Garçon poli, le chroniqueur a soigneusement attendu la dernière minute de la dernière heure du dernier jour de la campagne électorale. Il a écouté, lu et se désespère encore d’entendre parler d’un sujet qui fait partie du quotidien des palais de justice : la drogue.
    Cette semaine, on jugeait douze Amiénois d’Étouvie qui pendant au moins trois ans ont gangrené leur quartier. Leur business se chiffre en dizaines de milliers d’euros. Il est question d’importation, d’organisation pyramidale, de règlements de comptes, de loi du silence, de détention d’armes, de blanchiment (dans des commerces et des immeubles, des deux côtés de la Méditerranée). La semaine qui vient, treize personnes comparaîtront à Beauvais et l’on peut déjà parier que l’audience tiendra du copier-coller.

    Un commerce florissant… (24oranges.nl sous CC)

    À ce niveau, le trafic de stupéfiants est autre chose qu’une question de santé publique. Il alimente des familles entières : grassement pour celles qui logent au sommet, chichement pour les nourrices, recrutées parmi les plus faibles des allocataires du RSA. La drogue structure l’existence d’individus et de quartiers entiers. Certains en vivent ; aux autres, elle rend le quotidien invivable, quand chaque couloir, cage d’escalier, cave d’immeuble se transforme en supermarché de la came. Seuls ceux qui n’ont pas le choix viendront vivre dans une telle cité. Le quartier sera une zone de non-droit, habité par les éclopés de notre société. Le trafic y prospérera d’autant plus facilement. Et le cercle vicieux se refermera…

    En 2015, on estimait que 22 millions de Français avaient consommé de la drogue (hors tabac, alcool et médicaments) une fois dans sa vie et que 2,3 millions en prenaient régulièrement. En 2016, le chiffre d’affaires du trafic de stupéfiants était évalué aux alentours de 2,3 milliards d’euros. Faut-il légaliser le cannabis pour se concentrer sur les drogues dures ? Au contraire, pratiquer la tolérance zéro et punir le plus petit consommateur ? Envoyer l’armée ? Rémunérer les balances ? Rétablir les frontières ? Doubler le nombre de policiers ? Certaines de ces propositions sont idiotes, j’en conviens, mais je ne risquais pas d’être contredit par les candidats aux présidentielles et législatives, puisque le sujet n’a pas semblé les intéresser.
    Simple indifférence ou pur cynisme, guidé par la peur qu’un système, même vicié, qui l’un dans l’autre assure un semblant de paix sociale, ne s’écroule ; par la constatation que des étais pourris valent mieux qu’un mur effondré ? Ce ne serait pas si stupéfiant…
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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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