Un voyage en Alzheimer qui ne s’oublie pas

    Ceux qui me restent-couvCeux qui me restent, Damien Marie (scénario), Laurent Bonneau (dessinateur). Editions Grand Angle, 152 pages, 21,90 euros.

    Ce 21 septembre est la journée mondiale de la maladie d’Alzheimer. A sa manière, ce roman graphique participe à la compréhension de cette pathologie qui touche aujourd’hui quelque 800 000 personnes en France.

    Florent avait pourtant bien commencé sa vie. Dans le sillage de Mai 68, il tombe amoureux de Jenny, une jeune anglaise, la rejoint sur un coup de tête. Et ils se plient à ses conditions: se marier, s’installer en Normandie et avoir une fille qui s’appelle Lilie. Mais, l’idylle se brisera vite. Jenny meurt alors que Lilie n’a que cinq ans. L’enterrement, froid et britannique, fait basculer le récit, d’autant qu’au retour, Florent perd Lilie sur le ferry qui les ramènent à Cherbourg. En tout cas, c’est ce qu’il croit. Perdu surtout dans son monde à la mémoire défaillante…

    A l’image de sa couverture, Ceux qui me restent cherche à capter, à restituer une mémoire qui s’efface progressivement. Il le fait avec une grande délicatesse, de l’intérieur, en tentant d’illustrer ce processus mental à travers l’évocation chaotique des bribes des souvenirs d’un vieil homme.

    C’est une belle immersion que proposent ici Damien Marie et Laurent Bonneau, emmenant le lecteur à l’intérieur et au rythme des pensées de Florent. Avec comme appui un joli trait, léger ou plus appuyé selon le contexte. Et un intéressant travail chromatique, en aplats de couleurs qui restituent une ambiance, une chronologie disloquée. Aux couleurs chaudes et au trait léger du premier chapitre – la rencontre Florent-Jenny – succède la froideur du gris et du vert de l’enterrement, tandis que le trait se noircit, se fait plus lourd, sombre. Le récit avance en dévoilant progressivement les ressorts cachés de la culpabilité qui minent le personnage, enfermé dans des souvenirs obsessionnels, cherchant éternellement à retrouver sa petite fille d’antan, et ne voyant plus dans la jeune femme qu’elle est devenue que le fantôme de son épouse défunte.

    En quelques planches, en une phrase (“attendre sans raison, sans horizon, je n’ai plus que ça...”), Bonneau et Marie parviennent aussi à faire ressentir tout le poids de la fin de vie pour celui qui en est atteint comme pour ses proches. Entre les déambulations mentales du père et la froide réalité clinique de son état, le double fil du récit est très bien maîtrisé. Et il offre, sans pathos, une évocation sensible et émouvante d’un père, en pleine confusion mentale, cherchant désespérément, à retrouver sa fille. Et, surtout à renouer des liens distendus. Un double combat, contre la mémoire qui s’en va et le temps qu’on ne rattrape plus, qui ne laisse pas insensible.

    Ceux qui me restent-planche

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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