Souvenirs : Pilote Tempête

    Le livre est présenté par François Membre

    Pilote Tempête, François Membre, De Varly Edtions, 20€.

    Les lecteurs qui ont connu le Courrier picard se souviennent peut-être, il y a longtemps, de cette BD qui passait dans nos colonnes : Pilote Tempête. C’est le nom du héros créé par le dessinateur néerlandais Henk Sprenger en 1947. Très tourné vers la science-fiction qui se permettait tous les délires dans ces années folles, ce héros se raconte avec poésie et politique sous la plume de François Membre, journaliste passionné de bandes dessinées qui collabore d’ailleurs au blog des Bulles picardes, hébergé sur le courrier-picard.fr.

    Son fascicule de 52 pages richement illustrées, se dévore comme une BD, l’impression de se cultiver en plus.

     


    Le livre
    Pilote Tempête est un personnage de bandes dessinées créé par le dessinateur néerlandais Henk Sprenger en 1947.
    En France, cette série fut essentiellement publiée dans la
    presse régionale et départementale à raison d’un strip
    quotidien de trois ou quatre vignettes. Dans les années
    1950, la série sera ensuite reprise sous forme de fascicules
    par les éditions Artima. L’éditeur tourquennois inséra une première série d’histoires d’aventure en fin de fascicule dans « Dynamic » et enchaînait toute la partie science-fiction dans 24 numéros du fascicule « Spoutnik ».
    Dans ce dossier, François Membre s’est particulièrement attaché à explorer la partie science-fiction de l’oeuvre, jonglant entre les strips des quotidiens et les épisodes en fascicules. Il montre en quelques exemples que le passage de l’un à l’autre ne se fit pas toujours sans contre-sens. L’auteur ne s’est pas contenté d’étudier les épisodes parus chez Artima, il s’est également immergé dans les strips non repris par l’éditeur de Tourcoing et ils sont largement majoritaires ! Chaque fois que cela était possible, le scénario est résumé pour donner envie de (re)découvrir un héros de papier oublié.
    Un ouvrage de 52 pages richement illustrées qui offrent une intéressante visite de l’univers extra-terrestre d’un dessinateur hollandais trop méconnu en France et pour revivre la SF des années 50.

    L’auteur

    François Membre, ancien journaliste à la Croix de la Haute-Marne. Après des problèmes de santé, il devient critique littéraire, spécialisé en bandes dessinées, pour plusieurs hebdomadaires (dont les 60 titres du groupe Publihebdos) ou sites internet. Après avoir écrit trois plaquettes de poésie, Pilote Tempête est le troisième ouvrage qu’il consacre à l’univers de la bande dessinée.
    Il est également l’auteur de bd-nostalgie.org, un site consacré exclusivement aux éditions Offenstadt et SPE. Retenu comme site de référence par les chercheurs de l’Ecole Nationale des Chartes, dans la présentation d’un de leurs articles intitulé “Identification des livres modernes français (XIXe-XXIe siècles)”, il est écrit : “[…] nous n’avons retenu que [les sites]qui pouvaient compléter les instruments de travail imprimés par des informations établies avec une rigueur suffisante.”

     

    Ce qu’il en dit : “Ma Madeleine de Proust”


    Pour moi, dans l’univers – maintenant – bien encombré de la BD, Pilote Tempête est un peu ma madeleine de Proust. Du plus loin que je me souvienne, je me revois me précipiter sur le quotidien local, pas pour lire les nouvelles mais pour savourer les bandes dessinées qu’il recélait. En bas de la une, les aventures d’Oscar, un strip muet de trois vignettes. Je n’avais que six ou sept ans et n’en saisissait pas toujours l’humour mais en pages deux venait mon préféré : Pilote Tempête. Je raffolais de cette saga au très long cours (de 1948 à 1976, l’auteur Henk Sprenger a dessiné plus de 7000 strips de cette histoire) j’en raffolais mais, dans ma famille, tout le monde n’appréciait pas la science-fiction. Péremptoire, une tante, un jour m’asséna une remarque qu’elle jugeait absolue, «  c’est des histoires de fous » ! Si le coup fut rude, il fut pourtant bref et le lendemain, sans vergogne, je retournais dans l’espace avec tout l’équipage. Si j’étais fou, autant que cela soit jouissif !

    Des années 50 aux années 70, j’ai donc vécu au quotidien avec Jacques Tempête, son éternelle fiancée et leurs divers amis, Charley, séducteur dans l’âme, qui va tenir le rôle du comique de service, le professeur Dubois, scientifique génial, le gros Ferdydick qui va relayer Charley comme second rôle alors que le personnage de celui-ci prend de l’ampleur et bien d’autres encore.

    La soucoupomania

    Pilote Tempête commence sa carrière comme pilote dans des aventures publiées, en France, dans les fascicules Dynamic des éditions Artima. Pour cette publication, les (trop) longs descriptifs des strips originaux sont remplacés par des bulles plus adaptées à une lecture moderne. Ces aventures, essentiellement des récits policiers ou d’action, sont intéressants mais ne laissent pas un souvenir immortel. Le coup de génie du dessinateur hollandais sera, lors du vol d’essai du prototype aérien, de faire kidnapper Pilote Tempête par des extra-terrestres. Rappelons-nous que les années 47-48 voient déferler les premières vagues de soucoupes volantes et la création de commissions d’enquêtes et l’apparition de la fameuse “Zone 51” chère aux soucoupistes et autres ufologues qui aurait été créée par le président américain Harry Truman, lequel déclarait par ailleurs, le 4 avril 1950, « Je puis vous assurer que les soucoupes volantes, étant donné qu’elles existent, ne sont pas construites par quelque puissance terrestre que ce soit ». Placé sous de tels auspices, l’orientation S.-F. donnée au récit était tout à fait logique et dans l’air du temps. Elle présentait aussi l’intérêt d’aborder un genre peu connu en Europe à cette époque et de se démarquer des innombrables récits policiers qui abondaient dans toutes les publications.

     

    Du space opera de facture classique…

    Space opera de facture classique, les premiers épisodes rappellent furieusement Flash Gordon et sa lutte contre l’empereur Ming. Américain, blond aux yeux bleus, Pilote Tempête est l’archétype rêvé du défenseur des idéaux de liberté dans cette période d’après-guerre. Ayant reçu en cadeau de ses amis Vénusiens des renseignements technologiques futuristes, il en confie une partie à l’ONU et dissimule le reste, estimant que l’humanité n’est pas assez mûre pour en bénéficier.

    Mais très rapidement Henk Sprenger va trouver ses marques et insuffler un rythme soutenu à son récit. De Vénus à la Lune et Mars ou sur notre bonne vieille Terre avant de gagner les profondeurs intersidérales, Pilote Tempête et son équipe vont vivre toutes sortes d’aventures. Des aventures dont certaines seront des adaptations de récits connus, l’on retrouvera ainsi le personnage d’Antinéa, issu de l’Atlantide de Pierre Benoît, ouvrage publié en 1919 ou le thème encore plus célèbre de Gulliver de Jonathan Swift… On pensera également au cycle des Robots (1950) d’Isaac Asimov que Sprenger utilise à son profit lors de sa spectaculaire révolte des robots contre l’humanité.

    Des facilités scénaristiques certes, mais compréhensibles quand on songe au rythme que le dessinateur devait suivre, pendant plusieurs années, il réalisa deux strips par jour. En plus du strip quotidien de Pilote Tempête, Henk Sprenger travaillait également sur d’autres bandes dessinées dont une consacrée au sport, plus exactement au football a pour héros Kick Wilstra, qui, avec sa devise « Toujours tout droit », sera un modèle et un idéal pour de nombreux jeunes Néerlandais. Cette série sera d’ailleurs peut être plus célèbre aux Pays-Bas que celle de Pilote Tempête. Une série que les éditions Artima reprendront également (pendant 42 numéros, entre 1955 et 1958) sous le titre Olympic.

     

    A un bestiaire fabuleux

    Si les héros de Sprenger voyagent aussi bien dans l’espace que dans le temps il est pourtant une constante dans l’œuvre science-fictive du dessinateur hollandais, c’est la facilité déconcertante qu’il a pour engendrer des créatures aussi bizarres qu’exotiques qu’il sait rendre parfaitement crédibles.

    Les hommes verts de Valéron (Vénus) servent de mise en bouche à sa créativité en attendant les Martiens « pourvus de crête occipitale et d’oreilles en ailes de chauves-souris ». Mais ceux-ci ont un aspect humanoïde familier et ils font partie de la proche famille des hommes, ce qui n’est pas le cas avec les Naugars, un genre de pieuvres poilues qui cherchent une planète d’accueil ou les créatures de Ganymède « aux yeux démesurés, […] constitués d’une matière gommeuse noire [et] d’un bec corné » ou encore, issue d’une planète errante des globes dotés de vrilles qui étouffent les autres espèces animales et végétales. Autres créatures peu sympathiques que l’équipage de Pilote Tempête va rencontrer au cours de ses pérégrinations, des hommes fourmis, des chauves-souris, des limaces et des insectes géants et des hommes singes et un maléfique super cerveau. La vie, comme nous la connaissons est basée sur le carbone, pour certains scientifiques, d’autres formes de vie, basées, elles, sur le silice, sont une possibilité envisageable. Henk Sprenger adopta cette théorie en créant des êtres cristallins qui voulaient détruire la Terre pour en manger le métal…

    Et bien d’autres créatures encore, amicales ou hostiles, qui vont enchanter mes rêves d’aventures extraordinaires. Alors, oui, Pilote Tempête est bien une de mes madeleines et j’avais envie de la partager avec vous pendant ces quelques lignes.

    François Membre

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

    • Voir les commentaires

    • moreau pierre

      Bonjour,
      je garde un bon souvenir de cette bande dessinée. Je me suis procuré les numéros de Spoutnik dans lesquels elle est éditée mais, comme vous dites, il y a bien d’autres histoires après ( lues à leur époque sur le Populaire du Centre ) . je serai donc intéressé par votre ouvrage mais rien n’apparait chez de Varly éditions ?
      pouvez-vous m’en dire un peu plus ?
      Merci

    • Jean-Serge Brisson

      Je serais tres interesser a acheter la collection.

      Comment je mis prends pour le faire?

      Je suis au Canada, et je n’est pas trouver de detaillant pouvant me le procurer.

      • Daniel Muraz

        je vais transmettre votre message à l’auteur de la chronique… mais bon, sans garanties de succès

    • chris.

      Bonjour, Le Pilote Tempête était une des séries vedettes du “Petit Luron” le supplément gratuit du journal belge “Samedi” à partir du 30 mai 1953. Il est présenté comme étant “Jacques Tempête, le célèbre pilote belge”. La série paraissait sur une page de format 22 x30cm et souvent sur une double page en noir et blanc ou en couleur sépia. Curieusement Sprenger ne fait pas usage de phylactères dans cette histoire.

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