Siné enterré en demi-teinte par “Charlie hebdo”

    dessin de Foolz, en dernière page de Charlie hebdo  n°1242 de ce 11 mai.
    dessin de Foolz, en dernière page de Charlie hebdo n°1242 de ce 11 mai.

    Avouons-le, on attendait avec une certaine curiosité le numéro de Charlie hebdo de ce mercredi, pour la manière dont il saluerait la disparition de Siné. Dessinateur quand même “historique” de l’hebdo satirique, du premier Charlie, mais aussi des prémisses de la “deuxième époque”, avec la Grosse Bertha puis une “zone” qui accompagnera Charlie Hebdo de 1992 jusqu’à son licenciement en 2008.

    La réponse à cette interrogation se trouve en der, dans les “couvertures auxquelles vous avez échappé”, avec ce dessin de Foolz qui constate : “Siné, un hommage en demi-teinte“. Et de montrer un évêque et des militaires soulignant “On n’était pas d’accord sur tout“. C’est aussi manifestement l’état d’esprit au sein de la rédaction de Charlie, qui a plutôt opté pour le traitement minimum. A deux exception près…

    Vuillemin, reprenant la même idée des patrons (en haut de forme), des curés et des militaires venant rendre un dernier salut à leur ennemi préféré, consacre un joli strip hommage, captant bien la rage du vieil anar Siné.
    Sur la page en face, Willem lui consacre aussi la totalité de sa chronique, sous le titre “Mourir? plutôt crever”, l’illustrant avec une reprise d’une couv de Siné massacre et d’un dessin de Siné montrant des curés hilares faces à un rite animiste africain. Le dessinateur salue avec émotion “un dessinateur politique digne de ce nom” qui “après chaque pépin (presque mort, condamnation, viré) s’est relevé“.

    Mais hormis ces deux pages 12-13, donc, et un petit mot chaleureux d’Antoine Fischetti sur “le chat Siné”, Siné n’a pas droit à une évocation en couv’ (ni sur le site internet du journal). L’hommage “officiel” de Charlie se réduit à un petit encart de Riss, sous son édito.

    Siné n'a même pas droit à une évocation en une du numéro d'aujourd'hui
    Siné n’a même pas droit à une évocation en une du numéro d’aujourd’hui

    Sobrement titré “un crayon s’en va”, le texte du directeur de Charlie commence par souligner que “Siné a été un grand dessinateur“. Mais c’est tout de suite pour noter qu'”on avait tendance à l’oublier, à force de ne retenir que les polémiques dans lesquelles il avait le talent de s’engouffrer”. Et tout le reste est aussi ambivalent. Manifestement, Riss préférait le dessinateur des chats et des paras et son “humour sans paroles“, aux “innombrables causes, parfois discutables” dont Siné était compagnon de route.
    Et on notera “l’euphémisme” de la formulation au sujet de son licenciement de Charlie, en 2008: “Il quitta Charlie hebdo en 2008, dans les conditions pénibles que l’on sait, victime de ses excès, et personne n’y gagna rien” (Mais Charlie y perdit une partie de son lectorat et la presse satirique vit naître Siné hebdo).
    Cela aurait pu être l’occasion de tourner la page pour de bon sur ce “pénible épisode”, mais manifestement Riss semble plus dans la continuité, sur ce point, de son prédécesseur, Philippe Val. Bref, pas la grande classe.

    A l’inverse, on peut se souvenir que Siné Mensuel, au lendemain des attentats de Charlie, avait su, lui, taire ses rancoeurs, pour sortir un numéro spécial titré “Achetez Charlie”, avec un édito qui soulignait: « Entre Charlie et nous, il y a des amitiés, des rencontres, des souvenirs. Des engueulades, aussi. Aujourd’hui, la seule réponse possible au chagrin et à la colère était de nous mettre au boulot… » On aurait pu en attendre de même, ce jour, de Charlie hebdo.
    Surtout pour un numéro qui paraît, ce mercredi, le jour même de l’enterrement de Siné au cimetière Montmartre.

     

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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