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« Pain it Black » sous un ciel de suie

La délicieuse Rose Byrne. (Photo : Philippe Lacoche.)

C’était en octobre dernier. Je sortais de la médecine du travail, à Amiens. Le ciel était bas et noir comme un rêve sous le front d’Edgar Poe. Au volant de ma Dacia Sandero, j’allumai la radio. France Inter diffusait «Paint in Black» (ou «Paint it, Black», avec une virgule, seconde version du titre, à la demande du manager du groupe, Andrew Loog Oldham; la fichue virgule change complètement le sens de la phrase; avec, ça veut dire «Peins ça en noir»; sans la virgule: «Peins ça, Noir» ce qui provoqua la colère des militants noirs américains qui soupçonnèrent les Rolling Stones d’être racistes, alors que ces derniers ne l’ont jamais été, pas plus que Donald Trump n’est un hippie). J’adore cette chanson. On jouait l’adaptation française chantée par Marie Laforêt («Marie douceur, Marie colère») avec les Scopytones, le groupe Yé-Yé que nous avions fondé, Lou-Mary, Vanfi et moi, il y a quelques années. Je m’appliquais à jouer de mes doigts de Ternois la partie de basse sur mon Höfner Contemporary. Il se mit à pleuvoir; le gros ventre noir du ciel déversait son humeur sombre. Et «Paint in Black» qui vrombissait dans la Dacia. Trop de coïncidences: je m’arrêtai rue du Château-Milan et me mis à écouter en regardant la pluie de jais pleurer contre le pare-brise. Cette basse, nom d’une courge! Quelle puissance! En me renseignant, un peu plus tard, de retour dans ma maison de résistant, j’appris que Bill Wyman doubla son jeu de quatre cordes à celui obtenu en frappant avec ses poings sur les pédales de basse de l’orgue Hammond. Brian Jones, lui aussi, apporta beaucoup à cette chanson géniale, notamment en utilisant le sitar, instrument qu’il avait découvert, lors d’un voyage au Fidji en, mars 1966, juste avant l’enregistrement de l’album Aftermath. Brian et Bill eussent dû être crédités à l’aune de leurs contributions, comme ils le furent, au début du groupe à la faveur de la signature commune Nanker-Phelge. Il n’en fut rien: les deux autocrates Jagger et Richards la signèrent. Trois ans plus tard, Brian Jones finit au fond de sa piscine, défoncé comme une mule. Mais cela est une autre histoire… Les Stones, à cette époque, c’était quelque chose. Si rock. Du rock, il en est beaucoup question dans le film Juliet, Naked, de Jesse Peretz, sorti en 2018, avec la délicieuse Rose Byrne (Annie Platt), le charismatique Ethan Hawke (Tucker Crowe) et l’étrange Chris O’Dowd (Ducan) que nous avons regardé, ma petite fiancée et moi, pour nous distraire du confinement (pendant ce temps-là, on ne boit pas de chablis.). Annie Platt s’ennuie dans sa petite ville d’Angleterre auprès de Ducan, un professeur d’université qui ne pense qu’au chanteur de folk-rock Tucker Crowe dont les dernières productions remontent à 1993. La passion de Ducan pour Crowe relève de la névrose. Un jour, grâce à un mystérieux album, Juliet, contenant des démos, Annie entre en conversation avec le chanteur. Naîtra une passion amoureuse brûlante, mignonne et romantique. Jeu d’acteur impeccable; bande son succulente. Très anglais aussi, ce qui ne gâche rien.

PHILIPPE LACOCHE

                                                    Dimanche 22 novembre 2020.

Ethan Hawke et Rose Byrne. (Photo : Philippe Lacoche.)
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Salade de mâche et choucroute Lidl

Truman Capote génialement campé par le comédien Philip Seymour Hoffman. (Photo : Philippe Lacoche.)

          À la faveur du confinement, j’ai le bonheur de passer de plus en temps auprès de ma petite fiancée. J’adore. Et ce ne sont pas seulement les nombreuses années qui nous séparent, mais je me rends compte, non sans amusement, à quel point nous sommes différents. Il ne s’agit pas ici de nous, en tant qu’individus, mais de nous en tant que genres. Filles, garçons: un monde nous sépare; un univers nous réunit. Je regardais, l’autre jour, les repas que nous nous étions confectionnés: elle, une adorable et fraîche salade de mâche, égayée de minuscules éclats de tomates, le tout rehaussé d’un filet d’huile d’olive bio; moi, dans une casserole, une choucroute sous vide de chez Lidl. Différents, oui. Il n’empêche qu’au cours du repas, j’avais bien remarqué qu’elle reluquait mon assiette qui fondait comme la neige dans la cuillère d’un junky. Du bout des lèvres, elle finit par me demander si j’avais la bonté de lui octroyer un petit bout de saucisse avant que je n’engloutisse le tout. Trop mignonne! Pour me distraire pendant ce fichu confinement, il n’est pas rare que je photographie, à son insu, ses oreilles que je qualifie de «petits coquillages». Elle proteste pour la forme, hausse les épaules et finit par me tourner le dos en soupirant. Lorsque je suis très en forme, donc très joyeux, il m’arrive même de lui tirer la queue brune qu’elle se tresse chaque matin. Ça me rappelle la cour de l’école primaire Roosevelt, à Tergnier, dans les années 1960. La mixité, tant attendue par nos jeunes cœurs, enfin nous avait été offerte. Nous ne cessions de taquiner nos petites égales qui, déjà, parfois nous traitaient de brutes. Le passé; toujours le passé. Le monde va trop vite. En tout cas, j’éprouve l’étrange impression qu’il a tourné sans moi et qu’il m’a laissé là, transi, immobile, paumé – donc réactionnaire–, devant le manège qui s’emballe. Réactionnaire? Je ne suis pas le seul à le penser. Un chanteur-compositeur parisien avec qui je travaille, m’expliquait qu’il s’était embrouillé la crinière, l’autre soir, au cours d’un dîner, avec un producteur de gauche qui ne comprenait pas pourquoi il osait réaliser des chansons avec moi. «Tu ne te rends pas compte qu’il a pigé pour Causeur et pour le Figaro littéraire?» lança-t-il horrifié. Le copain prit ma défense, faillit quitter la table. À quoi bon, au fond? Si j’avais été là, j’eusse pu expliquer au gauchiste que le rédacteur en chef culturel qui m’avait embauché à Causeur était encore plus marxiste que moi. Et qu’au Figaro littéraire, les critiques sont titulaires d’opinions totalement différentes et, qu’au fond, ils ne militent que pour la vraie et bonne littérature. Réac? J’assume. Je n’aime pas l’époque et persiste à croire que, bien souvent, c’était mieux avant. En matière de cinéma, c’est pareil. J’adore les vieux films français. C’est parfois compliqué avec ma petite fiancée qui fait preuve de plus d’ouverture pour les œuvres contemporaines. L’autre soir, alors qu’elle voulait me faire découvrir Truman Show, nous nous sommes finalement mis d’accord sur le film Truman Capote de Bennett Miller. Ce dernier raconte les cinq ans d’enquête menés par l’écrivain après le massacre d’un fermier du Kansas et de sa famille par deux marginaux (Perry Smith et Dick Hickock). Truman visite Perry Smith en prison, l’accompagne dans ses démarches, lui obtient des sursis. Il suivra les deux délinquants jusqu’à leur pendaison. Un film bouleversant, plein d’humanité qui, quelle que soit la barbarie des faits commis, ne peut que vous convaincre que la peine de mort, elle aussi, est une indéfendable barbarie.

PHILIPPE LACOCHE

Dimanche 15 novembre 2020.

Je regardais, l’autre jour, les repas que nous nous étions confectionnés: elle, une adorable et fraîche salade de mâche, égayée de minuscules éclats de tomates, le tout rehaussé d’un filet d’huile d’olive bio; moi, dans une casserole, une choucroute sous vide de chez Lidl. (Photo : Philippe Lacoche.)
Pour me distraire pendant ce fichu confinement, il n’est pas rare que je photographie, à son insu, ses oreilles que je qualifie de «petits coquillages». (Photo : Philippe Lacoche.)
Lorsque je suis très en forme, donc très joyeux, il m’arrive même de lui tirer la queue brune qu’elle se tresse chaque matin. Ça me rappelle la cour de l’école primaire Roosevelt, à Tergnier, dans les années 1960. (Photo : Philippe Lacoche.)
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Mon enfance repose sous la neige

    Mon ami Yann Moix m’a demandé, il y a peu, si je souhaitais collaborer à Année Zéro, la revue qu’il est en train de lancer. J’ai bien sûr accepté avec beaucoup de plaisir. Le premier numéro sera consacré à l’un de ses écrivains préférés: André Gide. Je ne suis pas un spécialiste d’André Gide. Tant s’en faut. En revanche, je me suis souvenu qu’adolescent, en classe de cinquième ou de quatrième, j’avais lu avec beaucoup de plaisir La Symphonie pastorale. Notre professeur de français (Mlle Mon voisin ou Mme Dupré; je ne sais plus) avait dû l’inscrire au programme. Comme je le raconte dans le court récit que j’ai soumis à Yann, dès que je mis mon museau de jeune adolescent dans ce roman, j’éprouvais l’impression de fouler un terrain conquis. Un effort de mémoire me ramena une petite dizaine d’années en arrière. J’étais enfant; je devais voir quatre ou cinq ans. Instituteurs à Marizelle, hameau de Bichancourt (Aisne), mes tante et oncle, Paulette et Pierrot, nous avaient invités, mes parents, ma sœur et moi, à déjeuner. C’était l’automne ou le début de l’hiver. Entre deux bouchées, Pierrot ne cessait de tirer sur la Gitane maïs qu’il ne quittait jamais. Après le repas, il nous invita à le suivre afin d’admirer ses Géants des Flandres, des lapins phénoménaux, à la robe rousse et fauve, avec lesquels il raflait tous les concours régionaux. Habituellement, la visite à Marizelle donnait lieu à une traditionnelle partie de pétanque; la saison ne s’y prêtait guère. Alors, vers 16h45, nous nous rassemblâmes dans le salon où, sur une table haute, trônait un énorme poste de télévision. Pierrot l’alluma afin que nous assistassions à la diffusion du film de 5 heures. À l’époque, je n’avais pas retenu le titre de l’œuvre; le nom de son auteur non plus. Je n’en étais pas moins fasciné par les paysages recouverts de neige épaisse, presque gluante et par ce chalet encerclé par une tempête immaculée. Toute cette blancheur contrastait avec la noirceur définitive, inquiétante de la nuit qui s’était abattue sur Marizelle. Et il y avait ce regard perdu, translucide, beau mais inquiétant lui aussi de Gertrude, la jeune aveugle abandonnée qu’un pasteur protestant avait pris sous sa protection pour lui éviter l’asile. Mes yeux d’enfant ne savaient pas que ce film n’était autre que La Symphonie pastorale, de Jean Delannoy, d’après le roman d’André Gide. Gertrude était interprétée par Michèle Morgan; le pasteur, par Pierre Blanchar; Jacques, le fils de ce dernier, par Jean Desailly. La littérature de l’adolescence m’avait ramené vers le cinéma télévisé de l’enfance. Quelques années plus tard, se produira presque la même chose. Serge Boulard, éclairé professeur de français dont j’eus le plaisir de bénéficier des cours en classe de troisième, nous avait invités à livre Le Grand Meaulnes, d’Alain-Fournier. Avec Tintin au Tibet (lu sur mon lit de souffrance, à l’hôpital de Chauny, à la faveur d’une opération de l’appendicite), ce fut là mon deuxième grand coup de foudre littéraire. Un coup de foudre aussi puissant que celui d’Augustin Meaulnes pour Yvonne de Galais. Ce fut au cours de l’été que je me rendis au cinéma de Tergnier, Le Casino, pour assister à la projection du film éponyme, œuvre de Jean-Gabriel Albicocco. Impression étrange. Ce long-métrage avait des relents de substances interdites et des couleurs psychédéliques. Ou, peut-être n’était-ce qu’une impression car je venais de découvrir Sgt. Pepper’s, l’album culte des Beatles, plus imbibé d’acide qu’un buvard de Jerry Garcia. Mais ceci est une autre histoire…

PHILIPPE LACOCHE

 

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Tailler un costard à Cardin

 

Pas par sadisme, non. Cyril Montana en a seulement marre que Cardin s’approprie le village de son enfance. Avec son pote Thomas Bornot, il en a fait un film. Ils le présenteront ce soir au ciné Saint-Leu, à Amiens.

De gauche à droite : Cyril Montana, son fils, Grégroire Montana, et Thomas Bornot.

 Cyril contre Goliath:

un film de Thomas Bornot et Cyril Montana; avec Cyril Montana et Grégoire Montana.1h26.

Bornot et Montana présenteront leur film, le jeudi 24 septembre, à 20h30, au ciné Saint-Leu, à Amiens.

L’histoire? Lacoste, village médiéval et emblématique du Luberon fait de l’œil à un collectionneur et pas n’importe lequel. En 20 ans, le couturier milliardaire Pierre Cardin a rénové le château du marquis de Sade qui le surplombe puis acheté près de 40 maisons au sein du village, pour les laisser vides… Cyril Montana, écrivain parisien et enfant du village, révolté par cette situation décide de s’engager dans une aventure militante pour tenter de faire changer les choses.

Interview

 

Comment est né ce film? Quand? Dans quelles conditions? Quel fut le déclencheur?

Cyril Montana: Il est né à un moment où je vivais une passe difficile en 2013 avec un divorce, un dépôt de bilan de ma boîte de communication et un contrôle fiscal. J’étais très mal et je suis parti me ressourcer dans le village de mon enfance dans le Lubéron: Lacoste, un magnifique village médiéval de 400 âmes perché à flanc de colline. Et c’est là que j’ai réalisé que mon refuge, que je pensais éternel, était sérieusement attaqué par Pierre Cardin. En effet, celui-ci a fait l’acquisition du château du Marquis de Sade qui surplombe le village dans les années 2000, mais aussi dans la foulée de 47 maisons, d’une dizaine de boutiques et de 50 hectares de terre, pour ne rien en faire. C’est-à-dire que les maisons et les boutiques sont vides. Ne sachant pas quoi faire, mais ne pouvant pas rester les bras croisés, j’ai écouté les conseils de mon ami Gabriel Sobin, sculpteur lacostois, qui m’a dit de trouver un journaliste qui veuille bien en parler pour faire la lumière sur cette situation inique. Et c’est à ce moment-là que j’ai rencontré Thomas Bornot, qui est réalisateur de documentaires, et qui a accepté de me suivre dans cette aventure de cinq ans. Nous n’avons rien lâché, et il est devenu plus qu’un l’ami: un frère.

«Je ne savais pas qu’en France on pouvait se payer un village.» Cyril Montana

Comment s’est déroulée sa réalisation? Avec qui? Avec quels moyens de réalisation et de production?

Thomas Bornot: Au grand dam de Cyril, j’ai mis beaucoup de temps à sortir les caméras (plus d’un an). L’idée c’était de rencontrer un maximum d’habitants de Lacoste et de comprendre cette histoire d’un point de vue plus intime, presque de l’intérieur. Ce n’est qu’après avoir vraiment sympathisé avec l’ensemble du village et après avoir analysé l’histoire de Cyril et son besoin d’engagement que le film s’est, petit à petit, dessiné. Comme nous avions des moyens limités (30 000 euros environ que nous avons obtenus grâce à une levée de fond via un site de crowdfunding), j’ai demandé à tous mes potes qui travaillent dans l’audiovisuel de nous filer un coup de main ou du matériel de tournage. Au final, c’est un film que nous avons fait à quatre au tournage avec l’aide d’Arthur Frainet et de Benjamin Géminel. Sur quelques scènes, dont la scène finale, des potes de Lacoste et de Reillanne nous ont filé un gros coup de main (drone, décoration et figuration). En fait, c’était un peu comme faire un court-métrage mais de 1h30. Le plus compliqué et le plus coûteux dans un film, c’est la postproduction (mixage, étalonnage) et la production de finalisation du film avec l’achat d’archives, de musiques et la recherche d’un distributeur. Et c’est là que Yannick Kergoat est arrivé. Ce grand monsieur du cinéma (réalisateur de Les nouveaux chiens de garde et monteur pour Costa Gavras Kassovitz ou Bouchareb) a adoré le film et nous a proposé de nous aider à le finaliser tant techniquement que financièrement. C’est grâce à lui que nous avons réussi à le sortir et que nous avons rencontré Jane Roger de JHR films qui a accepté de le distribuer. Au final c’est un vrai film de potes!

Connaissiez-vous Pierre Cardin avant de mettre en place le projet de film? Quelle image en aviez-vous et quelle image en avez-vous maintenant?

C.M.: Je ne le connaissais pas plus que ça. Ce que je sais, c’est que lorsqu’il a commencé par acheter le château du marquis de Sade dans les années 2000, ma grand-mère, Mamie Arlette, qui habitait Lacoste, ne voyait pas du tout d’un bon œil sa manière de considérer les villageois. De mon côté à l’époque, j’étais loin des préoccupations du village, et j’étais plutôt à défendre son arrivée, en pensant qu’il allait apporter du dynamisme et créer des emplois, tout comme il le déclarait alors dans la presse. Il avait, en effet promis de créer dix emplois pérennes, une cinquantaine de saisonniers avec des hôtels, restaurants, etc. Mais il n’a rien fait de tout cela. L’image que j’en ai se reflète dans le film. En gros, je ne savais pas qu’en France on pouvait se payer un village.

Votre film ressemble à une manière de road-movie. Il fait aussi penser à «Merci Patron», de François Ruffin? Vous sentez-vous proches de cette démarche?

T.B.: Au départ Cyril ne voulait apparaître dans le film. Il voulait juste parler du village et de la prédation de Pierre Cardin sur celui-ci. Mais j’avais cette envie de mettre Cyril à l’image, déjà parce qu’il est vraiment charismatique et qu’il était, il faut bien l’avouer, hypernul en engagement. Mais sa ténacité et son absence d’orgueil mal placée, en faisaient un vrai personnage de film. On en a beaucoup discuté ensemble et Cyril a finalement accepté de devenir le personnage principal du film. Contrairement à Ruffin qui est un pro de l’engagement, avec Cyril on a un électron libre capable de décider de faire une marche pacifiste entre Paris à Lacoste, un soir, sur un coup de tête. Donc la démarche est vraiment différente. Ce qui est génial, et ce que les spectateurs nous rapportent, c’est leur envie d’engagement qui suit la projection du film.

Depuis combien de temps le film est-il diffusé? Dans quelles salles passe-t-il? Par quel circuit de distribution?

T.B.: Le film devait initialement sortir le 22 avril au cinéma. Avec la crise sanitaire et les grosses angoisses quant à l’avenir des salles, nous avons proposé le film sur une plateforme de cinéma virtuel, la 25e Heure qui proposait de venir en aide aux cinémas indépendants. Finalement, après l’annonce de réouverture des salles, nous avons décidé, avec notre distributrice, de la date du 9 septembre. Nous ne sommes pas dans beaucoup de salles à l’heure actuelle mais nous faisons avec Cyril un petit tour de France pour aller rencontrer notre public lors de projections débats. C’est l’occasion de longues discussions passionnées qui se finissent souvent devant la salle ou au café du coin. C’est extraordinaire de montrer notre film et de pouvoir en parler juste après. Avec Cyril, on adore ça.

À l’origine, Cyril Montana, vous êtes écrivain. Comment êtes-vous devenu cinéaste?

C.M.: Je ne suis pas cinéaste; je me suis associé au réalisateur Thomas Bornot pour qu’il m’aide à produire un récit que j’avais fondamentalement besoin de partager. J’ai donc coécrit et coproduit ce film mais je ne l’ai pas réalisé; c’est un métier; ça ne s’invente pas. Cela dit, grâce à lui, j’ai beaucoup appris à ce sujet, et je l’en remercie.

Avez-vous de nouveaux projets littéraires et quoi?

C.M.: Oui; je suis en train de terminer et de peaufiner mon cinquième roman. N’ayant pas pu m’y consacrer entièrement avec le film, cela a mis du temps, et j’ai hâte de trouver un éditeur.

Et d’autres projets cinématographiques?

T.B.: Il y en a toujours qui traînent dans ma tête et auxquels j’aimerais bien m’atteler. Après, l’expérience que nous avons vécue avec Cyril, et le plaisir que nous avons eu de travailler ensemble, donne envie de continuer ensemble. Nous y réfléchissons activement pendant cette tournée.

Pierre Cardin a-t-il vu votre film?

  1. B.: Nous, on ne l’a pas vu dans les salles où il passe mais c’est possible que des gens travaillent pour lui l’aient vu. Une seule chose pourrait nous le faire croire, c’est que depuis un mois, de nouveaux commerces et galeries s’ouvrent dans le village. Cardin a, par exemple, rouvert la boulangerie, une épicerie, un musée (qu’il a refermé depuis) et une galerie donné à un artiste local. Est-ce fait pour contredire la critique que nous faisons dans le film ou un vrai désir d’ouverture? L’avenir nous le dira. Ce qu’il faut aussi souligner, c’est que sort cette semaine Pierre Cardin, un documentaire qui retrace sa vie de couturier. Hasard de calendrier?
  2. M.: Pour être clair, certes il a ouvert un café il y a un an et prêté une galerie à un sculpteur du coin pour six mois. Mais pour le reste, nous n’avons aucune certitude sur cette épicerie qu’il a ouverte il y a un mois. Car il a déjà fait le coup d’en ouvrir une il y a deux ans, pour la refermer peu de temps après. En gros, il ne faut pas oublier qu’il reste 47 maisons qui sont toujours bel et bien vides et pas mal de commerces également. Donc, c’est super qu’il y ait un café mais je me méfie du greenwashing. C’est un premier pas, mais pas plus pour l’instant… Propos recueillis par

PHILIPPE LACOCHE

Cyril Montana est aussi et surtout écrivain. Il présente ici l’un de ses ouvrages paru il y a quelques années.
Cyril Montana, écrivain. Mars 2005.
Cyril Montana, écrivain. Cyril Montana. Mars 2005.
Soir de bringue, entre Hussards, à Paris. De gauche à droite : Cyril Montana, Nicolas Rey et Patrick Besson, écrivains. Paris. Février 2012. Photo : Philippe Lacoche.
Cyril Montana (à gauche) et votre serviteur, d’abord photographiés, au sortir d’un restaurant de Saint-Leu par le regretté et si talentueux Jean-François Danquin qui, quelques mois plus tard, les immortalisa à la faveur de cette toile.
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Presque un roman à clefs ?

 

Avec le très réussi «L’Ambitieux», Patrick Poivre d’Arvor sonde les reins de la politique.

“La vengeance du loup” (2019) était le premier volume du diptyque dont”L’Ambitieux” constitue le second volume. (Photo : JF Paga.)

Patrick Poivre d’Arvor a toujours prouvé, au cours de sa longue carrière de critique littéraire et de journaliste, qu’il vouait une passion sans borne à la littérature; avec ses romans, il ne cesse de prouver à ses lecteurs qu’il est un écrivain remarquable. Qu’est-ce qui fait un bon roman? Une histoire, un style et un ton. L’Ambitieux réunit les trois.

«Même si elle ne se cachait pas d’avoir de-ci de-là quelques aventures féminines, il n’avait pas envie de la tromper.»

Le titre d’abord. Bref, incisif, qui va droit au but; on dirait celui d’un roman de Balzac.

L’histoire? Celle de Charles, l’un des plus jeunes députés de l’histoire de France. Grâce à cette particularité, à cette précocité, les médias se l’arrachent. Il enchaîne les interviews; on le voit partout: sur les plateaux de télévision, dans les cocktails; on l’entend sur toutes les ondes. On murmure qu’il rêve déjà de l’Élysée. Pour parvenir sur le haut du podium, il est protégé et aidé par Florence, sa maîtresse, une journaliste puissante qui règne sans partage sur la première chaîne de télévision, mais aussi par Jean Baptiste d’Orgel, son père, comédien adulé du grand public et qui, homme de réseau, évolue comme un poisson dans les eaux troubles du Paris influent des décideurs.

Blanche, désirable écrivain

Cependant, ce ne sera pas si simple. Son histoire familiale est entachée de drames et de sombres histoires. À cela s’ajoute un beau-père assez nuisible et maléfique. Les adversaires politiques, eux, ne se privent pas de lui mettre des bâtons dans les roues, notamment en dévoilant un enregistrement pirate qui compromet le président de la République, très proche de Charles. À moins que le plus dangereux ne soit sa rencontre amoureuse avec Blanche, désirable écrivain qui risque de le conduire à rompre avec Florence, sa protectrice. Une Florence qui, elle aussi, possède ses zones d’ombre qui, au fond, ne font que renforcer l’amour qu’il lui voue: «De son côté, Florence était toujours aussi câline lors de leurs rares nuits communes et, même si elle ne se cachait pas d’avoir de-ci de-là quelques aventures féminines, il n’avait pas envie de la tromper.»

Roman à clefs? Difficile à dire. On est cependant en droit parfois de le penser. Le lecteur s’amusera à reconnaître quelques personnages qu’il pourrait supposer réels. Florence ne ressemble-t-elle pas à une journaliste très connue? La jeune Blanche fait aussi beaucoup penser à une délicieuse et brune romancière et nouvelliste très talentueuse. Et le président, ne serait-il pas…? Tout ceci ajoute du piment à ce livre plein de rebondissements, de suspens. En un mot comme en quatre: très réussi. PHILIPPE LACOCHE

L’Ambitieux, Patrick Poivre d’Arvor; Grasset; 210 p.; 18,50 €.

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Confiné au jardin : incinérer ses vieux souvenirs

L’incinérateur, de belle couleur argent, acheté par le confiné à sa petite fiancée. (Photo : Philippe Lacoche.)

La petite fiancée du jardinier confiné, Parisienne devenue Amiénoise, et jardinière par la même occasion, avait des ronces à détruire; elle ne savait quoi en faire. C’est dur, une ronce, aussi dur que le cœur d’un patron néolibéral, et ça pique autant que l’aura d’une rousse sensuelle au printemps. Jamais à court d’idées, le confiné lui dit tout de go : «Tu devrais t’acheter un incinérateur! Rien ne lui résiste. C’est le Rudolph Valentino du jardin!» Abscons dans sa formulation, la petite fiancée le fit répéter. «Oui, un incinérateur brûlerait notamment tes foutues ronces.» Il faut parler simple et vrai, aux filles, voire de manière un peu brutale. Nous n’irons pas jusqu’à dire qu’elles aiment ça, afin de ne pas nous attirer les foudres et les griffes des ligues féministes intégristes, mais quand même un peu. En tout cas, cette fois, contrairement à la version métaphorique, elle comprit.

Robert Mallet

Robert Mallet avait conseillé au confiné (qui possédait alors une fermette à Cerisy-Buleux) de planter un cerisier et un bouleau dans son jardin. Ce qu’il fit. Souvent, le confiné se demande si ces deux beaux arbres existent encore. Habitants de Cesiry-Buleux, si vous avez des informations en ce sens, écrivez-moi au journal. Je transmettrai au confiné.

«Et on achète ça où?» demanda-t-elle de son air juvénile qui lui va si bien. «Gamm Vert, Truffaut… sais pas… Ou tu veux…» Une légère moue, suivi d’un sourire ouvert laissent entrevoir ses adorables dents du bonheur. «Mais enfin, je suis confinée. Tu ne veux pas y aller?» Le jardinier ne peut rien refuser à une dame, ancienne danseuse au corps de lolita. «Bon, OK!», fit-il. Elle lui sauta au cou. En ces instants précieux et délicieux, le jardinier confiné ressent l’impression d’être le Rudolph Valentino du faubourg de Hem. Deux jours plus tard, il lui apporte l’objet, superbe dans sa robe étincelante et argentée. Une belle bête. Les ronces n’auront plus qu’à bien se tenir. En le portant dans ses bras comme un gros nouveau-né, le confiné se souvint qu’en des temps immémoriaux, c’est-à-dire dans une autre vie, alors qu’il possédait une fermette dans le Vimeu, il détenait, lui aussi, un incinérateur. Il y brûlait branches rebelles, végétation impropre au compost, et, ronces, of course. Lui revint aux narines la bonne odeur de fumée âcre, verte et fraîche. Il contemplait alors le cerisier et le bouleau que lui avait conseillé de planter un ami cher, écrivain de renom et humaniste : Robert Mallet. Normal : le village se nommait Cerisy-Buleux.

PHILIPPE LACOCHE

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Astérix et le domaine des Dieux, première Bonne Annonce

Axtérix-film-affichDomaine Dieux-couvPremière bande annonce pour l’adaptation cinématographique et animée d’Astérix, par Alexandre Astier, du Domaine des Dieux (l’un des albums les plus intéressants d’Uderzo et Goscinny).

Et premières images plutôt convaincantes (tout autant que les autres petits teasers visibles), autant par la fluidité de l’animation que par le graphisme des personnages aux bouilles sympathiques. La sortie du film est pour le 26 novembre.

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Scoop : Lou est picarde !

318951.jpg-r_160_240-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxLou, la série-phare de Julien Neel (aux éditions Glénat) a été transposée par son auteur en film. Sortie sur les écrans programmée ce mercredi 8 octobre. De quoi séduire, ou en tout cas intéresser le nombreux public de la bande dessinée.

Et, intérêt (régional), supplémentaire, l’interprète choisie pour incarner Lou à l’écran est une Picarde. Une jeune fille de Beauvais de 13 ans et demi (et brune !) dénommée Lola Lasseron, que ma consoeur du Courrier picard Fanny Dollé a rencontré. Une rencontre qui donne lieu à une jolie page à retrouver ce dimanche 5 octobre dans le Courrier.

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Un sacré Loulou

Loulou, l’incroyable secret, Grégoire Solotareff, Jean-Luc Fromental, editions Rue de Sèvres, 64 pages, 12,50 euros.

Héros de littérature jeunesse, né voilà 25 ans de l’imagination de Grégoire Solotareff, puis relancé ces dernières années, Loulou fait à la fois son entrée dans le long-métrage et la BD avec cet sont désormais ados.

Loulou, qui se pensait orphelin, apprend par une voyante bohémienne que sa mère est toujours vivante, dans l’inquiétante principauté de Wolfenberg, le pays des loups. Les deux amis décident de s’y rendre. Ils vont y être confrontés à bien des épreuves, entre “loncros” (carnassiers) et “sancros”, alors que le Festival de Carne bat son plein. Le petit loup, qui retrouve ses instincts de chasseur, va être au cœur d’une querelle tout autant dynastique que familiale, pour permettre à sa mère de retrouver sa couronne.

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Tout ce cinéma

 

J’ai regardé une à une toutes les places de séances de cinéma que j’avais accumulées depuis un an. Des noms de salles (Gaumont, Ciné Saint-Leu, Orson Welles); des noms de films souvent atrophiés, mutilés, faute de place sur les tickets (Les Invinc, Pour une F, Lein soleil, Les parapluies, etc.). Je me demandais ce que j’avais retenu de toutes ces heures à coller mes jeans élimés sur les fauteuils de velours incarnat? Des films vite oubliés. D’autres pas. Au contraire. Des belles émotions. Exemples: la trilogie de Bill Douglas (My Childhood -1972 – My Ain Folk-1973-

Tout ce cinéma; toutes ces places... qu'en reste-t-il?

My way home – 1978). J’ai adoré. Bouleversé. Trois chefs-d’oeuvres. Les deux premiers films retracent l’enfance et l’adolescence du cinéaste à Newcraighall, village de mineurs du sud de l’Écosse. Bill Douglas avait une gueule de rocker. Son enfance a été broyée par des maltraitances, par un capitalisme impitoyable. Par les mines. Il raconte tout ça dans sa trilogie. Ce besoin de fraternité qu’il éprouve. Et cette main qui se tend, un copain d’une famille riche et cultivée, au service militaire. Douglas réalise son rêve: il devient cinéaste. Sa façon de filmer relève de l’épure. C’est une beauté magique. Son écriture est totalement nouvelle sans être chiante, intello. Bill Douglas est mort d’un cancer à 57 ans. Mon âge aujourd’hui. J’ai adoré également Tabou, film magnifique de Miguel Gomes. Une œuvre lente, bizarre. On se croirait dans India Song, de Duras. C’est beau à pleurer. J’ai également aimé Mon âme par toi guérie, de François Dupeyron. Émouvant. Et Michael Kohlhaas, d’Arnaud des Pallières, film étonnant, fascinant, violent (pas d’une violence gratuite, of course) avec Mads Mikkelsen. Plein soleil, de René Clément. Ce film de1960 avec Marie Laforêt, Alain Delon, Maurice Ronet ne pouvait que me plaire. C’est un film de hussards. Paul Gégauff a scénarisé. Nimier, Déon et Vailland eussent pu l’écrire. Aimé aussi Elle s’en va, d’Emmanuelle Bercot, avec la sexy sexa Catherine Deneuve, tellement épanouie dans sa soixantaine baba révoltée. Je me suis également rendu compte que je n’aimerais jamais Jour de fête, de Tati, que je trouve surestimé et, pour tout dire, totalement idiot. J’ai également détesté L’histoire de ma mort, d’Albert Serra, film bêtement violent, morbide, vulgaire, scatologique. Aussi crétin de Sade. Je préfère décidément les doux et sensuels badinages de Laclos.

Dimanche 22 décembre 2013