Une histoire de résistance dans la Somme

    ROBERT1944_couvRobert 1944, De Roubaix à Amiens, les derniers mois d’un résistant… Jean-Michel Vanweydeveldt. Editions Les Lumières de Lille, 160 pages, 20 euros.

    Près d’Amiens, au bord de la voie rapide allant vers Roye, entre les communes de Boves et Gentelles, se dresse un petit monument de pierre blanche surmonté d’une grande croix de Lorraine. Là, début septembre 1944, on découvrit les corps putréfiés de 27 personnes. Des résistants exécutés, puis ensevelis par la Gestapo, en mai puis août de cette même année. Ce mémorial, devenu anonyme, reprend vie et chair à travers ce roman graphique, oeuvre d’un neveu d’une des victimes de Gentelles, qui se nommait Robert Vanweydeveldt et qui avait  24 ans lorsqu’il fut tué…

    Le récit commence le 6 juin 1944. Sur les plages de Normandie, c’est le débarquement qui va participer à la libération de la France. Mais dans la Somme, les Allemands sont encore bien présents. Ce jour-là, dans le village de Bonnay, c’est aussi le deuxième anniversaire d’Edith, la fille d’Edith et Robert Vanweydeveldt. En 1941, le jeune couple de Nordistes, originaire de Roubaix, est venu s’installer à côté des parents d’Edith, Clotilde et Adolphe Vincent dans ce petit village entre Albert et Amiens. Coiffeur de formation, Robert est devenu chauffeur à la SCAM, où son beau-père est magasinier. Et la vie continue, sous occupation allemande.

    Robert 1944_caseLe premier geste de “résistance” de Robert sera de démonter un poteau indicateur allemand. Puis, en décembre 1943, Adolphe l’informe qu’il est commandant d’un groupe de FTP. Robert s’engage s’en hésiter. Diverses missions vont s’en suivre, renseignements, accueil de fugitifs, etc. Après le débarquement, les sabotages ferroviaires se multiplient. Mais c’est le sabotage d’une moissonneuse-batteuse qui va tout déclencher. Bientôt, à partir d’une arrestation au bar “Le Chant des oiseaux” à Fouilloy, tout le réseau de Bonnay va tomber : Jacques Noiret, 23 ans ; Jean Noiret, 17 ans, Adolphe Vincent, 52 ans, Marcel Vyncke, 20 ans et Robert Vanweydeveldt. Arrêtés, ceux-ci sont emprisonnés à la citadelle d’Amiens, torturés au siège de la gestapo, rue Jeanne-d’Arc. Puis dans la panique de la fin août, avec l’avancée alliée, 18 prisonniers politiques sont embarqués par la gestapo dans sa fuite vers Saint-Quentin. En arrivant vers le bois de Gentelles, Braumann, le chef de la police se souvient y avoir fait disparaître 8 résistants en début d’année. Les 18 résistants les rejoindront. Leurs corps ne seront découverts qu’en septembre 1944. On découvrira qu’ils ont été achevés à coups de pied, de crosses. La plupart ont les ongles arrachés et ont subi de graves sévices avant leur mort.

    La narration est classiquement chronologique, après un léger flash-back jusqu’en 1939, aux derniers jours d’insouciance.

    Le dessin, ligne claire simple, est limite naïf. Et le noir et blanc d’une grande sobrieté (seulement bouleversé, dans un effet plutôt réussi, par une marée rouge au moment de l’exécution collective). Mais dans sa simplicité, non exempte de quelques petites maladresses graphiques, cet album parvient à toucher, à être même bouleversant dans certaines planches.

    Très fouillé, Robert 1944 prend le parti-pris du réalisme en faisant parler les Allemands… en allemand, en soignant la restitution des décors, en reproduisant beaucoup de documents (dont quelques pages de Picardie nouvelle ou du Courrier picard !).

    En rappelant précisément l’histoire de sa famille, il parvient aussi à rendre explicite cette “résistance” parfois si mythifiée, à lui rendre une dimension humaine, faite de petits gestes d’abord, puis d’actes de sabotage plus importants. Sans héroïsme. Mais parce que l’occupation était insupportable.
    Ce roman graphique est en effet un “travail de mémoire familiale mais aussi le récit d’un épisode tragique de la résistance dans la région d’Amiens“. Un double hommage pertinent.

    Désormais, quand on passera entre Gentelles et Boves, on aura une pensée pour Robert. Et pour les 26 autres résistants dont le souvenir est rappelé là.

    Robert 1944_planche

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !

    Tags:

    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Un retour à la terre gagnant

    Le retour à la terre, tome 6: Les métamorphoses,  Jean-Yves Ferri (scénario), Manu Larcenet ...

    Lucy, toujours aux sources de notre humanité

     Lucy, l’espoir,  Patrick Norbert (scénario), Tonino Liberatore (dessin et couleur), Yves Coppens (conseil scientifique et ...

    Les Vieux Fourneaux retournent dans la mêlée

    Les Vieux Fourneaux, tome 5: bons pour l’asile, Wilfrid Lupano (scénario), Paul Cauuet (dessin). ...

    Zep au musée de Lille et dans le Courrier picard

    Le Courrier picard met l’accent, décidément, ce 2 avril, sur les auteurs de bande ...

    Black Joke 2 : Le jeu continue

    BLACK JOKE, t.2, Masayuki Taguchi, Rintaro Koike, ed. Ankama, 192 pages, 6,95 euros. A ...