Noirs desseins à Angoulême

    Journaliste “blacklisté”, mode d’attribution du grand prix modifié, changement de sponsor, modifications dans l’organisation. A deux jours de son ouverture, le 40e Festival d’Angoulême est en “ébullition” – comme le titre l’Agence France presse… Mais pas forcément toujours de la façon souhaitée.

    C’est la dernière affaire en date. Les critiques de BD se sont élevés contre les mesures de rétorsion prises à l’encontre d’un des leurs, qui s’est vu refusé son accréditation, pour des articles apparemment trop acides…

    Le nouveau logo de cette édition ?

    Un communiqué de l’Association des critiques de bande dessinée (ACBD)a mis, cet après-midi, sur la place publique un sujet qui bruissait depuis quelques jours de façon plus confidentielle. Dans ce texte l’ACBD s’élève contre le fait que “certains collaborateurs de supports d’information, dont le suivi de l’univers de la bande dessinée est patent et reconnu, se voient refuser l’accréditation obligatoire pour travailler dans de bonnes conditions à Angoulême pendant le festival“.

     Un journaliste “blacklisté” : choquant

    En fait, ce communiqué sybillin – et qui ne nomme personne – concerne Didier Pasamonik, entre autre journaliste au magazine Zoo et éditeur adjoint d’ActuaBD.com – un des meilleurs sites d’informations sur la bande dessinée. Un des très bons spécialistes du 9e art aux articles souvent très bien informés et au ton effectivement très indépendant. On peut lire, ainsi, son pré-papier sur le Festival ou sa récente analyse des “bouleversements de la 40e édition” du Festival d’Angoulême (voir aussi plus bas).

    Didier Pasamonik, ici lors du festival d'Amiens, en juin 2012.

    Celui-ci s’est ému, sur la page facebook et sur le site ActuaBD.com, de ce “blacklistage”. Une décision assumée par la direction du festival d’Angoulême, ainsi que le décrit un autre bon connaisseur du milieu, le journaliste d’auracan Manuel F.Picaud sur son propre blog. Si elle n’empêche en effet pas Didier Pasamonik de se rendre sur place pour faire son métier, cette mesure discriminatoire (difficile en effet de la justifier par le manque de crédibilité ou de productivité journalistique de l’auteur dans le petit monde de la BD !) tient de la vexation pour le moins mesquine.  Et, symboliquement, elle est choquante dans la manière dont une grande manifestation entend – ou donne l’impression de vouloir – “sélectionner” ses interlocuteurs journalistiques.

    Si elle commence à faire le buzz sur les réseaux sociaux, cette affaire n’atteindra certes pas le grand public, mais elle fait tâche à deux jours de l’ouverture de cette 40e édition d’Angoulême. Cela d’autant plus que cette péripétie déboule dans un cadre déjà bouleversé, dans un autre genre, au changement de mode de désignation du lauréat du Grand prix du Festival. Là encore, cela a tout de l’émotion “microcosmique”, mais est de nature à provoquer un vrai malaise…

    L’incompréhensible nouveau vote du Grand Prix

    Pour la première fois, en effet, ce prix (qui salue un créateur du 9e art pour l’ensemble de son oeuvre) sera non plus désigné par l’académie des grands prix (à la bonne franquette), mais choisi parmi 16 noms pré-sélectionnés (par un comité à la composition assez mystérieuse), qui, seuls seront soumis au suffrage des auteurs (dessinateurs, scénaristes, coloristes) présents durant la manifestation. Au terme de ce vote, le 2 février, l’Académie des Grands Prix choisira le nom parmi les trois à avoir obtenu le plus de voix. Et le lauréat sera proclamé, comme d’habitude, lors de la clôture du festival, le 3 février.

    En soi, les 16 auteurs sélectionnés pour ce Grand Prix 2013 n’ont rien de scandaleux. Tout au contraire. On notera, aussi, qu’à côté de grands dessinateurs ou de grands auteurs “complets” (Cosey, Nicolas de Crécy, Hermann, Manu Larcenet, Lorenzo Matotti, Katsuhiro Otomo, Marjane Satrapi, Joann Sfar, Posy Simmonds, Jirô Taniguchi, Akira Toriyama, Chris Ware ou – plus bizarre, nonobstant son grand talent de dessinateur de presse – Willem) y figurent un trio de scénaristes de renom : Pierre Christin, Alan Moore et Jean Van Hamme… Les années passées, la “polémique” récurrente portait généralement sur l’absence récurrentes de scénaristes dans une Académie trustée par les dessinateurs…

    Bref, si le tableau des postulants est tout à fait légitime, ce brusque changement des règles a créé la surprise. Et le Festival n’a pas non plus vraiment apporté de réponse vraiment convaincante sur sa justification. En attendant le verdict, certains auteurs ont déjà commencé d’y mettre du leur sur un ton humoristique, à l’image de Larcenet, faisant campagne… pour Cosey.

    La grande (re)distribution des sponsors…

    Dernier aspect du malaise ambiant, la valse des sponsors. Longtemps partenaire des Centres Leclerc, le Festival s’était associé, depuis 2007, avec la FNAC (d’où des étalages particulièrement choisis en BD autour de la sélection officielle en janvier dans ses magasins ces dernières années). En décembre dernier, on apprenait que ce partenariat-là cessait. L’enseigne culturelle – pas très en forme financièrement – se retirant et étant remplacée par Cultura. On reste, certes, dans l’univers “culturel” (dans le nom au moins, Cultura n’étant pas franchement connu pour sa spécialisation de ses raysons BD) et à une forme de “grande distribution” (Cultura faisant partie de la galaxie Mulliez, d’Auchan). Mais, au moins, Michel-Edouard Leclerc était-il un vrai fan de BD. Et il avait d’ailleurs très mal vécu son éviction de 2007.

    Brouillage supplémentaire, la FNAC lance, de son côté, “son” «Prix de la BD Fnac». Décerné fin avril à Paris, mais dont le vote des adhérents a été ouvert… ce 28 janvier, juste avant Angoulême (avec une trentaine de titres de “coups de coeurs” des libraires fnac) !

    … avant celle des organisateurs

    Enfin, côté organisation de l’événement aussi, ça bouge. Le directeur artistique du Festival depuis 2003, Benoît Mouchart, rejoindra en mars Casterman comme directeur éditorial BD et le président de l’association a annoncé son intention de “rebattre les cartes” et de lancer un nouvel appel d’offres pour trouver un organisateur opérationnel du Festival.

    Avec tout ça, on en oublierait presque le contenu artistique et éditorial de cette nouvelle édition. On en reparle vite…

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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