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Les errances bulgares d’Eric Naulleau

     Il signe un premier roman vif, percutant, haletant et drôle. Une réussite.

Eric Naulleau sort un premier roman fort réussi. (Photo : Lou Breton.)

D’abord, il y a le titre. Ruse. On pense à une ruse, un coup tordu, une filouterie. Ruse serait-il donc un polar? Un thriller? Comme de la pomme dans l’alcool du Mexicain, il y en a, mais pas que. Alors, délicatement, presque méfiant de peur d’être la victime de cette ruse-là, on découvre à la faveur d’un exergue qui cite Wikipédia que «Ruse ou Roussé est la cinquième plus importante ville de Bulgarie. Jusqu’à l’indépendance du pays, en 1878, elle portait le nom de Roustchouk.» Avant cela, on a lu l’autre exergue-dédicace, issu des paroles du génial chanteur Graham Parker. Cette fois, on en est sûr. Nous sommes bien au coeur du premier roman d’Eric Naulleau et en Bulgarie, pays qu’il connaît aussi bien que les coulisses de Paris Première, ou que les éclats de rire de son complice-adversaire : le bouillonnant Eric Zemmour.

«Disons-le d’emblée : coup d’essai, coup de maître. Cette première fiction d’Eric Naulleau est une réussite.»

Disons-le d’emblée : coup d’essai, coup de maître. Cette première fiction d’Eric Naulleau est une réussite. On est, de suite, embarqué dans cette histoire rondement menée. Une manière de road-movie qui met en scène une femme et un homme, anciens amants, pourchassés par la mafia locale. Le duo ne manque pas de piquant. Deliana s’adonne au strip-tease dans des clubs, empoigne la barre d’une main, ébouriffe ses cheveux de l’autre : «Regard braqué sur l’assistance, elle fit quelques exercices d’échauffement puis se lança tout à coup dans une première figure, une rotation à la seule force des bras.» Lui, Serge, n’est pas mal non plus, dans le genre aquoiboniste et jusqu’au-boutiste. On se laisse pénétrer par les atmosphères, les ambiances, notamment celles, nocturnes, qui vous enveloppent avec sensualité et délicatesse : «Deliana parcourait maintenant les allées du parc où des couples s’enlaçaient dans l’obscurité devenue si épaisse qu’elle éprouvait la tentation de s’en barbouiller le visage pour disparaître à la vue de ses poursuivants. Des voix se répondaient dans les ténèbres, des ombres la frôlaient. Une masse immense se dressa soudain dans son dos.» Le tout est serti d’un humour au second degré, distillé par des scènes habillement construites où les personnages sont dessinés avec une infinie précision. Exemple, pages 64 et 65, où il accepte, malgré leur passé amoureux, qu’elle dorme chez lui : «Tu ne sors jamais de scène, toi…», balance Serge à Deliana après avoir jeté un oreiller et une couverture sur le canapé. «Il y a des draps propres sur le lit, je dormirai dans le salon.» Errances, fuites, rebondissements; le lecteur se demande comment le duo va s’en sortir. Bien menée, l’intrigue vous tire par le bout du nez. Percutants, drôles, pétillants, les dialogues font mouche. Ils contribuent au plaisir que procure la lecture de ce premier roman.PHILIPPE LACOCHE

Ruse, Eric Naulleau, Albin Michel, 198 p.; 18 €.

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   Pour ne pas oublier Jacques Béal

Émouvant? C’est peu de le dire. L’hommage rendu, lundi, à la Comédie de Picardie, à mon confrère et ami Jacques Béal, écrivain et ancien grand reporter du Courrier picard, décédé l’automne dernier à l’âge de 71 ans, était à son image: élégant et littéraire. Au programme: des lectures de grande qualité assurée par des élèves du Conservatoire (Fanchon, Isabella et Angélique) de son livre, Anthologie des poètes de la Grande Guerre (éditions Le Cherche-Midi), accompagnées au piano par Jean-Gaspard. La salle du bar était pleine; ses amis s’étaient déplacés nombreux, au côté d’Hélène, l’épouse de Jacques. C’est un talent de savoir lire, bien lire, de savoir savourer la poésie dans ce qu’elle a de plus puissant, de plus universel. De plus émouvant; de plus grave. Ou de plus léger. Jacques possédait ce talent rare. Comme on le dit un peu trivialement: il avait du nez, une bonne oreille, et une grande culture historique. (La biographie, Le

Au cours de la lecture.
Les lectrices entourent le pianiste Jean-Gaspard. Sur le mur : un portrait de Jacques Béal.

clerc, vie et mort d’un croisé – Favre, 1989 – qu’il consacra au si picard maréchal en était la preuve.) Les textes de Paul Eluard, Philippe Soupault, André Salmon, Charles Vildrac, etc., revivaient, portés par les voix convaincantes et très justes des jeunes lectrices; leurs mots s’envolaient dans l’air silencieux comme une banquise, propulsés par des mélodies de Chopin, Mendelssohn, Beethoven et Gershwin. C’était beau, grave; ça dénonçait la guerre, cette guerre absurde qui tue, qui pue, qui tonitrue, qui rend fou, qui rend aveugle et sourd, qui casse les gueules. Jacques était sensible à tout cela; nous en parlions souvent. Jacques eût pu m’accompagner, le lendemain, au théâtre Edward VII, au café Guitry pour la remise du Prix des Hussards. Il eût tellement été content pour moi. Le champagne était un délice. La Marquise, en beauté comme à son habitude, me surveillait gentiment pour m’éviter d’en abuser car, on le sait, le hussard sait être dipsomane. Je fus sage et ne le regrettai point car, ainsi, je profitais des conversations pointues, légères, impertinentes (parfois) et littéraires (toujours) de l’Académicien Frédéric Vitoux, de Patrick Mahé, ancien rédacteur en chef adjoint de Paris Match, de Jean des Cars, de François Cérésa, d’Yves Thréard, de Jean Tulard, de François Jonquères et de quelques autres. J’y retrouvais aussi mes amis Bertrand de Saint Vincent, journaliste au Figaro, Thomas Morales, Jérôme Leroy, Didier Arnaud, de Libération. Avec Éric Nauleau, je parlais, bien sûr, de littérature mais aussi beaucoup de rock’n’roll. (Nous sommes liés par une passion commune: celle que nous vouons à Graham Parker.) Je posais au côté de mes deux mes frères de comptoir du Bar du Midi (BDL dans le roman): Rico, le barman (un tiers de mon personnage Pirate) et Jean-Pierre Ternisien (entièrement Jean-Claude Depard, l’ex-légionnaire, dans le bouquin); ils m’avaient fait le plaisir d’effectuer le déplacement. La Marquise, véritable Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, en robe sombre, prenait des notes et photographiait. Dès que je le pouvais, je conspuais le Nouveau Roman et ses glaciales effusions. En un mot: rien que du bonheur! Oui, mon ami Jacques Béal eût aimé.

                                         Dimanche 18 mars 2018.

 

 

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Baguenauder à Paris quand la lumière grisonne

 

Vincent Peillon, à la terrasse de la brasserie La Ville de Provins, près de la Gare de l'Est, à Paris.
Vincent Peillon, à la terrasse de la brasserie La Ville de Provins, près de la Gare de l’Est, à Paris.

Quel plaisir de retrouver Paris! Là-bas, tout m’intéresse. Je ne cesse de lever le nez. L’architecture. Là une plaque historique; là un nom de rue qui me rappelle qu’un écrivain à mon goût est passé sur ce trottoir ou a résidé dans cet immeuble. Il faisait beau; je levais le nez comme un enfant. Étrange sentiment de légèreté stendhalienne. Baguenauder, ne rien faire. Juste de promener, humer l’air du temps; celle de cette ville sublime, coeur de ce pays – le mien – qui ne cesse de me fasciner, et que j’aime d’une passion quasi amoureuse. Et laisser libre cours à ses pensées. Je me revoyais arrivant à Paris, en 1977, rue d’Antin, chez Best, pour y commencer ma carrière de journaliste dans la presse rock. Cette manière d’ivresse due à la bière du café Le Port-Mahon, certes, due aussi à la fièvre punk qui sévissait à ce moment-là et qui me réjouissait (ah, ces concerts des Clash, des Heartbreakers, de Graham Parker, de Téléphone, de Trust, etc.). Mais due, surtout au bonheur indicible de me retrouver là, en mai 1977, dans la lumière poudreuse de ce printemps de toutes les promesses en cette ville que, déjà, j’adorais. Aimer Paris, c’est banal, je sais lectrice vénérée, adorée, convoitée. Mais te le dire de cette façon ne l’est pas; c’est un peu de la vigueur de ma jeunesse que je te livre ici, moi qui n’en ai plus beaucoup (de jeunesse, of course; de la vigueur, il m’en reste un peu). Je revois encore le visage doux, rose et poupin de cette petite esthéticienne, une Ternoise, que je retrouvais dans l’appartement d’un batteur-ami, rue des Gobelins. La posséder à Paris avait bien plus de saveur que de la câliner dans ma 4 L bleu ciel dans le chemin coincé entre les lignes de chemin fer Paris-Laon et Paris-Bruxelles, à Tergnier. On est bête quand on a vingt ans. Tergnier, justement, me sauta au visage lorsque je tombais sur la plaque apposé à la mairie du XXe arrondissement et qui rend hommage au père Joseph Wresinski, fondateur du Mouvement des droits de l’homme ATD Quart-Monde, initiateur de la lutte contre l’illettrisme, curé dans les paroisses ouvrières, dont celle de Tergnier, dans les années cinquante. Avant cela, à la terrasse de la brasserie La Ville de Provins, j’avais interviewé Vincent Peillon, député européen, ancien ministre de l’Éducation. (Il vient de sortir un excellent thriller, Aurora, aux éditions Stock, dont l’ami Daniel Muraz vous dit ce qu’il en pense dans les pages livres de ce même journal.) Nous nous sommes connus lorsqu’il était député du Vimeu. Des connivences littéraires nous rapprochèrent, et nous étions heureux de nous retrouver pour évoquer nos souvenirs de la côte picarde. Et la littérature, bien sûr. Paris n’est rien d’autre: de la littérature, de l’Histoire, des souvenirs. Tout ce qui continue à nous faire tenir debout quand la lumière, avant si poudreuse, grisonne comme nos cheveux.

Dimanche 12 juin 2016

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Rock

 « La bande son de mon existence »

     C’est en ces termes que l’excellent Eric Naulleau explique sa passion pour le tout aussi excellent rocker Graham Parker. Il lui a consacré un livre.

Eric Naulleau n’est pas n’importe qui. C’est un subtil écrivain, un passionné de littérature, un bretteur et passeur qui sait transmettre ses goûts. Animateur de l’émission « Ca balance à Paris », il a également été l’éditeur  des livres de Graham Parker aux éditions L’Esprit des Péninsules. Quant à Parker, génial auteur-compositeur, interprète et show man flamboyant, on dit de lui qu’il est le Springsteen anglais. Leur rencontre donne Parkeromane, un livre tout aussi passionné et flamboyant. Et original. Rencontre avec Eric Naulleau.

Que représente pour vous Graham Parker ?

C’est la bande son de mon existence. Ses chansons m’accompagnent depuis quarante ans maintenant. Et, sans tomber dans la folie, j’ai vérifié qu’il y avait une chanson de Graham Parker qui correspondant à chaque situation de l’existence. Ca m’a servi de boussole, comme dirait Matthias Esnard. Lui, c’est l’Orient ; moi, c’est Graham Parker.

Vous avez édité Graham Parker à L’Esprit des Péninsules. Ne seraient-ce pas d’abord ses textes qui vous ont séduit, ou serait-ce le tout, l’auteur et le compositeur ?

C’est le tout ; je suis très binaire en matière de rock. J’aime la musique boum boum. Je suis néanmoins très sensible à la qualité des textes rock. Et c’est vrai qu’il y a une qualité littéraire chez Graham Parker, qualité que je n’ai pas été surpris de redécouvrir dans son roman et ses nouvelles.

Vous avez découvert Graham Parker au concert du Stadium, à Paris, en 1977.

Il y avait du monde ce soir-là. L’agent actuel de Michel Houellebecq, François Samuelson, y était ; il m’a montré son billet de 1977. Et je lui ai dit, pour le calmer, que j’allais faire signer mon billet de ce concert – que j’ai aussi gardé – par les cinq membres de la Rumour. C’est ce que j’ai fait car je me suis dit : il faut quand même que chacun reste à sa place. La petite confrérie du 15 décembre 1977 se reconstitue petit à petit. Mon premier concert était un concert de Graham Parker ; ça laisse des traces indélébiles.

Dans quelles conditions avez-vous été amené à éditer ses textes à L’Esprit des Péninsules ?

J’étais en voiture avec un ami ; nous allions en Bulgarie. A la radio, passe une chanson inconnue de Graham Parker. Un peu plus tard, je lui ai écrit. Il m’a renvoyé une réponse manuscrite. Il me donne la provenance de la chanson. On commence donc à correspondre. Il me dit qu’il a recueil de nouvelles en préparation. Voilà. Je le lis ; je décide de l’éditer car, à mon avis, c’est un grand auteur que la France a reconnu contrairement à l’Angleterre et les Etats-Unis. Et ensuite, j’ai édité un roman.

Est-ce que le travail d’édition fut facile ? Etait-il exigeant ?

Il m’a fait confiance, comme moi je lui avais fait confiance en tant qu’auteur. La traductrice était très chevronnée. Elle était elle-même très impressionnée par la qualité des textes. Là, je n’ai pas seulement accompli un acte de fan, mais un acte d’amoureux de la littérature. Je pense vraiment que son recueil de nouvelles Pêche à la Carpe sous valium est admirable. Que ce soit comme artiste, auteur ou comme ami, je vais de satisfaction en satisfaction avec Graham Parker.

Vous êtes donc de vrais amis.

C’est même un ami de la famille. Ca lui arrive de venir diner à la maison quand il est de passage. Je raconte aussi que je vais chaque année à Minneapolis pour ses concerts ; il m’est arrivé d’y entraîner toute une partie de ma famille une dizaine de fois, alors que mes enfants sont plutôt intéressés par le rap. C’est une amitié qui s’est faite petit à petit. Ce n’est pas un Anglais pour rien. Il a des défenses. C’est une amitié qui s’est consolidée au fil des années. Nous nous considérons mutuellement comme des amis. De plus, il est assez sensible sur le fait que je le considère comme un rocker mais également comme un artiste complet. C’est quelqu’un qui est très fort en matière de littérature ; il a une vision du monde. C’est un être humain qui dépasse largement le simple fait d’écrire des chansons et de les interpréter. C’est aussi pour cela qu’on a fait ce spectacle aux Bouffes du Nord car il y a dans ses chansons, et dans le livre que j’ai écrit (j’essaie d’être à la hauteur de mon modèle), matière à faire un spectacle ce qui n’est pas le cas de tous les rockers.

Il a été catalogué comme artiste de pub rock à ses débuts. Comment définiriez-vous son style aujourd’hui ?

C’est très étrange. Il y a une seule chose qui fait grimper Graham Parker dans les sommets de rage, c’est quand on le catalogue son style de pub rock. Cette étiquette n’a aucun sens ; il suffit d’écouter du vrai pub rock pour s’en rendre compte. Lui, c’est une synthèse de rock à la Rolling Stones, de soul à la Aretha Franklin, de soul à la Van Morrison (à qui on le compare beaucoup) ; vous ajoutez à cela Otis Redding. Vous ajoutez à cela qu’il est apparu dans les années punk (même s’il n’a rien à avoir avec ce mouvement) ; en un sens il est tout de même porté par cette énergie originelle. C’est une synthèse de toutes les musiques que j’aime. Il y a même du reggae avec la chanson «

Eric Naulleau : fan inconditionnel de Graham Parker. Il lui rend un vibrant hommage dans un livre passionné et passionnant.
Eric Naulleau : fan inconditionnel de Graham Parker. Il lui rend un vibrant hommage dans un livre passionné et passionnant.

». Une synthèse reggae, soul, rock, blues.

Votre livre avait d’abord été publié chez Gawsewitch. Aujourd’hui, il est réédité chez Belfond. Est-ce une édition augmentée ?

Oui, c’est une édition très augmentée, et c’est même, à mon avis, l’édition définitive. Il y a une centaine de pages en plus. Il y a également tous les derniers développements de son œuvre. A la fin, je lui demande d’évoquer une chanson par album et lui demande de raconter d’où ça vient. J’ai ajouté des passages : il est revenu jouer en solo à Paris, puis avec la Rumour. Et il s’est passé quelque chose de très étrange puisque le troisième personnage du livre est devenu Minneapolis où je me rends chaque année et où je suis resté une semaine la dernière fois. Il y a trois personnages : Graham Parker, Minneapolis et moi car il s’agit aussi d’une sorte d’autobiographie.

Votre livre tient effectivement le l’essai, de la biographie, de l’autobiographie. Un livre à trois voix car il y a la voix de la ville.

La voix de la ville est très importante. Toutes les découvertes que je fais dans cette ville ; les découvertes littéraires. J’ai passé des moments dans un café formidable avec des personnages plus fêlés les uns que les autres. Parler, Minneapolis, l’été… tout ça forme un tout et qui rythme ma vie car il n’y a pas un 14 juillet que je ne passe là-bas. Il est aussi beaucoup question du centre d’art moderne de la ville. Et j’ai un peu conçu mon livre comme une œuvre d’art moderne, par fragments, dans le désordre chronologique. J’ai voulu donner à ce livre la forme d’une œuvre littéraire et un peu plastique ; j’espère que j’y suis parvenu. C’est au lecteur de me le dire.

Est-ce qu’il continue à écrire des textes purement littéraires ?

Je sais qu’il a commencé quelque chose ; je l’y encourage vivement. Il va se mettre en sourdine ; il ne fait plus de concerts avec le groupe. Et je crois que ça n’arrivera plus : je crois que je l’ai pour la dernière fois à Bristol il y a un mois. Je pense qu’il aura plus de temps pour l’écriture. J’espère pouvoir reprendre un peu de service dans l’édition pour pouvoir publier le prochain livre de Graham Parker. C’est un portraitiste formidable comme en témoigne son livre Pêche à la carpe sous Valium. De plus, c’est un autodidacte ; il vient d’un milieu où la littérature n’avait pas le droit de cité. Pas un milieu de culture littéraire. C’est donc assez miraculeux la qualité de ses textes de chansons et ses textes littéraires.

Si vous deviez le comparer à un écrivain ou à quelques écrivains, à qui le compareriez-vous ?

Ce n’est pas facile car il n’appartient pas à une famille littéraire très identifiable… Il faudrait que ce soit un Anglais car Graham Parker reste très anglais, bien qu’il ait vécu trente-cinq ans aux Etats-Unis. Donc ce serait un écrivain anglais avec cet humour anglais assez inimitable, cette ironie, cette distance envers la vie.

Quels sont vos projets de journaliste, de critique, d’homme de médias et d’écrivain ?

Je projette de persévérer dans mon travail à la télévision avec ces deux émissions que j’anime (et qui cette années marchent bien toutes les deux). Je viens de finir un script de cinéma. Un polar. Le mythe d’Orphée et d’Eurydice sous forme de polar. J’ai rencontré un producteur qui se dit intéressé. Mais ça ne pas dire qu’il va passer à l’acte rapidement. J’ai un réalisateur qui est un jeune Français installé à Los Angeles. Et j’ai écrit le rôle d’Orphée, je l’ai écrit précisément en pensant à Matthieu Amalric. Je vais proposer ce projet à d’autres producteurs. J’ai également la moitié d’un roman dans un tiroir, moitié de roman qui me saute aux yeux à chaque fois que j’ouvre le tiroir ; il me saute aux yeux comme un remord.

                                                      Propos recueillis

                                                      PHILIPPE LACOCHE

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Rayonnant Aubert !

L’ex-chanteur de Téléphone revient de façon magistrale avec un double et un DVD exceptionnels de générosité et d’émotion. Beau à pleurer.

C’était le 2 mai1977. Première partie d’Eddie And The Hot Rods au Pavillon de Paris: Téléphone «vole» le show à la tête d’affiche, pourtant un excellent groupe de pub rock anglais. Magnifique, magistral; de la dynamite et surtout, surtout, une aura à vous couper le souffle. «Qui c’est ce groupe?» pouvait-on entendre dans l’assistance. On sentait bien qu’il venait de se passer quelque chose, qu’un grand gang de rock’n’roll était en train de naître. Peut-être même le plus grand car terriblement français même s’il allait puiser ses racines chez les Stones, les Them, les Pretty Things et les Who. Et de vrais textes. Jean-Louis Aubert, Bertignac, Kolinka et Corine avaient quelque chose de générationnel qui, on le sentait de par son côté populaire, resterait dans les mémoire. Comme quand, en mai1968, «Jumping Jack Flash», des Stones, déboulait sur les platines. «Jumping» symbolisait Mai 68; Téléphone préfigurait ce qui serait les années Mitterrand quatre ans plus tard. Et puis il y eut d’autres concerts, en province. D’autres salles des arts et loisirs, comme celle de Tergnier, en janvier1978.Trente-cinq ans plus tard, Jean-Louis Aubert nous surprend toujours en sortant Live= Vivant, un prodigieux album live équipé d’un DVD du meilleur cru. Et c’est exceptionnel; certainement la meilleure production discographique depuis pas mal d’années. Car trop souvent les albums live sont mal ficelés, pas très utiles, et servent de remplissage aux artistes en manque d’inspiration. Là, on est à l’antithèse de ça. Ce disque est essentiel. Il y a un souffle, un esprit, une urgence, une générosité. Aubert, Kolinka et leur équipe sont au meilleur de leur forme. L’entrée de Jean-Louis, dans l’ombre bleutée, 12 cordes et porte-harmonica, sourire plus jaggerrien que jamais, est sublime. La section de cuivre est digne de celle de Graham Parker à la fin des seventies. «Je reviens mouillé et même un peu ridé (…)J’ai appris la vie.Je reviens vers vous et je n’en reviens pas d’être toujours là…» chante Aubert. Par moments passent les ombres de Guillaume Depardieu, de Barbara, de son copain Olive (décédé en 2006), de William Burroughs. Richard Kolinka n’a jamais été aussi Keith Moon et Gary Brooker à la fois.

Jean-Louis Aubert : un album magique.

Dans «Ça, c’est vraiment toi», Jean-Louis et ses deux guitaristes font une battle de chorus à la Gibson, et c’est bien sûr le titulaire de la Lespaul Deluxe (la plus puissante) qui triomphe. «On aime (comme a été aimé)» une chanson d’amour belle à pleurer. Début à la gratte, montée d’orgue, puis de piano; on dirait Procol Harum dans Exotic Bird and Fruit. Un double, un DVD et un chanteur rayonnants. Merci Jean-Louis!

PHILIPPE LACOCHE

«Live= Vivant », Jean-Louis Aubert. EMI-Virgin.