Valérian, un film qui a droit de Cité

    C’est peu de dire que cette Cité des mille planètes, adaptation au cinéma par Luc Besson de la série Valérian de Christin et Mezières, était attendue. Première super-production de SF “made in France” jouant dans la même catégorie que les blockbusters hollywoodiens et “rêve” de longue date du réalisateur envers une série qui a accompagné son enfance.

    Ici, c’est plutôt – ou principalement – du point de vue de la bande dessinée que l’on traitera l’affaire, après visionnage du film en avant-première hier soir (dans une grande salle bien pleine et plutôt empathique).

    Il ne s’agit pas cependant de tenter le petit jeu des différences entre l’album initial et l’adaptation à l’écran. S’agissant de medium distincts, fonctionnant avec des principes narratifs différents (et c’est d’ailleurs là l’un des soucis de ce Valérian…), la “trahison” est consubstantielle au passage des planches au grand écran. Mais, à l’inverse, les références à un univers préexistant et les nombreuses références directement piochées dans l’oeuvre de Pierre Christin et Jean-Claude Mezières, rendent légitimes l’interrogation sur le respect, si ce n’est de la lettre, du moins de l’esprit de la série…

    Sur ce point, malgré de grosses craintes initiales, il faut reconnaître que Luc Besson a réussi son adaptation. On retrouve dans le film la légèreté des personnages et l’humanisme d’une série en phase avec des idées progressistes qui n’avaient pas forcément droit de cité dans le space opera traditionnel (l’écologie, l’attention aux minorités, le pacifisme, etc).

    Autre plaisir appréciable, celui de retrouver des personnages à la physionomie finalement assez proches de leurs modèles de papier : les Shingouz bien sûr (même s’ils se retrouvent inexplicablement affublés d’un autre nom), le transmuteur grognon de Bluxte (certes moins grognon désormais), mais aussi d’autres races évoquées dans l’Ambassadeur des ombres (qui fournit la trame de l’intrigue), comme les Bagoulins kidnappeurs, les géants aquatiques groubos ou les suffuss polymorphes (qui auraient pu, en revanche, se passer largement du caméo avec Rihanna).
    Quant aux “Pearls” lorgnant vers les Na’vis d’Avatar, ce n’est finalement qu’un retour aux sources (francophones) pour des personnages faisant quand même fortement penser à la peuplade d’Aquablue. Et il en est de même de l’ambiance générale de ce Valérian pas très éloignée de la Guerre des Etoiles (dont on a déjà montré à plusieurs reprises les ressemblances avec des séquences et personnages… de Valérian).

    Bref, il n’y a pas ici (selon nous du moins) de quoi scandaliser les fans de la série, qui pourront se retrouver assez bien dans cette aventure.

    Les Shingouz, version Mezières (ici dans l’Ambassadeur des ombres)

    Mais, comme souvent avec Besson, c’est lorsqu’on aborde les questions plus basiques de direction d’acteurs, de scénario et de rythme que ça se gâte.

    Et version Luc Besson

    Le casting, d’abord. Si Cara Delevingne tient finalement plutôt bien son rôle de jolie femme et forte tête, Dane DeHaan est passablement insipide. Ce qui serait un bon point pour restituer le positionnement de Valérian dans la série, sauf qu’il apparaît bien trop juvénile et surtout pas du tout crédible dans le personnage que Besson entend nous vendre de séducteur aux multiples conquêtes et vantard. Le reste des guest stars à l’affiche (Ethan Hawke, Clive Owen, Rihanna, voire Alain Chabat) manque également fortement de charisme et de personnalité.
    A cette erreur s’ajoute – apport purement Bessonien – une romance sentimentale lourdingue et balourde entre nos deux agents spatio-temporels (qui commence très fort avec une demande en mariage…). Et, plus largement, un vrai manque de rythme, dans un film qui va pourtant à toute allure et un scénario qui, au final a sa cohérence, mais se montre inutilement complexe.

    Au final, Luc Besson, pour ce film, ne mérite pas les propos quasi-haineux lus ici ou là, ni à l’inverse l’enthousiasme surjoué de certains autres. On peut lui donner crédit de la sincérité de son projet, du courage et de l’engagement qu’il lui a fallu pour mener à bout  son rêve. Et noter le fait que l’essentiel du film s’est fait ici, dans l’Hexagone, sans céder aux sirènes d’Hollywood (qui n’auraient d’ailleurs pas forcément chanté beaucoup pour attirer un tel projet, loin de la vague actuelle d’adaptation des super-héros Marvel comics).

    Avec La Cité des mille planètes, la France tient donc son Star Wars (et Besson a affiché son souhait d’en faire une suite si les résultats étaient là). Mais ce Valérian est plus proche de l’épisode I (la menace fantôme) que de l’Empire contre-attaque (l’épisode V, incontestablement le plus réussi).

    [youtube]http://youtu.be/cnPT5zosGP8[/youtube]

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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