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Posy Simmonds “Grand Boum 2020” de Blois

Suite au second confinement, le festival de bande dessinée de Blois n’a pas pu fêter cette année sa 37e édition. Mais il a néanmoins rendu son palmarès.

Posy Simmonds, “Grand Boum 2020”

Ces 20, 21 et 22 novembre aurait dû se tenir le 37e festival bd Boum à Blois. Comme pour toutes les autres manifestations de cet automne, un sacré virus et un reconfinement ont conduit à l’annulation de l’événement.

Mais l’association organisatrice de cette chaleureuse manifestation a continué son travail éducatif avec en organisant des rencontres d’auteurs et des ateliers itinérants dans 72 classes du département du Loir-et-Cher.

En parallèle, bd Boum a aussi édité deux ouvrages, On se reposera plus tard de Brigitte Luciani et Claire Le Meil (coédition Steinkis) – dont on reparlera plus largement plus tard – sur le fonctionnement d’une Maison d’accueil et de résidence pour personnes agées (MARPA) et Plaidoyer pour les histoires en forme de champ de blé et de flamme d’allumette soufrée, album collectif sous la direction de Frédéric Debomy (coédition PLG), “plaidoyer pour les œuvres en dehors des sentiers battus et pour une véritable place faite au dessin dans la bande dessinée“.

Et bd Boum a également rendu son palmarès 2020. Son “Grand Boum” a distingué cette fois pour l’ensemble de son oeuvre l’autrice britannique Posy Simmonds, autrice notamment de Tamara Drewe ou Cassandra Darke. On la retrouvera donc l’an prochain à Blois dont elle réalisera l’affiche 2021.
‌Le prix Jacques-Lob, remis chaque année à un-e scénariste est revenu à Lucie Durbiano et parmi les autres prix, on notera L’Oasis de Simon Hureau, “Prix Région Centre pour sa portée citoyenne”
L’oasis, Simon Hureau, Dargaud ou le reportage en immersion sur le porte-avion Charles de Gaulle par Titwane et Raynal Pellicer, prix décerné par le journal régional la Nouvelle République. Et le festival a également respecté la rituelle annonce des cinq finalistes du Grand prix de la critique ACBD.

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Festival d’annulation des manifestations autour de la bande dessinée

On s’en souviendra de cette “année de la bande dessinée 2020”. Pas de bol, pour une fois qu’une reconnaissance officielle notable était apportée au “9e art”, il a fallu qu’un pernicieux virus vienne perturber les réjouissances, annulant successivement les grandes manifestations prévues dans ce cadre et les autres rendez-vous rituels du genre.

Fin septembre, on a ainsi eu la confirmation que le Festival d’Angoulême 2021 était annulé (du moins dans sa forme “présentielle”, selon le néologisme hélas à succès du moment).

Plus proche, en cette seconde quinzaine de novembre, ce sont deux autres festivals attachants qui n’auront pas lieu.

Pas de festival, mais une remise de prix à BD Boum Blois

Une lecture rétrospective donne un côté prémonitoire au dessin d’Emile Bravo, affiche du festival BD Boum de Blois de cette année: le pont est coupé et il ne sera pas possible de rejoindre la manifestation du Loir-et-Cher, lors du week-end des 21 et 22 novembre. Pas à cause des stukas nazis mais du confinement induit par la bataille contre le Covid-19.

Après plusieurs tentatives de reconfiguration, les organisateurs ont dû, comme les autres, admettre que le 37e festival de bande dessinée n’aurait donc pas lieu.

En revanche, les expos programmés autour de ce rendez-vous seront accueillies à la Maison de la BD dès sa réouverture. Le grand escalier monumental Denis-Papin, décoré aux couleurs de Mickey de Régis Loisel “est visible lors de votre déplacement quotidien d’une heure” et les différents prix seront annoncés sur le site et les réseaux sociaux, samedi 21 novembre à 19 heures.

Le Salon du livre de Creil remis à fin mars

Autre rendez-vous littéraire, plus général, mais donnant un éclairage accentué sur la bande dessinée lors de ses dernières éditions: le Salon du livre et de la bande dessinée de Creil, dans l’Oise. Celui-ci devait tenir son 40e édition durant ce même week-end des 21 et 22 novembre. Une édition anniversaire qui mettait justement le dessin et l’image à l’honneur à travers le choix du thème de “l’Art” et d’une affiche évocatrice de Xavier Coste (primé l’an passé, en BD, pour A comme Eiffel).

Côté bande dessinée, le festival annonçait notamment deux table-rondes sur, justement, « La BD, le 9ème des Arts » avec Olivier Berlion, Serge Le Tendre et Timothée Leman, ainsi que « Quand la BD évoque les artistes », avec Alice Chemama (dessinatrice des Zola), Xavier Coste (auteur d’Egon Schiele ou Rimbaud l’indésirable) et David François (pour son récent Chaplin en Amérique). Et d’autres auteurs étaient annoncés en rencontres-dédicaces, dont Dawid, Renaud Dillies, Erroc, Kokor, Greg Tessier, etc.

Accusant le “coup dur pour la culture, et en particulier pour le monde du livre que nous représentons. Un monde pourtant indispensable pour combattre la barbarie, lutter contre l’obscurantisme et tenter, coûte que coûte, de faire société“, les organisateurs ont décidé de reprogrammer ce festival du 26 au 28 mars 2021.

Et, comme le dit encore Sylviane Leonetti, directrice de La Ville aux livres, l’association organisatrice: “Tentons de faire en sorte que cette épreuve, que nous traversons tous, soit source de recommencement, de résilience. La Culture est « consubstantielle » de notre Liberté. Et parce que le livre et la lecture sont et demeureront des socles incontournables pour bâtir une démocratie libre, nous allons prendre ensemble un nouveau départ. Espérons de tout cœur que la situation sanitaire nous permette de poursuivre cet engagement.

Des propos et un souhait qui peuvent être généralisés pour tous les salons.

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Kris des côtés oubliés de l’Histoire à la reconnaissance du prix Jacques-Lob

Kris a reçu ce samedi soir à Blois le Prix Jacques-Lob (décerné depuis 1991 pour honorer le travail d’un scénariste). Une rencontre passionnante avec le nouveau lauréat, le lendemain matin, a permis de revenir sur sa carrière.

Kris (à gauche, sous la casquette), ce dimanche matin à Blois, lors de la rencontre avec le nouveau prix Jacques-Lob.

Certains ont plusieurs casquettes. Kris, lui est associé, dans le monde de la bande dessinée, à ses casquettes successives – mais au sens littéral du terme. Tendance kaki cubaine longtemps, plus bleu titi parisien désormais. Un aspect du personnage qui, pour le coup, n’a pas été abordé lors de la rencontre passionnante menée ce dimanche matin à la Maison de la bande dessinée de Blois avec le tout nouveau Prix Jacques-Lob du scénariste, reçu la veille au soir lors de la cérémonie du festival BD Boum et destiné à saluer un “scénariste ou dessinateur-scénariste ayant déjà publié plusieurs albums”.

Mérité au vu de la quantité et la qualité de son œuvre et une quinzaine année de carrière,ce Prix a aussi donné l’occasion à Kris (alias Christophe Goret) d’évoquer son parcours et sa manière de travailler, lors d’une rencontre passionnante, ce dimanche matin.

En vrai conteur qu’il est, le scénariste brestois né en 1972 est revenu sur ses origines – ouvrières et communiste – sa découverte de la bande dessinée « très classique franco-belge » grâce à la bibliothèque prolifique d’un oncle, puis celle de la nouvelle bande dessinée adulte des années 70-80 (Pratt, Tardi, etc.) à l’université. C’est là aussi que Kris fait ses débuts dans un fanzine qui va vite avoir sa petite notoriété locale, Le violon dingue, associé à un association ou naîtront les vocations notamment d’Obion ou d’Arnaud le Gouefflec.
Pour sa part, la sienne est née tôt. A six ans, il réalise sa propre aventure de Tif et Tondu, les héros de Will transportés dans un voyage temporel. Confirmation de cette vocation précoce, à 12-13 ans, il écrit au journal Tintin pour prendre la défense de Tibet, concluant sur son désir d’être scénariste.

C’est en ce début des années 2000, après avoir abandonné tout espoir d’une carrière de footballeur pro (il fut élève au centre de formation du Stade brestois) qu’il signera ses premiers vrais scénarios. Avec quelques imprévus qui auraient pu aussi changer sa carrière et son image dans le monde de la BD, si son premier scénario des Brigades du temps était paru tout de suite et non dix ans plus tard, repris par Duhamel au dessin.
Loin de l’approche de scénariste jeunesse, Kris s’est forgé une image de scénariste politique et historique.
Après une première série, le Déserteur (chez Delcourt), “un peu bâtarde de politique-fantasy“, il sort un album plus personnel, Toussaint 66 avec Julien Lamanda au dessin. Dans la foulée, il va commencer à travailler sur le premier ouvrage marquant de sa jeune carrière : Un homme est mort, sorti en 2006 et dessiné par Etienne Davodeau. Première pierre d’une oeuvre mixant recherche documentaire, exhumation d’épisodes passés méconnus et lecture politique.
Pour celui-ci, Kris ne s’en cache pas, il s’agissait aussi de « remettre de la mythologie dans notre histoire de la gauche », avec cette grève ouvrière qui avait enflammé le Brest de l’après-guerre, alors que le tournant de la rigueur ayant suivi l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir avait signé une certaine fin des illusions.
Son goût pour l’histoire ne se démentira plus. Mais c’est aussi en se plongeant dans les documents préparatoires à cet album qu’il va appréhender une plus grande complexité humaine. Comme il le note, « il y a peu de vrais connards, peu de vrais monstres, mais peu aussi de chevaliers blancs ».

Et c’est ainsi, indirectement, d’un homme est mort qu’est né, comme il l’expliqua, le personnage de gendarme catholique héros de Notre Mère la guerre (paradoxal pour un fils d’ouvrier né dans une famille de bouffeurs de curés). Reflet de la découverte d’un commandant de gendarmerie qui assuma la fusillade des ouvriers brestois, alors qu’il n’avait fait qu’obéir à des ordres supérieurs.
Un profil atypique que l’on retrouve aussi dans le héros, séminariste de sa récente série, en cours, Plus rien de toi. Là encore, une trace familiale s’ajoute à une volonté de mettre en lumière un fait historique plutôt méconnu : la présence de prisonniers noirs en Bretagne durant la Seconde guerre mondiale. Et la volonté, aussi, de répondre à un souhait de Fournier (le dessinateur de Spirou, époque l’Ankou ou Le Gri-gri du Niokolo Koba) : « Faire une série née de mon goût pour l’histoire, de son intérêt pour l’Afrique et de notre envie commune de raconter une histoire d’amour ».

On retrouve cette passion pour les a-côtés de la “Grande Histoire” dans la plupart de ses albums, Coupures irlandaises (avec une part autobiographique), mais bien sûr Notre-Mère la Guerre, sa fausse suite Notre AmériqueSvoboda ou le tout récent Violette Morris. Prévu en quatre tomes, ce portrait de la championne atypique de l’entre-deux guerres devenue artiste avant de collaborer avec la gestapo, se double d’une véritable enquête, avec son complice Vincent Galic et l’historienne Marie-Jo Bonnet, encore inachevée, non pas pour la réhabiliter mais pour comprendre et, peut-être, effacer une légende noire.

Une démarche, qui se rapproche de l’investigation journalistique menée dans La Revue dessinée qu’il a participé à accompagner au départ, qui ne vise pas « à l’obsession de l’exactitude historique mais recherche de la justesse d’une époque ». Une justesse qui est la marque, en effet, de ses albums.

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Pétillon, le « prince de la BD », à retrouver jusqu’à fin février à Blois

Une exposition (doublement) hommage à René Petillon, réalisée par l’association BD Boum, à voir jusqu’au 23 février à la Maison de la BD.

Patrick Gaumer, commissaire de cette expo Pétillon.

C’est la tradition dans le festival de bande dessinée de Blois, BD Boum : l’auteur récompensé pour son œuvre à droit à son exposition l’année suivante (tandis que pour sa part il exécute l’affiche du prochain festival). Désigné « Grand Boum 2017 », René Pétillon est donc à l’honneur pour trois mois dans les jolis locaux de la Maison de la bande dessinée, tout à côté de la Loire, dans le centre-ville de Blois. Une exposition qui a pris, forcément, une autre dimension depuis le décès du dessinateur, en septembre dernier.

L’Enquête corse et le Canard enchaîné

Réalisé sous la supervision du spécialiste de l’histoire de la Bande dessinée Patrick Gaumer, cette expo, riche de très nombreuses planches et dessins originaux a le grand mérite de brosser une rétrospective de l’ensemble de la carrière de l’auteur de l’Enquête corse, pilier du Canard enchaîné pendant vingt-cinq ans. Car, de fait, le nom de Pétillon est immédiatement associé à celui de son enquêteur Jack Palmer aux prises avec les nationalistes corses, lors de cette « Enquête » qui lui a offert une reconnaissance professionnelle et critique (l’album est Grand prix d’Angoulême 2001) mais aussi du grand public (renforcée par la sortie du film, sympathique mais assez quelconque d’Alain Berberian avec Christian Clavier et Jean Reno) ainsi que les dessins, d’une grande justesse et finesse politique, qui ponctuaient les pages de l’hebdo satirique.

Un exemple de dessin d’actu pour le “Canard enchaîné”, avec Mélenchon, un personnage en colère qu’il aimait dessiner.

Dans l’expo, un cabinet de lecture est consacré à cette activité de dessinateur de presse, auquel Pétillon consacrait rituellement ses dimanches (pour la lecture assidue des journaux et l’écoute des infos radio et tél), lundis (pour la réalisation des premières esquisses de dessins) et mardis (pour l’envoi d’une dizaine de dessins finalisés à la rédaction du Canard), comme l’a expliqué Patrick Gaumer, lors de la visite commentée assurée ce samedi 24 novembre.

Des débuts influencés par Mad

Ce qui vient donc à l’esprit, c’est ce trait jeté, au pinceau, rapide dans les dessins de presse, plus détaillé dans les albums, mais toujours dans une sorte d’épure vaporeuse (qui va bien à Jack Palmer). L’intérêt de cette expo rétrospective est donc de rappeler que René Pétillon, s’il est allé vers cette épure du trait avait commencé dans un registre beaucoup plus appuyé et chargé, influencé par les dessinateurs américains de Mad magazine notamment.

On peut retrouver cela à travers l’exposition de sa toute première planche (au trait encore incertain) puis de planches de ces premiers récits des années 70 (dans Pilote ou Métal Hurlant) et ses premiers albums, dont les Disparus d’Apostrophes, premier succès d’estime en 1982, le Pékinois (1987) ou Le prince de la BD, album plein de dérision sur le monde de la bande dessinée, qui a donné aussi le titre de l’exposition, comme une évidence. Des albums un peu oubliés, que Pétillon avait tendance lui-même à rejeter, mais qui restent marquants.

“Prince de la BD”, Pétillon l’était aussi par sa classe et son intelligence. Il a réussi ainsi à traiter des sujets très sensibles (les paradis fiscaux, la Corse ou le voile islamique) en réussissant l’exploit de ne jamais déclencher de polémique tout en pointant avec une acuité forte chacun de ces sujets.

Un hommage chaleureux

Une table-ronde, associant l’éditrice Gisèle de Haan (aujourd’hui chez Dargaud, mais qui a été de l’aventure de L’Echo des Savanes – Albin-Michel) et les auteurs Jean Solé (pilier historique de Fluide glacial) et Terreur Graphique (dont le dernier ouvrage, avec Fabrice Erre, et après des chroniques parues dans la Revue dessinée porte sur l’histoire de la satire) a permis de revenir, à travers un hommage chaleureux sur ce grand monsieur du monde du dessin de presse et de la bande dessinée.

Lors de la table-ronde. De gauche à droite: Patrick Gaumer, Gisèle de Haan, Jean Solé, Terreur graphique.

Un homme « d’une grande gentillesse et avec énormément de classe », comme le rappela Gisèle de Haan. Un homme engagé (plutôt à gauche), mais qui choisit la voie de l’humour mâtiné d’absurde pour restituer la réalité et les travers de la société, comme dans le Baron noir, cette série de strips qu’il scénarisa avec Yves Got au dessin, publiés dans le Matin de Paris, métaphore animalière féroce de la France giscardienne.

Né en 1945 dans le Finistère, dans une famille d’artisan boulanger-pâtissier, le jeune René fait montre de sa première rébellion en refusant de s’inscrire dans la lignée familiale. Monté à Paris en 1968, ce rebelle à toute injonction va voir ses tous premiers dessins paraître dans l’Enragé de Siné. Puis se sera Pilote (ou Jack Palmer fait son apparition en 1974), puis l’Echo des Savanes, puis VSD qui lui proposa de chroniquer l’actu en une planche de BD. Ce qui le fit repérer par le Canard enchaîné qui l’embauche en 1993.

Dans Pilote, Pétillon se moque gentiment du côté vieillot de l’humour du “Canard enchaîné” dans une histoire courte.

Non sans que son rédacteur en chef, Claude Angeli, ne se souvienne d’une page, faite dans Pilote, quinze ans plus tôt où Pétillon égratignait gentiment le côté « dinosaure » de l’équipe du volatile déchaîné (la planche est aussi présente dans l’expo, voir ci-dessous).

Dans cette collaboration entre albums et presse magazine (qui, a l’époque pré-publiait justement les futurs albums), Pétillon n’a jamais eu le temps d’aller chez Fluide glacial, « mais on était très proches. C’est une histoire de famille, tout ça », comme le souligne Jean Solé, qui insiste aussi sur « l’intelligence pure et l’humour très juste » de l’auteur. Autre proximité affective et professionnelle, celle de la bande de « Charlie », première époque, celle de Choron mais aussi de la seconde époque (celle de la relance en 1991).

La “famille” et Charlie hebdo

Dans un recoin de l’expo, à côté d’une projection vidéo de l’émission dessinée permettant de le revoir discuter de son métier, on trouve d’ailleurs quelques dessins, réalisés et offerts à des amis, qui croquent ainsi Reiser, Cabu ou l’économiste Bernard Maris. C’est aussi en fonction de ses liens que René Pétillon accepta de collaborer, non sans courage vu le climat » avec le « Charlie des survivants », après le massacre du 7 janvier 2015.

L’équipe de Charlie hebdo dessinée par Pétillon au moment de l affaire des caricatures de Mahomet.

Sur ce sujet de l’humour et de ses « limites », il s’était exprimé avec clarté dès le début de ce qui deviendra « l’affaire des caricatures de Mahomet ». Un cartel reprend ces mots, dix ans plus tôt, fin 2005 : « Menacer quelqu’un de mort pour un dessin, c’est complètement fou ! Car il n’y a pas de raison que ça s’arrête. Surtout si on cède. Sur l’affaire des caricatures, un des dessins m’est apparu à côté de la plaque : celui qui assimile l’islam au terrorisme. Mais je soutiens le dessinateur et le droit de publier ce dessin, même si je le trouve excessif. On a le droit de publier ce que l’on veut, même si c’est outrancier. La liberté d’expression, ça ne se négocie pas ! S’il y a véritablement diffamation ou insulte, il y a les tribunaux. » Tout est dit, de manière claire, sobre et simple. « La classe de son trait », comme pourrait redire Gisèle de Haan.

Si l’offre en terme d’œuvres originale exposées est conséquente et variée, il faut aussi, et enfin, dire deux mots de la scénographie, réalisée par les membres du festival BD Boum : des imperméables pendus un peu partout (en clin d’œil hommage bien sûr à Jack Palmer, dont une statue en papier mâché accueille les visiteurs), mais aussi la possibilité de faire un selfie, comme Jack Palmer sur l’affiche du festival ! Bref, une expo ludique et très riche, pour restituer celui qui « avait le génie d’avoir l’efficacité du dessin de presse et le talent d’auteur de bande dessinée », comme le résume bien Jean Solé.

Pétillon, le prince de la bande dessinée, jusqu’au 23 février 2019. Maison de la bande dessinée de Blois. Entrée libre.

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Emmanuel Lepage et Kris à l’honneur à Blois ce week-end

Le “tableau final” de la soirée de remise des prix, samedi soir.

Dans ce week-end pluvieux ponctué de gilets jaunes fluo, ce 35e festival BD Boum de Blois aurait pu prendre aussi une teinte crépusculaire, après le décès cet automne de René Pétillon (Grand boum 2018) et celui d’Annie Goetzinger fin 2017 (qui fut Grand boum 2015 et dont une salle à son nom a été inaugurée à la maison de la bande dessinée). Mais c’est plutôt la chaleur et le plaisir qui se sont imposés durant ce week-end.

Une planche de la superbe exposition consacrée au “Coeur des Amazones”, dessiné par Christian Rossi.

La présence de René Pétillon a été très présente, à travers l’expo et la rencontre qui lui étaient consacrées. Côté expositions, ce sont d’autres stylistes, dans le registre du dessin réaliste qui étaient à l’honneur, avec de belles expositions consacrées au Cœur des amazones de Christian Rossi, avec des planches originales grand format vraiment soufflantes de beauté, comme autant de petits tableaux à l’aquarelle assemblés, mais également au plus jeune auteur Jérémy, exemple d’une nouvelle génération de dessinateurs réalistes, à travers l’accrochage d’un grand nombre de planches de ses séries Les chevaliers d’Héliopolis ou Barracuda.  Autre présence qualitative, celle de Valérian et Laureline, à travers quelques planches originales de Jean-Claude Mezières ainsi qu’une belle expo autour du grand prix de la BD historique, Pereira prétend, de Pierre-Henry Gomont.

Du côté du palmarès, la soirée a permis de mettre à l’honneur La boîte à musique, de Carbone et Gijé (ed. Dupuis), pour le jeune public, Le journal d’un enfant de lune de Joris Chamblain et Anne-Lise Nalin (ed. Kennes) pour les 11-14 ans et le conseil départemental du Cher, Le pouvoir de la satire de Terreur graphique (ed. Dargaud), récompensé par nos confrères de la Nouvelle République ou encore l’Odyssée d’Hakim, de Fabien Toulmé (ed. Delcourt) récompensé par la Région Centre dans la catégorie « BD à portée citoyenne », mettant un coup de projecteur sur des albums souvent très intéressants.

Couetsch Lob, présidente du Prix Jacques-Lob du scénario, avec Kris.

Une cérémonie marquée aussi par l’annonce des cinq finalistes du Grand Prix de la critique ACBD (avec la montée sur scène de tous les journalistes et critiques présents à Blois !).

Le prix Jacques Lob du scénariste a été décerné pour sa part à Kris, récompense méritée pour l’auteur (entre autre) de Notre-Mère la Guerre, Un homme est mort, Coupures irlandaises ou le récent Violette Morris.

Enfin, le Grand Boum 2018 a été attribué à Emmanuel Lepage, aux magnifiques albums de reportage en immersion dans les terres extrêmes, de Tchernobyl au phare d’Ar-Men en passant par l’Antarctique, notamment.

 

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Un nouveau Boum à Blois

J-1 pour un nouveau grand “Boom” de la bande dessinée à Blois. Un 34e donc, cette année, avec une affiche qui, comme on l’avait déjà salué ici, illustre très explicitement l’intitulé du festival blésois.

A l’affiche de la manifestation (qui annonce 200 auteurs présents, 70 exposants et 13 expositions pour quelque 22 000 visiteurs attendus), Jean Solé, donc, l’immense dessinateur de Fluide glacial à qui l’on doit le joli visuel explosif de l’année (du fait de sa nomination au titre de “Grand Boom 2016”). Auteur qui, traditionnellement, hérite d’une grande exposition, à la Maison de la Bande dessinée (visible jusqu’au 24 février 2018), En écoutant les images, conçue par Patrick Gaumer et l’association bd Boum. Dans la foulée de l’inauguration de l’expo, ce vendredi soir, sera aussi inaugurée “la salle Gotlib”, accueillant une expo permanente sur l’histoire de la BD.

D’autres expositions aussi à voir sur, entre autre, Les Chemins de Compostelle de Jean-Claude Servais, Airborne 44 de Philippe Jarbinet, Les transports sentimentaux de Frédéric Debomy et Emmanuel Prost, ou encore de l’étrange parade à Alice au pays des merveilles de Benjamin Lacombe, Irena de Jean-David Morvan, Séverine Tréfouël et David Evrard et aussi une expo consacrée à Alain Dary, à l’occasion de la réédition de son oeuvre chez Mosquito.
Enfin, notons particulièrement une expo sur Au pied de la falaise, l’étonnante BD (d’un point de vue graphique déjà) de ByMöko et celle sur Etuwan celui-qui-regarde, de Thierry Murat, inaugurée à l’occasion des Rendez-vous de l’Histoire de Blois, en octobre (autre festival estimable au cours duquel Thierry Murat a été primé pour la BD historique l’an passé).
Au-delà, il y aura aussi des débats, une journée professionnelle (comme au festival d’Amiens), des films, un concert, etc. Pour s’y retrouver, on peut s’en remettre au programme heure par heure déjà en ligne.

Autre tradition, la remise d’une flopée de prix. En plus du “Grand Boom”, mettant à l’honneur un auteur “pour l’ensemble de son oeuvre”, la cérémonie du samedi soir est l’occasion pour l’ACBD (l’association des journalistes et critiques de bande dessinée) d’annoncer ses cinq titres finalistes pour l’obtention du Grand Prix de la critique et, désormais, d’annoncer aussi le nom des albums ACBD Jeunesse.
Pour les autres prix, voici les (nombreux) nominés.

Prix de la Ligue de l’enseignement 41 pour le jeune public:

  • Momo (Jonathan Garnier – Rony Hotin / Casterman)
  • Quand le cirque est venu (Wilfrid Lupano – Stéphane Fert / Delcourt)
  • Le petit bourreau de Monfleury (Marty Planchais / Sarbacane)
  • Akki, le clan disparu (Pierre-Emmanuel Dequest / Sarbacane)

Prix de la Région Centre Val de Loire:

  • Paroles d’honneur (Leïla Slimani, Laëtitia Coryn / Les Arènes BD)
  • Mémoires du Viet Kieu, les mariés de Taïwan (Clément Baloup / La Boîte à bulles)
  • Les nouvelles de la jungle (Lisa Mandel, Yasmine Bouagga / Casterman)
  • La fabrique des corps (Héloïse Chochois / Delcourt)
  • La longue marche des éléphants (Troub’s – Dumontheuil / Futuropolis)
  • Kérosène (Alain Pujak – Pierro Macola / Futuropolis)
  • La Fissure (Guillermo Abril – Carlos Spottorno / Gallimard)
  • Le Perroquet (Espé / Glénat)
  • Ralentir (Alexis Horellou – Delphine Le Lay / Le Lombard)
  • Mon Bataclan (Fred Dewilde / Lemieux)
  • Conduite interdite (Chloé Wary / Steinkis)
  • Chronique du 115, une histoire du SAMU social (Aude Massot / Steinkis)

Prix Jacques Lob (distinguant un scénariste ayant déjà publié plusieurs albums):

  • Julie Birmant
  • José-Louis Bocquet
  • Aurélien Ducoudray
  • Laurent Galandon
  • Joseph Safiedine
  • Zidrou

Prix de la Nouvelle République (visant à promouvoir un auteur de la région Centre – Val de Loire):

  • Face au mur (Laurent Astier / Casterman)
  • Ces gens-là (Terreur graphique / Dargaud)
  • XIII Mystery: Jonathan Fly (Luc Brunschweig / Dargaud)
  • Lucky Luke: Jolly Jumper ne répond plus (Bouzard / Dargaud)
  • Sept Macchabées (Etienne Le Roux / Delcourt)
  • Balzac et la petite tailleuse chinoise (Freddy Nadolny Poustochkine / Futuropolis)
  • Espace vital (Fabrice Meddour / Glénat)
  • Monument Amour (Didier Quella-Guyot / Grand Angle)
  • Brigade des mineurs (Titwane / La Martinière)
  • Vivre avec la terre (Myriam et Denis Landreau / Mine de voir)
  • Jacques Damour (Vincent Henry / Sarbacane).

Prix du Conseil départemental du Loir-et-Cher (pour une BD pour les 11-15 ans):

  • Irena (Morvan – Tréfouél – Evrard / Glénat)
  • Rose, tome 1 (Vernay – Alibert – Lapierre / Dupuis)
  • Imbattable, tome 1 (Pascal Jousselin / Dupuis)
  • FRNCK, le début du commencement (Bocquet – Cossu – Guillo / Dupuis)
  • A 4 mètres du sol (Barrière – Erlih – Soularue / Sarbacane)
  • Le collège noir (Ulysse Mallassagne / Milan)
  • Les amies de papier, le cadeau de nos 11 ans (Cazenove – Chabert – Cécile – Cordurié / Bamboo)
  • Sacha et Tomcrouz, les Vikings (Halard – Quignon / Soleil)
  • Au pied de la falaise (ByMöko / Soleil)
  • Les enquêtes polar de Philippine Lomar, le braqueur des coeurs (Zay – Blondin / éditions de la Gouttière)

Comme on le voit, le week-end sera animé sur les bords de la Loire, à Blois.

 

 

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Pierre-Henri Gomont, prix de la BD historique 2017

Le Prix Cheverny de la bande dessinée historique 2017 a été remis, à Blois, à Pierre-Henri Gomont, pour Pereira prétend.

Pierre-Henri Gomont avec Charles Antoine de Vibraye.

Avec un peu de retard, il est encore possible de saluer le nouveau Prix Château de Cheverny de la bande dessinée historique, remis lors des récents Rendez-vous de l’Histoire de Blois.

Il s’agit en l’occurrence de Pierre-Henri Gomont, pour son adaptation du roman d’Antonio Tabbuchi Pereira prétend. Celui-ci succède à Thierry Murat et aura droit l’automne prochain à son expo, comme son prédécesseur l’a eu cette année (une expo qui sera encore visible lors du festival BD Boum, fin novembre).

Le Jury, composé notamment de l’historien Jean-Pierre Jeanneney, du dessinateur Jean Harambat ou de l’historien et critique de bande dessinée Pascal Ory avait à faire son choix dans une sélection estimable. Parmi les dix nominés, on trouvait ainsi Hibakusha (Cinna et Barboni/éditions Dupuis), Les forçats (Bedouel et Perna/Les Arènes), Isadora (Birmand-Oubrerie/Dargaud), Là où se termine la Terre (Désirée et Alain Frappier/Steinkis), Les Gueules rouges (Dupont-Vaccaro/Glénat), La déconfiture (Rabaté, Futuropolis), La collaboration horizontale (Navie-Maurel/Delcourt), Giant (Mikaël/Dargaud), Le Coup de Prague (Hyman-Fromental/Dupuis) et donc Pereira prétend, réflexion sur la capacité de rébellion et de résistance face à la dictature, qui a finalement emporté l’adhésion majoritaire du jury.

Thierry Murat (lauréat 2016), Pierre-Henri Gomont avec Pascal Ory, lors de la visite de l’expo Etuwan.

Le prix a été remis par Charles-Antoine de Vibraye, propriétaire du château de Cheverny (directement en lien avec la bande dessinée, puisque c’est cet édifice qui a inspiré à Hergé le fameux château de Moulinsart). Pierre-Henri Gomont a avoué son heureuse surprise à recevoir ce prix, lui qui se voit plus en auteur de “bande dessinée géographique”, en Inde pour Rouge Karma ou à Lisbonne, pour Pereira prétend.

Ce prix est aussi l’occasion de saluer, plus largement, la présence de la bande dessinée au sein des Rendez-vous de l’Histoire, cette année. Dans un programme réalisé en partenariat avec la Maison de la BD et l’association du festival BD Boum, le public a pu, entre autre assister à des conférences de Vincent Marie et Adrien Genoudet sur “Dessiner la Grande Guerre” et de Laurent Gerbier sur “la ville du futur dans la bande dessinée de science-fiction”, rencontrer lors d’entretiens Gaëtan Nocq (pour Capitaine Tikhomiroff), Jean-Claude Servais (Les chemins de Compostelle), Thierry Dubois (Nationale 7), Annie Goetzinger (Colette), Jean-Yves Delitte (Batailles navales en images), Jean-Pierre Gibrat (pour le nouveau tome de Mattéo, présenté en avant-première), Jean-Luc Fromental (pour Le Coup de Prague) ou Benoît Blary (pour Octobre 17 mais sans Patrick Rotman finalement empêché). A cela, il faut encore deux table-rondes, l’une sur l’imaginaire des Cités obscures à UW2, avec Denis Bajram et Benoît Peeters et l’autre autour de “La balade nationale” (prélude à la nouvelle série sur l’histoire de France co-éditée par La Revue dessinée et La Découverte) avec Franck Bourgeron, Etienne Davodeau et Sylvain Venayre.

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Festivals & salons Les manifs à voir et à venir

Jean Solé montre de quel Blois il se chauffe !

Le festival blésois n’est que dans trois mois et demi, mais BD  Boum vient déjà de dévoiler l’affiche de son 34e festival.

Une magnifique réalisation signée Jean Solé (grand Boum de l’année dernière). Dans son style fin et coloré habituel, le dessinateur emblématique de Fluide glacial réalise là un dessin “explosif” et en profite pour faire sauter le fameux château de Blois.
Pour le reste, la Loire, ses ponts et son illustre François Ier sont bien là. Mais l’humour se cache jusque dans les détails, d’un radeau (en crayons) baptisé “Le Blois sans soif” jusqu’aux livres empilés dont “Robin des Blois” et un manuel de “Langue de Blois” !

De quoi donner envie de retourner dans la sympathique manifestation automnale à Blois.

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événements BD Prix et récompenses

Les éditions de la Gouttière se rapprochent du Centre du jeu

Les albums des éditions, amiénoises, de La Gouttière, ont été remarquées, ce week-end , lors du festival BD Boum à Blois.

img_7564Supers, tome 2, la série de Dawid et Frédéric Maupomé fait donc partie de la sélection finales des 5 titre en lice pour le 1er prix de la bande dessinée ACBD Jeunesse. Une reconnaissance pour la maison d’édition amiénoise.

A cela s’est ajouté, ce week-end, deux nominations (certes non lauréates) lors du festival BD Boum de Blois.

Les enquêtes de Philippine Lomar, de Greg Blondin et Dominique Zay étaient parmi les nominés pour le prix du Conseil départemental du Loir-et-Cher pour la BD jeunesse (remporté finalement par Ninn, la ligne noire de Jean-Michel Darlot et Johaen Pilet). Et Azil, de Jean-Marie Omont, Charlotte Girard et Tanja Wenisch était sélectionné dans la catégorie du “Prix pour le jeune public” de la Ligue de l’enseignement 41 (prix finalement décerné au Chasseur de rêves de Martin Desbat).

Quoi qu’il en soit, et en attendant les sélections pour Angoulême, un week-end au Centre, quand même.

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événements BD Les manifs à voir et à venir Prix et récompenses

A Blois, un festival toujours en plein Boum

Le 33e festival BD Boum se tient ce week-end à Blois. Dans une ambiance toujours conviviale et décontractée. A l’image de la cérémonie de remise des prix, ce samedi soir. Une soirée où ont notamment été récompensés le drôle de carnet de route dans le Rojava irakien Kobané Calling, de Zerocalcare (prix Région Centre Val de Loire), L’Anniversaire de Kim-Jong Il d’Aurélien Ducoudray (Prix Nouvelle République).
De son côté, Catherine Meurisse s’est vu décerner le prix Jacques Lob (pour une oeuvre de scénariste), tandis que c’est l’immense Jean Solé qui succède à Nicolas de Crécy comme “Grand Boum” de l’année. Et c’est donc lui à qui reviendra notamment de dessiner la prochaine affiche du festival blésois.

A noter aussi, entre autre, de jolies expos de planches originales de Thorgal et du dernier ouvrage de Patrick Prugne Iroquois. Et à la Maison de la BD, on pourra voir deux expos rétrospectives consacrées à Nicolas de Crécy et au dessinateur Piem.