Un an, un CD et 276 pages de “culture à la masse”… Aaarg !

    La revue Aaarg ! a fêté son premier anniversaire. Avec un sixième numéro énorme et généreux.

    aaarg 6_détail couvUn an déjà (et même treize mois, étant en décembre) que l’on avait repéré cet OVNI tombé de la planète Mars(eille). Un magazine arrivant dans les rayonnages comme une belle surprise éditoriale, à chaque fois recommencée et dont la qualité ne se dément pas. Une revue à la fois classieuse et à l’esprit punk, sobre dans sa forme (c’est une qualité) et foutraque dans le fond, mêlant BD alternatives, nouvelles improbables (et souvent fulgurantes) et pastiches potaches. Parmi la bande des “mook”, ces “magazines-livres”, comme les réussis XXI et la Revue dessinée (pour ceux qui font la part belle à la bande dessinée et au roman graphique), c’est un peu le vilain petit canard. Volontiers scato, trash, outrancier et “mauvais genre”. Mais, on l’a dit, il n’a pas de complexes à avoir dans la forme, avec sa maquette soignée, son beau papier et une mise en page qui valorise les sujets. Surtout, malgré l’éclectisme de ces contributeurs (comme El Diablo, Julien Loïs, Pochep, Rica, B-Gnet, Nicolas Poupon ou Julien Solé), Aaarg !  a trouvé, en six numéros à peine, un ton et une ligne qui fait “école”.

    A l’heure de souffler sa première bougie (et en attendant le numéro  prévu pour le 8 janvier prochain), Aaarg ! a encore bien fait le choses. Avec talent, générosité… et avec un numéro spécial de 276 pages + un CD (+ l’habituel poster de la couverture en grand format) pour un prix à peine plus élevé que d’habitude (16,50 au lieu de 14,90 euros)…

    Tomahawk tire le portrait des membres de l'équipe
    Tomahawk tire le portrait des membres de l’équipe

    Pour le côté “spécial anniversaire”, où le journal se penche sur lui-même, on retrouvera une série de fausses couv’ aussi diverses qu’esthétiques revisitant tous les registres du fantastique (de la SF à l’horreur), une jolie page de portraits des principaux membres de l’équipe faits à la carte grattée (et au calembour subtil) de Tomahawk (entre Pixel Rangeur, Roupille Apnéique ou Bière place !), une enquête hilarante et fort bien tournée de révélation sur la genèse d’Aaarg ! (“ça aurait dû être le fleuron de la bande dessinée. Un truc pointu, classieux, pas un squat pour punks de moquette servant de blanchisserie…“). Autre grand moment, “Los Aaargisteros”, où Pierre Place revisite ses “Zapatistas” sous les traits de ses camarades de revue. Et, bien sûr, on retrouve la chronique de la vie “chez Aaarg” signée Salchs et Kax, particulièrement gratinée, une fois encore.

    aaarg-6_couvPour le reste, dans ce mélange d’histoires courtes en BD et de récits longs qui fait la marque d’Aaarg, on pourra trouver quelques morceaux de bravoure en BD : une histoire noire (ponctuée de rouge sang) d’adultère et de mécanique par Aurélien Ducoudray et Romain Mahouin, une tranche de vie sensible autour de deux jeunes braqueurs foireux (signée Starsky, le rédac chef, et Place) et, du même Starsky (sur des dessins de Rica), un magnifique récit mélancolique et émouvant sur un vieux journaliste d’un magazine de faits divers. Dans un registre plus drôlatique, il faut aussi mentionner les planches-gag “d’une île à la mer” de Nicolas Poupon, une amusante évocation de la sorcellerie par B-Gnet, les strips minimalistes et vinicoles de “Pierrick le rouge & White Kax” (par Jorge Bernstein) et – un des sommets de ce numéro – l’hilarante histoire du barbare schizophrène où Mo/CDM et sa délirante mise en abîme du voyage dans le temps.

    Aaarg 6_stripA cela vient s’ajouter, entre autre, un chapitre du dernier livre de Riff Reb’s, Hommes à la mer, et un autre chapitre d’Un homme de goût, le polar de Cha et El Diablo (deux albums qui méritent qu’on y revienne plus en détails).

    Quatre grands textes ponctuent aussi ce numéro. L'”abécédaire” d’Emmanuel Reuzé (qui signe la couv’ du magazine), tout d’abord. Mais aussi un entretien-carrière passionnant avec Ron Cobb (le dessinateur qui a travaillé sur Alien, Conan, le Dune de Jodorowsky, a fait les extraterrestres de la Cantina de Star Wars et bien d’autres choses dont les pochettes de Jefferson Airplane et des dessins anti-guerre du Vietnam), chronique ciné toujours impeccable et très riche signée comme à l’accoutumée par The Scag & The Floozie. Et encore un étonnant gonzo-reportage revenant sur l’exploit du girondin Zorro du cul : faire Marseille-Bordeaux en moonwalk ! Et enfin, une interview “zoom” sur Diego Pallavas, groupe punk-rock d’Epinal qui célèbre, lui, ses dix ans (fêtant d’ailleurs ça ce week-end). Et qui, pour le coup, offre son “Brest of” exclusif en CD. 17 titres enlevés et rageurs qui font une parfaite bande-son pour accompagner cet Aaarg ! anniversaire.

    Bref, une bonne occasion pour ceux qui ne le connaîtraient pas encore de se plonger dans cet univers de “bande dessinée & culture à la masse”.

    Une des fausses couv' disséminées dans ce numéro anniversaire
    Une des fausses couv’ disséminées dans ce numéro anniversaire

     

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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