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historique Les albums à ne pas rater

Jeanne d’Arc renaît de ses cendres en Normandie

Jeanne d’Arc, de feu et de sang, Eho (scénario), Paillou (dessin). OREP éditions, 72 pages, 15,50 euros.

30 mai 1431,  en place de Rouen, Jeanne d’Arc est brûlée vive sur le bûcher, accusée d’être hérétique et relapse. Anglais et Bourguignons, avec l’aide de l’évêque de Beauvais, le fameux Cauchon, pensent en avoir fini avec elle. Ils viennent de mettre faire naître une légende avec celle qui, trois ans auparavant à peine est entrée dans l’histoire de France, après avoir vu l’archange Saint-Michel l’exhorter de bouter les Anglais hors de France.
Malgré sa crainte, elle raconte sa vision au seigneur Baudricourt de Vaucouleurs qui, captivé et convaincu, lui accord une escorte pour aller plaider sa cause devant le dauphin de France (le futur Charles VII). Là encore, sa conviction l’emporte et elle se voit confier une troupe pour aller libérer Orléans. Début d’une épopée qui s’achèvera devant Compiègne, où elle est capturée et tombe dans les mains de Jean II de Luxembourg, qui la livrera contre rançon aux Anglais….

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Qui a trahi la Pucelle ?

L’homme de l’année 1431,  L’homme qui trahit Jeanne d’Arc, Corbeyran, Horne. Editions Delcourt, 56 pages, 14,30 euros

Capturée devant Compiègne, Jeanne d’Arc a été jugée et condamnée au bucher pour hérésie. Quatre années plus tard, du côté français, faisant gronder le peuple, des rumeurs circulent : la Pucelle a été trahie ! Pire, même la couronne est mise en cause.
Yolande d’Aragon, belle-mère du roi Charles VI décide secrètement de commanditer une enquête auprès de deux anciens lieutenants de Jeanne d’Arc pour démasquer le véritable traitre afin de ramener le calme. et stabiliser le royaume. Véritable enquête policière menée tambour battant, cette histoire nous fait découvrir le dessous des cartes.

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fantastique historique Les albums à ne pas rater

Jeanne, plus d’une corde à son Arc

Jeanne la pucelle, tome 1: Entre les bêtes et les anges, Fabrice Hadjadj, Jean-François Cellier, éditions Soleil, 48 pages, 13,95 euros.
Moi, Jeanne d’Arc, Valérie Mangin, Jeanne Puchol, 92 pages, 17,50 euros.

600e anniversaire de sa naissance oblige, Jeanne d’Arc revient dans l’actualité (et au-delà de sa captation frontiste du 1er mai). En bande dessinée aussi, c’est l’occasion de publier quelques récits biographique sur la “pucelle” de Domrémy.

La sainte…

Le philosophe Fabrice Hadjadj (chroniqueur par ailleurs au Figaro littéraire), avec le dessinateur Jean-François Cellier (le Maître du hasard et Alice) se lancent ainsi, chez Soleil, dans un triptyque dont le premier tome, Entre les bêtes et les anges – au titre judicieux – vient de paraître.

Dans une approche classiquement chronologique, les deux auteurs racontent, dans ce premier album la jeunesse de Jeanne, avant qu’elle n’entre dans l’Histoire comme celle qui allait “bouter les Anglais hors de France“. L’approche se veut réaliste et brosse bien le contexte politique et la dureté de vie des paysans de l’époque, victimes expiatoires de tous les conflits et de tous les clans armés – hormis les six pages consacrées à la “visite” de Sainte-Catherine et Sainte-Marguerite, qui frôlent l’imagerie pieuse. Très “bien-pensant” et cultivant, sur le fond, l’approche classique d’une Jeanne d’Arc effectivement choisie par Dieu, Jeanne la pucelle, possède néanmoins une grande force graphique, grâce au dessin réaliste de Cellier, aux couleurs très denses, faisant ressembler certaines cases à de vrais tableaux.

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 … Et la sorcière

C’est avec une toute autre approche que Valérie Mangin s’est intéressée au personnage, dans Moi Jeanne d’Arc. Le parti-pris de la scénariste des chroniques de l’antiquité galactique est ici ouvertement féministe et volontairement “sulfureux”. Délaissant la figure patriotique honorée à droite et la fille du peuple abandonné par le roi et l’église jadis consacrée par la gauche, elle en fait, littéralement, une sorcière, garçon manqué aux pulsions lesbiennes. Moins pour donner raison aux délires du réquisitoire qui l’a conduit au bûcher que pour “donner des racines à ses choix de vie, les inscrire dans une culture féminine à la fois riche, fertile et totalement en marge de la société“. Une façon de s’affirmer et de l’affirmer en femme rompant avec son rôle traditionnel et soumis… Elle explique ainsi l’engagement de Jeanne à aller chasser les Anglais… par la promesse faite à une vieille magicienne qui l’a initié aux rites anciens, et voeu confirmé après un sabbat nocturne qui la liera à son tragique destin !

Si elle mêle allègrement fantastique et récit historique, Valérie Mangin tient bien les deux bouts de son récit, décrivant une Jeanne d’Arc “fausse sainte et vraie sorcière” en proie au doute, aux rapports complexes avec Gilles de Rais – son grand amour impossible – et écrit avec finesse, une histoire parallèle ou les grands épisodes bien connus de la vie de la “pucelle” – la présentation devant le roi de France, l’attaque d’Orléans, le sacre à Reims, sa blessure et la retraite devant Paris, sa capture à Compiègne, le bûcher – sont astucieusement décalés et ré-interprétés. Et le résultat est, logiquement, forcément plus stimulant et réjouissant que l’Histoire officielle !

La première partie de ce récit était sorti l’an passé, en couleurs, chez Dupuis. L’intégrale paraît aujourd’hui dans le label Des ronds dans l’eau et en noir et blanc. Pas forcément un mauvais choix. Le dessin énergique de Jeanne Puchol, au réalisme plus épuré, y gagne en force et en présence. Et la couverture souple renforce le côté alternatif de l’album.

Une deuxième Jeanne qui se rapproche de celle, encore plus délurée, qu’avait dessiné Paul Gillon à la fin des années 90 dans sa Jehanne, la pucelle (publié dans Métal Hurlant puis édité par L’Echo des Savanes/Albin Michel) ; une bande dessinée ouvertement érotique cette fois, où les rapports entre Jeanne et Gilles de Rais se faisaient nettement plus charnels, mais qui, elle aussi, dévoilait (à tous les sens du terme) une vraie héroïne au caractère fort…

Comme on le voit, en bande dessinée aussi, Jeanne d’Arc est l’objet de multiples lectures.

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Littérature Non classé

L’Histoire en couleurs

 

Daniel Picouly, porte, comme un bébé, son dernier livre.

 L’écrivain Daniel Picouly sort un beau livre, manière de leçon d’histoire à l’ancienne avec des planches pédagogiques et des héros. Les nôtres.

 Daniel Picouly était dernièrement à la librairie Martelle, à Amiens, où il a dédicacé son dernier livre Nos Histoires de France, un ouvrage magnifique publié aux éditions Hoëbeke (187 pages, 30 ¤). Rencontre avec cet écrivain très médiatique.

Pourquoi ce livre «Nos Histoires de France»?

Dans le titre, il y a la réponse. Je considère qu’il n’y a pas une Histoire de France, mais des Histoires de France. Tout est dans la façon de ressentir nos Histoires. Quand on est enfant, pendant les cours d’Histoire, il y avait des personnages qui résonnaient plus que d’autres. Moi, grâce aux figurines que je trouvais dans les paquets de café Mokarex, je me suis passionné pour la Révolution. Ce livre, c’est un peu l’Histoire vue par le cancre que j’étais. Dans les planches, dans ces grandes gravures colorées, je voyais des choses que certains ne voyaient pas. Exemple: ce monsieur la tête coincée dans un carcan et l’indifférence des gens tout autour… Je me souviens aussi de Roland abandonné par les siens à Roncevaux. Cette image résonnait en moi. De même quand je voyais ce personnage à genou qui embrassait la robe de saint Louis; je croyais qu’il se mouchait dedans. On regardait ces planches au travers de nos propres histoires. Jeanne d’Arc, ma mère la comparait à Coco Chanel ; elle disait que c’était une femme libre avec ses cheveux courts.

Est-ce que vous avez l’impression que vous avez plus facilement appris l’Histoire de France grâce à ces planches illustrées?

Elles m’ont bien sûr considérablement aidé car elles étaient belles. C’est notre instituteur, Monsieur Brulé qui nous montrait ces illustrations. Elles nous fascinaient. M.Brulé était un vrai pédagogue; ces gravures suscitaient de l’intérêt. J’ai beaucoup appris grâce à ces planches. Elles correspondaient pour nous à un moment de calme; elles nous faisaient rêver. Des moments d’émerveillement. Nous partions en rêverie. Notre instituteur devenait un conteur.

Est-ce que cet apprentissage de l’histoire était plus efficace que celui déployé aujourd’hui?

Je reviens d’une classe d’Amiens où j’ai rencontré des élèves. Ils utilisent des moyens modernes, des tableaux électroniques. Je ne pense pas qu’on puisse surprendre les enfants grâce à ces tableaux électroniques car les élèves d’aujourd’hui ont accès à toutes les technologies. En revanche, lorsque j’ai accroché sur le tableau, l’un des grandes gravures, ils ont tous été interpellés. Ils ne savaient pas Marie-Antoinette avait été guillotinée. On a parlé du clergé, de la noblesse, des lettres de cachet. Je leur disais qu’avec un simple papier on pouvait enfermer quelqu’un.

Que pensez-vous des projets qui tentent de diminuer les cours d’histoire et de philosophie, voire de les supprimer?

Supprimer ces matières, c’est insensé! Elles forment le citoyen. Qu’est-ce qu’on veut faire? Il est pourtant nécessaire d’avoir un regard critique. L’histoire est faite de héros. J’y suis favorable. On peut partir du mythe pour arriver à la réalité.

Ne pensez-vous pas que ces gravures diffusaient une bonne dose de poésie qui contribuait à développer l’imaginaire et à faciliter l’apprentissage?

Bien sûr que oui. Quand je les contemplais, je voulais être chevalier. J’avais un frère qui se prénommait Roland, j’étais donc particulièrement sensible à Roland à Roncevaux et son épée Durandal. Mon père disait qu’elle était incassable car elle avait été fabriquée avec le métal utilisé pour construire les avions.

Parlez-nous de l’émission de télévision que vous animez sur France Ô.

Elle se nomme «Le monde vu par»; elle dure 26 minutes. J’invite des personnalités qui expliquent comment leur engagement est né, parfois dans leur enfance.

Propos recueillis par

PHILIPPE LACOCHE

 

* « Nos Histoires de France », Daniel Picouly, éditions Hoëbeke, 188 pages, 30 euros

Quatrième de couverture : « À l’heure de la leçon d’histoire dans les écoles d’autrefois, l’instituteur accrochait sur les murs de la classe des “planches pédagogiques” et un cortège de héros surgissait alors sur de belles images en couleurs…»