Soleil Manga continue à réviser ses classiques

    LE ROUGE ET LE NOIR et LES MISERABLES,  Variety art works, 192 pages, 6,95 €

    Soleil Manga poursuit, comme annoncé, son offre de “classiques”. Après l’adaptation réussie du Kapital de Karl Marx – de fait moins problématique par son contenu de “vulgarisation scientifique” d’un texte d’économie politique ardu – c’est au tour de Stendhal et de Victor Hugo de connaître leur version dessinée made in Japan. Avec quelques libertés forcément (fort honnêtement précisés dans les cas les plus flagrants).

    En allant à l’essentiel, le Rouge et le noir, fait cependant ressortir les lignes de force du roman de Stendhal:  l’arrivisme social perturbé par l’amour romantique, la critique de la société de la Restauration que l’auteur grenoblois abhorrait. On suit donc l’ascension, contrariée, de Julien Sorel, fils de charpentier et fan de Napoléon qui, par son intelligence devient d’abord précepteur des enfants de Rênal, où il séduit la maîtresse de maison. Puis, dans un second temps,  le héros monté à Paris après un passage au séminaire devient secrétaire de monsieur de La Mole, ou son amour pour la fille de son nouveau maître l’entraînera vers sa perte, suite à une machination aboutissant à sa tentative de meurtre contre Madame de Rênal, puis sa condamnation à mort.

    Suivant fidèlement la trame du roman, ce manga, une fois assimilés les personnages aux grands yeux ébahis et quelques onomatopées propres au langage du manga, le résultat s’avère étonnement efficace et séduisant.

    C’était un autre défi, encore, avec Les Misérables. Là, c’est carrément un monument de la littérature française auquel se frotte le manga. Là encore, l’approche se veut fidèle, et retrace les principaux épisodes de la saga hugolienne, à travers la vie de Jean Valjean, l’ancien bagnard en phase de rédemption, poursuivi par le tenace inspecteur Javert…  Cosette, les Thénardier, l’épisode de la charrette qui démasque Valjean, etc. Tout (du moins l’essentiel y est). Mais si le romantisme stendhalien fonctionne bien avec le style du manga, le réalisme social épique de Victor Hugo s’avère plus rétif à l’adaptation. Très – trop – expressionniste, le dessin caricature l’oeuvre. Et ses personnages, avec un Javert quasi démoniaque et un Jean Valjean bizarrement chauve.

    Malgré tout, le but revendiqué de la collection – vulgariser et faire connaître à un nouveau public des classiques – est atteint. On tourne la dernière page de ces deux albums avec l’envie d’aller se replonger dans les illustres originaux. Pari éditorial gagné.

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !

    Tags:

    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Un thriller qui ne manque pas d’émotions

    SYNCHRONE t.1: Trauma, de Crosa et Delmas, ed.Le Lombard, 48 pages, 11,95 euros Une ...

    L’horreur est humaine en Gévaudan

    La Malbête, tome 1: Monsieur Antoine en Gévaudan, Aurélien Ducoudray (scénario), Hamo (dessin). Editions ...

    «Merci patron!»: excellent!

       «Du marxisme en farce loufoque», confie François Ruffin qui dénonce les actions du ...

    Tout pour rien dans Infinity 8

    Infinity, tome 7: Et rien pour finir, Lewis Trondheim (scénario), Boulet (scénario et dessin). ...

    22e Rendez-vous d’Amiens: images d’une première journée de festival

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis ! 0J'AIME0J'ADORE0Haha0WOUAH0SUPER !0TRISTE0GrrrrMerci !

    De gentilles chinoiseries

    Ling Ling : le bureau des rumeurs, Escaich, N’Guessan, éditions Bamboo, 48 pages, 13,90 ...