Western sanglant à Mafiapoli

    Mafia tabloïds, de Marco Rizzo, Lelio Bonaccorso, Ankama éditions, 82 pages, 13,90 euros.

    9 mai 1978, l’Italie est traumatisée par la découverte à Rome du corps d’Aldo Moro, président de la Démocratie chrétienne, assassiné par les Brigades rouges. Ce même jour, en Sicile, les restes d’un jeune journaliste de gauche sont retrouvés sur les rails entre Palerme et Trapani. Ce  second épisode restera, lui, bien plus méconnu. C’est donc l’histoire de Peppino Impastato et de son combat contre la Cosa Nostra qui est contée ici par Marco Rizzo, journaliste sicilien d’origine, et Lelio Bonaccorso, graphiste et dessinateur palermitain. Deux auteurs du cru qui saisissent au plus près l’emprise de la mafia et son implacable violence.

    L’histoire est contée à travers un long flash-back, entre le début de l’audience et le verdict des assassins de Peppino. On y découvre un jeune journaliste, très engagé à gauche, candidat aux municipales en cette année 1978, qui tourne en dérision, en “western à Mafiapoli”, la vie politique locale et les “parrains” du coin sur les ondes de sa radio libre. Sorte de Coluche gauchiste sicilien, il paiera son impertinence par une fin tragique, en finissant tabassé, puis attaché à un bloc de TNT sur la voie ferrée, pour simuler un attentat terroriste qui aurait mal tourné et salir ainsi sa mémoire…

    Court, le récit se fait donc forcément elliptique – d’autant que la mise en page est aérée – et les personnages manquent un peu de densité et de “chair” derrière leur rôle emblématique et archétypal. Mais le trait de Lelio Bonacorso, d’une grande légéreté, en aquarelles noires et blanches, fluide et néanmoins très expressif, apporte une vraie émotion et le dossier qui clôt l’ouvrage lui donne toute sa dimension historique. Et la citation de Che Guevara choisie en épitaphe (“Nous avons le pouvoir de rester spontanés et joyeux tout en gardant en nous une profondeur d’âme“) reflète bien la dimension de son héros ordinaire.

    Bonne idée donc de la maison lilloise Ankama d’avoir exhumé cette “histoire vraie d’un journaliste face à la Cosa nostra” (paru originellement en 2009 en Italie), dans sa nouvelle collection consacrée aux thrillers, “Hostile Holster”.

     

     

     

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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