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Les héros de bande dessinée au miroir de l’Histoire

De la fiction à la légende, mais en puisant dans l’Histoire, tels sont quelques uns des grands héros de la bande dessinée. C’est le cas de Tintin (de la révolution bolchevique à la conquête spatiale), mais aussi de Lucky Luke au far-west et de Corto Maltese, un peu partout dans la première partie du XXe siècle. Ces deux derniers héros sont à l’honneur de deux magazines pertinents.

Après avoir consacré deux ouvrages à Tintin et ses personnages – et donc un peu épuisé le sujet – Le Point et le magazine Historia remettent cette fois en perspective les personnages de Morris et Goscinny  dans “la véritable histoire de la conquête de l’ouest. Plus pointu, l’Histoire (autre magazine historique plutôt classé plus à gauche qu’Historia) s’attache, lui, en association avec l’hebdo Marianne, à l’univers de Corto Maltese

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expositions Les manifs à voir et à venir

Corto Maltese, l’initié : une petite expo qui ouvre de grands horizons

Le Musée de la franc-maçonnerie, à Paris, accueille une belle exposition temporaire consacrée à Corto Maltese et à Hugo Pratt, l’initié. A voir jusqu’à la mi-juillet.

Pierre Mollier, directeur du musée, à l'entrée de l'expo.

Corto Maltese débarque de nouveau dans la capitale. L’an dernier, c’était à la Pinacothèque de Paris, lors d’une grande exposition privilégiant les dessins et l’esthétique. Cette fois, c’est dans le cadre plus intimiste – et au prime abord plus surprenant pour le “profane” – du Musée de la franc-maçonnerie. Etonnant pour beaucoup de lecteurs sans doute, ce rapprochement s’imposait en fait. Grand adepte de l’ésotérisme sous toutes ces formes, Hugo Pratt a été en effet pendant de longues années franc-maçon et il conservait, dans sa grande bibliothèque, près de 200 ouvrages sur le thème. Initié en 1976 dans sa loge de Venise, il l’est resté jusqu’à la fin de sa vie et va parsemer son oeuvre de références maçonniques, comme on le découvre ici.

Des oeuvres remarquables

Pour sa première exposition temporaire depuis sa rénovation, le musée de la rue Cadet offre un travail assez remarquable. Peu d’oeuvres certes – dans un espace de 200 m2 – mais des pièces d’une grande qualité, rarement montrées, voire inédites et dotées d’une grande puissance évocatrice ou romanesque, à l’image de la fameuse épée maçonnique de Pratt (lire ci-dessous).

El Giza, une aquarelle réalisée par Hugo Pratt comme travail d'initiation à un degré supérieur de sa loge

Au fil des panneaux, on découvre bien d’autres raretés, comme un procès-verbal d’initiation aux hauts grades signé du “frère” Pratt, son tablier et son cordon maçonniques ou une aquarelle, El Giza, sur les mystères de l’initiation, réalisée pour son intégration dans une “loge de perfection” ; tableau qui présente la particularité de dévoiler une des rares – voire la seule – image de Corto Maltese jeune.

Les albums ne sont bien entendu pas absents. Le choix s’est logiquement porté ici principalement sur Fable de Venise, avec mais aussi Fort Wheeling, les deux albums traitant ouvertement de la franc-maçonnerie (au point, d’ailleurs, que le premier reproduit l’entrée de la loge Hermès et même les frères qui la composent).

Les planches de "Fable de Venise"

Cette balade initiatique, qui se parcourt dans une ambiance intime et feutrée, aborde d’autres références plus larges à l’univers ésotérique de Pratt et Corto, des légendes celtiques (Les Celtiques) aux derviches tourneurs (de La Maison dorée de Samarkande) en passant par les hommes-léopards de Rufiji (les Ethiopiques).

Pour en profiter pleinement, il est utile d’acquérir le catalogue de l’exposition (10 euros). Un petit petit ouvrage de 52 pages, richement illustré et à tous points de vue remarquable, par la qualité de ses intervenants (tels Luigi Prunetti, Grand maître de la loge d’Italie, Guy Arcizet, responsable du Grand Orient de France, Joël Gregogna, Dominique Petitfaux ou Emmanuel Pierrat) et l’intérêt des explications apportées sur chacune des oeuvres présentées. En complément, des conférences-débats sont régulièrement organisées autour de divers aspects de l’oeuvre d’Hugo Pratt et la librairie Détrad, tout à côté du musée, propose l’ensemble des livres autour de Pratt et du thème de l’initiation, dont les tous récents Corto l’initié et Pratt et Venise.

Cette première expérience pourrait être suivie d’autres. Pierre Mollier, directeur du Musée de la franc-maçonnerie, aimerait ainsi monter une exposition autour du Triangle secret de Didier Convard. D’ici là, il reste encore deux mois et demi pour découvrir cette expo qui éveille l’intelligence et incite à se replonger dans l’oeuvre foisonnante de Pratt. Une vraie réussite.

Corto Maltese et les secrets de l’initiation. Imaginaires et franc-maçonnerie à Venise autour d’Hugo Pratt. Jusqu’au 15 juillet 2012, Musée de la franc-maçonnerie, Hôtel du Grand Orient de France, 16 rue Cadet, Paris IXe. Visites guidées le samedi.

L’épée ondoyante, d’un Pratt à l’autre

Pierre Mollier et la fameuse épée "ondoyante"

Cela aurait pu faire l’objet d’une des aventures de son héros. Ce fut une anecdote de la vie de son auteur. Lorsqu’il fait son entrée dans la loge Hermès, Hugo Pratt apporte, à la surprise générale, une “épée flamboyante”, à la lame ondoyante, symbole disposé sur le plateau du Vénérable Maître. Et pas n’importe laquelle, celle-ci avait été prise par les fascistes en 1924, lorsque ceux-ci avaient mis à sac le temple vénitien… et dérobée par Rolando Pratt, le propre père d’Hugo Pratt…

 

 

 

 

 

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événements BD

Exposition initiatique autour d’Hugo Pratt et de Corto Maltese

L’an passé, la pinacothèque de Paris avait organisé une belle expo autour de l’imaginaire d’Hugo Pratt. Aujourd’hui, c’est une autre facette du créateur d’Hugo Pratt qui se dévoile, pendant cinq mois, au Musée de la franc-maçonnerie. Avec Corto Maltese et les secrets de l’initiation, Imaginaires et Franc-maçonnerie à Venise autour d’Hugo Pratt, on découvre – ce qui surprendra peut-être certains – un Hugo Pratt “frère” (comme l’avaient été avant lui Mozart, Kipling ou Casanova). Maçon assez actif pendant une vingtaine d’années dans une loge vénitienne, il a aussi mis en scène la Franc-maçonnerie dans ses ouvrages. Au coeur de Fable de Venise, mais aussi dans Fort Wheeling ou, plus indirectement dans Les Helvétiques.

L’exposition propose un cheminement en six étapes, avec une quarantaine d’oeuvres originales, mais aussi des objets maçonniques et d’autres objets et sculptures. Tout d’abord autour d’un rappel de la vie romanesque de Pratt et ses principales oeuvres, puis de son intérêt ancien pour l’ésotérisme et les initiations. Un intérêt concrétisé par sa vie
maçonnique, avec un focus particulier autour de l’album Fable de Venise, qui baigne dans ces symboles et mystères. Enfin, avant une borne vidéo diffusant des films sur ces thèmatiques, l’expo s’attarde sur Fort Wheeling, “grande aventure humaniste” et “testament maçonnique“, dans ses dernières planches, d’Hugo Pratt.

L’exposition est présentée jusqu’au 15 juillet, Hôtel du Grand Orient de France, 16 rue Cadet, 75009 Paris. Ouvert du mardi au vendredi (10 heures -12h30 / 14 à 18 heures)
et samedi (10 à 13 heures / 14 à 19 heures). Entrée : 6 €.
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événements BD

Petite balade impromptue dans l’univers d’Hugo Pratt à la Pinacothèque de Paris

Depuis l’exposition au Grand Palais, en 1986, il n’y avait pas eu d’événement majeur autour d’Hugo Pratt. L’actuelle exposition à la Pinacothèque de Paris n’en prend que plus de relief. Visible jusqu’à fin août, la visite vaut le détour.

Il faut passer, et vite oublier, l’exercice éditorial du directeur du lieu, Marc Restellini, qui, dans une démonstration un peu laborieuse tente de justifier son choix d’accueillir – oh, horreur – un auteur de bande dessinée dans ce haut et chic lieu dévolu à l’art, avec un grand “A”, et d’assurer, pour rassurer ses visiteurs que seul Hugo Pratt et “uniquement lui” aura l’honneur de l’accrochage dans la galerie de la place de la Madeleine !

Heureusement, les textes, courts mais pertinents des deux commissaires de l’expo, Patrick Amsellem et Patrizia Zanotti, s’avèrent nettement plus appropriés pour s’immerger dans l’univers d’Hugo Pratt, à travers des planches mais aussi, originalité et richesse de cette expo, des aquarelles peintes de 1986 à 1995.

Le parcours se fait labyrinthique et thématique, dans des salles peintes en brun-taupe, dans une semi-obscurité qui fait d’autant plus ressortir les oeuvres, joliment exposées dans des niches rectangulaires enfoncées dans le mur.

Mêlant donc de nombreuses planches originales et des aquarelles somptueuses révélant bien une autre facette du créateur de Corto Maltese, la scénographie débute dans le “désert” (avec notamment Les scorpions du désert), passe par les “îles et océans” (et “La balade de la mer salée”, entre autre) ou les “militaires”.

Pandora, une des "femmes" de Pratt.

Avant, deux étages plus bas au sous-sol, de poursuivre par les “villes” (la Sibérie, Samarkand, Cordoba, Venise, bien sûr) et les “femmes” de Pratt, étape attendue et à la hauteur des espérances, permettant de retrouver Shanghaï Li, la duchesse Marina Seminova (de Corto Maltese en Sibérie), Bouche dorée, Louise B rooks ou Pandora.

L’itinéraire s’achève –  autre rappel intelligent du travail de Pratt masqué par l’omniprésence de son navigateur romantique – par une salle consacrée aux “indiens”, thème que Pratt a suivi des débuts de Sergent Kirk jusqu’au point culminant de Fort Wheeling (dont on peut voir le dessin original de couverture d’album).

Entre temps, un autre grand moment d’émotion est la découverte de l’ensemble des 163 planches de l’édition originale de la Balade de la mer salée. Tout comme un petit montage vidéo, judicieusement choisi, de morceaux d’interviews, occasion d’entendre Hugo Pratt expliquer, notamment que “c’est des couillonnades de considérer la BD comme un art mineur, il s’agit d’une forme narrative riche”.  Riches aussi sont ses aquarelles, où la fluidité et l’élégance du trait à l’encre de chine fait place à un univers poétique estampé et épuré, autre forme d’exquise esquisse.

La dernière oeuvre qui clot ce voyage dans l’univers d’Hugo Pratt est une petite aquarelle, sans titre, de 1988, avec Corto Maltese allongé dans un champ de blé sous un ciel sombre. Une belle façon d’achever ce voyage imaginaire et dans l’imaginaire de l’auteur.

Plus pragmatiquement, une fois remonté à la surface, on ajoutera que la boutique – inévitable – qui s’interpose avant la sortie, est aussi d’une grande richesse bibliographique et permettra de compléter les éventuels vides dans la collection des oeuvres de Pratt ou des ouvrages sur son travail, sans oublier le beau catalogue de l’exposition (pour les petits budgets, on conseillera déjà le hors-série de Beaux Arts réalisé pour l’occasion avec la Pinacothèque, qui propose lui aussi un fidèle reflet résumé, érudit et bien dans le ton pour seulement 9 euros…).

Pour être complet, ajoutons que ma consoeur Orianne Maerten apportera un autre regard sur l’exposition dans le cahier Week-end du Courrier picard de ce vendredi 8 juillet.

En attendant, encore quelques exemples de ce qu’on peut découvrir dans l’expo…

un dessin érotique dans l'espace des femmes.
Des lignes épurées, touches de couleurs donnant naissance à un monde étonnamment évocateur