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Charlie au coeur de la “saignée” de Verdun

La grande guerre de Charlie, volume 4, Pat Mills, Joe Colquhoun, éditions 360 Media Perspective et Ca et là, coll. Délirium, 120 pages, 22 euros.

Suite directe du précédent album, ce volume 4 débute en pleine bataille d’Angleterre, alors que Charlie Bourne, de retour à Londres le temps d’une permission, sauve sa mère de l’usine de munitions où elle travaille, attaquée par un zeppelin. Victoire de courte durée pour l’appareil allemand, bentôt abattu à la grande joie de la population. Ce retour à l’arrière va aussi être l’occasion, pour Charlie, de faire une rencontre fortuite avec un légionnaire de l’armée française. Ce dernier, Blue, lui raconte sa propre histoire au front, et notamment l’évocation dantesque de la bataille de Verdun, de la défense acharnée du fort de Vaux à l’assaut de troupes africaines envoyées sans préparation au feu. Occasion, pour Pat Mills de montrer que la hiérarchie de l’armée française n’avait guère à envier à celle du corps expéditionnaire britannique… Et d’introduire le personnage de Blue, appelé à réapparaître lors de l’évocation prochaine des mutineries de 1917.

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historique Non classé

Encore au coeur de la bataille de la Somme

La grande guerre de Charlie, tome 3, Pat Mills, Joe Colquhoun. Délirium (ça et là / 360 média perspective), 112 pages, 22 euros.

Avec ce troisième tome, allant d’octobre 1916 à février 1917, Charlie Bourne en finit avec la Bataille de la Somme. Prolongement direct du volume précédent, ces dernières semaines de bataille vont tourner au duel entre son unité et et le terrible escadron du “jugement dernier” du colonel Zeiss. Pour quelques mètres de tranchées, le combat se fait au corps à corps et devient encore plus viscéral. Et le dessin de Joe Colquhoun atteint une intensité inédite. 70 pages de lutte haletante, avec une violence et une rage qui transpirent du dessin. Et des combats qui ne laisseront pas notre jeune tommy indemne…

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guerre historique Les albums à ne pas rater Non classé

Charlie au coeur de la Bataille de la Somme

La grande guerre de Charlie, volume 2, Joe Colquhoun, Patt Mills, coll. Délirium (ça et là / 360 média perspective), 112 pages, 22 euros.

Après avoir découvert le quotidien de la guerre des tranchées et fait son baptême du feu, Charlie Bourns se retrouve plongé au coeur de la Bataille de la Somme. Dans ce second volume, qui va d’août à octobre 1916, le jeune cockney a acquis déjà presque la maturité du vétéran. Avant même de combattre les Allemands, il va se confronter à la bêtise et au sadisme de son propre camp, à travers un policier militaire, la reconstitution des hiérarchies sociales et de classe et même à l’exécution punitive de son propre lieutenant.

Autre moment fort de ce tome : l’arrivée des “tanks”. Les chars d’assaut faisant l’objet de plusieurs épisodes du recueil. Retour enfin au combat frontal, avec un ennemi redoutable, “l’escadron du jugement dernier”, troupe aguerrie revenue du front de l’Est et dont on voit, dans le dernier chapitre – au cliffhanger très haletant – toute la force et la ruse.

Certes, la lecture de ce deuxième volume n’apporte plus le choc qu’avait provoqué la découverte du premier recueil en français de Charley’s War. Mais sa rapide parution, moins de six mois après le précédent, permet d’être encore bien immergé aux côtés des “tommies” de l’armée britannique, qu’on a rarement aussi bien décrits. Le procédé épistolaire et décalé des premiers épisodes est aussi abandonné au profit de cartouches en “voix off” plus classiques. Mais l’ensemble demeure d’une efficacité irréprochable et d’une qualité graphique à couper le souffle. Le dessin de Joe Colquhoun est toujours aussi précis et documentaire (notamment la partie sur les chars d’assaut), tout en restant très humain dans la description de ses personnages, et les récits toujours aussi poignants et émouvants.

Enfin, côté édition, l’ouvrage s’enrichit de nouveau d’un “making-off” épisodes par épisodes, raconté par Pat Mills, d’une étude intéressante sur les tanks et de la reproduction de quelques couvertures du magazine Battle, ou fut originellement publié cette série de guerre assez unique dans son genre.

Rendez-vous est pris pour la suite, annoncée pour octobre 2012.

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événements BD

“La Grande Guerre de Charlie” :”C’est avant tout un coup de coeur”

En complément de la présentation de l’album La Guerre de Charlie, Laurent Lerner, de la société 360 Media Perspective, à qui on la doit, m’a précisé la genèse du projet. Un vrai coup de coeur.

Au départ, c’est parti d’un coup de coeur. Je travaillais dans l’audiovisuel et, il y a quelques années, je suis tombé sur Charley’s War… et je me suis pris une vraie giffle. J’ai essayé de la trouver pour l’offrir à des amis mais je me suis rendu compte qu’elle n’était pas disponible en français. Je me suis dit que ce serait un beau projet de travailler là-dessus et que cela me plairait de le faire.

Ce que vous avez finalement fait…

Quand j’ai quitté la dernière société audiovisuelle dans laquelle j’étais, je me suis dit que c’était le moment. J’ai acquis les droits de la série. Mais je n’avais aucune expérience dans le monde de la bande dessinée. J’en ai parlé à un ami, Serge Ewenczyk, des éditions ça et là, et je lui ait proposé de travailler dessus si ça l’intéressait. Du coup, on a pu avancer pour réaliser un beau livre.

Au-delà des planches, l’ouvrage s’accompagne aussi d’un joli dossier thématique. Comment vous y êtes vous pris ?

J’ai fait appel à Jean-Paul Jennequin, qui est un grand spécialiste de la bande dessinée anglo-saxonne. C’est lui qui a traduit et ré-adapté les textes pour les rendre compréhensibles à un public français qui n’a aucune connaissance de la série.

Combien d’albums sont prévus ?

La série devrait compter une dizaine d’albums, qui s’échelonneront jusqu’en 2018. A priori à un rythme de deux par an. Le prochain, le tome 2, est prévu pour sortir au mois de mai 2012. Il faut savoir que Charley’s War ne se content pas de raconter uniquement les deux années de guerre de Charlie, mais s’enrichit de rencontres permettant d’évoquer beaucoup d’autres épisodes de la Grande Guerre.

Patt Mills a-t-il vu cette édition française ?

Il est très heureux de voir que sa bande dessinée arrive en France. La dernière fois que je l’ai rencontré, c’était cet été, à l’Imperial War Museum à Londres. Et j’ai vu à cette occasion des planches originales en grand format, très impressionnantes… Elles se prêteraient bien à une expo, idée sur laquelle je commence à travailler.

Vous avez d’autres projets d’édition sous le label Délirium ?

On va pouvoir en annoncer quelques uns dans les semaines à venir. On va continuer à explorer ainsi la bande dessinée de genre. Mais le but n’est pas de publier 15 livres par an ! On se concentrera sur des albums qui nous font plaisir et qui peuvent toucher des amateurs de BD.

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Centenaire 14-18 guerre Les albums à ne pas rater

La Grande Guerre d’une bête de Somme

La grande guerre de Charlie, vol.1,  de Pat Mills et Joe Colquhoun, Label Délirium, ed. 360 Media Perspective / Cà et Là, 112 pages, 19,50 euros.

C’est un album de circonstance, en ce 11 Novembre (en attendant de parler du troisième tome de Notre mère la guerre). Mais c’est  aussi une oeuvre injustement méconnue de la bande dessinée britannique des années 1980 et un coup de cœur qui ne demande qu’à être partagé. Premier album du label Délirium – destiné à proposer des rééditions de bandes dessinées « de genre » – La grande guerre de Charlie permet de découvrir une œuvre forte et sans concession sur 14-18, vu du côté britannique (la version originale est parue dans le magazine anglais Battle entre 1979 et 1986).

Un dessin fouillé et très précis

Avec ses planches en noir et blanc et son dessin réaliste, Charley’s Warpeut, au prime abord, apparaître comme une série guerrière de « pulps » parmi d’autres. Même si le dessin de Joe Colquhoun, très fouillé et sa mise en page audacieuse et dynamique, lui donnent déjà du caractère et de quoi le distinguer du tout venant. Basé sur un gros travail de documentation – dans l’esprit, même si le style diffère, d’un Tardi –  Colquhoun décrit avec précision les détails d’époque, même les plus improbables, comme ce sniper affublé d’une armure moyen-âgeuse, l’apparition apocalyptique des cavaliers britanniques affublés, tout comme leurs chevaux, de masques à gaz ou la reproduction des cartes postales d’époque.

Contrepoint subversif

Mais, surtout, le scénariste Pat Mills y instille surtout une vision très humaniste et nettement plus subversive ; voire, dans certaines notes de bas de page, carrément antimilitariste. Ce qui en fait toute la singularité. Inspiré de l’ambiance d’A l’ouest rien de nouveau, Charlie, son personnage, n’a rien du super-héros. Ni belliciste, ni réfractaire, juste un « tommy » de base projeté dans la tourmente du conflit…  Le récit ne masque aussi rien de l’atrocité de la guerre, avec l’angoisse des attaques au gaz, la menace des snipers, les tentatives d’automutilations pour fuir l’enfer, mais aussi la folie sanguinaire qui s’empare des combattants, l’angoisse de la  traversée du no man’s land, le décompte des survivants après la bataille… Dans ce contexte, ce premier tome touchera particulièrement les Picards. Il débute au début de l’été 1916, lorsque Charlie Bourne, jeune cockney de 16 ans, « pas bien futé », comme s’en félicite son sergent, s’engage en mentant sur son âge et se retrouve en première ligne dans la Bataille de la Somme (60 000 morts en une journée, l’une des pages les plus sanglantes – et ratée – de toute l’Histoire de l’armée britannique).

Pour relater cette guerre, au ras de la tranchée, Mills fait également vivre des personnages forts et très humains. Et si la série adopte le rythme feuilletonesque, le contrepoint entre les cases de combats et les lettres, naïves et enjolivées que Charlie adresse à ses parents, s’avère d’une ironie mordante, ou particulièrement émouvante. Implacable et jubilatoire.

Une seconde vie luxueuse à une série pulps

Quant à l’ouvrage, lui-même, il offre une seconde vie luxueuse à la série de presse populaire. Reliée, avec sa couverture cartonnée et son beau papier glacé, cette réédition est enrichie d’une préface et d’une postface très punchy de Patt Mills lui-même et complétée d’un petit dossier thématique sur la série et la bataille de la Somme. De quoi en faire un vrai ouvrage de référence. C’est d’ailleurs l’idée de l’éditeur et promoteur du projet Laurent Lerner : «L’important est de toucher les amateurs de BD mais aussi les fans d’Histoire.» Il a tous les atouts pour que cette offensive-là soit réussie !