“Un homme de joie”, de Régis Hautière et David François : “l’ambiance fantasmée du New York des années 30”

    Un homme de joie, le nouvel album en commun de Régis Hautière et David François sort à la fin du mois. Rencontre avec les deux auteurs amiénois autour de ce beau projet.

    Régis Hautière, le scénariste, à gauche, et David François, le dessinateur, au premier plan, dans leur atelier d'Amiens.
    Régis Hautière, le scénariste, à gauche, et David François, le dessinateur, au premier plan, dans leur atelier d’Amiens.

    Régis Hautière et David François se retrouvent pour leur troisième album en commun. Après l’Etrange affaire des corps sans vie et de Briques et de sang. Avec Un homme de joie (éditions Casterman), il s’agira même ici d’un diptyque, dans l’ambiance du New York des années 30. Avant un regard critique, très prochain, sur l’album,  les deux auteurs nous parlent de ce projet, à quelques jours de l’arrivée en rayons de l’album…

    Régis Hautière, David François, comment est né ce nouveau projet d’album en commun ?

    un homme de joie_tome 1_couvRégis Hautière: Il y avait déjà l’envie de retravailler ensemble. Mais David ne souhaitait pas repartir sur un nouveau polar, car nous en avions déjà fait deux, avec L’Etrange affaire des corps sans vie puis De Briques et de sang. Et il voulait aussi changer de décor. Après le côté très historique du Familistère de Guise, il avait envie de partir à new york. Et pourquoi New York…?

    David François: …New York, c’est un peu le fantasme, la ville des romans, des films. Et puis, c’est intéressant pour l’architecture. On y trouve différents styles. Il y a aussi les superbes vieilles bagnoles, à l’époque qu’on évoque.

    C’est vrai que, côté « architecture », on trouve des plans assez vertigineux. Vous êtes-vous beaucoup documenté sur cette histoire de l’édification des gratte-ciels américains ?

    D.F.: J’ai en effet trouvé beaucoup de documents d’époque, puisqu’il s’agit dans l’album d’évoquer quand même la construction du Rockfeller Center. Mais c’est aussi l’influence des séries ou d’Il était une fois l’Amérique, de Sergio Leone. En fait, c’est plus un New York cinématographique que j’évoque. Disons que c’est mon idée du New York des années 30.

    Le résultat graphique, déjà singulier et réussi dans De Briques et de sang est encore plus fort, je trouve, ici. Dans le dessin des personnages, l’univers urbain, etc. Quelles techniques avez-vous utilisé ?

    D.F. : J’ai travaillé au pinceau, à l’encre de chine et à l’acrylique. Et la colorisation est numérique. Mais j’ai cherché particulièrement à soigner les ambiances.

    Votre héros immigré est un peu original, puisqu’il s’agit d’un Ukrainien. Généralement, on associe plutôt le personnage de l’immigrant aux Italiens, comme chez Leone justement, ou aux Irlandais. Pourquoi un tel choix ?

    Sacha, le héros, inspiré d'un chanteur punk ukrainien.
    Sacha, le héros, inspiré d’un chanteur punk ukrainien.

    R.H. : En fait, lorsque j’imaginais mon personnage, je pensais à Eugène Hütz, le fondateur de Gogol Bordello, un groupe punk new yorkais que nous avions vu plusieurs fois en concert. Pour l’anecdote, la légende veut que lorsqu’il est arrivé en Amérique, il ait pris des gens dans la rue pour former son groupe ! Et, bref, il a un physique assez particulier et il est Ukrainien. Et puis il faut savoir que, dans les années 30, New York, qui est aussi l’autre personnage principal de l’intrigue, est vraiment la porte d’entrée des immigrants des pays de l’Est. Les Italiens et les Irlandais, c’était avant. Donc, cette origine collait bien avec notre histoire.

    En parlant de clin oeil, il m’a bien semblé reconnaître un auteur de BD samarien dans le personnage de l’ouvrier ex-acrobate…

    Un ouvrier funambule qui rappelle quelqu'un...
    Un ouvrier funambule qui rappelle quelqu’un…

    D.F. : Il y a en effet ce personnage qui vient de France, Lafayette, avec un passé un peu tragique de forain. Et oui, je lui ai donné les traits de Hardoc (NDLR: le dessinateur de la Guerre des Lulus, scénarisé par Régis Hautière et dont David François assure la colorisation).

    R.H :  Comme autre clin d’oeil, il y a aussi Gaston, un autre ouvrier. Lui renvoie au à l’un des personnages d’Abélard (NDLR: la série réalisée par Régis Hautière avec le dessinateur Renaud Dillies). Car le deuxième cycle d’Abélard, dont le premier tome va sortir en juin, se passe aussi à New York.

    D.F.: Donc j’ai fait une version humaine de l’ours Gaston… Mais c’est forcément moins évident à reconnaître !

    Votre héros, Sacha, se retrouve imbriqué plus ou moins dans la mafia, mais il demeure un peu « spectateur », assez passif, il intervient rarement…

    D.F.: C’était une demande de ma part. Je voulais un héros qui soit quasi mutique, qui parle très très peu, qui prenne son temps. Je voulais que nous fassions un album d’ambiances.

    Nous en sommes, à la fin de ce tome 1, au milieu du récit. Le deuxième tome sera-t-il dans le même style ou ira-t-il vers une action plus soutenue ?

    R.H.: Il y aura un peu plus d’action. Là, on a posé l’ensemble des personnages et les bases de l’intrigue. Mais cela ne va pas être non plus un récit d’action à proprement parler. Cela restera un récit d’ambiance, de relations entre les personnages.

    Ceci dit, il se passe aussi pas mal de choses dans ce premier tome, notamment une histoire d’amour assez particulière. Et, sans la dévoiler, disons qu’il y a surprise très inattendue, que l’on ne sent pas venir du tout à la première lecture, dans la dernière planche…

    La première découverte des "Magdalena Sisters"
    La première découverte des “Magdalena Sisters”

    R.H.: L’histoire a été imaginée effectivement en songeant à certains personnages de cette époque particulière. On s’est efforcé d’amener cela de manière subtile. Tout a été calculé dans les cadrages, dans la manière dont on découvre les personnages, de telle façon que le héros, lui non plus, comme le lecteur, ne saisisse pas toute la dimension de ce qui est en train de se passer.

    Dernière question, pourquoi ce titre Un homme de joie ? C’est une antiphrase par rapport à son rôle de travailleur, « d’homme de peine » ?

    R.H.: C’est surtout en référence aux « filles de joie » de l’album !
    Régis Hautière et David François seront en dédicaces samedi 28 mars à partir de 14 heures à la librairie Bulle en stock d’Amiens, rue du Marché Lanselles.

     

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !

    Tags:

    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

    • Voir les commentaires

    • Guy de La Motte Saint Pierre

      Même qu’il y aura une exposition sur le travail de David François début juin au festival BD d’Amiens avec de nombreux originaux de cet album

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Quartier lointain : retour sur les planches

    La Comédie de Picardie accueille pendant trois soirées l’adaptation théâtrale de Quartier lointain, le ...

    page blanche…

    La montagne, ça vous gagne (surtout dessinée ainsi, par Cosey, dans A la recherche ...

    Georges Mandard, poète, ne sera jamais charcutier

    L’excellent Gérard Pussey propose un petit livre hilarant et très réussi, constitué de saynètes ...

    Missions spéciales, BD ou pas

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis ! 0J'AIME0J'ADORE0Haha0WOUAH0SUPER !0TRISTE0GrrrrMerci !

    Ankama donne envie d’embarquer pour Zarkass

    Ici, on parle des albums, pas des opérations de com’ destinés à les promouvoir. ...

    Le Grand prix de la critique 2012 à “Polina” de Bastien Vivès

    Le Grand Prix de la critique de BD 2012 a été décerné aujourd’hui au Français ...