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Bulles Picardes

Joyeux Noël pour tous et pour les Monstres d’Emill Ferris

Une info et un joli cadeau, signé Emil Ferris et son éditeur. L’album Moi ce que j’aime, c’est le monstres de l’auteure américaine (grand Prix ACBD et grand prix d’Angoulême 2019) a dépassé les 100 000 exemplaires vendus en France. En attendant le tome 2, annoncé en 2020.

Un vrai succès inattendu, en forme d’improbable cadeau de Noël et un dessin original dessiné par Emil Ferris pour fêter la nouvelle…

 

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Bulles Picardes Prix et récompenses

Le 46e Festival d’Angoulême aime aussi les Monstres d’Emil Ferris

Retour sur le palmarès des albums primés, ce soir, lors de la cérémonie de clôture du festival d’Angoulême. Plus quelques prix parallèles. 

 

 

Le Fauve d’or 2019, prix de la sélection officielle a été remis à Moi, ce que j’aime c’est les monstres d’Emil Ferris (Monsieur Toussaint-Louverture Editions). Ce qui n’est encore que la première partie de cette chronique “monstrueuse”, aux multiples facettes, portée par un dessin stupéfiant et envoûtant est décidément bien l’ouvrage majeur de cette année 2018, qui avait déjà reçu entre autre le Grand prix de l’ACBD. Un plébiscite et une reconnaissance méritée. Et un Grand prix qui devrait faire l’unanimité, au sein d’une sélection de belle qualité où quelques autres albums auraient pu prétendre à être primés (on songe à Ailefroide altitude 3954 de Rochette ou Andy, un conte de faits de Typex) s’il n’avaient pas été confrontés à l’OVNI d’Emil Ferris.

Le prix spécial du jury a été décerné aux Rigoles de Brecht Evens (Actes Sud BD), flamboyant voyage au bout d’une nuit de fêtes et de spleen.

Le Fauve de la série a été attribué à Dansker du Danois Halfdan Pisket, troisième volet d’une trilogie biographique sur la vie de son père, déserteur de l’armée turque qui parvint finalement à se réfugier au Danemark.

Le Fauve Révélation revient à Ted drôle de Coco d’Émilie Gleason (éditions Atrabile), évocation inspirée du frère autiste Asperger de l’auteure, transfiguré en un personnage dégingandé aux jambes immenses bousculé dans son quotidien rituel par une panne de métro.

Le Fauve de la jeunesse a été remis au Prince et à la couturière de l’Américaine Jen Wang (éditions Akiléos), avec un prince se travestissant en reine de la mode la nuit, secret connu seulement par son amie et fidèle couturière.

Le Fauve Patrimoine vient récompenser les Travaux d’Hercule de Gustave Doré (Éditions 2024). Cet ouvrage, parodie de la mythologie antique est surtout le premier livre réalisé par le tout jeune Gustave Doré. Cette décision du jury conclue une riche sélection de huit albums, dont M.Poche, Le coeur révélateur d’Alberto Breccia, The Game de Guy Pellaert

Le Fauve Polar SNCF a été attribué à Villevermine, t.1 : L’homme aux babioles de Julien Lambert (Éditions Sarbacane), enquête d’un détective privé musclé et mutique (mais qui parvient à converser avec les objets) sur la disparition de la fille de la reine des bas-fonds, qui va le confronter à une armée d’hommes-mouche, à un savant fou et où il trouvera l’aide d’un enfant des rues.

Le prix de la BD alternative a été attribué à Expérimentation conçu et publié par le collectif libanais Samandal.

Le prix Schlingo à “Tendre enfance”…

Avant la cérémonie officielle, plusieurs prix “officieux” avaient été dévoilés. Ainsi, le Prix Schlingo 2019 est revenu au très drôle et grinçant Tendre enfance de Jorge Bernstein et Laurent Houssin (paru aux éditions Rouquemoute).

Jorge Bernstein
Laurent Houssin

Un album qui correspond donc bien à la philosophie de ce prix décerné depuis dix ans dans le cadre du “Off of Off”, créé à l’initiative de Florence Cestac et La Charente libre ; un prix qui récompense un “album de bande dessinée d’humour, ou un auteur ayant une communauté d’esprit avec l’œuvre de Charlie Schlingo. Un album à l’humour absurde, irrévérencieux ou poétique, un de ces albums gros nez malheureusement oublié des sélections du festival“.
Préfacé par Yan Lindingre (rédacteur en chef, alors, de Fluide glacial, où ces histoires courtes parurent entre 2013 et 2017), cet album est un grand moment d’humour noir, dont le ton est donné dès la première planche (et un “cours de suicide” donné par un prof dépassé par ses élèves). Trash et drôle.

… Et des Couilles au cul pour Ramón Esono Ebalé

Conjointement au prix Schlingo a aussi été décerné le prix “CAC” (pour prix “Couilles au cul”). Un prix où l’on retrouve d’ailleurs Yan Lindingre, à l’initiative de sa création, auquel s’associe désormais Didier Pasamonik, directeur de la rédaction d’ACTUABD.Com.
Lancé après le massacre de la rédaction de Charlie hebdo, en2015, ce prix vise à récompenser le courage artistique d’un auteur de bande dessinée, d’un dessinateur de presse ou d’humour. L’idée est donc de mettre en valeur un auteur à la fois talentueux mais qui doit aussi se battre pour continuer à publier.
Après la dessinatrice tunisienne Nadia Khiari (Willis from Tunis) en 2016, la Turque Ramize Erer en 2017 et le dessinateur iranien Kianoush Ramezani l’an passé, c’est l’auteur guinéo-équatorien Ramón Esono Ebalé, alias Jamón y Queso qui a été récompensé.

Caricaturiste, Ramón est également le quasi seul auteur de BD en Guinée équatoriale. Depuis 2011, il avait lancé un blog où il critiquait avec ironie le régime du président Obiang. Son site bloqué par les autorités, s’exilant au Paraguay, il a été emprisonné pendant six mois en 2017 après un retour passager dans son pays natal avec une assignation à résidence. Début novembre 2017, Cartoonists Rights Network International lui a décerné le Prix Courage dans le dessin de presse.
Côté album, on lui doit Le Cauchemar d’Obi (éditions l’Harmattan), imaginant comment Teodoro Obiang, le président-dictateur guinéen se retrouve un matin dans un bidonville, au milieu de tous les laissés pour compte de son régime.

Les lycéens aiment Ramirez

Par ailleurs, le prix des lycéens 2019 est revenu à Il faut flinguer Ramirez, le réjouissant hommage au thriller des années 80 de Nicolas Petrimaux. Un album qui a déjà reçu le prix Canal BD 2018.

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Bulles Picardes événements BD Prix et récompenses

Ce qu’aime l’ACBD, c’est les monstres d’Emil Ferris !

Au terme d’un troisième tour de vote, l’Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée (ACBD) a couronné Moi ce que j’aime, c’est les monstres — livre premier d’Emil Ferris (ed. Monsieur Toussaint-Louverture) de son Grand Prix 2019.

Il y a parfois des livres qui s’imposent comme une évidence (ce qui n’enlève rien aux qualités des autres titres en lice, de bonne voire d’excellence facture cette année). C’est le cas, cette année, avec Moi ce que j’aime, c’est les monstres, le premier roman graphique époustouflant de l’Américaine Emil Ferris. Celui-ci vient de se voir décerné, à l’issue du troisième et dernier tour de vote, le Grand Prix 2019 de l’ACBD (Association des critiques et journalistes de bande dessinée, dont – pour une transparence totale – l’auteur de ces lignes est membre).

L’ACBD a jugé que “cet album puissant, au dessin ébouriffant, brasse les époques et les récits“. D’inspiration autobiographique, il conte – au premier regard – l’enfance d’une fillette des années 1960 dans un quartier miséreux de Chicago. La jeune Karen, qui fait chaque jour face à l’horreur et à la souffrance et se représente en monstre. Quand sa voisine meurt dans d’étranges circonstances, elle décide d’enquêter…  Mais derrière cette enquête adolescente, c’est toute une réalité sociologique et historique mais également artistique qui va émerger, le tout retranscrit de façon très singulière, tout au stylo, avec un trait unique, parfois jeté parfois ultra-réaliste.

Un grand album qui succède à La Terre des fils de Gipi, Grand Prix 2018. Les quatre autres finalistes étaient L’Âge d’or de Cyril Pedrosa et Roxanne Moreil, Dupuis, Courtes distances de Joff Winterhart, Çà et là, Malaterre de Pierre-Henry Gomont, Dargaud et Servir le peuple d’Alex W. Inker, Sarbacane.

Rappelons enfin que ce Grand Prix de la Critique ACBD a pour ambition de « soutenir et mettre en valeur, dans un esprit de découverte, un livre de bande dessinée, publié en langue française, à forte exigence narrative et graphique, marquant par sa puissance, son originalité, la nouveauté de son propos ou des moyens que l’auteur y déploie. »  Autant dire que Moi ce que j’aime c’est les monstres répond assez justement à tous ces critères.

Le prix sera remis officiellement à Emil Ferris lors du prochain festival d’Angoulême, fin janvier 2019

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Bulles Picardes Les albums à ne pas rater romans graphiques

Le chef-d’oeuvre monstre de l’année

Moi, ce que j’aime, c’est les monstres, Emil Ferris. Editions Monsieur Toussaint-Louverture, 416 pages, 

Il est exceptionnel, ici, de commencer à évoquer un ouvrage en parlant de la vie de son auteur. Mais ce roman graphique est, il est vrai exceptionnel. Et les conditions de sa réalisation aussi peu banales que la vie de sa créatrice.
Atteinte de scoliose dans son enfance, victime d’un viol dans son entourage familial, mère-célibataire enquillant les petits boulots alimentaires, Emil Ferris se consacre finalement à l’illustration (des couvertures de magazines chrétiens aux jouets pour Mc Donald’s). Et lors de son 40e anniversaire, elle se fait piquer par un moustique, passe trois semaines dans le coma et apprend à son réveil qu’on lui a diagnostiqué une méningo-encéphalite, qu’elle ne pourra sans doute plus marcher, ni utiliser sa main droite pour écrire ou dessiner. Au plus bas, soutenue par sa fille et sa thérapeute, elle décide de se battre quand même, allant jusqu’à scotcher un stylo à sa main pour dessiner.
Elle obtient ensuite une bourse pour le Chicago Art Institute, en ressort diplômée et ayant retrouvé une partie de sa mobilité. C’est durant cette convalescence qu’elle va commencer à écrire son roman graphique – son premier livre – en forme de vrai-faux cahier intime, né, comme elle le souligne “de la vision d’une fille loup-garou lesbienne blottie dans les bras d’un enfant Frankenstein“. Il lui faudra six ans pour venir à bout de cette oeuvre de 800 pages. Et encore 48 refus d’éditeurs plus une cargaison de son livre bloquée au Panama par la faillite d’un transporteur avant qu’elle trouve le succès. Remarquée par Art Spiegelman (qui la qualifie, en quatrième de couverture, d’une “des plus grandes artistes de bande dessinée de notre temps“), elle obtient les éloges de la critique américaine lors de la sortie du tome 1, l’an passé. C’est un même accueil critique qui a accueilli la version française, parue à la fin de l’été chez Monsieur Toussaint-Louverture, talentueux éditeur indépendant bordelais, qui a notamment fait paraître le très bon Du sang sur les mains : de l’art subtil des crimes étranges de Matt Kindt en début d’année.
Et, sans trop se risquer, on peut assurer qu’il s’agit là du livre de l’année. Voire de l’un des romans graphiques de la décennie, ou même plus.

S’il ne se veut pas autobiographique, Moi ce que j’aime c’est les monstres, est nourri de ce vécu, replongeant dans le Chicago de la fin des années 60, à travers le carnet dessiné d’une jeune de dix ans. Collégienne, Karen Reyes adore les créatures fantastiques et se voit d’ailleurs comme un loup-garou. Sans père (dont on refuse de lui parler), elle vit dans un sous-sol sordide avec sa mère, aimante mais très superstitieuse et marquée à jamais par un drame familial, ainsi qu’avec son frère “Deeze”, dragueur irrésistible au look latino mais non sans fêlures.
Le jour de la Saint-Valentin, sa voisine du dessus, la belle Anka Silverberg est retrouvée morte. On conclut à un suicide, mais Karen n’y croit pas et décide se se faire détective pour mener l’enquête. Des investigations qui vont faire ressurgir le passé bien cabossé aussi d’Anka, juive allemande sous le régime nazi. Et tandis que sa ville s’embrase à l’annonce de la mort de Martin Luther King, plusieurs secrets de famille dramatiques vont aussi bouleverser l’univers de Karen.

Une femme bleue au regard inquiet en couverture, un coeur dessiné comme un graffiti en page de garde, une couverture de magazine fantastique redessinée avec un loup-garou effrayant. Et des premières phrases qui décrivent la transformation d’une jeune fille en loup-garou dans une description dans la grande tradition du genre… Le tout dessiné au stylo bille !
D’entrée, donc, ce gros bouquin surprend, étonne, dérange, mais il envoûte vite. Et difficile de le lâcher, une fois pénétré dans cet univers à la fois étrange et très vite familier.
Mêlant l’univers des comics à celui de la grande peinture (avec une inclination forte pour le surréalisme), faisant avancer en parallèle un drame familial, une transformation intime, des résurgences historiques, Emil Ferris donne naissance à un vrai livre-monstre.

S’il est au stylo-bille, le dessin est foisonnant, l’écriture serpente au milieu des images, des portraits surprennent par leur hyperéalisme, des couvertures de pulp magazines viennent ponctuer régulièrement l’avancée du récit. Ou plutôt des récits, puisque le journal de Karen se double des souvenirs d’Anka, provoquant de troublantes transitions parfois.
S’il est un choc visuel et graphique, ce livre n’en oublie jamais sa dimension narrative, magistralement maîtrisée et qui parvient, sans le laisser paraître à évoquer à la fois les troubles sexuels naissants d’une jeune fille, le passé sordide d’une femme, un portrait social quasi-journalistique de ce quartier d’Uptown à Chicago et jusqu’à l’ombre de la Shoah. Monstruosité humaine et résilience des âmes fortes. Une oeuvre monstre donc. Et encore n’a-t-on vu, pour l’instant, que de la moitié de celle-ci.
Mais ce qu’on les aime déjà, ces monstres !

Soulignons, enfin, le beau travail éditorial réalisé par l’éditeur français, qui a gardé l’aspect “carnet à spirales”, a fait réalisé un nouveau lettrage manuel afin de conserver le côté manuscrit intime et a même réalisé un documentaire avec Emil Ferris afin de mieux familiariser les futurs lecteurs avec cette oeuvre unique. Ou presque, puisque cet univers rappelle, dans sa démesure maîtrisée – et dans un tout autre style – cet autre comics magistral qu’est Habibi de Craig Thompson.

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Bulles Picardes Presse & Médias

Des bandes dessinées à lire dans la presse cet été

Il y eut des périodes plus fastes. Et un engouement estival plus massif de la presse pour la bande dessinée. Néanmoins, certains titres continuent de proposer des planches cet été.

Damien Cuvillier assure le dessin, sur ce diptyque qui vient prolonger “La Guerre des Lulus”.

Le Courrier picard, déjà, qui poursuit donc son compagnonnage amical avec les éditions Casterman et les “Lulus” picards de Régis Hautière et Damien Cuvillier. Vus cet été dans une nouvelle perspective.

Toujours en PQR (sans prétention d’exhaustivité), Sud Ouest – l’un des titres qui consacre, chaque dimanche tout au long de l’année, une des rubriques les plus conséquentes à la BD – propose une page quotidienne de Zéropédia, l’encyclopédie humoristico-scientifique de Fabcaro et Julien Solé. Et à l’autre bout de la France, la Voix du nord offre de son côté une planche par jour des Premières fois, des éditions Bamboo (que, personnellement, on apprécie très moyennement, mais cela reste forcément subjectif).

Moi ce que j’aime, c’est les monstres, le roman graphique d’Emil Ferris.

Dans les quotidiens nationaux (parisiens, en clair), seul Libération reste fidèle à la tradition et à son heureuse habitude de proposer une découverte d’avant-garde en avant-première. En l’occurrence cette fois les premières planches du gros roman graphique Moi, ce que j’aime, c’est les monstres de l’Américaine Emil Ferris, à paraître fin août aux éditions Monsieur Toussaint Louverture.

Le Monde, de son côté, réalise une jolie opération, en dévoilant les planches du très attendu nouvel album d’Emile Bravo, sur la jeunesse de Spirou (la suite du Journal d’un ingénu, Spirou ou l’espoir). Mais c’est uniquement sur son site web.
Enfin, côté hebdos, le Figaro magazine fait dans le “classique” revisité, en proposant le nouvel album des aventures d’Alix, signé Giorgio Albertini et David B.
Et l’Humanité dimanche propose à ses lecteurs la suite du très bon Le Suaire, le récit politico-historique de Gérard Mordillat, Jérôme Prieur et Éric Liberge.