Wake and Sea, ou l’éveil funèbre de l’humanité

    The Wake_couvThe Wake, Scott Snyder (scénario), Sean Murphy (dessin). Editions Urban comics (coll. Vertigo), 240 pages, 22,50 euros.

    Encore une jolie découverte d’une mini-série de comics US remise en forme en bel album complet chez Urban Comics.

    Le prologue apparaît passablement énigmatique, montrant une jeune femme explorant une cité inondée avec un dauphin équipé d’un appareillage technologique et qui se trouvent confrontés à un raz-de-marée provoqué par l’émergence d’une immense créature… On ne retrouvera cette héroïne qu’une centaine de pages plus tard, dans la deuxième partie. Avant cela, de nos jours, tout commence lorsqu’une jeune océanologue, Lee Archer, se voit incorporée dans une expédition militaire secrète. En raison de ses mérites scientifiques mais aussi d’une expérience personnelle traumatisante. Direction, l’Alaska où l’on découvre un forage fantôme, permettant d’exploiter les ressources pétrolières en toute illégalité. Ceci ne sera rien à côté de ce qui attend l’équipe. A 300 pieds sous la calotte glaciaire, la raison de la mission se trouve coincée dans un caisson hyperbare: une sorte de “sirène”. Mais rien à voir avec celle de chez Disney, la créature, violente, agressive et sanguinaire a aussi la capacité de provoquer des hallucinations chez ses victimes. Et bientôt, elle s’échappe, rejointe par tout un troupeau de ses semblables. Et même par un “roi” gigantesque. La libération de ces créatures aura des conséquences mondiales et transformera radicalement la planète. 200 plus tard, l’humanité (ou ce qu’il en reste) a oublié la manière dont ces “sirois” sont apparus. Il lui faut juste cohabiter et tenter de leur survivre…

    Après une première collaboration sur la série American Vampire Legacy, le dessinateur de Punk Rock Jésus ou Joe et le scénariste de Batman et Severed se retrouvent pour une histoire qui brasse large. Très large : d’avant l’arrivée de l’homme sur Terre jusqu’au XXIIIe siècle.
    En conséquence, la première partie demeure en partie obscure, avec de courts épisodes, passés ou futurs, qui s’intercalent au milieu du récit principal comme autant de flashs, d’hallucinations dont on ne saisit pas réellement le sens ni la portée (pas d’inquiétude, toutes les pistes seront explicitées avant la fin). De même, la série opère un sérieux virage entre ses deux “époques”. La première partie relève du thriller horrifique à huis clos, entre The Thing et Abyss. La seconde saison, dans le futur, tient elle de l’anticipation post-apocalyptique mêlée de science-fiction mythologique. Un mêlange pas forcément facile à faire passer, mais dont les auteurs parviennent à assurer la cohésion plutôt correctement, au final, grâce à la force de leurs personnages principaux féminins tout comme de leurs créatures abyssales, les Sirois.
    La puissance du récit tient aussi au style graphique de Sean Murphy, avec ses nombreux applats noirs, ses ombres, ses traits parfois un peu abrupts, parfois d’une grande finesse, mais dans un ensemble toujours très dynamiques.
    Ces qualités parviennent même à faire passer une conclusion un brin trop oecuménique et moralisatrice, même si la réflexion autour des larmes et de l’oubli apporte une dimension poétique assez originale à l’épopée.

    Honorée comme meilleure série limitée aux Eisner Awards, The Wake tient en tout cas ses promesses en matière d’éveil. Et laisse une trace marquante dans les esprits.

    L'une des premières planches... toute proche de la fin de l'histoire.
    L’une des premières planches… toute proche de la fin de l’histoire.

     

     

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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