Prokon et profond à la fois

    prokon-couvProkon, Peter Haars. Editions Matière, 64 pages, 13 euros.

    Produire et consommer. Produire ce qui va être consommé et consommer ce qui a été produit. C’est la base du système de la ville de Prokon (contraction de Produktion-Konsommation), ville idéale ou tout le monde travaille et où tout le monde est heureux. Mais la machine va se gripper lorsque qu’un super-méchant, le Dr Dracenstein, invente un “spray d’éternité” rendant les objets inusables. Et même Ultra-héros, le super-héros défenseur de la cité se montre impuissant. Heureusement, la société a encore un moyen de se défendre: le prokon-encéphale et sa propagande diffusée par les ondes…

    En publiant aujourd’hui en version française cette bande dessinée du Norvégien Peter Haars, paru en 1971, les éditions Matière proposent un drôle de voyage temporel (voyage à poursuivre avec un intéressant dossier sur son site). prokon-caseA la fois très marqué années 70, mais aussi d’une fulgurante actualité (ainsi de la phrase d’Adorno, placée en préface dans la bouche d’Andy Warhol : “Notre culture industrielle avancée est plus idéologique encore que celle qui l’a précédée. Aujourd’hui règne l’idéologie du processus productif“).

    Critique ironique de la société de consommation, traitée sous forme d’un fausse aventure de comics, en phase avec la radicalité d’une certaine “pensée 70”,  Prokon dissèque en quelques pages les fondements d’une société capitaliste avancée. Avec une logique qui n’a rien perdu de sa pertinence. Et le message est porté par un dessin éclatant où le talent du graphiste Haars se développe pleinement, faisant songer aux albums de Guy Peellaert. Et ce clin d’oeil au pop art à la Lichtenstein fait sens, en usant, justement, des codes de la pub pour mieux les détourner.

    Tirée en petit format et sur un joli papier crème, cette exhumation française donne en tout cas à Prokon, à défaut de spray d’éternité, au moins une deuxième vie. Et, dans la logique de Prokon, cette “production” là mérite d’être consommée.

    Prokon-planche

     

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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