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actualité - reportage Bulles Picardes Les albums à ne pas rater

Une critique radicale de la radicalisation islamiste derrière l’humour absurde

Radical Wars, El Diablo (scénario et dessin), Fouad Aouni (scénario). Editions Jungle, 72 pages, 13,95 euros.

Ils commencent à devenir envahissants ces fans de Starouars. Déjà bien connus pour être incapables de s’intégrer, voilà qu’une fraction d’entre eux, les Jedistes, entend vivre à la lettre selon les préceptes de leur culte, quitte même à faire usage de sabre laser contre des civils… Face à la stigmatisation générale, certains, comme Obirwann, “honnête fan”, se retrouvent bientôt entraînés vers plus de radicalisation par son ami Kenakin. Autre cas, celui de Leïla, qui rêve de s’engager dans la rébellion et de se marier avec son promis Rojak. Avec Luc, un autre adepte, ils vont franchir le pas et découvrir sur Tatouine une réalité bien différente que celle qu’ils pensaient. Et ce même Rojak, sermonné par Maître Yolo connaîtra une triste fin. Autre destin brisé, celui de Winduca, espoir du stand-up mais dont les vannes virent dans le glauque à force de ne plus vouloir “sortir des petites vannes gentilles de fan de star trek”; persuadé que le showbiz est dirigé par Spock, il décide alors d’aller vivre à Jakkunda mais qui, lui aussi, traversera une expérience guère enthousiasmante.

Publié chez Jungle, plutôt porté sur l’humour et catalogué avec les Simpsons, cet album pourrait apparaître comme une nouvelle déclinaison parodique de l’univers de Star Wars, à la manière des délirants calembours visuels de Thierry Vivien. Or, l’objet et l’ambition ici sont tout autres. Et il serait dommage qu’il passe inaperçu.

Derrière l’univers des Jedis, on saisit vite qu’El Diablo et Fouad Aouni abordent, avec finesse, les questions liées à la radicalisation islamiste, l’endoctrinement des jeunes pour une idéologie mortifère, excluante voire terroriste. Et comme le précise la préface, les courtes histoires qui composent cet albums s’inspirent de témoignages directs inspirés du vécu de ces jeunes. Et, ultime précision, l’auteur tient à préciser qu’il est lui-même “fan de Starouars et que le problème évoqué dans ces récits est celui de la radicalisation violente bien plus que le rattachement à une cause.

La distanciation et l’humour absurde apportés par ce décalage entre jihadistes et jedistes permet d’aborder, paradoxalement, plus frontalement cette question de la radicalisation. Et le côté outrancier des propos ou des attitudes n’en prend que plus de force. A la fois très sérieux et maniant avec subtilité la dérision, ce petit album aborde avec une clarté rarement trouvée toutes ces questions qui demeurent bien d’actualité. Et il s’inscrit dans le sillage du Voile noir, de Dodo et Cha (souvent complice d’El Diablo, comme pour le délicieux diptyque Un homme de goût), mais en plus précis et réaliste, ou, plus proche finalement de cet autre beau et fort témoignage qu’est l’Appel de Laurent Galandon et Dominique Mermoux.

En postface, le professeur Séraphin Alava décrypte avec pédagogie ce processus de radicalisation. Et un risque de bascule dans un univers irréel, irrigué par les réseaux sociaux ou l’embrigadement clanique qui s’avère, en vrai, nettement plus dangereux que la religion Jedi.

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Une idée de cadeau pour Noël (3/8) : Un Bizness qui vaut son lot de cacahuètes

x Monkey Bizness, l’intégrale, El Diablo (scénario), Pozla (dessin). Editions Ankama, Label 619, 400 pages, 29,90 euros.

De la monnaire de singe, peut-être, mais de la bonne came en tout cas.

Arnaque, Banane et Cacahuètes (2010). A notre époque, le commandant Franck Ramos s’apprête à réaliser la mission d’une vie : il a été choisi pour être le premier homme à aller sur Mars. Après quelques déboires administratifs, il accompli sa mission avec succès. Sauf qu’en rentrant sur terre, les choses ont légèrement changé suite à une guerre atomique mondiale…
Alors, bienvenue à Los Animales, version futuriste de notre beau caillou où la folie humaine a eu raison de la civilisation actuelle. Maintenant, les animaux sont les rois, et les espèces cohabitent de façon… et bien c’est très bien résumé dès la première page par l’auteur : « Les animaux sont bien aussi cons que leurs prédécesseurs ». Au milieu de tout ce bazar où la loi du plus fort fait aussi foi de règle d’or, Jack Mandrill le babouin, et Hammerfirst le gorille forment un duo de choc et tentent de défendre leur place dans la chaine alimentaire. Pour se faire, ces deux raclures top niveau n’hésitent pas à se fourrer dans les deals les plus sordides du coin. Alcools, drogues, sexe et violences, les deux compères mènent une vie que même Tony Montana leur jalouserait dans le but ultime de profiter de la vie au maximum et de ramasser le plus de cacahuètes possibles.

Les cacahuètes sont cuites (2013). El Diablo (Lascars, Doggybags ou le récent et autobiographique Wesh! Caribou) livre un scénario sans concession, avec de l’humour, de l’action, des rebondissements, et une histoire complète en trois tomes où nous découvrons le pourquoi du comment jusqu’à la dernière page. Il joue à merveille avec les paradoxes des failles spatio-temporelles pour justifier la cohérence des personnages.
Pozla (Carnet de santé foireuse) l’Amiénois qui, pour rappel, a réussi à gagner deux prix au festival d’Angoulême sur les quatre tomes que composent sa bibliographie, se lâche totalement grâce à ce scénario déjanté au possible. La patte de ce dessinateur reconnaissable entre mille est vraiment bien adaptée à l’histoire, et ça part complètement en vrille au Croco Night, à l’Eglise reformée du Jambon doré ou encore au quartier des pinces…

La banane du futur (2017).  Vous l’avez compris il s’agit ici de l’intégrale de la série dont les titres des paragraphes reflètent ceux des tomes originaux.
Ce merveilleux objet fait donc un très bon cadeau de Noël pour tous les fans du genre !
Attention quand même aux âmes sensibles. Le langage grossier et les scènes de violences sont présentes tout au long du récit : « Los Animals n’est pas une ville pour les estomacs fragiles… ».

On n’en attendait cependant pas moins de cet album intégral proposé par le Label 619. Après Mutafukaz, Puta Madre ou The Groceries, n’hésitez pas a foncer sur cet album pour découvrir l’univers loufoque des primates les plus timbrés de Los Animales.

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Paris-Montréal, aller pas si simple

Wesh ! Caribou, chroniques d’un immigré dans le Grand nord, El Diablo. Editions Rouquemoute, 124 pages, 14 euros.

Vous rêvez depuis toujours de découvrir les grands espaces, de faire Montréal-Toronto en raquettes, seul, avec pour seul équipement une boîte d’allumettes, une casserole et une boussole ? Remballez votre passeport, reposez ce livre !  Wesh ! Caribou n’est pas pour vous.

Soyons clairs, cette bande dessinée a autant à voir avec le Guide du Routard Canada 2018 que cet article avec une analyse géopolitique des relations franco-canadiennes au XXIe siècle. En revanche, si vous avez envie de vous marrer (vous moquer?) des tribulations d’un Français biberonné à la culture hip-hop perdu dans le blizzard québécois, faites comme chez vous.

Son sobriquet ne vous dira peut-être rien, mais le CV d’El Diablo parle pour lui. Il a notamment crée Les Lascars, série animée au format court, où des petits gars de banlieue filaient des coups de lattes dans les pylônes du quartier, jouant les durs, cachant aussi mal leurs émotions et états d’âme que leur boulette de shit dans la chaussette. On lui doit aussi le scénario savoureux d’un Homme de goût ou l’excellente trilogie Monkey Bizness avec Pozla.

El Diablo, en somme, est une figure majeure de la “street” culture française. Et quand il déménage sa famille outre-Atlantique, pour le kiff, ça ne manque pas de sel. Les anecdotes sont drôles et assez conformes à l’idée que l’on peut se faire d’un bizutage dans le grand nord.

Publiées par épisodes dans Fluide glacial, ces histoires courtes se retrouvent joyeusement compilées par les jeunes éditions Rouquemoute, dont chaque album passe par la case financement participatif avant d’arriver en librairie. Un modèle économique innovant qui mérite d’être soutenu.

 

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Des singes qui donnent toujours la banane

Monkey Bizness, tome 3: la banane du futur, Pozla (dessin), El Diablo (scénario). Editions Ankama, 160 pages, 15,90 euros.

Suite et fin de cette adaptation – très éloignée – de la Planète des singes. Dans ce futur où après une guerre nucléraire les hommes ont laissé place aux animaux en haut de l’échelle alimentaire et aux manettes de la civilisation (où de ce qu’il en reste), Jack Mandrill et Hammerfist le gorille, deux lascars de Los Animales sont devenus les “princes de la ville” et commencent à s’embourgeoiser : bagnole de luxe, crédits illimités, maison géante à Bling-Bling Hills. Mais pour vouloir montrer qu’ils sont bien toujours du “ghetto”, ils vont déclencher une réaction en chaîne et une cascade d’ennuis.
Poursuivis par des gangs, réfugiés dans le vaisseau spatial que le commandant Franck Ramos a fini de construire dans l’espoir de retourner à son époque, ils vont effectivement se retrouver dans les années 80, à Los Angeles et découvrir avec surprise un monde dominé par une créature vraiment barrée: l’homme. Ou du moins certains d’entre eux avec qui ils vont avoir à faire comme le général Ramos (père du rescapé du futur aux moeurs très border line) ou le Dr Mengelstein, qui poursuit ses recherches de vaisseau spatio-temporel et de mutation génétique, chez qui Hammerfist va jouer le cobaye (pendant ce temps, Jack Mandrill est adopté comme totem d’une bande de hippies altermondialistes).

Surtout, on va découvrir ce que plusieurs flash-backs et flash-forwards esquissaient: l’origine de nos deux héros et la manière dont tout ça a commencé…

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Un conte à savourer avec un apétit d’ogre

Homme de goût-2_couvUn homme de goût, tome 2, El Diablo (scénario), Cha (dessin). Editions Ankama, coll. Hostile Holster, 64 pages, 13,90 euros.

Après les hors d’oeuvre, place au plat de résistance. Et même d’une sacrée résistance, pour ce qui est du héros de ce diptyque : Nekros, être immémorial, quasi éternel, traversant les siècles en dernier représentant d’une race qui, jadis, dominait le monde. Car, le suspense et les interrogations distillés dans le premier volet du récit sont désormais envolés. Nekros est bien un ogre (mais pas un cannibale, s’il mange des hommes il ne lui viendrait pas à l’idée de boulotter un ogre…). Durant la nuit, en huis-clos, et le face à face qui l’oppose à l’inspectrice Jamie Colgate, Nekros va lui conter sa vie passée, son règne de terreur dans un royaume perdu dans les sables du moyen-orient, interrompu par une ruse des hommes, puis le début d’une fuite qui ne cessera plus, des aborigènes australiens jusqu’au Grand nord canadien (pour retrouver le sasquatch, sorte de yéti américain qui, bien sûr, n’est qu’un autre ogre) et au coeur de l’Allemagne – épisode qui, transformé en légende, aboutira bien sûr au contes de Perrault et de Grimm.

Progressivement, Jamie se met à espérer que ce long récit pourrait signifier que Nekros n’a peut-être pas l’intention de la dévorer, mais qu’il vise un autre but…

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Petites fables de favela

Rua Viva_couvRua Viva ! tome 1: Noticias, El Diablo (scénario), Julien Loïs (dessin). Editions Aaarg !, 56 pages, 14,90 euros.

Aaarg ! ce n’est pas (plus) seulement une belle revue, ce sont aussi des albums. Comme Rua Viva ! plongeant au coeur d’une favela brésilienne.

On s’y croirait, dans la favela de “Là-en-haut”, qu’on imagine installée dans une colline au dessus de Rio, avec sa foule grouillante, ses dealers, ses gangs et ses pauvres types qui essaient d’y survivre. Les cinq histoires rassemblées ici content ainsi quelques tranches de vie et autant de personnages haut en couleurs: Bonobo, le frimeur tout fier d’avoir été invité à la “baïle funk” du gang du coin et qui le paiera cher ; José, l’artiste venu du Nordeste, pris dans un engrenage fatal à cause de son art à décorer les armes ; les deux petits Raposa et Polvo persécutés sur le chemin de l’école par le flic ripoux Punho et son molosse ; Joao, le petit voleur de sacs ou le doux Coelho dont la machination destinée à lui redonner une contenance dans le quartier va déclencher une rumeur fatale…

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Un méchant au charme goûteux

un homme de goût_couvUn homme de goût, tome 1, El Diablo (scénario), Cha (dessin). Editions Ankama, coll. Hostile Holster, 64 pages, 13,90 euros.

Faut-il y voir l’expression d’auteurs “morts de faim” ou un problème alimentaire ? Après Pizza roadtrip, c’est encore une évocation de la nourriture qui est au centre d’un Homme de goût, remise au goût du jour (pour le coup) du concept de l’ogre des contes de fées. Contes défaits ici, et déconstruits à travers quatre époques et autant de différences subtiles de style.

Tout commence au début de ce siècle, au Guatemala, par l’aboutissement d’une longue traque. Jamie Colgate, inspectrice quinquagénaire et opiniâtre, arrive enfin à coincer Nekros, infâme salopard – mais homme de grande influence – qui a failli la tuer lors d’une précédente enquête, trente-quatre ans plus tôt à Las Suertes, lors d’une affaire de disparition d’un industriel et de ses gardes du corps.  Entretemps, Jamie pensait avoir retrouvé la trace de Nekros dans une autre sombre histoire de gamins membres d’un gang, eux aussi disparus, à Los Angeles. Et le fil remonte jusqu’à un épisode sanglant et méconnu de la révolution cubaine et même jusqu’à une histoire romantique (du moins au début) dans le Paris du milieu du XIXe siècle…

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Bulles Picardes Presse & Médias

Aaarg ! ne mollit pas

Le n°5 de la belle revue Aaarg ! vient de débarquer. Avec un numéro en forme et étoffé.

Aaarg 5-couvEn cette période de crise de la presse, c’est avec grand plaisir qu’on découvre, en cette rentrée, le n°5 de la revue Aaarg ! Après un dernier « bimestriel » paru voilà déjà plus de quatre mois, on pouvait craindre une trêve estivale meurtrière. Il n’en n’est donc rien.

Qui plus est, non seulement Aaarg ! vient bien d’arriver dans les librairies (et quelques maisons de la presse de bon goût), avec son lot de récits complets, de strips (dont ceux, très réussis, signés Fabcaro), de nouvelles et de chroniques atypiques, mais, en plus, il ne cesse de s’étoffer en pagination.
Débutée avec 160 pages en moyenne (et un magnifique poster de la couv’), le nouveau numéro affiche 188 pages. Et l’équipe annonce même pour le 16 octobre (et le numéro spécial un an) un numéro de… 280 pages ! Une belle générosité qui se traduit aussi – et surtout – dans le contenu…

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événements BD

Pizza à prix spécial

Dans le cadre du palmarès (assez pléthorique) du Festival international d’Angoulême, notons aussi le choix des lycéens professionnels de Charente-Poitou, qui s’est porté sur Pizza Roadtrip, l’album en effet bien réussi de Cha et El Diablo, paru aux éditions Ankama.

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humour Les albums à ne pas rater Non classé

Drôles de lascars

 Pizza Roadtrip, El Diablo, Cha, éditions Ankama, 80 pages, 14,90 euros.

Un vrai pote, c’est un mec pour qui tu serais capable de te mouiller pour de bon, genre l’aider à faire disparaître un cadavre… ça tombe bien, c’est exactement ce que Rudy demande à son pote Romuald. L’aider à faire disparaître un mec de la cité, tué à coups de tabouret à la suite d’une embrouille qui a mal fini… Et pour cela, Rudy et sa copine qui n’a pas froid aux yeux ont besoin de Romuald et de sa Kangoo orange, histoire de faire disparaître le corps dans la vieille ferme familiale de la copine à Rudy…