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Les ailes du désir sur fond de guerre d’Espagne

Double 7, Yann (scénario), André Julliard (dessin). Editions Dargaud, 72 pages, 16,95 euros.

Une histoire d’amour et une tragédie historique sur fond de guerre et de révolution espagnole. C’est le cadre et la trame de cet ambitieux one-shot signé Yann et Julliard.

Hiver 1936. Les nationalistes de Franco sont déjà à l’offensive autour de Madrid. Bombardée par la sinistre légion Condor, la ville est défendue par les miliciens dont fait partie la belle Lulia, militante anarcho-syndicaliste de la CNT et féministe des “mujeres libres” n’ayant pas froid aux yeux.
Dans les airs, les Républicains reçoivent avec enthousiasme le soutien des “moscas” ; les petits avions Polikarpov de l’escadrille “Double 6”. Des chasseurs fournis par l’URSS de Staline et pilotés par des aviateurs russes ou venus aussi de toute l’Europe et désormais incorporés dans les escadrilles soviétiques. L’idéaliste Roman Kapulov est l’un d’eux, parmi les plus brillants.

A l’occasion d’une perm avec ses deux amis, l’Américain Ajax et le Français Dary, il va croiser pour la première fois Lulia, en tentant de défendre des religieuses agressés par des miliciens avinés. Début d’une passion foudroyante, mais entravée par les horreurs de la guerre. Une guerre suivie notamment par un reporter promis à un brillant destin, Ernest Hemingway, accompagné de sa compagne Gerda Taro…

Voici un récit dense qui rappelle le superbe film Land et Freedom de Ken Loach. Sans jamais perdre le fil, Yann fait en effet ressortir les contradictions et conflits au sein des forces républicaines, pointant un soutien soviétique non dénué d’intérêt (quand les Russes récupèrent les “réserves d’or” espagnoles pour mieux les “protéger”) et évoquant les pratiques staliniennes d’élimination des combattants d’Espagne. Il met aussi en scène l’élimination des anarchistes et militants du POUM par les communistes. Pas de manichéisme ici, avec un scénariste qui aime bien se faire grinçant et qui montre plutôt bien la complexité, tout en clair-obscur, de la situation d’alors.

Autre apport historique, moins important et moins indispensable, le futur écrivain Hemingway qui balade sa nonchalance au milieu des ruines et jouera aussi son rôle dans l’intrigue.
Et puis, autre partie importante au récit: les combats aériens bien sûr, appréciés par les deux auteurs, qui ont d’ailleurs initié leur collaboration commune, avec Merzek, sur les débuts de l’aviation israélienne.

C’est dans ce conflit aux multiples aspérités et zones d’ombre que Yann et Julliard placent donc une histoire d’amour, passionnée et pure. Une relation qui par son romantisme renvoie à l’image persistante de cette guerre et révolution, dont le lyrisme mélancolique associé au combats perdus perdure jusqu’à aujourd’hui.

Le style d’André Julliard, classique et un peu figé, atténue certes le dynamisme flamboyant de l’histoire, mais l’élégance du trait associé à une très belle mise en couleur créent une ambiance appropriée pour donner toute sa dimension, historique et romantique, au récit. Un album de haut vol.

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Un regard clinique sur la Guerre d’Espagne avec le Dr Uriel

Dr Uriel, Sento. La Boîte à bulles, 432 pages, 29 euros.

L’an passé, La Boîte à bulles avait eu la bonne idée de rééditer la belle saga de Bruno Loth, les Fantômes d’Ermo, revenant de façon fantaisiste – mais historiquement très documentée – sur la guerre et la révolution espagnole vue des rangs de miliciens anarchistes. C’est un nouveau récit de cette guerre sanglante et fratricide qui paraît cette fois, avec la traduction en français (et un seul volume) de ce témoignage véridique d’un médecin enrôlé de force chez les franquistes. Un témoignage d’autant plus émouvant qu’il a été recueilli et réalisé par le propre beau-fils du Dr Uriel.

Tout juste diplômé de la faculté de médecine en ce début d’été 1936, Pablo Uriel effectue son premier remplacement dans un village du nord de l’Espagne, proche du Pays basque. C’est là que le putsch de Franco le surprend, lorsque des troupes nationalistes envahissent la bourgade. Repéré pour ses idées républicaines, bien qu’il n’ait jamais été militant, Uriel est fait prisonnier. Et il sera bientôt contraint d’intégrer les rangs phalangistes où ses connaissances médicales sont bienvenues. Pour lui, c’est le début d’une guerre étrange, qu’il vivra essentiellement en prison. Présent avec les troupes franquistes lors du siège de Belchite, il sera ensuite emprisonné par les Républicains, méfiants à son égard. Et au cours de ces trois années de guerre implacables, il tentera de préserver son intégrité avec l’angoisse déjà, de parvenir à sauver sa peau.

C’est un témoignage passionnant et très humain que livre Vicent Llobel Bisbal (Sento de son nom de plume). D’autant plus original que si les récits sur la guerre d’Espagne ne manquent pas, en bande dessinée notamment (avec à venir à l’automne Double 7 de Yann et Juillard), rares sont ceux qui évoquent le camp franquiste. De fait, ici, il s’agit plutôt d’un “malgré nous” (comme ces Alsaciens incorporés dans les rangs de la Wehrmacht) que d’un franquiste convaincu.

C’est toute l’absurdité de cette guerre qui transparait au fil des pages. Une guerre civile qui a coupé un pays et des familles en deux et où certains se sont retrouvés enrôlés dans un camp ou l’autre plus en raison de leur situation géographique que pour leurs penchants idéologiques. A ce titre, le destin de ce médecin passant des geôles franquistes aux prisons des républicains avant de parvenir, quasi-miraculeusement, à s’en sortir a valeur d’exemple.
Pour autant, l’album ne met pas sur le même pied les deux camps. Même si au cours des ses pérégrinations, Uriel croise des salauds et des honnêtes hommes de part et d’autres, sa présence dans les lignes nationalistes permet de saisir la mise en place d’un régime autoritaire, cette “expérience de psychologie de masse“, comme l’explique un collègue professeur à Pablo Uriel en début d’ouvrage : “La terreur est une gangrène qui nous avilit tous… Elle rend les bourreaux plus sadiques… Et les victimes plus résignées encore. Quant à nous autres, spectateurs, elle fait de nous des complices.
Et cette terreur-là est bien le fait, surtout, des troupes et bientôt du régime de Franco. Une terreur, expérimentée également très concrètement par Pablo lors de ses séjours en prison – avec son passage quotidien de l’escouade venant chercher les prisonniers à fusiller – ou dans les combats. Une peur latente, toujours présente, évoquée avec pudeur et sobriété.

Se présentant sous la forme d’un “journal de guerre”, mise en scène de mémoires manuscrites, le récit est parfois monotone et, forcément, lourd à ingurgiter d’une seule traite. Mais c’est aussi en cela qu’il se révèle fidèle et saisissant, reflet de cette guerre vécue au quotidien, parmi tant d’autres victimes.

Le style ligne claire épuré utilisé par Sento (une approche partagée avec Bruno Loth), rehaussé de touches d’aquarelles délavées, atténue un peu la dureté du propos, sans en affaiblir la force.

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Mattéo, Ermo, la Guerre et la révolution espagnole : Terre et liberté… d’inspiration

 

 

Mattéo, quatrième époque: août-septembre 1936, Jean-Pierre Gibrat. Editions Futuropolis, 64 pages, 17 euros.
Les fantômes de Ermo, volumes 1 et 2, Bruno Loth. Editions La Boîte à bulles, 160 et 184 pages, 25 euros le volume.

La Guerre d’Espagne. L’actualité catalane récente a fait remonter certains miasmes et remugles du franquisme la remettant en lumière. Mais finalement cette “répétition générale” de la Seconde Guerre mondiale n’en n’avait pas besoin pour continuer à fasciner. Mélange de culpabilité pour l’inaction des démocraties  (voire leur inclination coupable pour le régime “d’ordre” voulu par Franco) et d’enthousiasme chez certains pour la dernière expérience libertaire et révolutionnaire du siècle passé. Un album récent et la réédition méritée d’un diptyque y replongent avec une grande réussite.

Mattéo s’engage de nouveau

L’album, c’est le tome 4 de Mattéo. Cette “quatrième époque” ne projette pas cette fois le héros dix ans plus tard, mais s’avère la suite immédiate de la “troisième époque”. Les premières vacances du Front populaire s’étaient achevées de façon épique et tragique à Collioure pour Mattéo, avec une révélation familiale fracassante, la mort d’un petit facho local et la récupération du stock d’armes que celui-ci voulait transmettre aux partisans de Franco. De nouveau proscrit et fugitif, Mattéo a fait en sens inverse l’itinéraire de son père immigré espagnol, accompagné par Amélie (l’ex-infirmière de la Première Guerre mondiale) et de son ami Robert. Direction la Catalogne. Mais, sur place, rien n’est simple en cette fin d’été 1936 où les tensions politiques s’exacerbent déjà entre les factions politiques. Toujours vacciné des “bolcheviks”, Mattéo se refuse à rejoindre les forces communistes comme Robert, plus pragmatique. Amélie et lui vont se retrouver dans une colonne anarchiste, avec comme objectif la reprise du village d’Alcetria, un nom évocateur pour Mattéo. Sur place, malgré ses réticences, il va se retrouver à prendre du grade et avec l’appui d’une belle camarade polonaise – athlète venue pour les Jeux de la Fraternité (évoqués voilà peu aussi dans Sept Athlètes), il lui faudra se confronter aux franquistes.
Aventures et romance sont encore de la partie dans ce tome, aussi dense que le précédent et toujours sublimé par le dessin magnifique de Jean-Pierre Gibrat, avec son style réaliste soigné aux belles couleurs qui se bonifie encore d’épisode en épisode. Et si Juliette, l’éternel amour de Mattéo n’est présente ici que par l’évocation, Amélie et Anechka compensent dans le glamour habituel aux albums de Gibrat… Toutes se ressemblent toujours, mais envoûtent par leur finesse et leur beauté, à l’inverse des hommes aux trognes nettement plus abruptes. Abrupt aussi, la fin de ce quatrième épisode qui s’arrête sur une angoissante disparition, dont la résolution devrait être connue dans le prochain volume. Avant un dernier diptyque qui amènera le héros jusqu’au début de la Seconde Guerre.

Ermo et les spectres de la guerre

C’est un autre personnage attachant qui se dévoile dans les deux tomes des Fantômes d’Ermo, de Bruno Loth. Initialement auto-édité par l’auteur en six volumes, ces aventures historico-fantastique et fantaisistes ont été ramassés ici en deux gros volumes, permettant de donner une nouvelle chance de découvrir un récit passionnant, prenant et assez unique en son genre.

Dessin en postface des “Fantômes d’Ermo”.

Orphelin, Ermo a rejoint subrepticement à l’été 1936 la troupe de gitans du magicien Sidi Oadin qui parcourt l’Espagne en roulotte. Ce qui devait être pour lui une évasion vers une vie supposée plus facile va le plonger, ainsi que ses nouveaux amis, dans le chaos de la guerre civile. D’abord distants avec la cause républicaine, Sidi Oadin et sa troupe vont se retrouver contraints de s’y impliquer. Ermo leur sauvera la mise sur le front d’Aragon, grâce à l’intervention des fantômes de ses parents qui veillent sur lui. Puis tous se retrouveront à Barcelone, feront d’autres connaissances, croiseront et accompagneront Durutti (qui revit fort joliment dans ces pages), le célèbre commandant anarchiste…

Pleine de rebondissements, l’histoire est difficilement résumable. Mais avec ce roman graphique épique et populaire, ses personnages extravagants mais si attachants, Bruno Loth réussit aussi l’exploit de donner une belle mais historiquement très précise description de l’effervescence espagnole de l’époque. Il évoque ainsi de façon claire les divers enjeux politiques et idéologiques, les fractions rivales (et l’emprise progressive des communistes staliniens, forts du soutien de l’URSS, face aux milices ouvrières et syndicales de la CNT ou du POUM). Inspirés des souvenirs de son beau-père et de la mémoire familiale, les deux volumes sont complétés par un utile dossier documentaire en fin d’album.
Si l’on suit bien les même personnages durant quasiment toute la guerre civile, le récit s’infléchit dans la seconde partie, plus sérieux et tragique – à l’image de la guerre. Et, significativement, les deux fantômes s’estompent eux-aussi, témoins d’une certaine innocence perdue.

Le style graphique de Bruno Loth se distingue de celui de Jean-Pierre Gibrat, dans un registre semi-réaliste, classique, en noir et blanc rehaussé de gris et de quelques touches de rouge (les couleurs de la CNT-FAI, donc…). Mais les deux séries se retrouvent pour l’empathie qu’elles font ressentir pour leur héros, le charme et la fraîcheur de ceux-ci. Et leur commune volonté, sur le sujet de cette guerre d’Espagne, d’en faire ressortir les aspérités, mais aussi de faire ressentir toute la dimension révolutionnaire, trop souvent occultée (aspect plus longuement développé par Bruno Loth, grâce à sa copieuse pagination, qui lui permet notamment de décrire – chose rare – le fonctionnement d’une commune autogérée et dirigée par des femmes).

Deux manières différentes, mais très réussies, pour se replonger dans cette bouillonnante page d’histoire.

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La Guerre d’Espagne en mode athlétique

Sept athlètes, Kris et Bertrand Galic (scénario), David Morancho (dessin). Editions Delcourt, 64 pages, 15,50 euros.

Juillet 1936, En contrefeux aux jeux olympiques de Berlin, devenus instrument de propagande du régime nazi, la jeune république espagnole organise ses “Olimpiadas populares”. Cinq jeunes athlètes de l’Etoile rouge de Montreuil (qui “brise et passe tous les écueils”…) s’y inscrivent pour représenter la France. Dans le train qui les emmène à Barcelone, ils vont faire la connaissance de Rudi Rosenwald, juif allemand, qui participe à la compétition. Sur place, ils rencontreront un autre athlète étranger, Neil, colosse irlandais, membre de l’IRA et lanceur de poids. Mais la liesse de la fraternisation prolétaire et populaire va être courte. Le jour même de leur arrivée, le 18 juillet 1936, Franco a déclenché son putsch. S’engageant dans la défense de Barcelone, les sept athlètes vont se retrouver intégrés à la colonne de l’anarchiste Durruti. Mais l’un d’eux, le réfugié espagnol Francesco apprend que son village est passé sous la coupe des franquistes. Il décide alors de monter, de son propre chef, une opération-commando avec ses amis…

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Quand la Guerre d’Espagne refait surface en rade de Brest

 Nuit noire sur Brest, d’après l’essai Nuit franquiste sur Brest de Patrick Gourlay, Kris et Bertrand Galic (scénario), Damien Cuvillier (dessin). Editions Futuropolis, 80 pages, 16 euros.

Kris avait déjà dévoilé magnifiquement une page d’histoire méconnue de Brest, cette manifestation meurtrière de l’immédiat après-guerre évoquée dans Un homme est mort. Il récidive, avec l’aide Bertrand Galic en mettant en lumière un chapitre tout aussi méconnu et étonnant de l’immédiat avant-guerre : comment un sous-marin espagnol est venu accoster à Brest en 1937 et comment le bâtiment est devenu un enjeu très politique pour les franquistes et pour communistes et anarchistes locaux qui ont cherché à contrecarrer l’opération.

Le dimanche 29 août 1937, le C-2, sous-marin républicain espagnol, fait surface au large de la rade de Brest. Souffrant d’avaries, il doit être réparé. Mais alors que la guerre d’Espagne fait rage et que la France suit sa ligne de non-intervention, sa présence devient un enjeu sensible. Sous la direction de Troncoso, chef militaire de la région d’Irun (qui sera la futur président de la fédération de football espagnol et vice-président du Real Madrid !), des partisans de Franco vont s’activer pour récupérer le bâtiment. Ils pourront compter sur l’aide d’un contact parmi l’équipage, mais aussi sur la jolie Mingua, entraîneuse au dancing de l’Ermitage et qui va séduire le capitaine du C-2, tout comme sur les militants français d’extrême droite, Croix de feu ou membres de la Cagoule, force croissante dans ces heures de crépuscule du Front populaire. En face, les partisans de la République ne sont cependant pas inertes, avec notamment un très actif agent secret anarchiste qui saura désamorcer l’action fasciste…

C’est une page d’histoire en forme de récit d’espionnage. Le choix de débuter le récit avec le mystérieux agent secret (dont ont saisit mal au départ le rôle et les motivations exactes) plonge directement dans une ambiance très romanesque. Les péripéties suivantes démontreront que la réalité peut en effet dépasser la fiction. Le résumé de son ouvrage, Nuit franquiste sur Brest, fait par l’historien Patrick Gourlay en conclusion de la bande dessinée le démontre pleinement.

Kris et Galic réussissent en tout cas à conserver la réalité des faits tout en insufflant au récit un rythme prenant et, en arrière-plan, à faire ressentir le climat politique délétère de l’époque. Mais la réussite de l’album tient aussi largement au travail graphique bluffant réalisé par Damien Cuvillier. L’auteur picard fait ici encore un bond qualitatif par rapport à son précédent album, les Souliers rouges – déjà marqué par le passage (réussi) à la couleur directe. Son trait réaliste, fin et enlevé restitue avec vivacité les personnages. Et les ambiances sont particulièrement bien travaillées, qu’il s’agisse du huis clos du sous-marin ou les paysages brestois.

Au final, cet épisode rocambolesque et délocalisé de la Guerre d’Espagne, n’aura été qu’anecdotique et sans conséquences militaires. Mais il illustre bien ce climat particulier de ces années 30 finissantes. Et c’est incontestablement une page d’histoire méconnue qui refait surface.

A noter que les auteurs seront ce vendredi 9 septembre à la Fête de l’Humanité pour débattre autour de leur ouvrage. Et que Damien Cuvillier dédicacera Nuit noire sur Brest chez Bulle en stock, à Amiens mercredi 14 septembre.

nuit noire sur brest_planche

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Mattéo, l’effronté populaire

Mattéo, tome 3 : août 1936, Jean-Pierre Gibrat, éditions Futuropolis, 80 pages, 17 euros.

Rescapé des tranchées, revenu désabusé de son séjour en Russie révolutionnaire, et amnistié de sa condamnation au bagne, c’est un Mattéo désengagé que l’on retrouve ici, près de quinze après, à l’été 1936. Avec son ami aveugle et toujours communiste Paulin, Amélie, une jolie infirmière et son amant Augustin, journaliste radical-socialiste, il retrouve la côte pyrénéenne de sa jeunesse. La bande de Parisiens découvrant les charmes de Collioure, le  temps de deux semaines de congés payés. Pour Mattéo, c’est l’occasion de renouer des liens un peu compliqués avec son passé. Avec sa mère, toujours là et avec son fichu caractère ; avec Juliette, surtout, son premier – et seul amour. Désormais veuve et mère célibataire, elle tente d’élever son fils, Louis, bientôt adulte et à l’attitude de “petit con”, legs de la famille bourgeoise  ennoblie de son défunt père. Ce ne sera pas la seule découverte pour Mattéo, alors que les nuages s’amoncellent de l’autre côté des Pyrénées…

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Viva (España) la vida !

España la vida, Maximilien Le Roy, Eddy Vaccaro, éditions Casterman, 128 pages, 25 euros.

La guerre d’Espagne et sa révolution ont inspiré beaucoup d’auteurs de bande dessinée. Dans un article paru en début d’année dans le n°36 de Papiers nickelés (la “revue de l’image populaire” d’Yves Frémion), Michel Matly évoque ainsi un nombre de 250 albums publiés sur le sujet, en Espagne et dans une dizaine d’autres pays ! “Le conflit espagnol est sans doute, souligne l’auteur, le deuxième conflit après la Seconde Guerre mondiale à être autant visité par le média“. Quelques albums reviennent bien sûr immanquablement à la mémoire sur le sujet, comme No Pasaran ! la trilogie de Giarnido ou Les phalanges de l’Ordre noir de Bilal et Christin. Cet intérêt ne se dément pas. Récemment, la Guerre d’Espagne était en fond de La Lignée de Laurent Galandon, de l’album très familial de Jean-Marie Minguez L’Exil et elle a donné le cadre à la belle série (en cours) du Recul du fusil de Bordas.
Mais si dans España la vida, Le Roy et Vaccaro ne font donc pas dans l’inédit. Ni sur le sujet, ni sous l’angle choisi, ils apportent une belle nouvelle pierre à l’édifice.

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La guerre d’Espagne avec du recul…

Le recul du fusil, tome 2 : les batailles, de Jean-Sébastien Bordas, éditions Quadrants/Soleil, 48 pages, 10,95 euros.

Fernand Tormes continue son périple au milieu du tumulte de ce milieu du XXe siècle. Découvert, dans le premier tome, alors qu’il montait à Paris en plein Front populaire et contraint de quitter la capitale à la suite de diverses péripéties mêlant trafic d’armes communistes et marivaudages ayant mal tourné, le jeune provençal se trouve obligé de s’engager dans les brigades internationales. Direction l’Espagne en pleine révolution et guerre civile entre républicains et franquistes. Un épisode pas très évoqué en BD, si l’on excepte la trilogie Max Fridman.

On le retrouve, au début de ce tome 2, brancardier sur le front de Madrid, avant d’être reversé dans l’infanterie. Et le romantisme initial s’estompe vite face à la réalité des combats… Même si, pour le jeune homme, les jeunes espagnoles restent plus séduisantes que l’affrontement idéologique.

La nonchalance du récit qui séduisait dans l’album précédent, cette manière de traverser l’Histoire sans le vouloir, est toujours bien présente, dans le dessin léger et relâché de Bordas et dans le décalage de son héros, impliqué malgré lui. Certes, “le temps des héros insouciants s’était achevé“, avec la plongée dans la guerre, comme le constate Fernand (page 20). Et d’ailleurs, on récit, souvent en “voix off” prend une petite tournure célinienne (dans l’esprit du Voyage au bout de la nuit), décrivant, avec le renfort d’un dessin très expressif proche de celui d’un Christophe Blain, la guerre sans aucune emphase, au quotidien, loin de tout héroïsme. Plein d’humanisme, cette série retranscrit bien ce qu’à pu être cette époque pour un jeune type pas vraiment concerné et impliqué malgré lui. Et son aspect personnel (Bordas raconte, en creux, l’histoire de ses grands-parents, républicains espagnols réfugiés dans le sud de la France) la rend encore plus touchante.

La troisième, et dernière partie, devrait plonger encore plus le jeune Fernand dans les tragédies de la guerre civile. Point d’orgue attendu avec impatience.

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Land and Fridman : la guerre d’Espagne de Giardino en intégrale

No Pasarán – La Guerre d’Espagne (l’intégrale), de Vittorio Giardino, éditions Glénat, 168 pages, 30 euros.

Les éditions Glénat rassemblent pour la première fois en un seul tome les aventures du célèbre Max Fridman en pleine guerre civile espagnole.

Après avoir oeuvré à Budapest, puis Istambul, l’ex-agent des service secrets français de contre-espionnage – personnage séduisant et cultivé à la chevelure rousse et au faux air du Professeur Mortimer – part cette fois, dans cet épisode décliné à l’origine en trois albums, à la recherche d’un de ses amis engagé au sein des Brigades internationales, en pleine guerre d’Espagne.

Cette dernière aventure en date du héros humaniste de l’Italien Vittorio Giardino ne manque ni de romantisme, ni d’émotion(s). Entre les différentes factions en lutte, franquistes et républicains bien sûr, mais aussi au sein de ces derniers entre communistes, anarchistes et trotskistes, Max Fridman va avoir bien du mal à remonter la piste de son ami disparu… Et déjà tenter de sauver sa peau !

Malgré une ligne claire un peu trop rigide à mon goût, mais avec un style épuré et élégant qui emporte l’adhésion, Giardino balade son héros dans un monde qui s’effondre.

Rassemblée ici en un seul gros bouquin, la trilogie (qui s’étirait de 1999 à 2008) prend encore plus de force, faisant songer aux aventures de Boro de Frank et Vautrin (désormais en roman et en bande dessinée) ou, plus encore au superbe film de Ken Loach, Land and Freedom. Autres oeuvres qui toutes dépeignent la fin de la république et de la révolution espagnoles sans manichéisme et évoquent, avec lyrisme et chaleur, un engagement critique contre le franquisme et le fascisme.

Trois ans après la parution du troisième album, le bien nommé Sin ilusion, cette sortie à quelques jours de Noël en fait une bonne idée de cadeau !

La première planche - qui plonge au coeur du drame - de "No Pasaran"