Une nouvelle proximité avec “Quartier lointain”

    Quand les mangas brûlent les planchent. Belle transposition théâtrale du manga de Jirô Taniguchi Quartier lointain par la compagnie suisse STT (Super Trop Top). 

    Ce n’est certes pas une nouveauté – la création date de 2009 – mais pas de raison de bouder son plaisir après cette vision de Quartier lointain,  hier soir dans la jolie salle – et l’agréable équipe – de la Comédie de Picardie à Amiens (il reste encore deux soirs à l’affiche, ce mercredi et jeudi 21 mars). Au contraire même, avec l’expérience, les six comédiens excellent dans leur interprétation plurielle des personnages du beau manga de Jirô Taniguchi.

    Cette adaptation, en spectacle vivant, de cette album de quelque 400 pages pouvait tenir de la gageure. D’ailleurs, Dorian Rossel, le metteur en scène, n’a pas cherché l’adaptation littérale – impossible – mais s’est lancé dans un “travail d’invention d’un langage théâtral différent de celui de nos autres spectacles“. Au final, le spectacle est d’une grande fidélité avec le fond du récit, celui, onirique et fantastique, d’un cadre quinquagénaire, “beauf” porté sur l’alcool, Hiroshi, qui se trompe de train, aboutit dans sa ville d’enfance… et se retrouve dans la peau de l’adolescent de 14 ans qu’il fut, mais avec sa conscience et son expérience d’adulte. Une deuxième chance lui est ainsi donnée de “refaire sa vie” – le thème est bien au coeur de l’oeuvre – et de comprendre enfin les raisons de la disparition de son père, lors de cet été là.

    Six comédiens excellents.

    Des planches de l’album… aux planches de la scène, la principale modification est celle du ryhtme. Le style contemplatif et mélancolique du manga laisse place ici à un spectacle plus dynamique et drôle – jusqu’à l’émouvante séquence finale, parfaitement restituée et préservée. La scénographie est joliment stylisée, sans surjouer dans l’exotisme nipponisant, mais en faisant d’astucieux clins d’oeil à la mise en page de la BD (avec son exposition frontale des scènes et dans la reproduction des vues en plongée notamment).

    La mise en scène s’appuie sur deux musiciens et six comédiens épatants qui jouent parfois indifféremment les personnages. Le héros est ainsi interprété principalement par un comédien (qui a l’âge de son personnage adulte) mais aussi par d’autres voire parfois par une interprétation chorale (notamment pour restituer les réflexions intérieures d’Hiroshi). De quoi rendre perplexe, ainsi évoqué, mais dans le fil de la pièce, tout cela s’avère d’une grande fluidité, ne venant jamais perturber la compréhension ou le rythme, mais participant de cette ambiance ludique et jubilatoire.  Et de cette volonté affichée par Dorian Rossel de restituer “l’euphorie de l’adolescence nostalgique“, en transfigurant le rapport d’intimité de la lecture à celui, collectif, de la scène.

    Un bel hommage et du vrai art vivant pour un réjouissant moment de théâtre et de bande dessinée. Et une compagnie suisse qui n’a pas outrepassée son nom de Super Trop Top.

    En bonus, ce jeudi 21 mars à 18h30, conférence de Pascal Mériaux, directeur de l’association On a marché sur la bulle sur le thème : “Jirô Taniguchi, de la bande dessinée à l’écran et à la scène”. (entrée libre).
    Et, pour la pièce et pour fêter le printemps, l’entrée est à 3 euros pour les étudiants.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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