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Enchères virtuelles mais “art books”-catalogues bien réels chez Daniel Maghen

Pendant le confinement, les affaires continuent. Notamment les ventes aux enchères de bande dessinée… virtuelles. Et leurs “catalogues”, véritables art-book qui le sont, heureusement, moins.

Le 12 novembre, Alain Huberty et Marc Breyne ont ainsi réalisé avec Christie’s une vente de 63 lots pour un peu plus d’un million d’euros. Avec notamment une planche originale signé Uderzo du Cadeau de César ayant atteint 170 000 euros.

Et ce jeudi 19 novembre, c’est la deuxième vente aux enchères bande dessinée et illustration organisée par Daniel Maghen Enchères et Expertises qui aura lieu à distance et uniquement en ligne. 160 lots qui ne seront, pour le coup, pas exposés et mis en vente à huis clos.

Autre intérêt, plus “éditorial” à évoquer cette vente ici : les catalogues. Depuis quelques temps déjà, ceux-ci prennent la forme, chez Daniel Maghen de vrais “art book”. C’est encore le cas cette fois, avec pas moins de 3 “catalogues-albums”, couverture cartonnée, dos carré (ou même toilé s’agissant du catalogue général) et qualité de reproduction digne de livres d’art.

Le catalogue général Bande dessinée & illustration – 19 novembre 2020 fait la part belle à Grzegorz Rosinski, à l’image de la superbe couverture originale du Grand pouvoir du Chninkel, mise en couverture. Un dessin à l’histoire rocambolesque, comme le précise Patrick Gaumer, donnée à l’éditeur, égarée ou volée puis finalement restituée des années plus tard à son auteur et aujourd’hui estimée à 70 000 – 80 000 euros !

L’ouvrage présente aussi une planche de cet album magistral – l’un des tous meilleurs one shot de l’auteur et une oeuvre toujours marquante de la bande dessinée : la planche 91 – celle de l’évasion des des chninkels de l’arène du cirque). Egalement présent, Thorgal, bien sûr, à travers notamment une planche du tome 1 de ses aventures.

Pour le reste, on y trouve un dessin d’Hergé, une dédicace de Gaston par Franquin ainsi que toute une série d’oeuvres – planches, couvertures originales ou dessins) signées Moëbius, Hermann, Gotlib, Pratt Batem, Brüno, Caza, Lepage, Loustal, Jacques Martin, Plessix, Joann Sfar, Tardi, Tibet, Yoann, Vance ou Yslaire. D’un grand éclectisme donc et, pour certaines accompagnées d’un commentaire érudit du journaliste et commissaire d’expo Didier Pasamonik.

A ce catalogue s’en ajoutent deux autres, spécifiques.

Le catalogue spécial Ralph Meyer pourrait presque, lui, presque prendre place aux côtés des récents beaux livres d’entretiens illustrés consacré à Jean-Paul Gibrat ou Jean-Marc Rochette, avec un long échange biographique réalisé avec le journaliste Thierry Bellefroid et un commentaire de l’auteur en exergue de chacune des oeuvres mises en vente (essentiellement des planches et dessins de la série Undertaker).

Très bien édité, avec des dessins pleine page, voire en double pages, cet ouvrage s’appuie aussi sur des commentaires techniques et contextuels pour chaque image, offrant une vraie richesse d’analyse sur le travail de Ralph Meyer.

Le catalogue spécial Manara, Crepax et Serpieri, réunit une trentaine de planches et dessins à dominante érotique – comme l’évoque de façon très suggestive sur la couverture Miel, l’héroïne du Parfum de l’invisible de Manara – se passe largement de commentaires, hormis un incipit de Daniel Maghen (rappelant, avec un peu de nostalgie, comment les planches originales de Manara mis en vente pour l’occasion sont passés de collectionneur en collectionneur) et une présentation synthétique des trois auteurs par le scénariste François Landon.

Très largement consacré aux dessins de Milo Manara, ce catalogue permet de voir des originaux de divers oeuvres de l’auteur italien: le Parfum de l’invisible donc, mais aussi Le Déclic ou les moins connus Gulliveriana, Guiseppe Bergman ou Le Gaucho. A la marge, on retrouve quelques planches de Crepax (Histoire d’O et Bianca) ainsi que d’autres de la toujours très sensuelle Druuna de Serpieri.

A défaut donc d’avoir les moyens d’enchérir – par internet ou en envoyant ses ordres d’achat par mail – pour des mises à prix allant de 1500 € (pour une planche originale des Chroniques de la Lune noir d’Olivier Ledroit) jusqu’à 80 000 € (pour le dessin d’Hergé ou la couv du Chninkel), ces trois albums permettent aussi d’apprécier le travail de tous ces auteurs. Et pour un prix nettement plus modique de 20 € à 30 €.

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Bulles Picardes Les albums à ne pas rater science-Fiction thrillers

Le diamant noir du Kebek

 Kebek, Philippe Gauckler. Editions Daniel Maghen, 88 pages, 19,50 euros.

Tout a commencé par une découverte involontaire dans une mine de diamant du nord du Québec. Un incident sismique provoque un effondrement de terrain, dévoilant une faille dans la roche. Et, à l’intérieur de celle-ci, le responsable du site, Roy Koks vont découvrir une gigantesque sphère de diamant noir. D’où vient-elle ? Que protège-t-elle ? Des questionnements d’autant plus angoissants que la caverne contient aussi des peintures rupestres étonnantes évoquant deux cocons à l’intérieur de la sphère pourtant aujourd’hui parfaitement opaque…

En tout cas, cette découverte va être à l’origine de bouleversements qui vont profondément transformer la vie de Roy Koks, de celle de sa petite amie indienne et, plus généralement, de l’ensemble du pays, plongé des mois plus tard dans le chaos complet.

Les fans de René Barjavel reconnaîtront peut-être là des similitudes avec La nuit des temps, l’un des ouvrages les plus connus de ce précurseur de la science-fiction à la française. Philippe Gauckler ne s’en cache nullement. C’était même pour lui un “rêve de gosse” que d’adapter ce roman (comme il l’expliquait au magazine dBD). Il s’en distancie néanmoins, en transposant géographiquement l’histoire de l’Antarctique au Canada, en recentrant son propos sur l’histoire d’amour improbable au coeur du roman et en l’ancrant dans le réalisme d’un thriller contemporain… voire légèrement d’anticipation.

Car, la grande réussite de ce premier tome (d’une histoire prévue en deux épisodes) est de gérer avec une grande habilité les différentes strates temporelles du récit.
Après une première planche dans un présent apaisé mais intrigant, Gauckler plonge son héros dans deux, voire trois, flash-back parallèles, dans un passé encore indéterminé: tout d’abord, une séquence choc avec son personnage de Roy Koks entre la vie et la mort, blessé par une flèche, glissant dans une première ellipse vers un temps postérieur ou Koks doit raconter précisément la chronologie des événements qu’il a vécu, dans un Québec à l’ambiance post-apocalyptique en état de guerre civile ; des événements que l’on découvrira ensuite au même rythme que le héros.

Cet enchâssement, brillamment maîtrisé, crée un suspens haletant maintenu tout au long des 80 pages de ce premier tome. Et la mise en scène est tout aussi impressionnante, dans un style réaliste élégant, tout en couleurs directes, donnant une atmosphère très particulière à cette histoire étonnante. Une approche qui s’enrichit, ponctuellement, de doubles pages spectaculaires, rythmant et relançant le récit.

Comme on pouvait s’y attendre, ce premier volet s’achève sur la révélation du contenu de la sphère, climax parfait pour attendre la suite des révélations sur cette découverte stupéfiante. Et restituée ici à la hauteur de l’événement.

Comme toujours avec les albums de chez Daniel Maghen, un dossier graphique conclut l’album, permettant d’apprécier quelques dessins originaux pleine page et des esquisses.

 

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beaux livres Bulles Picardes Les albums à ne pas rater

Vertigineux Jean-Marc Rochette

 Vertiges, Jean-Marc Rochette, entretien avec Rebecca Manzoni. Editions Daniel Maghen, 180 pages, 39 euros.

C’est le premier art-book consacré au travail de Jean-Marc. Et il est aussi massif et élevé que ses dernières oeuvres inspirées des massifs alpins, Ailefroide ou Le Loup.

Avec son grand format (26 x 35 cm) et sa forte pagination, l’ouvrage laisse du volume et magnifie plus encore les très nombreuses reproductions de planches, de dessins et de tableaux. Construit autour d’un long entretien avec la journaliste Rebecca Manzoni, Vertiges donne l’occasion à l’auteur du Transperceneige de se dévoiler, avec pudeur et émotion. Et, à travers cela, de revenir sur une vie d’auteur débuté dans l’effervescence des années 70, après avoir survécu à un grave accident d’alpinisme, mettant fin à son premier rêve de devenir guide de haute-montagne (brillamment raconté dans Ailefroide).

Remarqué pour sa série trash Edmond le cochon puis pour la succession d’Alexis au dessin du Transperceneige, Jean-Marc Rochette connaît une éclipse durant les années 2000 (marquée quand même par le drôlatique, et déjà montagnard, Himalaya Vaudou avec Fred Bernard), accentué par son départ à Berlin, de 2009 à 2016, ou il se consacre pleinement à la peinture. Avant donc le retour en force depuis deux ans.

Un tableau signé Jean-Marc Rochette

C’est, logiquement, avec la montagne que s’ouvre le livre, pour un auteur qui a renoué avec son amour de l’alpinisme et les sommets de l’Oisans, près de Grenoble. Des reproductions de tableaux (dont certains exposés l’été dernier à Grenoble), des croquis et plusieurs planches du Loup, puis d’autres d’Ailefroide. Visuellement, la thématique occupe une bonne moitié des pages. Avec notamment quelques doubles pages éclatantes de tableaux tendant presque à l’abstraction.

Une autre grosse partie est axée sur le Transperceneige, celui d’hier, rappelé avec quelques planches que Rochette juge avec sévérité, comme celui d’aujourd’hui et de demain. Là encore rappelé à l’aide de croquis de la bande dessinée mais aussi de quelques belles échappées picturales.

Entre les deux, des toiles érotiques, très belles et singulières, elles aussi. Une belle manière de lier et de montrer le travail d’auteur de bande dessinée et d’artiste peintre de celui qui ne veut plus avoir à choisir entre les deux.

Un aspect plus méconnu du travail de Jean-Marc Rochette, ses tableaux érotiques

Un peu perdu de vue par le monde de la bande dessinée, lors de son échappée berlinoise et picturale, Jean-Marc Rochette est revenu en force ces trois dernières années, avec son époustouflant Ailefroide, son beau Loup et sa relance réussie du Transperceneige. De quoi susciter peut-être une curiosité chez de nouveaux lecteurs.

Ce superbe “beau livre” répond bien à ces attentes. Grâce au talent d’intervieweuse de Rebecca Manzoni (qui n’est plus à saluer et déjà démontré lors de son entretien avec Jean-Pierre Gibrat pour le précédent ouvrage de ce type édité par Daniel Maghen), on pénètre sans effraction et progressivement dans l’intimité des pensées de l’auteur. Et celui-ci rappelle son parcours de vie, personnelle et artistique, de façon marquante.

Plus qu’un simple “art-book”, Vertiges tient de la monographie biographique illustrée. Et il rend un juste hommage à l’oeuvre et à l’homme Jean-Marc Rochette.

A noter que l’exposition rétrospective organisée à la galerie Daniel Maghen à l’occasion de la parution de Vertiges est prolongée jusqu’au 1er février 2020.

 

Jean-Marc Rochette lors du vernissage de son expo rétrospective, à la galerie Daniel Maghen (photo Romuald Meigneux)
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Le Rapport W au coeur de l’enfer d’Auschwitz

 Le rapport W, infiltré à Auschwitz, Gaëtan Nocq. Editions Daniel Maghen, 250 pages, 29 euros.

C’est une réalité historique et un épisode stupéfiant de la Seconde Guerre mondiale que Gaëtan Nocq évoque ici. Et, plus précisément, comment un résistant polonais, membre de l’armée intérieure polonaise, a réussi volontairement à se faire enfermer à Auschwitz en 1940 ! Là, sous une fausse identité, il met en place un réseau de résistance, blocs par blocs. L’objectif est de provoquer un soulèvement dans le camp, mais l’ordre de ses supérieurs n’arrivera jamais, ni le soutien attendu de Varsovie.

De plus en plus cerné, Witold Pilecki, parvint finalement à s’évader au printemps 1943. Il aura survécu 943 jours à ce camp de la mort. De cet engagement extrême, il va réussir à produire plusieurs rapports, le fameux “rapport W” du titre ; informations qui n’auront pas grand effet sur les Alliés…

Survivant d’Auschwitz, Pilecki sera arrêté par le nouveau régime stalinien en 1947 et fusillé en mai 1948, accusé d’espionnage.

Après deux récits immergés déjà dans les guerres du XXe siècle, Soleil brûlant en Algérie sur la guerre du même nom d’Alexandre Tikhomiroff et Capitaine Tikhomiroff, sur les aventures de son aïeul pendant la révolution russe, Gaëtan Nocq replonge une nouvelle fois dans l’histoire tragique. C’est cette fois une rencontre avec une amie historienne, Isabelle Davion, qui l’a mis en contact avec le sujet (elle réalise d’ailleurs une longue postface à l’album, présentant le rapport W). Un sujet qui, forcément, avait de quoi impressionner, face à cette nécessité de se confronter à l’indescriptible horreur des camps de concentration nazie.

Gaëtan Nocq s’en saisit par une approche pointilliste, épurée, par petites touches, toujours centré sur son personnage et sa mission. Et il restitue l’univers d’Auschwitz au crayon et à travers des pages très contrastées, en aplats de couleurs. Le résultat est moins émouvant et prenant que ses deux précédents albums, mais cette retranscription méticuleuse et glaçante parvient à faire découvrir très factuellement une autre vérité, assez inédite, sur les camps. Sans pathos et sans surenchère. Il dévoile aussi, à travers tous ces résistants anonymes, masqués derrière une identité cryptée, une incroyable énergie et vitalité humaine au coeur même de l’enfer. Que toute cette action assez incroyable n’ait finalement servi à rien ne fait qu’ajouter une lourde ironie tragique à l’histoire.

Volontairement effacé de l’histoire après-guerre, la mémoire de Witold Pilecki n’aura été réhabilité qu’au début des années 1990. Et son rapport publié en français qu’en 2014. Aujourd’hui, ce roman graphique, et sa superbe édition – comme toujours pour les albums Daniel Maghen – permet de lui redonner un autre éclairage méritoire.

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Daniel Maghen satisfait de sa première vente

Le galeriste et éditeur parisien Daniel Maghen se montre satisfait pour sa première vente aux enchères de planches originales organisée en son nom, ce vendredi 11 octobre.

Dans un communiqué de presse, il annonce un résultat total de 2 406 079 euros de chiffre (TTC), soit “un taux de vente exceptionnel de 94% en valeur”, et 80% des oeuvres présentes.

Sans surprise, la meilleure vente a été faite avec un original de couv’ du Petit Vingtième de l’île noire, signé Hergé, parti à 264 000 euros, mais en dessous donc de l’estimation (envisagée à 270 000 –  300 000 euros). Au total, les six lots Hergé se sont montés à 517 200 euros.

Parmi les autres meilleures ventes, Juan Gimenez a vu partir sa couverture de la Caste des Méta-Barons à 37 700 euros, Alex Alice celle du Troisième Testament pour 31 600 euros et les cinq lots d’oeuvres de Franquin ont été vendus pour 279 120 euros (dont une couv’ de Spirou et Fantasio pour 191 000 euros). De son côté, les cinq lots signés Jean Giraud sont partis pour 85 100 euros et une demi-planche de Corto Maltese, de Hugo Pratt, à 52 640 euros.

Dans la première partie de la vente, dédiée spécifiquement à André Juillard, 29 des 31 oeuvres présentées ont été vendues, pour un montant global de 350 000 euros (contre une estimation à 230 000 euros). La meilleure vente ayant été obtenue par une planche originale du Cahier bleu, de 1993 à 37 000 euros (contre 10 000 euros estimés).

Une planche originale du “Cahier bleu”, meilleure vente pour la partie concernant des oeuvres d’André Juillard.
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Daniel Maghen se lance dans la vente aux enchères en solo

Galeriste et éditeur parisien, Daniel Maghen organise ce 11 octobre sa première vente aux enchères de planches originales et d’illustrations sous son nom. Avec, à l’honneur, André Juillard.

La bande dessinée est devenu un créneau presque habituel pour les ventes aux enchères artistiques. Notamment chez Arcturial ou chez Christie’s. Aujourd’hui, abandonnant justement la grande maison new-yorkaise précédemment évoquée, Daniel Maghen se lance en solo. Et propose ce vendredi 11 octobre sa première ventes de planches originales et d’illustrations (à partir de 18 heures, à la Maison de l’Amérique latine, à Paris).

Celui qui est aussi éditeur d’ouvrages de belle facture (comme récemment Vanikoro ou le cycle de TER) va proposer 226 œuvres mises en à l’encan, pour une valeur estimée entre 2 millions et 2,5 millions d’euros. Et pour cette première, c’est André Juillard qui est à l’honneur, avec une trentaine d’oeuvres de la collection personnelle de l’auteur, relatives à ses séries les plus emblématiques : les 7 vies de l’Epervier, Plume aux vents, le Cahier bleu ou Blake et Mortimer. A cela s’ajouteront dix illustrations originales inspirées de ces albums et créées spécialement pour l’occasion.

Pour l’occasion également – et pour les bibliophiles et bédéphiles moins fortunés – a édité un beau catalogue en forme de petit beau livre, de 90 pages, aux belles reproductions de l’ensemble des oeuvres mises en vente, accompagné d’un intéressant entretien avec André Juillard, qui commente également chaque dessin. Et pour 30 euros seulement…

Le “clou” de cette vente aux enchères: un dessin original de l île noire, signé Hergé, de 1938.

La seconde partie de la vente sera plus largement consacrée aux “Grands maîtres du 9e art” avec des pièces présentées comme “historiques” et “majeures”, dont une couverture originale du Petit Vingtième de Tintin, l’île noire de 1938, signée Hergé (et mise à prix à 270 000 – 300 000 euros) mais aussi la couverture originale de Tembo Tabou, des aventures de Spirou et Fantasio par Franquin ou encore une illustration “rare” d’Astérix par Uderzo de 1998.

Et, au-delà, c’est un beau florilège de la bande dessinée moderne et contemporaine qui va défiler… avec des oeuvres de plus d’une centaine d’auteurs : d’Alex Alice (superbe dessin du Troisième Testament) à Will, de Brüno à Tardi, de Boucq à William Vance, de Gotlib à Pratt, de Rochette (deux planches du Loup) à Loisel mais aussi Bilal, Moebius, Manara, Rosinski. Gibrat aussi, bien entendu, auquel Daniel Maghen a consacré au printemps dernier un bel art book, mais aussi deux petits portraits d’écrivains par Charles Burns ou une demi-planche et un dessin original de Tezuka.

Là encore, il est possible aussi d’acquérir le catalogue général, à 40 euros, avec une toute aussi belle qualité de reproduction des oeuvres, assorties de bref descriptif.
 

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L’art de Gibrat dans un beau livre

 Gibrat, l’hiver en été, art-book de Jean-Pierre Gibrat. Editions Daniel Maghen, 175 pages, 39 euros. Tirage de tête (375 exemplaires, dos toilé, étui sérigraphié), 212 pages, 200 euros. 

Jean-Pierre Gibrat avait déjà eu droit à un art-book, publié aux éditions Dupuis. Et plusieurs de ses dessins se sont aussi retrouvés dans divers catalogues des ventes aux enchères co-réalisées par Christie’s avec la galerie Daniel Maghen.

Mais ce nouveau “beau livre” se distingue par le choix de dessins récents, et des choses peu vues, “puisqu’à 95% dans les mains de collectionneurs privés”, comme l’auteur s’en explique dans dBD d’avril 2019.

L’étui du tirage de tête

Consacré au travail de Gibrat de ces vingt dernières années, et plus particulièrement à ses séries les plus emblématiques, le Sursis, Le Vol du Corbeau et Mattéo, le livre associe quelques planches, beaucoup d’illustrations (d’affiches, de couv’ et d’inédits) mais aussi des dessins en noir et blanc juxtaposés avec leur version mise en couleurs ; une belle idée qui fait ainsi ressortir le trait et le foisonnement de ces grands formats qui apparaissent curieusement très différents de la version passée à l’aquarelle.

On y retrouve bien sûr les fameuses héroïnes de Gibrat: Cécile du Sursis et sa robe à rouge à pois blancs, Jeanne et son béret sur les toits de Paris, la Juliette de Mattéo et quelques autres, si séduisantes et semblables mais avec chacune leur personnalité propre.

Dans les portraits comme les scènes de foule – un départ de train pour l’Espagne en 1936, un quai parisien sous l’occupation, une vue de la débâcle de 1940, un bivouac de Poilus, etc. – on tombe sous le charme de ce dessin sensible, de la finesse du trait et de l’empathie pour ses personnages que manifeste Jean-Pierre Gibrat.

Rebecca Manzoni dessiné par Gibrat

Une empathie et une chaleur que l’on retrouve dans le long entretien qui accompagne et parsème l’ouvrage, menée par Rebecca Manzoni, animatrice de France Inter mais aussi amie de longue date de Gibrat. Un échange en forme de discussion amicale, qui est l’occasion pour le dessinateur de revenir sur ses origines familiales, ses débuts à Pilote, sa complicité avec Berroyer puis le tournant dans sa carrière avec le Sursis, mais aussi des confidences plus personnelles, notamment sur la place importante de la musique (et son amour pour Jimmy Hendrix et Joni Mitchell).

Un beau et bon livre, à l’image des personnages qui y figurent.

Détail d’un portrait en partie mis en couleur.
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Mars attaque !

On Mars, tome 2: les solitaires, Sylvain Runberg (scénario), Grun (dessin). Editions Daniel Maghen, 80 pages, 16 euros.

Sur Mars, la terraformation (découverte dans le tome précédent) continue, malgré les accidents parmi les “nouveaux bagnards” et les tensions grandissantes entre différents clans. Pour tenter de survivre, l’ex-flic londonienne (désormais en partie démasquée) Jasmine Stanford a été plus ou moins forcée de rejoindre les rangs de la Nouvelle église syncrétique et son leader ambigu, Rojas. En plus, les “solitaires”, évadés des camps de travail et réfugiés dans des grottes alentours ont débuté une série d’attentats. Et cette campagne subversive pourrait aussi masquer une autre tentative, plus dangereuse encore, de déstabilisation de la colonie martienne.

Les chroniques martiennes, très “badass” de Grun et Runberg se poursuivent sur un même rythme tendu dans ce deuxième volet. Mais cette fois, au-delà de l’ambiance carcérale d’un Cayenne de l’espace, le récit s’enrichit d’une dimension plus socio-politique, avec l’arrivée des révolutionnaires “Solitaires” et le rôle plus que trouble joué par la religion.

Côté visuel, l’atmosphère est toujours aussi prenante et forte, avec des panoramas fascinants de cités troglodytes, de profonds canyons, mais aussi toute une technologie très mécanique. Et avec toujours autant de scènes d’action venant faire avancer, dans la violence, l’histoire.

A noter enfin, un nouveau “dossier” très intéressant en fin d’album, puisqu’il s’agit ici d’une réelle extension au récit, à travers la reproduction des carnets de notes et de dessins de la prisonnière qui avait précédé Jasmine en ces lieux.

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TERminus

TER, tome 3: l’imposteur, Rodolphe (scénario), Christophe Dubois (dessin). Editions Daniel Maghen, 72 pages, 16 euros. Parution le 21 février

Mandor, l’étrange étranger retrouvé amnésique près du village du Bas-Courtil, à la surface à TER, devenu malgré lui le “guide” des habitants et leur ayant évité l’anéantissement, a réussi à effectuer la jonction avec “ceux de l’intérieur”. Mais si tous ont pris conscience qu’ils étaient en fait sur un immense vaisseau de guerre spatial progressivement auto-régénéré, c’est pour être confrontés à une nouvelle forme de chaos. Les “intégraux”, une partie de l’équipage devenus des fanatiques religieux s’opposent à un pilotage du navire, estimant que celui-ci doit désormais poursuivre son errance dans l’univers “selon la voie de Dieu”. Et ils entendent s’imposer par la force, tuant ou capturant les amis de Mandor. Tandis que les intégristes progressent vers le poste de commande, Mandor va découvrir un autre secret au coeur du navire. Une nouvelle révélation qui va lui faire prendre conscience de sa nature profonde.

Prolongement direct du tome 2 – et reprenant quasiment là où l’épisode précédent s’arrêtait, en plein suspense – ce troisième et dernier épisode permet notamment de découvrir les derniers éléments encore flous entourant “Mandor” et la raison pour laquelle il avait été choisi pour monter à l’extérieur. Le récit est bien rythmé et l’ambiance se rapproche cette fois plus de la SF “classique”. Et, graphiquement, Christophe Dubois est toujours aussi à l’aise et performant dans la description et l’illustration des entrailles du Jupiter. Bref, une bonne façon de conclure donc ce cyle. Car l’aventure devrait se poursuivre !
Un dossier graphique, à la fin de l’album, dévoile ainsi quelques images et croquis du second cycle des aventures de Mandor… Dans une forme plus TER à TERRE.

Les planches de Christophe Dubois, en couleur directe, seront exposées à la galerie Daniel Maghen (36, rue du Louvre, Paris Ier) du 19 mars au 16 avril prochains.

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La fin tragique et flambloyante de l’expédition La Pérouse à Vanikoro

Vanikoro, Patrick Prugne. Editions Daniel Maghen, 104 pages, 19,50 euros.

Parties pour un long voyage d’exploration autour du globe de quatre ans, les deux frégates dirigés par le comte de Lapérouse disparaissent en 1788 dans l’océan Pacifique alors qu’elles faisaient route vers les îles Salomon. L’épave des navires sera retrouvée, bien plus tard, au large de l’île perdue de Vanikoro. Mais comment s’est achevé ce périple ? C’est ce que conte ici Patrick Prugne.

Tout commence par une nuit de juin 1788, dans une terrible tempête. La Boussole, le navire de La Pérouse est envoyé par le fond, seuls trois rescapés parviennent à atteindre le rivage. L’Astrolabe, le second navire s’en sort mieux et parvient à s’amarrer près d’une plage, avec encore une bonne partie de l’équipage à bord. Mais les avaries sont trop nombreuses et le navire doit être abandonné. Le pire, surtout, comme les marins et soldats vont s’en rendre compte, est que l’île n’est pas déserte mais habitée par des “coupeurs de tête”, qui vont kidnapper certains membres de l’expédition.
Entre mesures de survie immédiate et espoir de repartir, les tensions s’accentuent. Et puis, il y a le trésor de La Pérouse, réel ou imaginaire, qui occupent aussi tous les esprits.

Si ce n’est véridique, du moins vraisemblable. Telle est le partie-pris de Patrick Prugne ici. Partant des éléments historiques, il imagine et brode ce qu’a pu être – ou aurait pu être – le destin tragique  de cette expédition. Rien ne manque : une ouverture dantesque avec un naufrage spectaculaire, des rescapés bloqués sur une plage dans la crainte d’indigènes hostiles, une course malsaine au trésor, un espoir d’illusoire de s’en sortir, une présence oppressante de la forêt et de tous ses dangers. Et des personnages bien typés et marquants. Et la forte pagination – 84 pages – permet de bien poser les ambiances.

Graphiquement, passant des plaines de l’ouest américain des Pawnees ou des forêts canadiennes des Iroquois aux îles du Pacifique, Patrick Prugne magnifie encore une fois la nature sauvage et luxuriante avec ses superbes aquarelles. Un dessin toujours magistral mis au service d’une nouvelle grande aventure humaine, tragique et angoissante.

Ajoutons, en fin d’album, un joli cahier graphique, reprenant une partie des recherches sur les personnages et quelques grandes illustrations de toute beauté. Un bel album, comme les précédents édités chez Daniel Maghen.