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Dessous chics Les Dessous chics

Cette France qui jamais ne me quitte

Pierre Herbelet (leur fils) et Emilien, salarié du domaine du champagne Herbelet, à Oger, en pleine action au cours des vendanges. Photo : Philippe Lacoche.

Je n’ai pas attendu les recommandations, conséquences de cet imbécile de Coronarivus, pas plus que celles – pleines de bon sens, c’est vrai – des écologistes. De toute façon, l’avion me gave; on ne voit rien – sauf par extrême beau temps; on est serrés comme des sardines de Bretagne, à l’huile d’olive vierge extra, préparées à l’ancienne, «Saveurs de nos régions», de chez Chancerelle, 3, rue des Conserveries, 29100 Douarnenez, disponibles chez Lidl; elles sont délicieuses. (À quelques mois de la retraite, on peut se permettre de faire de la pub dans une chronique dominicale; on sait qu’on ne se fera pas virer.) Je préfère le train. Ou la voiture. Je suis comme François Mauriac: je suis un journaliste qui n’apprécie que très moyennement les voyages lointains. J’aime mon pays; j’aime la France. C’est mon côté Péguy, Bernanos, Barrès. Je l’aime passionnément. Et dès que je le peux, je file à bord de ma Dacia blanche afin de l’explorer, de la découvrir dans ses moindres recoins comme on découvre le grain velouté de la peau d’une vieille maîtresse. En compagnie de ma petite fiancée, j’ai commencé par rendre une visite à mes amis Claudette et Philippe Gonzalès, à Oger, en Champagne. Oger: la Côte des Blancs. Tout un programme! Nous fûmes accueillis comme des princes, dégustant les meilleurs crus de ce champagne blanc de blanc qui, plus d’une fois, nous tourna la tête, sans pour autant nous la dévisser. C’est là l’un des mystères de ce grand vin pétillant qu’est le champagne. Buvez deux bouteilles d’un bordeaux infesté de pesticides, le lendemain votre tête ressemble à ma bonne ville de Tergnier en 1918, après les délicatesses teutoniques. Avec le champagne, les réveils se révèlent toujours joyeux, pimpants, parfois délicatement érotiques. Je suis presque certain que les maîtresses de Pierre Choderlos de Laclos et du cardinal François-Joachim de Pierre de Bernis, devaient inviter les deux grands hommes à en consommer plus de raison afin qu’ils les honorassent jusqu’à plus soif. En tout cas, ma petite fiancée, Claudette et mon copain Philippe, nous en abusâmes. Ce dernier nous invita à entreprendre une bucolique balade en péniche sur la Marne; sur celle-ci, j’eus la joie de croiser – le hasard des croisières, fussent-elles brèves et terriblement françaises – Caroline Linant, photographe que j’avais connue au cabaret La Belle époque quand mon ex-pacsée, Lou-Mary, ma grande Didiche, y officiait avec assiduité et talent. Caroline est une charmante grande jeune femme, pleine de tact et de délicatesse. Nous discutâmes des temps anciens en contemplant les martins-pêcheurs qui se distrayaient sur les ondes céladon de la lente Marne. Claudette et Philippe nous invitâmes à les accompagner chez leurs amis vignerons, Valérie et Grégoire Herbelet qui ont repris l’exploitation familiale il y a une douzaine d’années. Ils produisent un champagne à leur nom d’une haute qualité à base d’un cépage exclusivement chardonnay. Provocateur et taquin, je fis le caprice, en pleine terre de blanc de blanc, de déguster un 100% pinot meunier. Mon vœu fut exaucé sous le regard faussement courroucé de Philippe. Et nous passâmes, un bon quart de notre séjour à nous remémorer nos bêtises de potaches du temps où nous étions lycéens à Henri-Martin, à Saint-Quentin. Puis, ma petite fiancée et moi, filâmes vers le lac de Gerardmer, vers les Vosges, si belles, si bleues. Si… françaises.

Dimanche 20 septembre 2020.

Au cours de notre croisière sur le Marne. Photo : Philippe Lacoche.
Claudette et Philippe Gonzalès. Photo : Philippe Lacoche.
Philippe Gonzalès à son bureau. Photo : Philippe Lacoche.
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Bulles Picardes humour Les albums à ne pas rater

Vin sur vin pour les Fondus

Les fondus des vins de nos régions en bande dessinée, Richez et Cazenove (scénario), Peral, Saive, Berquin, Carrère (dessin). Editions Bamboo, 144 pages, 24,90 euros.

Si le beaujolais nouveau est un peu passé inaperçu cette année, noyé au milieu des gilets jaunes ce 15 novembre, ce ne devrait pas être le cas de ce “bel album” des Fondus des vins de nos régions.

Depuis 2008, les éditions Bamboo ont entrepris de faire la route des vins de France. Pour une maison installée aux portes du Beaujolais (à Charnay-lès-Mâcon), c’était presque naturel, voire relevait du service public. En dix ans, la fine équipe des “Fondus” s’est donc rendue successivement en Bourgogne, dans le bordelais, les Côtes-du-Rhône, en Champagne, en Alsace, dans le Beaujolais, sur les bords de Loire et enfin en Savoie et dans le Jura (avec un petit détour par la Suisse).
Neuf albums au rythme et au style immuable (malgré les changements de dessinateurs).
Dans une ambiance de BD “gros nez”, des planches-gag mettent en scènes des petites séquences sur ces virées oenologiques avec des personnages récurrents devenus, au fil des albums, iconiques: Thierry, le bon vivant et sa femme Régina, qui apporte une touche de sérieux et de bon sens ; Maurice, le vieux spécialiste; Thomas, le fils inculte à éduquer, etc.

Mais ces plaisanteries au ton bon-enfant (aux chutes pas toujours hilarantes, certes), sont surtout l’occasion de faire découvrir, en distrayant, les spécialités et pratiques des divers cépages. Chaque album est d’ailleurs complété par un petit dossier bien illustré et très pédagogique. Et l’ensemble fonctionne très bien, alliant vulgarisation et distraction.

Ce tour de France étant achevé (ou presque, manquent notamment les vins du Languedoc ou de Gascogne), ce gros album s’apparente à une cave idéale, avec sa sélection de grands crus, en l’occurence une dizaine de planches extraites de chaque album et une réorganisation géographique proposant une virée du sud-ouest au sud-est de la France, des vins de Bordeaux aux Côtes-du-Rhône en passant par les zones vinicoles du nord et l’est de l’Hexagone.

Ce livre n’apprendre donc rien aux fondus des Fondus – sinon adjoindre un bel objet – livre relié, dos tissé – à la collection. En revanche, cela peut être une idée de cadeaux pour les fêtes qui arrive, ou une introduction, voire initiation, à ce monde des vins de France.

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Spectacle

Serge Lama : « Toutes mes chansons sont autobiographiques »

  Il sera en concert le jeudi 30 novembre au Zénith d’Amiens, et le mercredi 21 mars, au Tigre, à Margny-lès-Compiègne. Nous l’avons rencontré chez lui, à Paris.

    Pourquoi avoir ressorti votre CD « Où sont passés nos rêves » qui était déjà dans les bacs en 2016 ?

D’une part, parce que je repars en tournée cette année. C’est un événement très important pour moi. D’autre part, l’album est sorti au moment où mon épouse est décédée et que ce fut une terrible épreuve. L’émission que j’avais faite quatre jours plus tard, chez Ruquier, n’avait pas eu d’impact car j’étais à côté de la plaque. Je n’étais pas capable d’exprimer ce qu’il fallait par rapport à un album qui, avant, m’avait rendu si heureux. Cet album a donc été mis sous l’éteignoir. Je le relance aussi pour ça car j’y tiens beaucoup. Je le relance avec notamment une chanson nouvelle : « Je débute ».

Chanson éponyme de la tournée, donc.

Oui. La tournée s’appelle « Je débute ». Je me suis rendu compte que j’ai passé ma vie à débuter. Je ne suis pas le seul ; je pense que beaucoup d’artistes vous diraient la même chose. Les gens me disent : « Mais quand même, vous avez un acquis ! ». Oui, il y a un acquis. Mais à chaque fois, il faut repartir au charbon. Mais j’éprouve toujours ce sentiment dès que je fais un nouveau disque. J’ai eu le sentiment de recommencer. Pas à zéro, bien sûr. Mais cette expérience, quand vous êtes ventre au public, elle ne vous sert plus à rien. Même les anciennes chansons deviennent de nouvelles chansons. A chaque fois, ça change ; elles ne sont pas placées au même endroit dans le répertoire. Il faut repartir d’un autre pied si j’ose dire (moi qui ai un pied qui est de travers, je ne peux pas trop me permettre de changer de pied !). C’est comme ça. C’est à chaque fois un investissement total, avec les moyens qu’on a, il faut donner le plus qu’on a en soi le jour J. Et c’est tous les jours le jour J.

Le déclencheur a donc été le décès de votre épouse ?

Il a plutôt joué un rôle négatif. Ca m’a fichu par terre. C’était quarante-sept ans de connivence. Quarante-sept ans de compagnonnage car nous n’avons jamais vécu ensemble. On vivait d’une façon très spéciale avec mon épouse, mais on était lié par quelque chose de très fort. On ne peut pas évaluer les dégâts que ce drame procure. Pour elle, j’ai repris une chanson qui était passé à côté, à une époque, et que je trouve bien ; cette chanson s’appelle « Le dernier baiser ». C’est une chanson de film. Le film n’a pas eu de succès ; la chanson a été occultée.  C’est ce qui s’est passé ; je suis arrivé, tout le monde était en larmes. J’arrive on me dit : « Michèle est morte. » On prend ça dans la gueule d’un seul coup. C’est vraiment le dernier baiser. J’ai enregistré la chanson que j’avais donnée à Christophe Mahé, « Je veux du bonheur » qui a été un succès. Je l’ai refaite à ma manière. J’ai également refait une chanson ancienne – ce qui est assez rare -. J’ai gardé le titre, « Comme elles étaient belles ». Une chanson d’amour… « Comme elles étaient belles les filles de ce temps-là ». J’ai transformé en « Comme elles étaient belles les chansons en ce temps-là ; elles étaient si belles que nos cœurs les rechantent parfois. » Je l’ai détournée. Je pense que ce que j’appelle la chanson, est en train de disparaître. C’est une petite chanson avec une belle mélodie à l’ancienne qui dit exactement ce que je pense. Avec la tristesse que cela génère.

Vous avez invité, sur ce disque de grands compositeurs (Cabrel, Julien Clerc, Calogero, Obispo, Carla Bruni, Adamo, Le Forestier, Bruel, etc.). Pourquoi cette démarche ?

Il y a des années que je pense à ça mais je n’osais pas. Mon entourage m’y a poussé. Je pensais que ces artistes allaient me répondre non. Les gens me disaient qu’ils allaient me dire oui. J’étais devenu assez intime avec Cabrel ; j’avais écrit des textes quand il ne parvenait plus à écrire. Il m’avait dit qu’une chanson lui plaisait. Il a terminé son disque et m’a dit : « J’ai trouvé la musique des Muses. » Je lui ai dit que ce n’était plus une chanson pour moi. Je trouvais la musique fort belle ; j’ai donc décidé de la chanter. J’avais déjà une chanson de Cabrel qui est devenu le single, qui est sortie en radio. Et j’ai osé envoyer un texto à Julien Clerc, en lui disant : « Si je t’envoie des textes pour moi, pour un album à moi, qu’est-ce que tu fais ? » Il m’a dit : « Si ça me plaît, je te fais la musique. » Je lui envoyé deux ou trois textes. Il y en avait une qu’il voulait à ce moment-là garder pour lui (je crois qu’il est passé à autre chose depuis). Et il m’a écrit deux musiques. A partir de l’instant où vous avez Cabrel et Julien Clerc, il y a un truc qui commence à prendre fort. A ce moment-là, Calogero m’a envoyé un texto en me demandant si mon disque était bouclé. (Je le connaissais un peu.) Je lui ai répondu : « Pas du tout ! ». Je lui envoie deux textes. Et il a écrit pour moi une chanson que je trouve sublime et qui s’appelle « Le souvenir ». C’est une chanson qui aurait pu être un énorme titre. A ma grande époque, je suis presque sûr qu’on aurait cassé la baraque. Je vais du reste la chanter sur scène. Il y a aussi la chanson « Bordeaux », d’Obispo, qui, elle, a fait son trou. Il a déverrouillé un problème que j’avais avec Bordeaux. J’essayais d’écrire une chanson sur ma ville. Cela depuis trente ans. Mais j’avais Nougaro dans le dos qui était là… comme un corbeau qui me bouffait la nuque. J’en avais écrites mais c’était des chansons un peu intello dans lesquelles je parlais de Montaigne… Ca n’intéressait pas le public. Et tout à coup, il me dit : « C’est marrant, on est de Bordeaux tous les deux. » Et quand j’ai raccroché, une phrase me vient : « Au bord de la Garonne belle… » A partir de cette phrase, la chanson s’est faite. La phrase déclencheur ; c’est comme ça que je marche. Il faut une phrase déclencheur qui amène tout le fleuve de la chanson. Après, j’ai peaufiné ; j’ai travaillé les détails. Mais le gros de cette chanson, je l’ai écrit rapidement. Ce qui est difficile, c’est de trouver les phrases qui ne vous plaisent pas, et de les remplacer.

Saviez-vous que tous ces artistes étaient inconditionnels de vos chansons ?

Inconditionnels, je ne sais pas… Ils m’aimaient bien moi, en tant qu’être humain. Du coup, ils ont fait ça avec plaisir. C’est vrai que j’ai tendance à me dévaloriser par nature. Je ne pensais pas que c’était à ce point-là. En tout cas, ils ont été contents. Calogero est content. Cabrel aussi. Julien, je ne me rends pas compte. J’ai fait faire à Adamo sa première musique sur un texte qui n’est pas de lui. Il n’avait jamais fait une musique sur un texte qui n’était pas de lui ! C’est formidable ! Sur scène, je vais donc chanter quelques chansons nouvelles, mais le public, à mon âge, attend les chansons classiques. Il faut tester les chansons nouvelles lors des concerts ; voir si ça fonctionne. Au départ, j’en propose pas mal ; à l’arrivée, il restera une portion congrue.

Votre duo avec Carla Bruni, sur la chanson « Casablanca », est particulièrement réussi.

Si Carla n’était pas mariée avec qui l’on sait, la presse aurait tout de suite dit que cette chanson était formidable. Carla a beaucoup de talent ; un vrai talent. Elle déploie une vraie originalité ; sa voix ne ressemble à celle de personne d’autre. Elle a un grain de voix qui est le sien. Son talent est occulté par le fait qu’elle a épousé un président de la République. La première fois que j’ai écouté l’une de ses chansons fétiches, je me trouvais dans une brasserie à Nantes, très bruyante. Je dis à un copain qui, je sais, est toujours au courant de tout : « C’est qui, ça ? » Je déclaré : « C’est un tube ! » J’ai entendu au son – sans entendre les paroles – que c’était un tube ; et c’est devenu un tube.

Vous évoquez la chanson « Raphaël » qui rend hommage à Enthoven.

Oui, c’est ça. Père ou fils ? (Rires…) Elle ne cache rien ; elle est d’un naturel qui est subjuguant.

Parmi la vingtaine de chansons, celle intitulée « Mais j’ten veux pas », sur les conséquences d’un divorce, est particulièrement puissante et terrible. Comment est-elle née ?

C’est effectivement une chanson grinçante qui sourit. Grâce aussi à la musique de Julien Clerc. Sa musique sourit. J’ai connu le mec dont je parle dans le texte. Je le voyais en train de se faire plumer. Et il s’est fait littéralement plumer. J’ai fini par ramener ça à quelque chose de plus positif. « Grâce à ça, je n’ai plus rien, mais j’ai trouvé une fille, formidable… » Il n’y a pas que des salopes ; il y a aussi des filles formidables. Pourtant, la fille en question, ne cachait pas son jeu ; il n’y avait que lui qui ne le voyait pas. L’amour, dans ce cas précis, rend plus qu’aveugle. Ce type (qui était très riche et très intelligent) ne voyait absolument pas qu’elle était en train de le déposséder de tout. Elle était dans le calcul, et ça se voyait. C’est une chanson de scène par essence ; je vais voir ce que ça va donner.

La fin de cette chanson est lumineuse.

Oui, c’est vrai. Aujourd’hui, le féminisme est en train de manger le féminisme. Tous les acquis sont en train de tomber en miettes. C’est la société qu’il faut changer ; il faut remettre la femme dans la société. Maintenant, ce sont des gonzesses qui se bouffent entre elles.

Connaissiez-vous déjà Carla Bruni avant de réaliser cette chanson ?

Pas du tout. C’est un hasard complet. J’étais allé voir Francis Cabrel chanter un dimanche après-midi. Le hasard a voulu que Carla – en compagnie de son mari – soit là. Et, malgré ma timidité, je suis allé la voir ; je lui ai demandé si ça l’intéressait de faire une musique sur l’un de mes textes. Elle a tout de suite accepté. Elle m’a donné immédiatement son numéro de téléphone. A partir de là, elle m’a envoyé un texto en me disant : « Je suis très lente. » J’ai compris que la musique arriverait très tard ; je lui ai donc donné une date butoir. Elle est effectivement arrivée très tard, mais c’était tellement magnifique. Ce duo, je l’adore ! J’adore aussi « Lettre à mon fils », qui est une chanson qui dit des choses que personne ne dit. Que ce soit Rockefeller, Robespierre, Napoléon, etc., tous ces gens qui nous ont emmenés là où on en est. J’avais envie de pousser mon petit coup de gueule. Depuis le début de ma carrière, j’ai toujours un petit billet d’humeur dans presque tous mes disques.

Vos chansons sont également souvent empreintes de mélancolie, même si les gens qui connaissent mal votre œuvre s’attardent sur les chansons les plus drôles.

Je me suis laissé exploiter, c’est vrai, notamment par la télévision. J’ai fait des chansons rigolotes. Si vous faites le compte, les chansons un peu marrantes elles ne représentent que dix pour cent. Le reste, c’est de la mélancolie. Quand j’ai débuté dans les années 1960, à la radio on disait de moi : « Oui, il a du talent Serge Lama, mais c’est un chanteur triste. » Comme j’avais envie d’arriver en haut de l’affiche, je me suis mis à tenter d’écrire des chansons gaies. J’ai donc écrit « C’est toujours comme ça la première fois » ; puis j’ai écrit « Superman «  qui m’avait été soufflé par mon directeur artistique qui avait trouvé cette chanson des Kinks. J’ai détourné « Apeman » en « Superman ». Après il y eut « Les p’tites femmes de Pigalle », puis « Femmes, femmes »… Et j’ai été pris dans ce prisme-là. Heureusement, il y eut « Je suis malade »  qui a tempéré cette tendance.

Vous aimiez les Kinks ?

Oui, bien sûr, mais c’est mon directeur artistique qui est parvenu à obtenir les droits. Il m’a dit que ce serait intéressant que je l’adapte. J’ai trouvé « Superman ». Il est certain que je ne swingue pas comme les Kinks mais en tout cas ce n’était pas trop mal.

Vous allez vous produire le jeudi 30 novembre au Zénith d’Amiens, puis un peu plus tard, le mercredi 21 mars 2018 au Tigre, à Margny-lès-Compiègne. Dans quelle formule serez-vous accompagné sur scène ?

Ce sera un grand spectacle-petit spectacle ; les gens aiment que je sois ventre au public et que je chante mes chansons comme ça. Mais il y aura un écran et on sera dix sur scène. Ce sera un grand spectacle mais je garde quand même l’idée de conduire mon tour de chant à ma main. Je ne veux pas que le public ait l’impression que je suis en train de faire un numéro de clown avec des images et des trucs. Il y aura effectivement des images et quelques effets mais juste quand il le faudra. On a fait des choix. Quand vous chantez « Les ballons rouges », les gens vous écoutent. Il n’y a pas besoin de mettre des images partout. Pour certaines chansons, je serai minimaliste. J’essaie de trouver la bonne dose.

Pourquoi avoir repris « Bird on a Wire », de Cohen ?

Parce qu’il est mort l’année dernière et que ça m’a fait de la peine car on a parlé de Bob Dylan qui n’est pas allé recevoir son prix Nobel. Et Leonard Cohen, à mon sens, était un plus grand poète que Dylan. J’ai lu ses livres. Il s’agit donc pour moi de lui rendre hommage. Quand Leonard Cohen a écouté ma version, il a dit : « Lama a fait un meilleur texte que moi ! » Ce qu’il a dit a été confirmé puisque c’est ma version qui a été traduite dans toute l’Europe. Parce que mon texte était un tout petit peu plus simple que le sien.

Est-ce que vous considérez que votre dernier album est autobiographique ?

Toutes mes chansons sont autobiographiques. Depuis le début, de la première à la dernière. Il y a un fond autobiographique chez moi ; c’est comme de la vase. Il y a l’eau, et il y a la vase. Il y a aussi beaucoup de fiction. La chanson « Attention danger », c’est fait de bouts de ma vie, mais aussi je donne plein d’images qui ne sont pas toujours de moi. « Les ballons rouges », c’est moi mais je n’ai pas été un enfant privé de nourriture. On était pauvre ; j’ai été privé de gens qui me faisaient sentir qu’ils m’aimaient. J’ai eu une enfance de solitaire. Ce que j’essaie de dire, c’est ça au fond. Une chanson comme « Je suis malade », c’est un cri. Dans beaucoup de mes chansons, c’est un enfant qui crie.

« Une chanson, c’est à égalité, mots et mélodie », dites-vous. Pouvez-vous revenir sur cette phrase ?

S’il n’y avait pas les mots, il n’y aurait pas la mélodie ; la mélodie appelle les mots. Ils sont inséparables, indissociables. On peut dire qu’ils sont à égalité totale ; on peut dire que c’est injuste car à l’étranger c’est la musique et un son de mot qui va véhiculer la chanson à l’extérieur. Mais dans l’essence même d’une chanson, c’est véritablement indissociable. Si Jacques Datin n’avait pas écrit cette musique-là sur « Les p’tites femmes de Pigalle », ma chanson aurait été une chanson triste parmi tant d’autre car, au départ, c’est parti pour être une chanson triste. Quand j’ai vu ce qu’il avait fait avec sa musique, j’ai réécrit une grande partie de mon texte pour ramener les paroles à la vision qu’il avait eue. (Cette chanson a été inspirée par Claude Lemesle qui, à ce moment-là, avait des problèmes sentimentaux comme il en a eus beaucoup dans sa vie ; c’est un ami, Claude Lemesle. Il m’avait dit : « Maintenant, je vais aux putes… » mais je ne pouvais écrire ça comme ça.) Mais pour moi c’était dramatique ; ce n’était pas une chanson drôle. Quand le rendez-vous des paroles et de la musique n’est pas réussi, ça ne fait pas une très bonne chanson. On sent qu’elle boite.  C’est comme un couple.

Brel, Ferré, Brassens, Gainsbourg, etc. sont encensés dans la presse dite « intellectuelle » (Télérama, Les Inrocks, Libération, Le Monde, etc.) Pas vous qui, pourtant, êtes un vrai littéraire et un authentique poète. Pourquoi ?

Je pense que mon côté chanteur populaire a  occulté des choses… Il y a quelqu’un qui est souvent oublié comme auteur (et pourtant c’est l’un des plus grands auteurs des cinquante dernière années) : Charles Aznavour. Aznavour, on dit de lui que c’est un grand interprète… On ne parle jamais de ses textes qui sont pourtant incroyables. Même Gainsbourg a chanté des textes d’Aznavour. C’est un grand auteur. Je fais partie de ces gens qui sont un peu méprisés par l’intelligentsia qu’on ne sait pas trop bien définir… En revanche quand ces critiques viennent à mes concerts, ils sont conquis. Mais ils ne viennent pas. Ils n’aiment que les choses tendance, les choses mode… Des choses qui ne durent pas ; un chanteur qui dure depuis cinquante ans, c’est beaucoup trop.

Serait-ce l’effet Bayon, mais Johnny Hallyday qui est, certes, un grand interprète et un grand artiste, mais qui n’est pas auteur, pas un compositeur, a le reconnaissance de Libération. C’est étrange, non ?

Contrairement à beaucoup de mes collègues, je n’ai pas construit de réseaux. J’ai passé mon temps sur les routes pendant quinze années de ma vie. J’ai passé 250 jours de ma vie sur les routes. Ensuite, j’ai fait Napoléon, et j’ai joué tous les soirs ; je n’ai pas eu l’instinct de savoir qu’il fallait se faire des réseaux, connaître des gens. Et puis, j’ai le cul entre deux chaises car je suis à la fois un chanteur populaire et un littéraire. Alors… Je propose à la fois des chansons littéraires et des chansons à boire, ou des chansons paillardes parfois, joyeuses… « Les p’tites femmes de Pigalle », ce n’est pas mal écrit…

Parlez-nous du livre-disque « L’extraordinaire aventure d’Abba, le petit sapin », aux éditions Plon.

Il y a dans mon disque une chanson qui s’appelle « Je suis un arbre de Noël » que j’avais écrite à l’âge de 35 ans ; je me disais qu’à l’époque, j’étais trop jeune pour chanter un truc comme ça. Je pense avoir été cela toute ma vie, un arbre de Noël ; un porteur de cadeaux. J’ai fait écouter cette chanson à mon assistante ; elle m’a dit que je ne pouvais pas ne pas mettre cette chanson dans mon disque ; une chanson pleine de joie, d’optimisme, qui réveille les âmes. J’ai demandé à Cabrel de me faire une musique. C’est devenu une vraie chanson. De là, mon assistante, c’est mise à envisager la création d’un conte pour enfant. Un conte qui parle d’amour, d’amitié, de solidarité… C’est un conte de Noël. C’est très mignon, très joli, très joliment écrit. Ce conte fait une centaine de pages. Ce livre CD sortira en novembre.

Propos recueillis par PHILIPPE LACOCHE

Serge Lama : un vrai poète, un chanteur littéraire, mais peu reconnu par les intellectuels. Tant pis pour eux!

Rens. 03 22 47 29 00; www.nuitsdartistes.com

 

 

 

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auteurs Les albums à ne pas rater

Mano a mano heureux

main heureuse_couvLa main heureuse, Frantz Duchazeau, éditions Casterman / Arte Editions – coll. Professeur Cyclope, 104 pages, 17 euros.

C’est un album à lire un jour de fête de la musique, tant il exprime, justement, comment la musique peut être importante et changer une vie.

En cette toute fin des années 80, Franz et Mike, deux ados vivant dans un petit village de Charente apprennent, en lisant Best, que la Mano negra, leur groupe favori va se produire à Bordeaux, à une centaine de kilomètres de là. Une occasion unique, qui ne peut pas se louper. Quitte à faire sauter deux jours de cours, à embrouiller ses parents et à y aller en mob ! C’est parti pour une épopée à 40 km/h, avec une mobylette récalcitrante et des rencontres plus ou moins sympathiques, jusqu’au grand moment et un ultime coup du sort qui les fera rencontrer leur idole: Manu Chao…

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Copines et copains

Un dandy en robe noire et aux goûts très littéraires

Laurent Manhès : magistrat, fou de littérature, roule en Mustang. Très élégant.
Laurent Manhès : magistrat, fou de littérature, roule en Mustang. Très élégant.

Ancien avocat devenu magistrat, écrivain sous pseudonyme, fou de littérature, Laurent Manhès roule en Mustang et affiche une élégance rare.

Chemise blanche impeccable, écharpe grise, complet anthracite – comme son iris –, Laurent Manhès, ancien avocat devenu magistrat, affiche une élégance rare. Et quand on sait que ce fou de littérature, roule en Mustang, il ne serait pas absurde de penser qu’on a en face de soi un romancier un brin dandy et très germanopratin. Mais non. Il est né le 12 mai 1962, à Courbevoie, dans les Hauts-de-Seine, d’un père ouvrier dans l’industrie (d’origine auvergnate, « issu des bougnats montés à Paris à la fin du XIXe siècle ») et d’une mère secrétaire (originaire d’Alençon, en Normandie). Un frère âgé de cinq ans de plus que lui. Une petite enfance et une enfance heureuses. Sa mère cesse de travailler pour s’occuper de lui. Laurent est un enfant calme mais assez casse-cou qui apprécie mal le danger. « Toute mon enfance est marquée par des chutes à bicyclette », sourit-il. Ses quatre premières années, il les passe à Courbevoie, puis il suit ses parents à Toulouse, puis près d’Albi, puis à Dreux jusqu’à ses 12 ans, en 1974. Ces villes qu’il découvre, il les doit aux mutations de son père qui finiront par transformer ce dernier en cadre (dessinateur industriel). D’Évreux, il garde en mémoire le collège Jean-Jaurès qui n’existe plus, adossé à un cloître en centre-ville. Puis il fréquente le lycée d’Évreux jusqu’au bac, en 1980. Il se met à dévorer les livres : Gide, Camus, Sartre, Léon Bloy, Drieu La Rochelle, les Hussards (Nimier, Blondin), Vialatte… C’est à cette époque que lui vient l’envie d’écrire. Plus tard, bien plus tard, il publiera sous pseudonyme. Il fait également beaucoup de sports : tennis de table, foot, tennis, hand-ball. « Il me faut une raquette ou un ballon ; il faut que ce soit ludique. Nager, courir, ça m’ennuie… » Adolescence heureuse, un peu décalée. « J’étais très concentré, peu prompt au divertissement, mais je découvre les filles vers l’âge de 16 ans. Avant, je ne mesurais pas leur qualité d’attraction. Depuis, j’évite de trop me rattraper… »

Le bac B en poche, il passe le concours de Science Po, échoue à Paris mais réussit à Strasbourg et à Bordeaux. Il choisit Bordeaux. Il a 18 ans. Il double le programme en s’inscrivant en faculté de droit : « Je vais nettement préférer le droit à la formation Sciences Po que je trouve un peu auberge espagnole. » Il obtient un DEA de droit, effectue son service militaire au mont Valérien, à Suresnes, dans les transmissions. « J’étais à la police militaire. Je gardais l’entrée du fort. J’en garde un très bon souvenir. Je passais des nuits entières à lire et j’étais en compagnie de musiciens qui jouaient toute la nuit. L’un était premier prix de Conservatoire de Paris de violon… »

En 1988, il entre à l’école d’avocat de Bordeaux, puis, dès 1989, commence sa carrière dans un cabinet d’affaires de la capitale d’Aquitaine. Avant de réellement s’engager dans la vie professionnelle, il décide de partir aux États-Unis. Six mois à Boston ; six mois à New York. Il est recruté par la French librairy de Boston pour y animer des soirées francophones. On lui donne carte blanche. Il met en place des soirées vins-fromages. Il part à New York où des amis l’accueillent au coeur de Manathan. Il flâne, joue aux échecs à Central Park. Il rentre en France, s’inscrit au barreau de Paris, travaille pour de gros cabinets d’affaire internationaux et européens. Il adore Paris, habite dans le XVIIIe, mais en 1996, il décide de repartir en province. Direction Abbeville où il reprend le cabinet du regretté Pierre Talet, décédé d’une rupture d’anévrisme. De 1996 à 1999, il découvre l’activité d’un avocat de province généraliste. Il passe le concours d’intégration à la magistrature et l’obtient. Il cède son cabinet d’avocat le 30 décembre 1999, et devient magistrat le 2 janvier 2000 : « Ma carrière enjambe le fameux bug annoncé de l’an 2000. » Il passe six mois de formation à Boulogne-sur-Mer. Été 2000 : Laurent Manhès occupe le poste de substitut du procureur à Cherbourg. Puis, il effectuera trois ans à Caen, soit sept de parquet au total. En 2007, il devient vice-président du tribunal d’instance de Cherbourg ; en 2013, il est nommé vice-président de correctionnel à Amiens. « Grâce à ces fonctions d’avocat, de parquetier et de juge du siège, je dois être l’un des rares magistrats en France, sinon le seul à être allé aux assises comme avocat de la défense, avocat de la victime, avocat général (procureur) et juge de la cour d’assises. J’ai exercé toutes les places judiciaires de la cour d’assise… » résume-t-il. « Cette expérience me sert énormément comme président de correctionnel car mes interlocuteurs d’audience, c’est-à-dire les avocats et le procureur exercent des fonctions que je connais pour les avoir exercées. Cette expérience me procure une sérénité supplémentaire à l’audience et dans mes contacts avec les prévenus. À l’issue de cette première année de présidence d’un tribunal correctionnel, je m’aperçois que je juge très peu de vrais délinquants. Un vrai délinquant, c’est quelqu’un qui évolue dans des réseaux organisés et qui vit de sa délinquance. On en trouve généralement dans les grandes zones urbaines (Paris, Lyon, Marseille). En province, la délinquance concerne beaucoup de comportements isolés, fautifs occasionnels et très majoritairement liés à l’alcool. L’ampleur du phénomène alcoolique est extrêmement préoccupant. L’alcool est associé à toutes les occasions de la vie. Et on se heurte à un silence assourdissant des autorités publiques sur cette immense contamination par l’alcool de la société. Résoudre ce problème résoudrait aussi les difficultés de la justice, l’encombrement carcéral et certainement le déficit de la Sécurité sociale. Est-ce que quelqu’un qui se trouve en récidive alcoolique doit finir en prison ? Je ne le pense pas ; sa place dans un protocole de soins. » Dans la pensée unique, Laurent Manhès ? Point. Sa façon de rentrer en résistance : conduire une Mustang à l’heure où la norme devient la voiture électrique. Il fallait y penser.

PHILIPPE LACOCHE

 

 

Bio express

12 mai 1962 : naissance de Laurent Manhès à Courbevoie (92).

1987 : il obtient le DEA de droit privé.

1988 : il obtient de diplôme d’avocat de l’école d’avocats de Bordeaux.

1990 : il s’octroie une année sabbatique à Boston et à New York. Il donne des cours de français et perfectionne son anglais.

2000 : il quitte le métier d’avocat pour devenir magistrat.

2013 : il nommé vice-président du Tribunal correctionnel, à Amiens (80).

 

 

Dimanche d’enfance

La Nausée, en Bretagne…

 

 

Un dimanche d’enfance ou d’adolescence qui a marqué Laurent Manhès ? Il répond tout de go : celui au cours duquel il a découvert La Nausée de Jean-Paul Sartre. Il passa ainsi une semaine de ses vacances à le lire. Il n’a que 13 ans. Il n’y a pas d’âge pour se passionner pour la littérature. « Pour moi, c’est un chef-d’œuvre », confie-t-il aujourd’hui, la passion fait toujours briller sa pupille anthracite. « J’adore Roquentin, sa solitude. » La découverte s’effectue dans la maison de vacances ses grands-parents, en Bretagne. « Grâce à ce roman, je découvrais ce que l’école ne m’avait pas encore transmis : le goût de la littérature française. Sur le coup, j’ai associé Sartre à la Bretagne et à la chaleur ; ce que j’ai continué de faire ensuite. J’ai ressenti une certaine déception que je l’ai vu haranguer des ouvriers debout sur des bidons à la suite des événements de Mai 68. Là, il n’y avait plus rien d’estival. » Sinon ses autres dimanches, il les passe à Évreux ; ils sont rythmés par des activités sportives, dont le tennis de table « où j’étais bien classé ». Il se souvient des petits matins froids pour aller disputer des rencontres au Havre ou à Rouen. « Mes dimanches étaient rarement familiaux. »

 

 

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Isabelle Rome : magistrate, écrivain, éclairée et humaniste

 

Isabelle Rome. Le 30 octobre 2012, à Paris.

Conseiller à la cour d’appel de Versailles, cette Picarde d’adoption vient de publier un livre remarquable sur son parcours professionnel et personnel. Passionnant.

 

Brillante magistrate (elle est aujourd’hui conseiller à la cour d’appel de Versailles), éprise de justice, de liberté et titulaire d’un sens républicain inébranlable, Isabelle Rome est également un talentueux écrivain. Elle a publié, le 4octobre dernier, un excellent document «Vous êtes naïve, Madame le Juge» (préfacé par Boris Cyrulnik), aux éditions du Moment. Un livre essentiel, fraternel et généreux, dans lequel, grâce à des tranches de vie (ceux de détenus qu’elle a croisés), de courtes histoires délicatement écrites, elle avance qu’il est possible «de punir autrement qu’en incarcérant systématiquement».Tout la prédisposait à disposer de cet état d’esprit. Née le 29avril1963, à Bourg-en-Bresse, de parents instituteurs à Saint-Etienne-sur-Reyssouze, dans l’Ain, elle vit jusqu’à 18 ans dans cette petite école: «Je descendais avec mon père; il entretenait le poêle, mettait sa blouse grise, nettoyait le tableau, écrivait la phrase du jour (il était question de respect de l’autre et de tolérance).» Son père, Albert, est issu d’un milieu paysan très modeste mais la mère de celui-ci était une militante communiste et féministe. Ça marque. «J’ai adoré ma grand-mère que je trouvais très forte, très pure jusqu’à sa mort. Les jeunes femmes venaient se confier à elle.» Côté maternel, le grand-père est préparateur en pharmacie et la grand-mère institutrice (elle écrivait les discours d’un sénateur de l’Ain). «Du côté de ma mère, on était engagé et républicain; du côté de mon père aussi, mais plus communiste. Tout ça m’a donné des valeurs.» L’enfance d’Isabelle est douce, encadrée par des parents attentifs, et un grand frère, plus âgé de huit ans, attentionné et gentil.Elle se souvient de vacances réjouissantes. Ses passions: le ski, notamment aux Rousses et à Lélex, dans le Jura, et aux Deux-Alpes; et le piano (Chopin, Beethoven).Puis, c’est le collège à Pont-de-Vaux, dans l’Ain.Isabelle est une excellente élève, grande lectrice de Victor Hugo, d’Alexandre Dumas, de Novalis, de Rousseau et de Steinbeck. À 17 ans, elle obtient son bac littéraire. Très sportive, elle adore nager, mais aussi jouer du piano (du classique, bien sûr, mais aussi de la chanson: Barbara, Michel Berger, Véronique Sanson, etc.).Elle étudie le droit, s’ennuie, découvre Le contrat social, de Rousseau et L’esprit des lois, de Montesquieu: «Je comprends alors pourquoi j’étudie le droit, et décide de devenir magistrate.» Elle poursuit ses études à Lyon, décide de passer de front la maîtrise, l’examen d’avocat et le concours de l’École de la magistrature. Réussit les trois. Impatiente d’entrer dans la vie active. Juste avant cela, elle a effectué un stage chez un grand avocat pénaliste de Lyon, Me La Phuong.Puis, elle part à l’École nationale de la magistrature, à Bordeaux, en sort bien classée ce qui lui permet de choisir la ville de sa première affectation: Lyon où elle devient, en janvier1987, juge d’application des peines: «Je rencontre des magistrats très engagés qui développent des alternatives à l’incarcération.» Elle découvre aussi le monde de la prison, œuvre avec des psychiatres, des travailleurs sociaux, des élus, des enseignants, des policiers, etc. «J’ai toujours refusé de me laisser enfermer dans une tour d’ivoire.» De1992 à1995, elle devient secrétaire générale du président du tribunal de grande instance de Lyon, puis juge d’instruction de1996 à1999, avant de partir à Paris à la Délégation interministérielle à la Ville, où elle est chargée du pôle prévention de la délinquance, à Saint-Denis; elle est appelée, fin2000, au cabinet de Marylise Lebranchu. «Une expérience très riche, au cœur des rouages de l’État.» Au cabinet interministériel, elle fait la connaissance d’Yves Rome qui deviendra son mari. Elle vient habiter à Bailleul-sur-Thérain, dans l’Oise, prend le poste de vice-présidente chargée de l’instruction, au TGI d’Amiens, et crée, en2002, l’association Paroles de femmes qui deviendra Femmes de liberté.De2006 à septembre2012, elle est nommée au TGI de Pontoise, d’abord comme juge des affaires familiales, puis comme juge des libertés. En septembre2012, elle arrive à la cour d’appel de Versailles comme conseiller. Le 4octobre dernier, elle sort son livre qui connaît un excellent accueil national dans la presse et auprès des lecteurs. «Je voulais faire passer un message humaniste», dit-elle. C’est réussi.

PHILIPPE LACOCHE

 

BIO EXPRESS

* 29 avril 1969: naissance d’Isabelle Rome à Bourg-en-Bresse.

* 1980: obtention du bac A au lycée de Macon (Saône-et-Loire).

*1987: prise de fonction comme juge d’application des peines à Lyon, et naissance de sa fille Anne-Sophie.

*1999: arrivée à Paris à la délégation interministérielle à la Ville au cabinet de Marylise Lebranchu.

mariage avec Yves Rome, député PS, et arrivée en Picardie.

*2002: elle crée l’association Paroles de femmes en Picardie, devenue Femmes de liberté.

*2012: arrive à la Cours d’Appel de Versailles comme conseiller à la Cours d’Appel, et sortie de son livre «Vous êtes naïve, Madame le Juge» (éd. du Moment).

 

Enfant, elle était spécialiste des imitations de Mireille Mathieu

La photo ci-contre a été prise à Hossegor, dans les Landes, au cours des vacances de1966.Isabelle Rome se trouve dans les bras de son frère, Jacques. «Je me souviens aussi que pendant ces vacances, j’allais faire des tours de manèges. Le forain mettait le pompon près de ma tête. Je comprenais qu’il le faisait exprès car je trouvais que c’était trop facile. Alors, je baissais la tête, au grand désespoir de mes parents…» Elle se revoit faisant du ski, en compagnie de son frère, sur une piste noire, aux Rousses, dans le Jura: «J’ai fait un vol plané spectaculaire. J’étais sonnée. Mon frère m’a fait boire de la chartreuse pour que je retrouve mes esprits.» Certains dimanches, elle se rendait avec sa famille chez ses grands-parents, à Reyssouze, dans l’Ain: «Mon grand-père m’emmenait faire un tour à vélo. Je prenais une bouteille d’Orangina fermée avec un bouchon de liège. Je me souviens des promenades en bord de Saône. J’ai gardé le goût pour les plans d’eau et les peupliers.» Elle précise qu’enfant, elle était la spécialiste des imitations de Mireille Mathieu: «Encore aujourd’hui, il m’arrive de l’imiter.» Et sa chanson préférée était celle du film Paris brûle-t-il?, avec ses paroles symboliques: «Liberté est pour moi l’un des mots les plus importants.»

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actualité - reportage aventure Les albums à ne pas rater romans graphiques

Une BD bonne comme… un bon Bordeaux !

A placer dans toutes les bédéthèques de belle facture !

Châteaux Bordeaux, T2 L’œnologue, par Corbeyran et Espé chez Glénat, 13,9 €.
Une intrigue comme on les aime, emballée dans un dessin de velours, fait de cette bande dessinée un objet qui illumine une bonne bédéthèque. Le « pitch » : suite au décès de leur père, les trois enfants Baudricourt ont hérité de l’exploitation vinicole familiale, un vaste domaine situé au cœur du Médoc. Alors que les deux frères comptaient plutôt revendre le domaine, leur jeune sœur, Alexandra, a décidé de reprendre en main le vignoble paternel. Pressions financières, procédés mafieux, chantages affectifs n’auront pas raison de la passion naissante d’Alex pour ses racines familiales.
Un scénario rondement mené et richement documenté nous emmène dans l’univers viticole du Bordelais. Belle robe, bouquet enivrant : à déguster !

 

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