Procès de Roddy Lembe-Onema pour tentative de meurtre à Clermont (Oise)

    Troisième article reproduit avec l’aimable autorisation de mon confrère Gautier Lecardonnel

    2 mars 2017

    Il assomme  sa compagne  et met le feu à l’appartement

    Roddy Lembe-Onema répond d’une tentative de meurtre sur Marietou, sa petite amie.

    LES FAITS
    31 MAI 2013 : Roddy Lembe-Onema, Congolais alors âgé de 31 ans, frappe violemment sa petite amie Marietou, 32 ans, jusqu’à ce qu’elle sombre dans l’inconscience. Il met ensuite le feu à l’appartement, situé à Clermont (Oise).
    LEMBE-ONEMA appelle les pompiers, qui sauvent de justesse la jeune femme. Elle survivra, après des mois de coma, mais garde des séquelles.
    DEPUIS HIER, il comparaît devant la cour d’assises de l’Oise, à Beauvais. Le verdict est attendu vendredi soir.
    Roddy Lembe-Olemba

    Au premier jour de son procès, mercredi 1er mars, Roddy Lembe-Onema, 37 ans, domicilié à Nogent-sur-Oise avant son incarcération, a reconnu la matérialité des faits, commis sous l’emprise de l’alcool et de la jalousie. En revanche, l’accusé a nié l’intention homicide. Son avocat M e Arnaud Robin compte plaider vendredi, jour du verdict, une requalification en violences volontaires aggravées.

    Les premières heures d’audience ont été consacrées à la personnalité ; occasion pour Roddy Lembe-Onema d’insister sur les traumatismes de son enfance. Issu d’une famille congolaise plutôt aisée, proche du pouvoir de Mobutu, il aurait découvert à 30 ans que sa mère n’était pas sa mère biologique. « En fait, je m’en doutais depuis longtemps : je n’étais pas traité comme mes frères et sœurs, affirme-t-il. C’était tabou, tout comme le fait qu’une de mes sœurs m’avait abusé sexuellement ».
    À l’enquêteur de personnalité, il a également indiqué qu’en 1997, lors de la guerre civile entre les clans Mobutu et Kabila, deux de ses sœurs ont été violées, ses parents torturés et la maison familiale brûlée.
    Problème : l’une des sœurs aînées a témoigné hier que si Roddy, arrivé en France en 2003, était bien issu d’une relation extra-conjugale, elle n’avait jamais entendu parler des attouchements, de l’incendie et encore moins de viols en 1997, pour une bonne raison : «Ma sœur et moi étions parties suivre nos études en Afrique du Sud entre 1993 et 1998. »

    Déjà condamné pour un incendie volontaire en 2010

    La cour a entendu Émilie, mère d’un des quatre enfants de Roddy Lembe, qui a vécu avec lui de 2007 à 2010. Cette éducatrice, originaire de l’Oise, a décrit un co033njoint violent : « Une nuit, il m’a giflée et le sang a coulé sur mon fils. Ça a été le déclic, je suis partie ».
    On est en août 2010. Elle va vivre des mois difficiles. Lembe lui fait croire qu’il est séropositif (« J’ai passé une nuit terrible »), il la suit, la menace. Le point d’orgue, c’est la nuit du 8 décembre 2010. Roddy met le feu à la maison des parents d’Emilie, dans laquelle ils se trouvent, ainsi qu’Emilie, leur fils et des enfants hébergés en famille d’accueil. « Il a pris soin de faire partir le feu de quatre points, qui correspondent aux sorties de la maison ». Pour cet incendie, qui fait de lui un récidiviste, Roddy Lembe-Onema a été condamné et a purgé quelques mois de prison.
    3 mars 2017

    Handicapée à vie  pour avoir aimé Roddy

    Marietou a été mise KO puis intoxiquée   par l’incendie de son appartement, le 30 mai 2013.

    En apparence, Marietou, 38 ans, est une jolie femme en pleine santé, mère d’un garçon de 12 ans qui devrait faire sa joie. C’est de l’intérieur que cette Clermontoise est minée. Son avocat Me Ceccaldi parle de «handicap invisible » .
    Le 30 mai 2013, celui qui partageait sa vie mais pas son logement depuis six mois, Roddy Lembe-Onema, l’a mise KO à coups de poing sur les tempes. Bilan : traumatisme crânien, hémorragie cérébrale. Puis il a déposé son corps inconscient dans la chambre, l’a déshabillée et a mis le feu au logement de la rue Delahoutre ; méthodiquement, en deux points stratégiques : les rideaux de la chambre et le canapé du salon, en matière synthétique.

    HOSPITALISÉE PENDANT UN AN

    Quand les pompiers interviennent, Marietou est plongée dans un coma profond. Le monoxyde de carbone a causé des séquelles supplémentaires. On l’évacue en urgence vers l’hôpital Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine). « En tout, j’ai passé un an à l’hôpital » , se souvient celle qui n’a en revanche aucun souvenir de la nuit du drame :« Elle est amnésique à partir de sa fête d’anniversaire, le 18 mai 2013 », confirme son avocat.
    Depuis mercredi, c’est sa propre histoire que Marietou est venue entendre, en même temps qu’elle crie justice : « Je lui en veux. Il a failli me tuer. J’avais un travail ; maintenant, je ne fais rien. J’oublie tout. J’ai peur des hommes. Avec mon fils, on ne se parle pas… »
    Les experts ont déterminé une infirmité permanente à 50 %. Ils évoquent un « ralentissement physique et psychologique » , des «difficultés de compréhension » , des « troubles cognitifs » .
    Marietou est incapable de gérer ses propres affaires, elle vit sous curatelle renforcée depuis sa sortie d’hôpital et bénéficie quotidiennement de trois heures de soutien. « Faire les courses, partir en vacances, c’est très difficile pour elle » , atteste sa curatrice. La jeune femme souriante qui aimait tant cuisiner des produits africains reste aujourd’hui les bras ballants devant la gazinière, si un auxiliaire ne lui tend pas les ingrédients.
    « Qu’attendez-vous de ce procès ? » lui demande l’avocate générale Delphine Raeckelboom. « Qu’il paie ! Il m’a gâché la vie, il a gâché la vie de mon enfant » .

    DES TROUS DANS L’EMPLOI DU TEMPS

    La narration de la nuit du drame par l’accusé, hier matin, était plutôt à son avantage : il se dispute avec Marietou, la frappe, la croit morte et met le feu pour effacer les traces. En bas de l’immeuble, pris de remords, il remonte dans l’appartement : « Il y avait trop de fumée, alors j’ai appelé les pompiers ». Mais l’avocate générale se base sur les relevés téléphoniques et dessine un autre scénario, dans lequel Lembe-Onema, ivre de rhum et de jalousie après une soirée à Clermont, est rentré chez lui à Nogent à 1 h 15, a échangé des SMS avec Marietou à 1 h 26, est revenu à Clermont à 2 heures, a frappé, a mis le feu, puis n’a appelé les secours qu’à 2 h 47.
    4 mars

    13 ans  de réclusion

    Il a été reconnu coupable de tentative   de meurtre sur son ex-compagne en 2013. 

    Me Arnaud Robin l’assure dans sa plaidoirie : Roddy Lembe-Onema «n’est pas là pour fuir ses responsabilités ».
    Dans le box de la cour d’assises de l’Oise, à Beauvais, le Nogentais a assuré jusqu’à son troisième jour de procès qu’il n’avait pas l’intention de tuer Marietou, son ex-compagne, le 30 mai 2013 à Clermont (Oise). Autrement dit, il accepte d’être condamné, pour violences aggravées, pas pour tentative de meurtre.

    « JE NE LUI PARDONNERAI PAS, JE VEUX QU’IL PAYE POUR CELA »

    Pas facile à soutenir devant Me Marc Ceccaldi, l’avocat de la victime, qui est vivante, mais à jamais touchée par un « handicap invisible » qui la contraint à être assistée quotidiennement, trois heures par jour, par des professionnels. « Il a gâché ma vie, et celle de mon enfant. Il l’a rendu malheureux, et moi aussi, je ne lui pardonnerai pas, je veux qu’il paye pour cela », répète-t-elle.
    Me Ceccaldi insiste : la nuit des faits, Lembe-Onema est venu chez la victime « alors qu’elle ne le voulait pas ». On sait qu’il y a eu des échanges de sms avant, mais on ne saura jamais de quelle teneur (Marietou ne se souvient de rien). L’homme est extrêmement jaloux. La jeune femme commence par recevoir un coup de poing ultra-violent à la tempe. Elle s’écroule, se cogne sur la table de la cuisine. Elle se retrouve assise, inconsciente. Elle saigne de la bouche. Le Nogentais la frappe à nouveau à coups de poing. « Ce sont des coups localisés, qui provoquent un traumatisme crânien sévère ». Il la transporte dans la chambre, lui ôte son peignoir plein de sang, l’allonge sur le lit. Il prend des affaires, ses pièces d’identité, et certainement le téléphone de la victime jamais retrouvé. Il met le feu aux rideaux de la chambre puis au canapé et prend la fuite.
    Pour Me Ceccaldi, l’intention de tuer ne « fait aucun doute », il en veut pour preuves la « localisation des coups » et « l’acharnement » . Il parle d’un « tyran domestique » . L’avocate générale est de cet avis. Elle requiert 20 ans de réclusion criminelle. Pourquoi cet homme n’avoue pas ? « Peut-être que lui-même est persuadé qu’il ne voulait pas la tuer, consciemment ou inconsciemment. Il peut être dans une impossibilité psychologique de l’admettre ». Et le fait qu’il appelle les pompiers après avoir quitté les lieux n’est pas un argument de défense à ses yeux : « Je viens de commettre un meurtre , a-t-il dit aux pompiers ! »
    Mais Me Arnaud Robin, pour l’accusé, précise qu’il a aussi donné son identité complète, qu’il n’a donc pas cherché à fuir ses responsabilités. Et l’avocat ose cette question : « C’est grâce à qui que cette femme (la victime) est encore parmi nous ? » L’avocat n’ira pas jusqu’à faire passer son client pour un héros, mais il veut que les jurés considèrent que c’est un homme qui, cette nuit-là « a voulu faire beaucoup mal », mais pas tuer.
    Roddy Lembe-Onema a été condamné à 13 ans de réclusion.
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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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