Notre Mère la Guerre, Chroniques : devoir d’Histoires à Verdun

    Retour (en texte et en images – galerie à la fin de l’article) sur le lancement officiel de Notre Mère la Guerre, Chroniques, l’ouvrage co-édité par Futuropolis et les éditions amiénoises de La Gouttière, ce jeudi à Verdun. Dans le cadre d’une opération de la Mission du centenaire 14-18.

    Lors de la présentation de l'album, de gauche à droite: Damien Cuvillier, Hardoc, Maël, Pascal Mériaux, Kris et Vincent Bailly
    Lors de la présentation de l’album, de gauche à droite: Damien Cuvillier, Hardoc, Maël, Pascal Mériaux, Kris et Vincent Bailly

    C’est la deuxième grosse opération du centenaire de 14-18 en matière de bande dessinée, toujours pilotée par l’association amiénoise On a marché sur la bulle, référent de la Mission du centenaire en matière de 9e art.

    Après l’installation de la fresque de Joe Sacco dans le métro parisien cet été, voilà la labellisation de l’album Notre Mère la Guerre, chroniques, épilogue de la série éponyme de Kris et Maël. Une reconnaissance officielle qui a du sens, tant cette série, derrière un habillage de roman policier est devenue, après Tardi, une référence sur la Grande Guerre en BD, évocant et interrogeant le conflit sous bien des aspects.
    Et cet ultime volume – prolongement sur les sources et références qui ont nourri l’oeuvre – peut servir de jolie porte d’entrée vers cet univers fictionnel mais aussi déclencher un intérêt renouvelé envers la mémoire et les oeuvres initiées par la Première Guerre mondiale. Le lancement officiel de l’ouvrage, ce jeudi 20 novembre à Verdun avait également tout son sens. Symbolique et artistique.

    Cohérence avec la mémoire nationale, d’abord, puisque Verdun sera l’épicentre de la commémoration du centenaire désormais (même si la Somme aura tout son rôle, dans la dimension internationale du conflit, avec la bataille de la Somme, en 2016).

    Cohérence de suivi aussi, puisqu’On a marché sur la bulle a aussi présenté l’exposition Cicatrices de Guerre(s) dans la sous-préfecture de la Meuse voilà quelques années.

    Cohérence éditoriale ensuite, puisque ces Chroniques débutent et s’achèvent par deux voyages de Kris à Verdun. Mais cohérence plus profonde et intime surtout. Car c’est à Verdun que tout a commencé. Un choc d’adolescence, pour un jeune ado breton qui a lentement cheminé dans l’esprit du scénariste pour aboutir à Notre Mère la Guerre, nourrie d’une quinzaine d’années de recherches documentaires et de lectures.

    Ce « retour aux sources » légitime s’est déroulé en deux temps ce jeudi 20 novembre.

    « La BD a toute sa place comme outil de transmission »

    Chroniques Notre mère la Guerre_couvEn présence de Joseph Zimet, président de la Mission du centenaire 14-18, des autorités locales, des éditeurs, des auteurs et de collégiens, une présentation de l’album a été faite au Centre mondial de la Paix.
    Si le maire de Verdun n’a pas brillé par son implication dans son discours (en remerciant notamment « l’association Futuropolis »), le sous-préfet a fait montre de plus d’intérêt pour l’album et sa démarche. Et Joseph Zimet a bien su restituer toute la dimension du projet, en saluant la « belle rencontre entre la Mission du centenaire et Pascal Mériaux, directeur d’On a marché sur la bulle » et en soulignant l’intérêt d’associer la bande dessinée aux commémorations : « La bande dessinée a toute sa place comme outil de transmission majeure, comme les autres genres de créations artistiques ». Il a aussi souligné la « nouvelle écriture de la Grande Guerre par la bande dessinée », son aspect de « laboratoire de créativité mémorielle ». S’agissant plus précisément de l’album du jour, le président de la Mission centenaire a salué un livre « emblématique du choc pédagogique que la Mission cherche à enclencher et faire partager ».

    Une oeuvre collective évoquée collectivement

    Ces différents aspects ont pu ensuite être développé, de façon pertinente par les auteurs de cette oeuvre collective, les Picards Hardoc et Damien Cuvillier, mais aussi Vincent Bailly, le Lorrain, Edith (résidant au Havre). Seul Jeff Pourquié n’avait pu être présent.
    « Ce n’est pas un récit de plus, mais un pas de côté, pour rendre hommage aux personnes qui nous ont inspiré, a expliqué en introduction Kris, insistant sur la volonté de donner une « dimension collective à l’album ». Maël, le dessinateur a poursuivi en soulignant combien les personnages avaient été le « moteur de création » de la série, mais aussi de la difficulté de conserver un « rapport de création qui ne soit pas seulement la transcription de la réalité historique ».

    Les personnages redessinés par Maël: à gauche Louis Barthas, à côté, assis, Charles Péguy. A droite, Gabriel Chevallier. Devant, Kris... à 14 ans.
    Les personnages redessinés par Maël: à gauche Louis Barthas, à côté, assis, Charles Péguy. A droite, Gabriel Chevallier. Devant, Kris… à 14 ans.

    Cette rencontre a aussi permis de découvrir que « tout est parti du livre de Louis Barthas », la colère d’un soldat qui n’aimait pas la guerre mais la fit pendant cinq ans, l’idée des jeunes ados délinquants mobilisés en première ligne. « Et je voulais, a précisé Kris, que ce soit Hardoc qui dessine ce chapitre, car La Guerre des Lulus est une série soeur de Notre Mère la Guerre, en faisant, elle aussi, un pas de côté par rapport au conflit. »
    Autre « making of » intéressant, la genèse du dernier chapitre de l’album, co-scénarisé avec des étudiants du DU BD de l’Université de Picardie: « Alors que j’enseignais dans le cadre du DU, j’étais dans le truc de mes enfants soldats et je faisais face à des jeunes de 20 ans, du même âge que mes héros. L’idée est venue comme cela, je leur ait dit: imaginez que vous êtes le 11 novembre 1918, que vous sortez de la Guerre, qu’est-ce qui se passe ? Vous avez 4 heures pour me faire un scénario ! Au final, cela fait neuf fois une page dans l’album. »
    L’autre grande source d’inspiration de la série aura été Gabriel Chevallier (surtout connu pour avoir été l’auteur de Clochemerle), dont « La Peur est l’un des plus grands romans sur la Grande Guerre » a insisté Kris. A cette évocation du « soldat Lambda », s’ajoute, avec le chapitre consacré à la mort de Charles Péguy, celle du « soldat d’exception ». Un personnage dont certains aspects auront nourri la création du personnage du gendarme catholique et patriote de Notre Mère la guerre.  Et après une visite de l’exposition  “Que reste-t-il de la Grande Guerre” et une séance de dédicaces, c’est un autre soldat d’exception qui allait occuper l’après-midi.

    Là ou tout a commencé

    Le bois des Caures dans l'album.
    Le bois des Caures dans l’album.
    Le bois des Caures, aujourd'hui
    Le bois des Caures, aujourd’hui

    Dans un second temps, plus encore sur le terrain, la délégation officielle et les auteurs se sont rendus sur les lieux du premier fait d’armes de la bataille de Verdun, au bois des Caures. Là, où, le 21 février 2016, malgré un bombardement intensif labourant la terre, quelques chasseurs à pied sous le commandement du colonel Driant (d’origine picarde !) se sont relevés de terre, freinant l’offensive qui balayait les lignes françaises et permettant, par leur sacrifice, à l’armée française de se réorganiser et de « sauver Verdun ».

    Emotion palpable de se retrouver à la fois dans un haut lieu de l’Histoire de la Première guerre mondiale… et dans l’histoire de l’album, puisqu’une case illustre justement la venue de Kris devant le PC de commandement Driant devenu mémorial du site.

    Une telle visite, conclue par celle de l’ossuaire monumental de Douamont – devant le cimetière tout aussi vertigineux de croix blanches), a pu permettre de restituer toute l’intensité de cette effroyable bataille. Nul doute que ces Chroniques vont trouver leur place sur les rayonnages du secteur BD (bien fourni) du Centre mondial de la Paix de Verdun.

    LA JOURNEE EN IMAGES

    (cliquer sur la photo pour lancer la galerie… normalement)

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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