Strip-tease

    Laissez faire les professionnelles… (1950sUnlimited)

    Patrick a un peu de mal à comprendre que, même mariés depuis 36 ans, même parents de trois enfants, quand on force sa femme à avoir des rapports sexuels, ça s’appelle un viol. En 2015, il a procédé à des attouchements poussés alors qu’elle désirait simplement dormir.« Elle avait fait un strip-tease », se justifie-t-il. On comprend que dans ce couple, quand Catherine se déshabillait dans la salle de bains, c’est qu’elle voulait dormir ; quand elle enfilait sa chemise de nuit dans la chambre, elle signifiait qu’un câlin était possible, voire désiré. C’est aussi codifié que la parade amoureuse chez les passereaux sauf que le 31 mars, « j’étais rentrée tard du boulot et je voulais simplement me changer rapidement pour me coucher », se souvient la victime.

    Patrick, 60 ans, casier judiciaire vierge, n’a rien compris. Patrick semble n’avoir jamais rien pigé à sa femme – « Je n’ai jamais été capable de lui dire je t’aime, sanglote-t-il -, à ses gamins (qui ont pris le parti de leur mère), à son boulot. Pâtissier, il a trimé jour en nuit pendant plus de quarante ans avant d’être victime de harcèlement, pour mieux laisser la place à plus jeune et moins bien payé que lui.

    Il est « rigide », diagnostique le psychiatre, qui a réussi à faire raconter au préretraité cette scène vieille de 43 ans, qui le hante mais dont il ne parle jamais : « A 17 ans, c’est moi qui ai retrouvé mon père pendu. Je l’ai décroché. J’étais l’aîné. Il a fallu que je m’occupe de ma mère et des autres enfants. Il a bien fallu que je sois strict, je n’ai pas eu le choix ».

    Ses enfants l’accablent : « Il nous rabaissait. Il insultait maman. On l’a entendu lui dire « putain, tu vas en baver ». Il était violent avec elle et le lendemain matin, il était tout péteux ». La mère renchérit : « Il allait sur des sites cochons, il parlait avec des femmes russes ». Lui est gêné : « J’avais surtout besoin de tendresse ».

    Après la scène de l’effeuillage mal interprété, la tension monte dans le couple. En avril, Patrick casse tout le mobilier à la hachette et frappe de nouveau Catherine. Elle porte plainte. Il est passé sous contrôle judiciaire mais le viole – c’est une manie – en poursuivant sa femme dans la rue et en la menaçant. La justice craint un drame : il est envoyé en détention provisoire, jusqu’à cette audience de début d’année, où il a été condamné à 24 mois de prison dont 18 ferme.

    Patrick va vite sortir : « Maintenant, ce que je veux, c’est reprendre une vie pépère, aller à la pêche, et puis voir mes enfants. Leur photo, en prison, c’est tout ce que j’avais… »

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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