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Confiné au jardin : lait de chaux et boules de sucre

Tio Guy en train de peindre son cerisier. (Photos : Philippe Lacoche.)

Il fait très beau, ce jour-là. Le jardinier confiné se rend sur la terrasse, contemple son jardin d’un œil de propriétaire terrien, manière de possédant russe époque Tolstoï, bien avant les kolkhozes. (Le confiné a toujours détenu des références étranges, vieillottes, engagées, certes, mais d’antan, voire réactionnaires pour certains esprits modernes; il connaît mal l’existence de la Russie; pour lui, n’existe que la bien-aimée Union soviétique qu’il vénère car elle a mis la pâtée aux Teutons à Stalingrad.) Son regard se détourne sur la gauche. Et là, que voit-il? Incroyable! Son voisin Tio Guy était en train de peindre le gros tronc de son cerisier.

Canon de 75

Le confiné recule comme un canon de 75, en octobre 1914, au cours de la bataille d’Armentières. «Mais qu’est-ce qu’il fabrique?», se demande le jardinier, interloqué. «Il y a quinze jours, il exposait un radiateur sur sa pelouse comme l’eût fait Marcel Duchamp avec son célèbre urinoir. Aujourd’hui, il peint son cerisier…» Le jardinier s’inquiète. Il apprécie beaucoup son voisin; il commence à s’inquiéter. «Son bel esprit pragmatique ne serait-il pas chamboulé par le confinement?», s’interroge-t-il encore. Il est vrai que l’histoire du radiateur l’avait laissé sur sa faim. En tout cas, les explications que lui avait fournies Tio Guy. D’abord, il avait répondu qu’il était en train de l’exposer, son sacré radiateur, transformant son impeccable pelouse en galerie d’art. Puis, il s’était ravisé et avait expliqué qu’il bricolait, qu’il avait démonté cette foutue bête à chaleur et, ne sachant pas où la mettre, il l’avait déposée sur son gazon. «Tout ça n’est pas clair», rumine encore le confiné. «Rien ne me dit qu’il ne voulait pas réchauffer sa pelouse afin qu’elle poussât plus vite.» Il s’accroupit afin de ne pas être aperçu. Il observe encore. Tio Guy en met un coup. Après s’être pris pour Duchamp, se prendrait-il pour Picabia ou Picasso? N’en pouvant plus, dévoré par l’inquiétude et la curiosité, il interpelle Tio: «Mais que fais-tu donc, voisin?» «Je ne fais que chauler, tête de confiné!», lui répond Tio Guy, étonné de la question. «Ne savais-tu pas que le lait de chaux appliqué sur les troncs permet de détruire champignons et larves des parasites? Grâce à ça, mes cerises sont de vraies boules de sucre…» Le confiné se souvint alors de Babette et de sa famille escargots, et se dit: «Sous peu, je sens que je vais adopter des larveset que je vais faire une omelette.»

PHILIPPE LACOCHE

Pinceau à la main, Tio Guy en met un coup!
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Confiné au jardin : la mort dans l’âme, il relâche ses escargots

Il était 15h34, vendredi, heure locale, Faubourg de Hem, à Amiens, quand le jardinier confiné, la mort dans l’âme, s’est résolu à procéder au relâchage de Babette, Bernard et sa petite sœur Rosa. L’opération, diligentée par le confiné lui-même, dans la partie droite et herbeuse de son jardin, s’est déroulée, dans le calme et sans témoin. Trop sensible, le jardinier a essuyé quelques larmes. Il n’est pas certain qu’il s’en remettra après les diverses et nombreuses ruptures sentimentales qu’il a connues au cours de sa longue vie. La cérémonie – comme en témoigne notre photographie – était placée sous le haut patronage des chocolats suisses Villars, Lait pur, dont la saveur unique et la qualité indiscutable sont connues à travers le monde. Comme il était inscrit sur une banderole publicitaire apposée contre la clôture du jardin et que Tio Guy, voisin essentiel, pouvait apercevoir de sa terrasse: «Par son caractère crémeux, son lacté intense et sa douceur onctueuse, Lait Pur de Villars révèle la quintessence du chocolat au lait suisse.»

«C’est criminel!»

Nous le disions à l’instant, le confiné, très éprouvé ses derniers temps par des courriers, SMS et mails incessants hostiles à sa démarche, a cédé à la pression de la Vox Populi et des lobbyings. Il faut tout de même savoir que la Société protectrice des animaux (SPA) menaçait de diligenter un procès; il en était de même pour la Ligue des droits de l’Escargot qui, on le sait, ne plaisante avec les libertés individuelles.

Les féministes, elles non plus, ne firent pas de cadeaux au confiné, lui reproc

L’opération de “relâchage” était placée sous le patronnage des chocolats suisses Villars qui n’hésitèrent pas à financer le champagne qui coula à flots au cours de cette cérémonie. Le Suisse n’est pas seulement neutre et calme; il sait être généreux. (Photo : Philippe Lacoche.)

hant de présenter Babette sous des dehors frivoles et, je cite, «de mère au foyer systématique». Mais ce fut un SMS poignant d’une amie du jardinier qui le fit fléchir. Elle écrivait: «C’est criminel, tu vas faire mourir Babette et ses enfants d’asphyxie. (…) Ce n’est pas parce que tu es confiné que tu dois faire subir le même sort à ces petites bêtes à cornes. Et puis, ne donne pas de mauvaises idées aux gens, quand certains lavent leur chien à l’eau de Javel; ils sont bien capables de regarder mourir d’innocents escargots.» Ce fut après cet appel déchirant que le jardinier procéda au relâchage. À l’heure où nous mettons sous presse, il serait sous électrochocs dans une clinique du Faubourg de Hem. Plus encore que les femmes, ce sont les escargots qui, au final, l’auront tué. PHILIPPE LACOCHE

 

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Confiné au jardin : il caresse le ventre de Babette

Babette surveille discrètement ses deux mioches. Il faut avoir de la coquille pour élever deux mômes! (Photos : Philippe Lacoche.)
Babette constate avec horreur que Bernard, son fils adolescent, vient de nouveau de fuguer.
Grondé par sa mère, Bernard retourne à la niche.
Ses mioches endormis, Babette, légère et sensuelle comme une Janis Joplin, se barre en boîte pour retrouver un amant titulaire de très grandes cornes. On surnomme ce dernier le Rocco Siffredi des gastéropodes.
Après que le jardinier confiné eut recouvert le mug d’un film plastique, Babette troue celui-ci et tente de se faire la malle.

 

Légèrement pervers, le jardinier confiné caresse le ventre de Babette au travers du film plastique; il trouve ça aussi doux que l’aine d’un vingtenaire.

Difficile à admettre; difficile à écrire aussi en ces temps de confinement où les médias, les chercheurs, les psychologues, psychiatres, analystes de tout poil, journalistes, écrivains, quidams, prêtres, chefs de chantiers, dentistes, préparateurs en pharmacie, soigneurs de zoos, etc., incitent à la solidarité, au retour au collectif, au rapprochement entre les êtres (de loin, à un mètre de distance, masque, casque de mineur et palmes, gel – non pas intime – mais hydroalcoolique), à la bienveillance, au serrage de coudes, difficile oui, à admettre et à écrire: ce n’est pas une sinécure d’adopter une famille d’escargots (voir nos chroniques d’hier et d’avant-hier).

Doux comme l’aine d’une vingtenaire

Résumé des épisodes précédents. Bernard, un escargot adolescent, avait été retrouvé endormi au fond d’un mug rouge négligemment déposé dans l’évier par le jardinier confiné. Ce dernier, âme sensible, et, de plus, encouragée par sa fiancée, le prit sous sa protection, le questionna. (Le confiné parle l’escargot couramment.) Ainsi, il retrouva le reste de la famille: Babette, la mère, une ancienne hippie bien en chair, et Rosa (comme Rosa Luxembourg), sa fille, la sœur de Bernard, restées contre le mur en crépi près de la porte de la véranda. Le jardinier leur fit une niche en remplissant le mug d’herbe rafraîchie d’eau de source du Faubourg de Hem. Et déposa les gastéropodes à l’intérieur. Ce ne fut pas si simple qu’on vous l’avait dit hier. D’abord, Bernard, à peine à la niche, tenta de fuguer une nouvelle fois. Babette le ramena par la peau des cornes. Puis, croyant la smala endormie, elle fila à son tour, chia une grosse bouse noire sur la table du confiné, traça vers la porte car, dit-on, elle avait rendez-vous en boîte avec un amant. Le confiné la rattrapa de justesse alors qu’elle se dirigeait vers la rue. Il la remit dans le mug avec ses enfants, et recouvrit la tasse d’un film plastique. Femme, indépendante, libre et déterminée comme une Simone de Beauvoir à coquille, elle parvint à craquer le film. Le jardinier renforça celui-ci. Puis, caressa le ventre de Babette à travers ledit film. C’était doux comme l’aine d’une vingtenaire sur une plage d’Ibiza en 1970. Maintenant, vous savez (presque) tout. PHILIPPE LACOCHE

 

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Confiné au jardin : Babette se lâche

 

Babette surveille ses progénitures. (Photos : Philippe Lacoche.)
“Tu veux ma photo?”, demande Babette, agacée, au jardinier qui ne cesse de la photographier. Ancienne hippie, spectatrice des festivals de Woodstock, de l’Ile de Wight et d’Amougies, elle n’en possède pas moins un caractère impétueux. Féministe à ses heures, c’est ce qui explique peut-être qu’elle a été abandonnée par son mar;, elle élève seule ses deux enfants. “Ne la laisse pas tomber/ Elle est si fragile/ C’est une escargote libérée tu sais c’est pas si facile”, eût pu chanter Cookie Dingler.
Babette compare ses cornes à celles du renne. A gauche : le gros tas de merde brune qu’elle vient de lâcher sur la table du jardinier confiné.

Sartrien invétéré, adepte d’un Existentialisme pur et dur, le jardinier confiné contemplait, une boule d’angoisse au ventre, la petite famille de gastéropodes nouvellement réunie (voir notre chronique d’hier) et philosophait: «Être homme, c’est être responsable. L’Homme est tel qu’il se crée. Et il se crée en agissant.» Fallait-il rendre la liberté au jeune Bernard retrouvé dans l’évier, blotti, tel un Huckleberry Finn intrépide, au fond d’un mug rouge vif? Bernard avait fugué; il l’avait avoué au confiné. Ce dernier avait fini par retrouver le reste de la famille: Babette, une ancienne baba cool, bien en chair, trop bien en chair pour passer en dessous de la porte de la véranda; et la toute jeune et toute frêle Rosa, pusillanime, restée auprès de sa maman. «Faut-il leur rendre la liberté?» ne cessait de s’interroger le jardinier.

Lourde merde brune

En attendant, sur les conseils de sa petite fiancée, très attachée à la condition animale, il s’occupa de créer une niche pour la famille: il remplit le mug d’herbe fraîche qu’il rafraîchit grâce à la bonne eau de source du Faubourg de Hem, plaça le trio à l’intérieur. Et observa. À peine déposé, Bernard profita d’un moment d’absence de sa mère pour filer en douce. Il fut rattrapé par Babette qui, bien que cool et grande lectrice de Libres enfants de Summerhill, passa un fichu savon à son mioche. Est-ce la colère qui lui relâcha les sphincters? Elle chia une lourde merde brune sur la table du confiné qui fit semblant de ne rien voir. Pour se remettre de ses émotions, Babette compara ses cornes avec celle d’un renne, motif de la nappe de Noël que ce con de confiné n’avait toujours pas enlevée. La soirée se déroula ainsi, Babette redoublant de vigilance, tandis que la petite Rosa, sage, s’était déjà endormie dans le nid d’herbe grasse et humide. PHILIPPE LACOCHE