Un vrai poison de jeune fille

    Violette Nozière, Eddy Simon (scénario), Camille Benyamina (dessin). Editions Casterman, 96 pages, 20 euros.

    Violette Nozière fait partie de ces grandes affaires criminelles qui ont marqué l’entre deux guerres, au vingtième siècle. Mais si son nom est passé à la postérité, si son histoire rappelle vaguement quelques souvenirs – une toute jeune femme empoisonneuse et parricide – son profil psychologique conserve encore son lot de mystères.

    En 1934, devant les Assises, à Paris, à peine âgée de 19 ans, elle est jugée pour avoir tenté d’empoisonner ses parents. A la deuxième tentative, son père en décédera, sa mère survivra et viendra témoigner à la barre. Au-delà du contexte criminel, Violette Nozière deviendra aussi un enjeu de société, défendue notamment par les surréalistes en qui ils voient un exemple de tentative d’émancipation féminine face à une société conservatrice. Plus tard, Chabrol en tirera un film qui insistera, lui aussi, sur l’atmosphère étouffante qui entourait la jeune meurtrière. C’est un portait légèrement différent qu’en donnent ici Eddy Simon et Camille Benyamina.

    Les deux auteurs en donnent en effet ici une version plutôt à charge, mais qui se révèle, dans le même temps, étrangement touchante.

    Menteuse pathologique ou carrément mythomane, Violette rêve sa vie, quittant sa famille, aimante mais de condition modeste pour se faire passer pour un mannequin ou une fille de modiste auprès de ses amants. Une fragilité et une inconscience qui vont provoquer le drame, dont on ne sait, au final, s’il traduit une inexorable tragédie ou un froid calcul pour effacer un obstacle vers le destin imaginaire qu’elle ambitionne…

    Subtil dans son approche du personnage, cet album l’est tout autant dans son dessin. La jeune dessinatrice Camille Benyamina y va d’un trait tout en douceur et en couleurs pastel qui fait ressortir l’incroyable frivolité du personnage et renforce, en creux, son côté odieux. Son inconséquence adolescente dans l’ambiance déliquescente des années 30.

    A la fin du livre, un dossier apporte les éléments historiques nécessaires pour en savoir plus sur le personnage. Et, effectivement, parvenus à la dernière planche, on a envie de mieux connaître Violette Nozière. Objectif atteint, donc.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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