Procès de Luc Leclerc pour le meutre de sa femme en juin 2014 à St Quentin (02)

    Samedi 24 septembre 2016

    Chronique d’une catastrophe annoncée

    Meurtrier d’Amandine en 2014, Luc Leclerc avait tenté d’assassiner une proche 20 ans plus tôt.

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    La mère d’Amandine, deuxième en partant de la gauche, avec d’autres proches de la victime, dont le père de son premier enfant.

    La première journée des débats, hier à Laon, a été largement consacrée à la personnalité de Luc Leclerc, 54 ans, accusé du meurtre de sa femme Amandine, de 22 ans sa cadette, dans la nuit du 26 au 27 juin 2014, rue d’Alger à Saint-Quentin.

    Leclerc n’était Axonais que depuis 2004. Auparavant, sa biographie s’écrit dans la Marne, où ses parents sont d’aisés viticulteurs. Luc Leclerc est le petit dernier. Sa mère « lui dit oui à tout », selon ses sœurs. Jusqu’au bout, elle lui versera 1000 à 4000 euros tous les mois. Il fait son service au Liban, travaille pour une grande maison, Taittinger. Une première compagne le quitte à cause de sa jalousie : il agresse son nouveau copain, qu’il laisse dans le coma. Puis, il reste marié sept ans à Murielle, qui fait état de sa violence et de sa jalousie.
    DÉBUTS IDYLLIQUES
    Avec Patricia. L’idylle dure de 1990 à 1994. Leclerc ne supporte pas de découvrir qu’elle le trompe. Après avoir tenté de l’étrangler, il achète une arme et demande à un neveu de l’abattre. Visée à bout portant, Patricia en réchappe par miracle. Pour complicité de tentative d’assassinat, son ex-compagnon est condamné à quinze ans de réclusion. À sa sortie de prison en 2004, il part à Saint-Quentin. En 2007, il se met en ménage avec Amandine, sa jeune voisine.
    Les débuts sont idylliques, d’autant qu’en 2009, celui qui est devenu jardinier touche un gros héritage (248000 euros) à la mort de sa mère. Le mariage a lieu en octobre 2010. Puis ça se détraque. Luc Leclerc, consommateur de cannabis et de cocaïne (« uniquement pour les câlins, parce que ça aide », précise-t-il), initie la mère de son quatrième enfant à l’héroïne.
    UN HYPER SENSITIF
    Le 26 juin, Leclerc surprend un SMS d’un dénommé Tonio : « Bébé, tu me manques, à demain ». Il constate que sa femme ne porte plus son alliance. Elle lui annonce qu’elle va partir. « Je me suis senti trahi. J’ai voulu prendre une cigarette mais j’ai vu le marteau… », conclut-il.
    Il frappe, au moins à trois reprises, disent les experts. Puis il l’étrangle, met sa tête dans un sac, roule le corps dans une couette et le descend à la cave, tandis qu’elle râle encore.
    Le psychiatre qualifie Leclerc d ’« hyper-sensitif » : « Face à une blessure narcissique, il ressent l’urgence à s’affirmer dans la toute puissance en réduisant l’autre à l’état de chose ».
    Mardi 27 septembre

    Le calvaire d’Amandine

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    Luc Leclerc, troisième en partant de la gauche, en veste de survêtement, lors d’une suspension d’audience.

    Luc Leclerc a frappé sa femme à coups de marteau, l’a étranglée puis asphyxiée dans un sac-poubelle.

    Certaines expertises valent des réquisitoires. Celle du médecin légiste, hier soir à Laon, a glacé le sang des jurés. À la description clinique du corps maltraité que lui et son collègue ont disséqué, on a mesuré la distance qui sépare du coup de fil minimaliste passé aux policiers par Luc Leclerc aux policiers, le 28 juin 2014 à Saint-Quentin : « Hier, j’ai tué ma femme d’un coup de marteau. Venez me chercher au 66 rue d’Alger. Le corps est à la cave ».
    « Nous avons trouvé trace de huit plaies qui peuvent correspondre à cinq coups », semble répondre le docteur. Surtout, il ajoute : « Nous pouvons établir que ces coups n’étaient pas mortels ».
    Amandine – dont le seul crime était d’avoir pris un amant – vivait donc, après que le marteau de menuisier (que bizarrement son mari gardait au pied de leur lit) eut frappé. Elle s’est même défendue, si l’on en croit l’état de ses ongles, couverts de chair, la fracture de son index droit et les nombreuses griffures que Luc portait à l’avant-bras. Alors il l’a étranglée, mais pas au point de briser l’os hyoïde. D’ailleurs, Luc justifie ainsi qu’il ait ensuite entortillé le visage d’Amandine, dans une serviette et deux sacs-poubelles, qu’il a serrés avec une ceinture et du fil de fer : « Elle râlait, je ne supportais plus de l’entendre ».
    L’AGONIE A DURÉ DE LONGUES MINUTES
    La présidente Karas pose alors au légiste la question qui brûle les lèvres de toute la salle : « Était-elle encore vivante quand il l’a enroulée dans les sacs, puis qu’il l’a transportée à la cave ? » Le médecin est prudent : « Je ne peux pas être catégorique… » Puis il ajoute : « Mais les alvéoles pulmonaires ainsi que les ecchymoses dans le dos laissent penser qu’il y avait encore des respirations ». Leclerc pouvait-il le savoir? « Elle râlait. Il est difficile de penser qu’une personne est morte si elle émet des sons… », constate l’expert. « S’est-elle vue mourir ? » s’inquiète la présidente. « Oui », tranche-t-il.
    Tout ça parce que Luc, 54 ans, ne supporte pas qu’on le quitte ! Enfin pas tout à fait… « Pour vous, l’issue normale d’une union, c’est le meurtre. Certains divorcent ; vous, vous tuez », le titille Me Vignon, partie civile, en référence à la tentative d’assassinat de Patricia, en 1994. « Non, corrige l’accusé. Ma première femme ne m’a pas trahi : je l’ai laissée en vie. Moi, je suis quelqu’un d’entier. Je ne supporte pas la trahison ».
    Le verdict sera rendu ce mardi. Hier, Leclerc a prévenu : « Perpétuité, ça fait 27 ans de peine de sûreté. J’aurai 78 ans à ma sortie. Si je prends perpétuité, soit je m’évade, soit je me tue ».
    +
    « POURQUOI PAPA A TUÉ MAMAN ? »
    « Quand je recevrai Cécilia, 8 ans, je ne saurai pas répondre à cette question : « Pourquoi papa a tué maman » », a plaidé hier soir M eVignon, pour l’enfant du couple. Et d’aller plus loin : « Il s’affiche en bon père mais il n’a jamais pensé à sa fille. Il n’a pensé qu’à lui-même, à sa virilité déchue ». Aux yeux de l’avocat, Leclerc est un criminel à sang froid qui « tue avec rage alors que deux enfants sont à l’étage, puis nettoie la maison consciencieusement », qui passe ensuite une journée « tranquille », conduit « sa belle-mère à Intermarché, boit une bière chez elle », accepte « une grenadine chez des copains ». M eDehaspe porte la parole de la mère d’Amandine, celle qui a dit : « Moi, j’ai perdu ma fille unique à perpétuité ». Celle aussi qui avait prédit : «Attention, si tu le quittes, il va te tuer ». L’avocate estime qu’Amandine a été victime de violences pendant la vie commune, physiques mais aussi morales, quand « il l’épiait, la surveillait, l’empêchait de sortir seule ».
    Me Vignon estime aussi que Leclerc a perverti sa femme, en la poussant « à se faire tatouer sur tout le corps, en l’initiant à l’héroïne ».
    Mercredi 28 septembre
    Luc Leclerc condamné à trente ans pour le meurtre d’AmandineLuc Leclerc a échappé à la perpétuité, hier à Laon, mais il passera au minimum vingt ans incompressibles derrière les barreaux pour avoir tué sa femme, le 27 juin 2014.

     

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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