Yan Lindingre: “Pete Best, Fastefood et FIST sont des séries d’auteurs modernes et fluido-compatibles”

    Yan LindingrePour terminer cet été, à partir de demain et jusqu’au 31 août, le Courrier picard laisse la place aux découvertes de nouveaux talents, avec une alternance de planches des séries Pete Best, Fastefoode et FIST. Avec trois planches en moyenne et trois jeunes séries illustrant les nouvelles tendances «d’umour et bandessinée» du magazine Fluide glacial, qui fêtera l’an prochain ses 40 ans, tandis que son fondateur, Gotlib vient de souffler ses 80 bougies. Entretien avec Yan Lindingre, dessinateur et auteur fluide avant d’en être, depuis 2012 son rédacteur en chef, qui nous parle un peu de tout ça.

    Yan Lindingre, pour commencer, parlons un peu de Pete Best, une série très particulière…

    petebestDéjà, c’est notre seule série “Far West! C’est surtout travaillé par Jérôme Duveau à la manière des animations en volume, à partir de pâte à modeler. On dirait un dessin animé, c’est réalisé avec les mêmes techniques, sauf que ce n’est pas animé! Mais tout existe en vrai, avec les décors, etc. Et avec Jean-Michel Thiriet, bien connu des lecteurs de Fluide, au scénario. Là, on est dans l’artisanat d’art.

    Changement de style et d’ambiance avec Fastefood, très drôle et grinçant…

    fastefoodC’est une série qui devrait plaire à José Bové! Cela parle à la fois du côté industriel de la malbouffe et du management à l’américaine. Une machine à broyer à la fois la viande et les hommes.

    Le dessin, simple mais efficace, est signé Pluttark, alias Rudy Spiessert

    Il signe de l’une ou de l’autre façon selon les séries, un peu comme Moebius/Jean Giraud… chez Fluide, c’est plutôt Pluttark, le côté gaudriole. Globalement, c’est un dessinateur d’humour, mais il a diverses manières de dessiner.

    Les scénarios, très caustiques, sont de Jorge Bernstein, que l’on retrouve aussi dans la troisième série que le Courrier picard va faire découvrir à nos lecteurs, FIST…

    fistC’est un type qui crée dans tous les sens, en effet. Là, FIST, pour «Fonds interministériel de sauvegarde des traditions», c’est un peu les Brigades du Tigre d’aujourd’hui. Une équipe de flics qui défendent les «valeurs éternelles de la France». C’est bien sûr du second degré, un clin d’œil au fantasme réactionnaire du «c’était mieux avant»…

    C’est lié à l’actualité dans les thèmes (on y voit Gérard Depardieu exilé, le «made in France» de Montebourg brocardé, etc). Mais dans l’esprit, cela m’a fait un peu songer à une résurgence de Superdupont, de Gotlib et Lob?

    Oui, un peu. On est dans le décalage. À Fluide, on a fait un numéro spécial «Made in France» récemment. Je trouve qu’il y a plein de choses à raconter là dessus. On a eu, sous Sarkozy, le débat foireux sur l’identité nationale, sur ce que c’est d’être français, etc. Cette série évoque un peu ça

    Graphiquement, c’est aussi intéressant et stylé, je trouve.

    Terreur graphique est une nouvelle recrue, qui arrive chez nous avec cette série. Il vient d’un site qui s’appelait Mauvais esprit, avec des gens comme James, Fabcaro. On est très contents de les accueillir. Ils représentent un peu le «sang neuf».

     

    “Ces dernières années

    on regardait beaucoup en arrière.

    On ne peut pas vivre uniquement là-dessus”

     

    Comment pourrait-on définir, justement, la politique éditoriale de Fluide glacial depuis votre arrivée comme rédacteur en chef?

    Ces dernières années, le journal se cherchait un peu, regardait beaucoup en arrière. Bien sûr, nous quand on regarde en arrière, on trouve des perles, comme Binet, Goossens, Edika, etc. Mais on ne peut pas vivre uniquement là-dessus.

    PascalBrutal3_16092009_153551Plutôt que d’essayer de faire renaître les vieilles séries, je préfère aller chercher de jeunes auteurs, en gardant le meilleur du patrimoine. Nos auteurs «patrimoniaux », comme Edika ou Goossens ont évidemment toujours leur place. Mais en tant qu’auteur, en tant que dessinateur, j’avais des affinités avec les gens dont on vient de parler, des auteurs modernes et complètement « fluido-compatibles». Et puis n’oublions pas, par exemple que lorsque Riad Sattouf a débarqué dans Fluide glacial il y a dix ans avec sa série Pascal Brutal, certains ont dû prendre une claque. Et maintenant, il fait complément partie du patrimoine du magazine. Ce que j’essaie de faire, c’est de montrer des choses nouvelles qui ont vocation à devenir des classiques. Ensuite, Fluide doit rester quand même grand public. Avec Pluttark, Arranega, Bouzard, nous avons des auteurs modernes mais qui restent grand public.

    Fluide a connu voilà deux ans une grave crise qui a même fait craindre le pire. Aujourd’hui comment va le magazine?

    Il se porte bien ! Les ventes sont reparties à la hausse, c’est génial alors qu’on sait la crise que connaît la presse. On a augmenté les ventes, en augmentant le prix mais aussi la pagination. La nouvelle formule, c’était d’en proposer plus aux lecteurs, un plus beau magazine, avec plus de pages, etc. Et les lecteurs ont répondu présent! C’est le signe qu’il y avait une attente. Bien sûr, il ne faut pas violer les lecteurs, il faut qu’ils retrouvent des rendez-vous réguliers avec des auteurs phare, mais il y avait aussi le besoin d’être étonnés. Il faut faire vivre le magazine, on ne peut pas rester «plan-plan»

    C’est dans cet esprit que vous avez lancé le «mook» Fluide glacial, trimestriel vendu en librairies réunissant en un seul gros volume trois numéros?

    Le mook est une version reconditionnée (et moins chère d’ailleurs) pour le lecteur occasionnel qui ne vient pas nous chercher tous les mois en kiosque. Des lecteurs qui vont en librairie en sachant qu’on peut y trouver des très bonnes revues, comme Aarg ou la Revue dessinée, qui sont diffusées uniquement en libraires. Nous, techniquement, il nous était difficile d’entrer en librairie. Or, aujourd’hui, on ne peut plus n’être qu’exclusivement en kiosques. Et puis nous faisons partie d’une maison, Gallimard, qui a une belle diffusion en librairies.
    Par ailleurs, la version numérique de Fluide arrivera à l’automne.

     

    “ce qui m’intéresse, c’est qu’on me dise:
    je relis fluide glacial, je redécouvre un journal que j’ai connu mais qui a changé”

     

    Vous évoquez le renouveau de Fluide, mais celui-ci va fêter aussi ses 40 ans l’an prochain. Vous venez aussi de sortir un album hommage pour les 80 ans de Gotlib. D’autres initiatives sont-elles aussi prévues dans cette dimension-là?

    Nous allons communiquer toute l’année sur les 40 ans. Ce sera l’occasion de parler du passé, du présent et aussi du futur de Fluide. Le passé, cela va être d’abord, en début d’année, un grand hors série patrimonial, «Il était une fois Fluide Glacial» ou l’on va revisiter le journal depuis 40 ans à travers ses auteurs. Ce numéro va courir de janvier à mars. Et puis, en avril, ce sera le numéro mensuel des 40 ans, plus actuel, avec des hommages de la profession. Et l’on finira l’année avec un numéro plus prospectif, Fluide dans le futur, avec les nouveaux auteurs, les découvertes.
    Il y aura aussi des expos, notamment dans les festivals d’Angoulême, de Blois, d’Aix-en-Provence. Et c’est le festival «Littérature et journalisme» de Metz, dont je suis originaire, qui devrait nous accueillir pour le numéro anniversaire d’avril.
    C
    e sera l’occasion de faire redécouvrir le journal, pas forcément de le transformer le journal pour le tordre pour aller chercher des lecteurs de 15 ans dont je ne maîtrise pas tous les codes. C’est vraiment de travailler sur notre patrimoine, nos nouveaux auteurs dans l’esprit Fluide, aller chercher les trentenaires, les quadras qui nous ont lus dans le passé. Tout le monde me dit “ah, je lisais fluide glacial. Moi ce qui m’intéresse, c’est qu’on me dise : je relis fluide glacial, je redécouvre un journal que j’ai connu mais qui a changé, qui a évolué. Moi le pari, c’est d’aller chercher nos anciens lecteurs. Pour leur montrer que ce n’est pas qu’un journal d’anciens ados, mais un journal d’adultes d’aujourd’hui qui doit être au niveau de causette, des Inrocks, de So foot. c’est un journal de trentenaires de quadras qui se tient parfaitement.

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    • Journaliste de profession, rédacteur en chef adjoint (du Courrier picard) de fonction et amateur de bande dessinée par passion, je préfère parler ici d'albums que j'apprécie (avec éclectisme) plutôt que de ceux que je n'aime pas (et qui peuvent plaire à d'autres). Et ce en toute liberté. Cet espace est aussi l'occasion d'évoquer la vie (régionale en premier lieu) de la bande dessinée et parfois au-delà celle du graphisme, du dessin de presse ou des journaux et revues en lien avec l'un ou l'autre. Précisons que la plupart des illustrations utilisées dans ce blog ont pour copyrights leurs auteurs et éditeurs respectifs. Celles-ci visant à présenter leurs œuvres. A leur demande éventuelle, elles seront retirées.

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