Violent cases, la naissance d’un duo magique

    Violent cases, Neil Gaiman (scénario), Dave McKean (dessin). Editions Urban comics, 64 pages, 14 euros.

    Premier album réalisé ensemble par Neil Gaiman et Dave McKean (en 1987), Violent Cases ressort dans une version soignée. Et présente un incontestable intérêt bibliographique et avant tout graphique.

    Le récit, assez court, est un flash-back un peu nébuleux. Le narrateur, jeune adulte, confie un souvenir intime et traumatique de son enfance. Alors qu’il était âgé de 5 ou 6 ans, son père lui cassa accidentellement le bras et l’emmena chez un ostéopathe qui avait eu pour client… Al Capone ! Et le médecin confia ses souvenirs, également traumatiques, du chef de la mafia au jeune garçon…

    Neil Gaiman et Dave McKean (que l’on a pu voir avec son dernier spectacle en juin dernier à Amiens) sont deux immenses créateurs, tous deux internationalement reconnus aujourd’hui, entre autre pour les couvertures réalisées par le second pour la série phare Sandman du premier. L’intérêt de cette réédition est de se replonger, quelque part, à la source, de cette créativité.

    Voilà trente ans, ainsi qu’il l’évoque dans l’introduction à l’édition de 1991 (reprise dans le petit dossier à la fin de l’album), Neil Gaiman n’est alors qu’un jeune journaliste. Il rencontra Dave McKean pour un projet d’anthologie de BD britannique qui ne vit jamais le jour. Mais impressionné par le sens de la composition et de la narration du graphiste, Gaiman décide de lui proposer un court texte, une nouvelle travaillé dans un atelier d’écriture : Violent cases.  Un titre jeu de mot entre l’étui à violon (violin case, comme celui-ci de l’histoire, qui renferme une mitraillette comme dans les films sur la mafia) et ces “ces cases violentes”. Impressionnantes et marquantes en tout cas.

    Ce court “graphic novel” sur les souvenirs, peut apparaître troublant, voire confus et hermétique.  Et il faut supposer que l’étonnement a dû être encore plus grand à l’époque, vis-à-vis de ces deux jeunes auteurs inconnus. Mais on y retrouve ce qui sera la marque des deux auteurs ensuite. Une histoire complexe et trouble, une fulgurance graphique d’une beauté fascinante et sombre. Et c’est tout le génie de Neil Gaiman d’avoir perçu la potentialité graphique de Dave Mc Kean.

    Paru d’abord dans une version en noir et blanc, il récupéra sa palette chromatique de gris, bleus et bruns des planches originales dans sa version américaine ultérieure.
    Comme Neil Gaiman le notait dans sa préface de 1991 : “Violent Cases a été notre premier enfant et il suscite chez nous deux un amour et une loyauté qui n’appartiennent qu’à lui. Nous en sommes toujours fiers. Surtout maintenant, habillé pour une réception, dans son beau manteau de couleur tout neuf.” Urban comics lui offre ici un écrin à sa juste valeur, de la superbe couverture jusqu’à la mini-biographie illustrée des auteurs qui clot l’ouvrage.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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