Rapport Ratier : la bande dessinée en voie de stabilisation en 2015

    Rapport Ratier 2015_couvLe 16e « rapport Ratier » sur l’état de la bande dessinée en 2015 est paru aujourd’hui. Ce document annuel de référence sur l’activité du 9e art, révèle une année de stabilisation et de rationalisation du secteur.

    Deuxième année de pause en trois ans pour le secteur de la bande dessinée. Mais aussi deuxième pause seulement sur les dix-sept dernières années. L’état du marché du 9e art se révèle dans ces deux données. Et elles semblent faire de 2015 “l’année de la rationalisation”, ainsi qu’est titré le rapport annuel sur l’état du 9e art réalisé par Gilles Ratier, secrétaire général de l’ACBD, qui vient d’être diffusé ce lundi (téléchargeable sur le site de l’ACBD)…

    La production en retrait

    Ainsi, la production de bande dessinée a connu cette année un retrait de 2,9 % par rapport à 2014. Soit donc 5 255 livres de bande dessinée diffusés en 2015 contre 5410 en 2014, ce qui représente 6,9% de la production éditoriale globale sur le marché français.
    Parmi ceux-ci, autre donnée intéressante, en terme de créativité: les nouveautés. Selon le calcul établi par le rapport, elles auront été 3 923 en 2015 (74,7% du total). Mais, en retranchant les éditions nouvelles de reprises datant de plus de vingt ans (191 ouvrages) et les traductions d’oeuvres étrangères (2311 albums), on parvient à 1421 “véritables créations” de BD en Europe francophone, ce qui représente 27,1% de la production globale (soit légèrement moins que les 27,5% de l’an passé).
    Et il semblerait bien que la bande dessinée ait atteint un certain plafond désormais, après la croissance exponentielle de la décennie 2000 – et les dérives que cela avait occasionné – ainsi que le montre l’éclairant graphique du “nombre de publications depuis 2000”.

    Rapport Ratier 2015_nombre publications depuis 2000En terme de genres, même stabilisation. Si en 2015, on aura compté très légèrement plus de mangas (1585 albums) que d’ouvrages franco-belges (1583), les deux conservent à peu près la même part de marché, tout comme les romans graphiques (388 cette année) et les comics (419 titres).
    Autre phénomène qui ne change pas : celui de l’engorgement des parutions en fin d’année, notamment pour les gros tirages. 137 des 287 principaux “blockbusters” (d’au moins 25 000 exemplaires) sont ainsi publiés entre septembre et décembre (soit 38,3% de la production annuelle).

    Le même trio dominant dans l’édition

    Du côté des éditeurs, la situation paraît, au prime abord, plutôt dynamique, avec 368 maisons ayant publié des bandes dessinées dans l’année, contre seulement 349 l’an passé. Parmi eux: 111 nouveaux venus sur le marché (contre 121 en 2014). Mais, comme pointe le rapport Ratier, 92 éditeurs de 2014 ont abandonné la production de BD.

    Média participations  A l’inverse de ce turn-over important, la situation reste inchangé en tête. Le même trio domine l’offre éditoriale. Média-Participations (Dargaud, Le Lombard, Dupuis, etc), Delcourt (et Soleil) et Glénat rassemblent 35,2% de la production annuelle, en très légère diminution par rapport à 2014 (36,5%). Parmi eux, Médias-Participation domine toujours, avec 762 titres (dont 162 dans la filiale mangas Kana et 130 dans l’autre filiale, spécialisée comics, Urban Comics). DelcourtLe groupe Delcourt a pour sa part édité 698 titres, principalement sous ses marques Delcourt (161) et Soleil (142). glénatEnfin, Glénat a publié 392 titres (dont 182 sous la marque Glénat, 140 sous celle de Glénat mangas).

    Derrière le trio, une douzaine d’éditeurs ont publié plus de cinquante albums dans l’année, dont cinq avec quand même plus de 200 albums: le groupe Hachette (300 titres), Panini (273), le groupe Madrigal (avec Casterman, Fluide Glacial, Futuropolis, Gallimard avec 266 titres). L’ensemble de cette quinzaine d’éditeurs a publié 68,6% de la production annuelle.

    A côté de cette production “mainstream”, quelque 353 éditeurs indépendants (ou généralistes) ont quand même édité 1652 ouvrages (contre 1669 en 2014). C’est là que l’on trouve une série de maisons méritantes, avec souvent des lignes éditoriales assez personnelles. Parmi les “gros” indépendants, on peut citer La Boîte à bulles (21 titres), l’Association (19 titres), Flblb et les Québécois des Editions de la Pastèque (13 titres) ou ça et là, Lapin, Aaarg! et Cornélius (12 titres).

    La potion magique d’Astérix booste les tirages

    Concentrée parmi quelques grands éditeurs, la production BD l’est aussi autour de quelques titres, qui réalisent l’essentiel du chiffre d’affaires du secteur. Le rapport en fait aussi le traditionnel palmarès, réalisé non à partir des ventes mais du tirage des albums.

    1er_De_Couv_Papyrus 2.inddLa liste est toujours dominée par des “valeurs sûres”, comme Astérix (1er et hors catégorie avec 2,5 millions d’albums imprimés du Papyrus de César), Titeuf (550 000 ex de son tome 14), Le Chat de Geluck (310 000 ex de son tome 20).

    Derrière ce podium, le nouveau Corto Maltese fait jeu égal avec le dernier Largo Winch (300 000 exemplaires), devant – réjouissant – deux nouvelles séries à succès: L’Arabe du futur (dont le tome 2 aura été édité à 230 000 ex) et Les vieux fourneaux (210 000 ex pour le tome 3).

    Derrière, on retrouve dans le “top 15” des noms biens connus de la BD Jeunesse comme les Légendaires (180 000 ex. pour le tome 18 et 150 000 pour le tome 4 des Légendaires Origines), Les Nombrils (170 000 ex pour le tome 7) ou les Minions (161 000 ex pour ce début de franchise d’adaptation des célèbres personnages du dessin animé Moi, Moche et Méchants), le tome 36 de Boule & Bill et Le Petit Spirou t.17 (à 140 000 ex), les Blagues de Toto t.12 et le tome 9 de Seuls (à 130 000 ex).

    Globalement, on aura compté en 2015 88 albums tirés à plus de 50 000 exemplaires (contre 98 l’an passé). Essentiellement des séries installées et des albums relevant du domaine humoristique ou jeunesse. S’insérant là-dedans, on notera la présence du Chat du rabbin, t.6 (100 000 ex) de Joan Sfar, le premier tome d’Undertaker, le western de Dorison et Meyer (95 110 ex) ou Catharsis, de Luz (93 000 ex).

    Même tendance “mainstream” dans le domaine du comics, dominé par la série Walking Dead, les Simpson et Batman, ou en mangas, avec un trio de tête comprenant One Piece, Naruto et Fairy Tail.

    Des données à croiser avec l’intéressant tableau reprenant l’évolution des tirages des blockbusters depuis 2000 (page 21 du rapport) qui montre une diminution globale du chiffre des tirages.

    Plus de créateurs

    Quant aux auteurs, dont la situation critique avait déclenché plusieurs actions cette année, notamment le lancement des états généraux de la BD, ils étaient 1399 en 2015 (ayant au moins 3 albums disponibles en catalogue d’éditeurs et un contrat en cours ou un emploi régulier dans la presse ou l’édition). Un nombre qui poursuit sa légère décroissance depuis trois ans. Néanmoins, au total, 1602 créateurs ont réussi à publier au moins un album de bande dessinée en 2015 (contre 1589 en 2014).Rapport Ratier 2015_nombre auteurs

    Au-delà de ces grandes tendances, le rapport Ratier analyse aussi, méthodiquement, les traductions, les pré-publications, l’audience des sites internet dédiés à la bande dessinée, la diffusion de la BD numérique, etc. Et il reprend, en annexe, cette année, les graphiques de répartition globale des éditeurs en nombre d’exemplaires et en valeur pour 2014, réalisés par l’institut GfK. Glénat arrivant en tête devant Delcourt en nombre d’exemplaires, tandis que le classement est inversé en terme de valeur.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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