Saga Africa par Ptiluc… sur son blog

    Refusé par différents éditeurs, Ptiluc en est réduit à développer son projet pas assez politiquement correct, sur un blog. Un nouveau voyage au bout des ténèbres dans l’Afrique contemporaine, avec enfants soldats, ONG, néo-colonialisme. Décapant !

    Ptiluc revient, en ce printemps avec ses Rats’. Mais on aurait pu – on aurait dû – retrouver l’auteur de Pacush Blues avec une autre série encore plus stimulante et forte Jeux sans frontières, qu’il présente sur son blog dédié comme “Une BD pas très polie sur le monde complexe de l’aide humanitaire en Afrique.” Car, oui, pour l’instant, c’est le seul endroit ou pouvoir en bénéficier. Pas de volonté de bascule numérique là dedans, mais la conséquence de refus d’éditer cette histoire en albums. Illustration de certaines difficultés de la bande dessinée aujourd’hui, même pour un auteur confirmé et à la personnalité aussi affirmée que Ptiluc. Il s’en explique, cash, mais avec cet humour noir et caustique qu’il exploite si bien dans ses BD, en prologue de sa pré-publication sur son blog :

    Depuis que m’a pris l’envie de faire un bouquin sur ce monde parallèle de l’aide humanitaire, j’ai, au gré des chamboulements du monde de l’édition, changé cinq fois d’interlocuteur…Le premier m’a donné le feu vert, je me suis donc jeté dans mon histoire…on se jette toujurs avec délectation quand on se sent soutenu. Mais le deuxième trouvait que c’était violent, que le dessin ne collait pas au sujet et que les fumeurs de pétards ça commençait à bien faire…

    Extrait du strip du 9 mai dernier.

    Alors, je lui ai expliqué que souvent, les logisticiens, sur le terrain, ils vivaient des trucs qu’ils auraient vite trouvés insupportables sans l’aide de substances variables mais qui toutes changent un peu la perception de l’insupportable. Après j’ai du lui expliquer que quand des rebelles prenaient des otages, s’il fallait en tuer un pour faire régner la terreur, c’était toujours un local, pas un blanc, un blanc ça vaut du pognon, un local ça vaut rien, mais si tu le dégommes devant les autres, tu sais qu’ils vont se tenir à carreau. C’est une des règles dans le monde de l’humain redevenu animal, mais ça dans le monde de l’édition parisienne, ce sont des choses dont qui peuvent échapper un peu. L’interlocuteur suivant m’a dit que pour l’instant mon projet était en suspens et le suivant que ça n’était plus à l’ordre du jour…Juste après, il y en a eu un qui trouvait ça super, qui en redemandait, qui disait qu’il était temps qu’on voit arriver des albums comme ça…il est resté quatre mois…Les derniers m’ont dit que c’était trop politique, pas assez “ciblé”… En attendant un nouvel interlocuteur, mes histoires se baladent sur le net…”

    Elles méritent, en tout cas, d’être vues. Aujourd’hui, il est presque arrivé au bout de l’équivalent des 46 planches réglementaires. Paradoxalement, comme il nous le confiait, le week-end dernier lors des Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens, même s’il paraît difficile de faire co-financer un tel album par Médecins sans frontières, des humanitaires amis lisent en se marrant ces péripéties africaines. Bref, la frilosité éditoriale quant au politiquement correct de l’entreprise est peut-être, en plus, excessive. Pour le reste, techniquement, et graphiquement, c’est plutôt du grand Ptiluc, en tout cas, avec un récit tragi-comique et brillamment mis en scène (on sent tout de suite le bon connaisseur du sujet), des personnages bien campés et un regard incisif qui fait du bien.

    Au vu de certains albums qui paraissent dans la surproduction actuelle, on peut quand même espérer pouvoir un jour prochain lire ces Jeux sans frontières dans un vrai album !

     

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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