Votez Aurel et Lindingre !

    rase-campagne_couvRase campagne, Lindingre (scénario), Aurel (dessin). Editions Fluide Glacial, 64 pages, 14 euros.

    Aurel, à travers ses dessins dans Politis ou Le Monde, comme dans ses albums avec Renaud Dely, se révèle être l’un des plus fins critiques de la vie politique contemporaine ; Yan Lindingre, de son côté, Chez Francisque ou avec son héroïne Titine, en propose, à travers ses propos de comptoir, une vision brute et plus “primaire”.

    Leur association donne ici un portrait subtil et grinçant de la réalité politique – politicienne, plutôt – à la base, à travers la description des coulisses d’une campagne électorale municipale dans une petite ville, Saint-Martin-sur-Riselle. 5 400 habitants, un maire vétérinaire (et également président de la communauté de communes) depuis 17 ans, membre du MUP et raisonnablement de droite. Il se propose au cours de son futur dernier mandat de passer le relais à son ambitieux adjoint, Gérard Ligier, entrepreneur dans la pub par l’objet, membre d’Eurocentrum. Mais celui-ci bouscule le scénario en provoquant une élection anticipée et en menant sa propre liste, démarchant à tout va l’opposition – du prof de philo Nouvelle gauche à l’écolo animateur de MJC, voire en négociant avec Martin Frantz de la France au français. Avec ces deux candidats prêts à toutes les compromissions, la campagne va tourner au duel acharné, qui se conclura, sur le fil, par une configuration surprenante…

    rase campagne_dessinA travers le cas de Saint-Martin-sur-Riselle, Aurel et Lindingre brossent un tableau caricatural de la vie démocratique locale, avec une galerie de portraits particulièrement réussis, dans la caractérisation comme dans le trait. Ils illustrent aussi certains “à-côtés” – ou bas-côtés plutôt – de la réalité politique avec acuité, décryptant avec limpidité et pédagogie le rôle de “sponsors” joué par les entreprises, les magouilles à la limite du pot-de-vin dans l’attribution des marchés publics (notamment pour les fameux “ronds-points” qui ont envahi notre pays, bien sûr), la démagogie des promesses et les trahisons électorales, les négociations et compromis inavouables avec les plus infréquentables adversaires ou l’arrivisme politicien de celui qui ne recherche que le pouvoir.

    Le résultat est aussi drôle que cynique, ainsi que le résume la quatrième de couverture: “Rase campagne, c’est l’histoire de la politique vue de tout en bas, râs les pâquerettes. Rien n’y est vraiment plus reluisant que dans les hautes sphères. La seule différence, c’est que les gens que vous trahissez, ce sont vraiment vos amis.” Ajoutons que la proximité rend la leçon plus facilement compréhensible et limpide.

    On pourrait y voir une dénonciation anarchiste de la démocratie élective (ou une illustration en images du slogan soixante-huitard “Election, piège à cons”). C’est aussi, et plus encore, une mise en lumière de certaines pratiques minables (mais hélas, très crédibles) qui sont, elles, les vraies responsables du discrédit de la politique. Et sur ce programme-là, on adhère pleinement au parti-(pris) d’Aurel et de Lindingre.

    Rase campagne_planche

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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