Un dimanche après-midi, sur le chemin de halage, à Amiens

    Patrick Poulain en compagnie de Sylvie Gosselin (à gauche) et de Jeanne R.M.

     Il y avait longtemps que je ne m’étais pas promené sur le chemin de halage de la Somme, à Amiens, le dimanche. C’est incroyable le nombre de gens qui marchent, courent, roulent à bicyclette. Ils vont vite, foncent on ne sait où. Comme ils sont silencieux, on ne les entend pas venir. C’en devient dangereux. C’est étrange cette nouvelle manie de vouloir être en forme à tout prix. Moi, le dimanche, je n’ai pas envie d’en foutre une. Repos total. Inactivité salutaire. J’adore dormir. Alors que je matais un banc de vandoises dans la Somme, j’ai failli me faire renverser par deux filles à vélo qui pédalaient comme des folles, l’air hagard. C’est drôle ce goût soudain pour l’effort, de demander l’extrême à ses muscles alors que ceux-ci ne nous ont strictement rien fait. Sportifs du dimanche, à la dérive sur la rive. Je me demandai où ils pouvaient aller comme ça, droit devant, sérieux comme des animaux, concentrés et tendus comme des cadres de multinationales. En passant devant l’ancienne maison de Sylvestre Naour, dans les hortillonnages, en bordure de la Somme, je me suis souvenu que j’étais venu là en 2004, je crois. Je marchais lentement, regardais l’eau, ne recherchais pas l’effort, ni le bien être. Ma petite amie du moment venait de mettre les bouts; j’étais ivre. Je savais que chez Sylvestre il y aurait du vin, des apéritifs. Ça me mettait de bonne humeur. L’époque change. Y a-t-il encore des gens bourrés sur le chemin du halage de la Somme? Ou ne trouve-t-on plus que des zombies, casques sur les oreilles, qui courent après leur forme? Ce dimanche-là, j’ai fini par arriver au 89 du chemin de halage, où les photographes Patrick Poulain et Sylvie Gosselin, et le peintre Jeanne R.M., exposaient leurs œuvres en pleine nature. Une compression de Patrick Poulain m’a interpellé. Intitulée Boire ou conduire, elle présentait des boîtes de Heineken, Pilsator, Amadéus et 8,8 entourant une vieille affiche publicitaire: «Carrosserie Saint 0322858036, à Harbonnières.» Un dessin montrait une voiture rouge et une autre bleu de Prusse en train de se télescoper. Harbonnières m’a rappelé le Santerre et Lou-Mary. J’ai composé le numéro de téléphone. La carrosserie Saint existe toujours. Lou-Mary est partie à Montreuil. Je ne bois plus. Les temps ont changé.

    Dimanche 30 septembre 2012.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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