (scénario), André Juillard (dessin). Editions Dargaud, 64 pages, 15,95 euros.

    Même sans être adepte absolu d’Edgard P.Jacobs ou fan de la poursuite de sa franchise phare, ce nouvel album de Blake et Mortimer interpelle forcément, en se proposant rien moins que de raconter les événements qui vont amener au Secret de l’Espadon, la trilogie fondatrice (et mythique) de la série.

    Avant la troisième, place donc déjà à la Seconde Guerre mondiale, où nos deux héros vont avoir à mener leur première mission ensemble… Par suite d’une succession de hasards (qui visent, aussi, à faire entrer progressivement cette préquelle dans l’univers déjà bien balisé de l’oeuvre de Jacobs)…

    Le capitaine Blake, pilote de la Royal Navy, parvient à déjouer une attaque suicide sur Londres en se mettant aux commandes d’un prototype d’avion supersonique, le Golden Rocket. Un exploit qui lui vaut d’être remarqué par le MI 6, qui va lui confier une lourde mission… d’autant que le pilote initialement prévu est malencontreusement décédé après avoir reçu sur la tête une rouge d’atterrissage de l’avion allemand détruit par Blake ! Emmené dans la base secrète de Scaw-Fell, noyée sous la brume du nord de l’Angleterre, il y retrouve le professeur Mortimer, son ami d’enfance d’un été mémorable à Simla (sarcophages 6e), engagé à trouver les armes capables de résister à la nouvelle menace encore secrète qui pointe, celle de “l’empire jaune” de l’empereur Basam-Damdu. En attendant, Blake et Mortimer sont mobilisés pour une manoeuvre d’intox de grande envergure, qui va les emmener jusqu’à une autre base secrète, à Gibraltar. Entretemps, ils auront aussi croisé un étrange spécialiste en langues slaves (le colonel Olrik !) et devront démasquer les espions qui risquent de mettre en péril toute l’opération.

    L'arrivée d'Olrik.
    L’arrivée d’Olrik.

    Le plaisir, ici, est avant tout intellectuel et référentiel. Tout le pari pour Yves Sente et André Juillard, dans cette préquelle, était de “combler les trous” de la trilogie et d’arriver à poser des jalons crédibles pour que ce nouvel album parvienne à se glisser juste avant les trois premiers (un peu à la manière des “premiers” films de Star Wars, tournés trente ans après la seconde époque). Les deux auteurs y parviennent plutôt très bien, en remettant en perspective les personnages et les éléments de la future intrigue (en donnant, par exemple, l’origine de la venue de Blake chez sa logeuse, Mme Benson, au 99, bis Park Lane ou une explication plausible à l’explosion qui ravagera la base de Scaw-Fell en 1946). Petit plaisir supplémentaire, Sente livre quelques détails sur la vie passée (et totalement ignorée jusqu’ici) du colonel Olrik, qui aurait été un ancien militaire hongrois, ayant fui son pays par hostilité au régime pro-nazis. L’autre intérêt périphérique à l’histoire en elle-même, est l’évocation de l’importance de la guerre psychologique, faite d’espionnage et de contre-espionnage, livrée pendant la Deuxième Guerre mondiale entre Alliés et forces de l’Axe et les explications sur deux méthodes de cryptage antiques, dont celle qui donne le titre à l’album.

    Sente et Juillard offrent donc là une étonnante nouvelle jeunesse à leurs héros, dans un style “ligne claire” et un rythme qui se calquent fort bien à l’ambiance de l’oeuvre de Jacobs. De quoi faire un peu oublier un récit principal plutôt léger, pour ne pas dire un peu faiblard. Mais on a ensuite les trois tomes de l’Espadon pour se rattraper !

    Baton plutarque_planche

     

     

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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