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Debout, les damnés de la terre !

      Un soir à la télévision, sur France 3, le talentueux André Manoukian a invité le tout aussi talentueux Bernard Lavilliers dans le cadre de son émission La Vie secrète des chansons. Lavilliers, je le connais depuis mes années Best, c’est-à-dire au milieu des années 1970. (Non, tu n’étais pas encore née, lectrice-lolita à petites socquettes blanches.) Pour être tout à fait honnête, à cette époque très rock’n’roll (avènement du punk à Paris: 1977; j’en ai parlé avec Patrick Eudeline dans ces mêmes colonnes, il y a peu), ils étaient peu nombreux, les critiques de rock, à s’intéresser à la chanson française. Même lorsque celle-ci flirtait étroitement avec les riffs qui nous préoccupaient. A la faveur de la rubrique Rock d’Ici, que j’animais en compagnie de la regrettée Brenda Jackson, du sympathique Alain Pons et de l’intrépide Michel Embareck, je parcourais la France à la recherche de pépites dans les cours rapides des rivières provinciales. Christian Lebrun, mon admiré et respecté rédacteur en chef, devait penser que j’avais l’esprit en tamis. Il ne devait pas avoir tort: les femmes qui ont peuplé ma vie, m’ont souvent fait remarquer que j’avais le cerveau rempli de petits trous. Je suis une sorte de poinçonneur des lilas picard. Ainsi, lors d’un reportage sur le rock à Nancy, je fis la connaissance de Charlélie Couture, qu’Yves Montand, à l’époque de Solidarnošc (lui, l’ancien docker, lui l’ancien communiste, se pointait à la télévision la poitrine bardée de badges pro-Walesa, et tenait des propos plus anticommunistes que ceux d’un socialiste néolibéral) persisait à appeler Charly Lacouture. Couture venait de se faire signer par Island; à ses côtés, l’un des meilleurs guitaristes français: Alice Botté. Si rock; si littéraire. Un très grand artiste, cet Alice. Le Bernard, je ne fis pas sa connaissance en reportage, mais grâce à Blaise Cendrars. Au cours d’une chronique que j’avais consacrée à l’un de ses albums, j’avais fait remarquer que ses textes, son allure et son sens de la bourlingue me faisaient penser au créateur de La main coupée. Bernard me téléphona aussitôt pour me faire savoir que Cendrars était justement son poète préféré et qu’il venait d’acheter, hors de prix, l’un de ses tapuscrits originaux au cours d’une vente aux enchères. Notre amitié, ainsi, se scella. Un peu plus tard, j’assistais à l’un de ses concerts, à Lyon, en compagnie du nightclubber Alain Pacadis, de Libération, avec qui, au cours du voyage dans le train, nous parlâmes de machines à laver. (Allez savoir pourquoi?) Une autre fois encore, je l’interviewai en banlieue parisienne où il répétait avec son groupe qui comprenait, comme choriste, Valérie Btesh, la soeur de Richard Anthony que j’avais connue au Golf Drouot quand elle jouait encore avec le groupe de folk Tangerine. Nanard me confia ce jour-là qu’il ne comprenait pas pourquoi Libération persistait à le bouder, lui l’authentique homme de gauche (la vraie, celle du peuple) alors que Bayon tartinait des pages entières sur Johnny Hallyday qui, ce n’est pas faire injure à sa mémoire, n’avait rien d’un gauchiste. J’étais content, l’autre soir, de voir Bernard à la télévision. Soudain, il s’est mis à parler de son père, syndicaliste à la manufacture d’armes de Saint-Etienne, ancien résistant. Les larmes lui sont montées aux yeux. Je me suis mis à penser au mien, de père. Cheminot; ternois. Je me suis levé brusquement et j’ai allumé une clope; et je me suis dit que le Nanard et moi, on partageait les mêmes valeurs. N’en déplaise aux bobos sociétaux et aux macronistes modernes, la lutte des classes, ça existe encore. Il arrive même qu’elle nous fiche les larmes aux yeux.

Dimanche 17 mai 2020.

 

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Bulles Picardes Presse & Médias

Cette année, la presse s’intéresse de nouveau à la bande dessinée pour Angoulême… et même avant la venue du Président

Ces dernières années, la visibilité de la bande dessinée, même à l’époque rituelle du festival d’Angoulême avait tendance à s’estomper. L’évolution s’inverserait-elle ? Ces jours-ci, en tout cas, plusieurs journaux ou magazines ont consacré des dossiers au sujet. Et ce, avant même la venue annoncée, ce jeudi, d’Emmanuel Macron pour le lancement conjoint du festival et de l’année de la bande dessinée.

Libération, bien sûr, est toujours bien là, fidèle relais du 9e art, consacrant régulièrement des sujets sur des albums ou des auteurs, dans un registre certes très pointu de la BD avant-gardiste… ou juste très élitiste. Et qui, chaque jeudi de la semaine du festival d’Angoulême y va de son “Libé tout en dessins”. Un rendez-vous devenu habituel, pour ne pas dire routinier, mais qui ne manque pas d’impact cette année. Et cela dès sa très jolie “une” et sa lolita acidulée réalisée par le mangaka Inio Asano. A l’intérieur, certains sujets prennent un contour un brin grotesque, comme le plan Trump-Netanyahou pour la Palestine (titré, un peu attendu mais bien placé: “les desseins de Trump”) illustré par Léon Maret ou un sujet sur les violences à l’encontre des pompiers avec son dessin de Delphine Panique (Les classiques de Patrique)

On notera également la forte – et belle – présence de Cyril Pedrosa (futur invité d’honneur des Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens 2020), qui dessine un beau portrait de l’ancien résistant et président du CRIF Théo Klein mais qui égratigne aussi les casseroles des Césars. Sinon, on notera que Fillon a inspiré un drôle de dessin à Blutch, façon Blueberry, et Aseyn (l’auteur doué de Bolchoi Arena) propose un joli portrait poétique d’Emmanuel Guibert, élu ce mercredi Grand Prix d’Angoulême 2020.
La partie livres, pour une fois, est plutôt “grand public” avec un entretien avec Sfar et Trondheim sur la relance de Donjon, le Tif et Tondu (ed. Dupuis) de Blutch ou Un auteur en trop (ed. Sarbacane), charge contre le monde de l’édition BD de Daniel Blancou.

La bande décimée à l’affiche

La couv’ de Patachon, le fanzine de JC Menu et Loulou Picasso, réinterprétation des personnages stars de la BD en gilets jaunes éborgnés, labélisés “LBD 2020”

Cet aspect contestataire, qui pourrait marquer ce festival 2020 malgré – ou à cause – de la présence présidentielle et du lancement officiel en ces lieux de l’Année de la bande dessinée, est aussi évoquée à travers une tribune de plus de 1000 “autrices auteurs en action”, qui affirment leur intention de mettre la pression si le rapport Racine, dévoilé mi-février, n’aboutit sur rien de concret.

La lutte des auteurs et la précarité de leur situation est aussi le choix d’angle – pas trop surprenant – de l’Humanité. Le journal communiste, dès la une, annonce la couleur en proclamant 2020 l’année “de la bande décimée” et propose un cahier spécial de 4 pages pour faire le point sur cette situation, illustré notamment par des dessins du fanzine Patachon, réalisé par Loulou Picasso et Jean-Christophe Menu, clairement militant, et qui l’affirme dès sa couv très “gilet jaunes”, détournant le titre du festival en un “LBD 2020” à la puissance graphique incontestable. Un journal revendicatif qui sera distribué lors du festival d’Angoulême

Plus modestement, l’Humanité dimanche , jeudi 23 janvier, avait déjà évoqué le sujet à travers une rencontre avec le dessinateur Jul, parrain de l’année de la bande dessinée.

Les newsmagazines présents aussi cette année

Les newsmagazines ne sont pas en reste cette fois. Dès la semaine dernière, Le Point consacrait un dossier de 12 pages à la bande dessinée (qui, lorsqu’il sort de son anti-syndicalisme primaire et poujadiste ou des pontifiantes pensées de BHL, l’hebdo de François Pinault est capable de faire de bons sujets), avec notamment un long entretien avec Bastien Vivès, une rencontre avec Pénélope Bagieu ou Robert “Walking Dead” Kirkman (qui a reçu ce mercredi un “fauve d’honneur” à Angoulême) et une intéressante tentative de classification des “sept familles de la bande dessinée”.

Les Inrocks, eux, choisissent de mettre en avant “la génération féministe”, incarnée en premier lieu par l’incontournable Pénélope Bagieu (en lien avec la sortie de son nouvel album, adaptation des Sorcières de Roald Dahl), en entretien. Mais aussi avec de “nouveaux regards” sur sept bande dessinées “par et sur des femmes”, dont Liv Stromquist, Nine Antico, Catherine Meurisse ou Aude Mermilliod (pour Il fallait que je vous dise).

Et jusqu’à l’hebdo chrétien Le Pèlerin qui propose un article synthétique – et bien fait – sur la “mutation de la bande dessinée” et un grand entretien avec Etienne Davodeau, qui réalise également une belle couv’ apaisée et apaisante.

Mais, pour l’heure, c’est le quinzomadaire Society qui a déployé le plus de moyens avec carrément un supplément de 52 pages à son dernier numéro (encore en maisons de la presse cette semaine) ! Et, là encore, on peut saluer l’éclectisme – et le bon goût – du numéro, entre une couv originale réalisée par l’Américaine Emil Ferris, des entretiens avec Aj Dungo (In Waves), Ugo Bienvenu vu comme la “nouvelle star de la BD française”, l’Anglaise Posy Simmonds, mais aussi les moins connus Laurent Maffre (pour son diptyque sur le bidonville de Nanterre, Demain Demain), Sophie Guerrive (et son ours Tulipe, apparemment plébiscité aussi bien par Mélenchon que Philippe Katerine) ou encore l’Américain Nick Drnaso, présenté comme “la relève de Daniel Clowes, Chris Ware ou Adrian Tomine”.

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 Paris contre l’ennui

                Ma vie sans Paris ne serait qu’ennui. Il y a peu, les éditions du Rocher avaient eu l’amabilité d’organiser un raout à l’occasion du lancement de mon dernier roman. La soirée se déroulait dans une librairie-bar littéraire des plus conviviales : la Belle Hortense, 31, rue Vieille-du-Temple, dans le IVe. Le lieu, situé au cœur du Marais, a été créé par Xavier Denamur en 1997. Après avoir salué les adorables Julie, éditrice, et Colombe, attachée de presse au Rocher, je tombe justement sur Xavier accoudé au comptoir. Il est affable, volubile, modeste. Tripote mon roman, le retourne dans tous les sens.

– C’est vous Lacoche ? me dit-il, en me toisant, visiblement intrigué par ma veste de zèbre (comme le dit mon petit Gnou ; en fait celle aux couleurs de l’Union Jack, chers aux Mods ; une façon pour moi de rendre hommage à nos amis alliés britanniques ; tu comprends, lectrice, moi, passionné d’histoire, jamais je ne porterai une culotte de peau bavaroise).

Patrick Verbeke.
Agnès Clancier.
Alain Paucard.
Arnaud Le Guern.
Cyril Montana.
Cyril Montana, écrivain. Le Rouquet, Paris. 3 septembre 2013.
Dominique Koudrine.
Enguerrand Guépy.
Emmanuel Bluteau (à droite) ici en compagnie d’Yvan Stefanovitch.
Jean-Claude Lalumière.
Joël Séria et Jeanne Goupil.
Marianne Maury-Kaufmann.

Peu contrariant, je réponds par l’affirmative. Tout de go, il m’offre un verre d’un succulent Pouilly-Fuissé. « Ca commence bien », me dis-je en trempant mes vieilles lèvres dans le délicat breuvage. Il fait beau ce soir-là ; les gens sont de sortie. Soudain, qui crois-je reconnaître tout au bout du comptoir ? Patrick Verbeke, l’un des meilleurs guitaristes de blues français. Cela devait faire trente-cinq ans que nous ne nous étions pas revus. Patrick, j’avais fait sa connaissance en 1981, à la faveur de son premier album solo Blues in my Soul (Underdog/Carrière). Je travaillais comme journaliste pigiste chez Best. Nous traînions dans un Paris repeint en rose en compagnie des groupes du label Big Beat, de Jacky Chalard, un autre vieux copain du Patrick. Ca m’a fait tout drôle de revoir Patrick. Des images me remontaient. Les visages de mes camarades du groupe Bacchus, de solides Bragards, assoiffés de première ; de Benoît Blue Boy ; des Alligators, etc. C’était aussi l’époque du tremplin du Golf Drouot que je couvrais, tous les vendredis, comme critique rock. A côté de Patrick : Hervé Zerrouk, du ancien du groupe les Désaxés. Discussions ; souvenirs. De nouvelles personnes arrivent. Tous des amis chers : le reporter de Libération, Didier Arnaud ; la romancière et dessinatrice, Marianne Maury Kaufmann ; les romanciers Sylvie Payet, dite la Marquise, Dominique Koudrine, Jean-Claude Lalumière et Enguerand Guépy ;  l’éditeur-journaliste et ancien rédacteur du Figaro littéraire, Dominique Guiou ; le secrétaire général du Prix des Hussards, François Jonquères ; le directeur des éditions du Rocher, Bruno Nougayrède ; mon fidèle éditeur et ami de longue date : le romancier Arnaud Le Guern ; la romancière Agnès Clancier ; le bouillonnant écrivain Alain Paucard ; l’éditeur et fondateur de la Thébaïde, Emmanuel Bluteau ; mon copain écrivain, le fraternel Cyril Montana ; etc. L’air de Paris est doux comme une mangue trop mûre. Sur le trottoir, on picole, on fume, on discute. Je suis aux anges. Soudain, qui vois-je arriver ? Le cinéaste Joël Séria en compagnie de la comédienne Jeanne Goupil. Séria : les Galettes de Pont-Aven, l’un de mes films adorés. Jeanne Goupil qui interprète l’adorable Marie dans ce film… Oui, tout me remonte. Le Pouilly-Fuissé coule dans nos veines comme l’héroïne dans celles de Roger Gilbert-Lecomte. Ma vie sans Paris ne serait qu’ennui.

Dimanche 15 septembre 2019.

 

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Bulles Picardes Presse & Médias

Des bandes dessinées à lire dans la presse cet été

Il y eut des périodes plus fastes. Et un engouement estival plus massif de la presse pour la bande dessinée. Néanmoins, certains titres continuent de proposer des planches cet été.

Damien Cuvillier assure le dessin, sur ce diptyque qui vient prolonger “La Guerre des Lulus”.

Le Courrier picard, déjà, qui poursuit donc son compagnonnage amical avec les éditions Casterman et les “Lulus” picards de Régis Hautière et Damien Cuvillier. Vus cet été dans une nouvelle perspective.

Toujours en PQR (sans prétention d’exhaustivité), Sud Ouest – l’un des titres qui consacre, chaque dimanche tout au long de l’année, une des rubriques les plus conséquentes à la BD – propose une page quotidienne de Zéropédia, l’encyclopédie humoristico-scientifique de Fabcaro et Julien Solé. Et à l’autre bout de la France, la Voix du nord offre de son côté une planche par jour des Premières fois, des éditions Bamboo (que, personnellement, on apprécie très moyennement, mais cela reste forcément subjectif).

Moi ce que j’aime, c’est les monstres, le roman graphique d’Emil Ferris.

Dans les quotidiens nationaux (parisiens, en clair), seul Libération reste fidèle à la tradition et à son heureuse habitude de proposer une découverte d’avant-garde en avant-première. En l’occurrence cette fois les premières planches du gros roman graphique Moi, ce que j’aime, c’est les monstres de l’Américaine Emil Ferris, à paraître fin août aux éditions Monsieur Toussaint Louverture.

Le Monde, de son côté, réalise une jolie opération, en dévoilant les planches du très attendu nouvel album d’Emile Bravo, sur la jeunesse de Spirou (la suite du Journal d’un ingénu, Spirou ou l’espoir). Mais c’est uniquement sur son site web.
Enfin, côté hebdos, le Figaro magazine fait dans le “classique” revisité, en proposant le nouvel album des aventures d’Alix, signé Giorgio Albertini et David B.
Et l’Humanité dimanche propose à ses lecteurs la suite du très bon Le Suaire, le récit politico-historique de Gérard Mordillat, Jérôme Prieur et Éric Liberge.

 

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Les coups de coeur du marquis…

Des nouvelles de François Bott

Ancien directeur littéraire du Monde des Livres, François Bott est aussi un écrivain subtil, un romancier chevronné et un nouvelliste délicat. Ce sont justement des nouvelles qu’il nous propose avec ce Un hiver au Vésinet, recueil de dix-huit textes de belle facture. On savoure son style efficace, sans graisse, ce qui ne l’empêche pas d’être imagé et de s’adonner à quelques bonnes formules qui font mouche. La nouvelle éponyme, «Un hiver au Vésinet», est une parfaite réussite. On s’y laisse prendre comme dans les univers d’Emmanuel Bove ou de Patrick Modiano. Il y règne un parfum de banlieue surannée, de banlieue d’avant. Comme si la modernité et ses paysages glaciaux n’avaient pas encore abîmé les lieux. Adorons aussi «Il est trop, ce Rimbaud», qu’on soupçonnera d’être autobiographique. Un jeune enseignant, fan de poker, fait un marché avec ses turbulents élèves: ils écoutent d’abord attentivement le cours sur Arthur Rimbaud, et le professeur jouera ensuite avec eux au poker car ils adorent également ce jeu. L’enseignant, à la rentrée suivante, rejoindra la rédaction d’un grand quotidien du soir. Savoureux. PHILIPPE LACOCHE

Un hiver au Vésinet, François Bott, La Table Ronde; 166 p. 14 €.

 

Embareck rôde autour de Dylan et de Cash

Journaliste à la revue Best de 1974 à 1983, puis collaborateur de Rolling Stone et de Libération, Michel Embareck est aussi un romancier de talent au style épicé et singulier. Avec Jim Morrison et le diable boiteux, il suivait à la trace les pérégrinations du chanteur des Doors et de Gene Vincent, et nous donnait à lire un livre luxuriant fait de réalité et de fiction. Il réitère l’exploit avec, cette fois, Bob Dylan et Johnny Cash dans les rôles des personnages principaux, et du fameux «Rôdeur de minuit» dans celui du narrateur, vieil animateur de radio, le double d’Embareck. Les deux potes débutent une correspondance; puis, on les piste chez les fabricants d’alcool clandestins. Les images flash pleuvent: le concert de Johnny Cash à la prison de Folsom en 1968, Marilyn Monroe défoncée comme une mule… C’est rock et ça se lit comme du Cendrars qui, plutôt qu’écouter du jazz, eût plané sur «Lay lady Lay». Excellent. Ph.L.

Bob Dylan et le rôdeur de minuit, Michel Embareck; l’Archipel; 226 p.; 18 €.

 

 

 

 

 

 

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   Pour ne pas oublier Jacques Béal

Émouvant? C’est peu de le dire. L’hommage rendu, lundi, à la Comédie de Picardie, à mon confrère et ami Jacques Béal, écrivain et ancien grand reporter du Courrier picard, décédé l’automne dernier à l’âge de 71 ans, était à son image: élégant et littéraire. Au programme: des lectures de grande qualité assurée par des élèves du Conservatoire (Fanchon, Isabella et Angélique) de son livre, Anthologie des poètes de la Grande Guerre (éditions Le Cherche-Midi), accompagnées au piano par Jean-Gaspard. La salle du bar était pleine; ses amis s’étaient déplacés nombreux, au côté d’Hélène, l’épouse de Jacques. C’est un talent de savoir lire, bien lire, de savoir savourer la poésie dans ce qu’elle a de plus puissant, de plus universel. De plus émouvant; de plus grave. Ou de plus léger. Jacques possédait ce talent rare. Comme on le dit un peu trivialement: il avait du nez, une bonne oreille, et une grande culture historique. (La biographie, Le

Au cours de la lecture.
Les lectrices entourent le pianiste Jean-Gaspard. Sur le mur : un portrait de Jacques Béal.

clerc, vie et mort d’un croisé – Favre, 1989 – qu’il consacra au si picard maréchal en était la preuve.) Les textes de Paul Eluard, Philippe Soupault, André Salmon, Charles Vildrac, etc., revivaient, portés par les voix convaincantes et très justes des jeunes lectrices; leurs mots s’envolaient dans l’air silencieux comme une banquise, propulsés par des mélodies de Chopin, Mendelssohn, Beethoven et Gershwin. C’était beau, grave; ça dénonçait la guerre, cette guerre absurde qui tue, qui pue, qui tonitrue, qui rend fou, qui rend aveugle et sourd, qui casse les gueules. Jacques était sensible à tout cela; nous en parlions souvent. Jacques eût pu m’accompagner, le lendemain, au théâtre Edward VII, au café Guitry pour la remise du Prix des Hussards. Il eût tellement été content pour moi. Le champagne était un délice. La Marquise, en beauté comme à son habitude, me surveillait gentiment pour m’éviter d’en abuser car, on le sait, le hussard sait être dipsomane. Je fus sage et ne le regrettai point car, ainsi, je profitais des conversations pointues, légères, impertinentes (parfois) et littéraires (toujours) de l’Académicien Frédéric Vitoux, de Patrick Mahé, ancien rédacteur en chef adjoint de Paris Match, de Jean des Cars, de François Cérésa, d’Yves Thréard, de Jean Tulard, de François Jonquères et de quelques autres. J’y retrouvais aussi mes amis Bertrand de Saint Vincent, journaliste au Figaro, Thomas Morales, Jérôme Leroy, Didier Arnaud, de Libération. Avec Éric Nauleau, je parlais, bien sûr, de littérature mais aussi beaucoup de rock’n’roll. (Nous sommes liés par une passion commune: celle que nous vouons à Graham Parker.) Je posais au côté de mes deux mes frères de comptoir du Bar du Midi (BDL dans le roman): Rico, le barman (un tiers de mon personnage Pirate) et Jean-Pierre Ternisien (entièrement Jean-Claude Depard, l’ex-légionnaire, dans le bouquin); ils m’avaient fait le plaisir d’effectuer le déplacement. La Marquise, véritable Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, en robe sombre, prenait des notes et photographiait. Dès que je le pouvais, je conspuais le Nouveau Roman et ses glaciales effusions. En un mot: rien que du bonheur! Oui, mon ami Jacques Béal eût aimé.

                                         Dimanche 18 mars 2018.

 

 

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Spectacle

Serge Lama : « Toutes mes chansons sont autobiographiques »

  Il sera en concert le jeudi 30 novembre au Zénith d’Amiens, et le mercredi 21 mars, au Tigre, à Margny-lès-Compiègne. Nous l’avons rencontré chez lui, à Paris.

    Pourquoi avoir ressorti votre CD « Où sont passés nos rêves » qui était déjà dans les bacs en 2016 ?

D’une part, parce que je repars en tournée cette année. C’est un événement très important pour moi. D’autre part, l’album est sorti au moment où mon épouse est décédée et que ce fut une terrible épreuve. L’émission que j’avais faite quatre jours plus tard, chez Ruquier, n’avait pas eu d’impact car j’étais à côté de la plaque. Je n’étais pas capable d’exprimer ce qu’il fallait par rapport à un album qui, avant, m’avait rendu si heureux. Cet album a donc été mis sous l’éteignoir. Je le relance aussi pour ça car j’y tiens beaucoup. Je le relance avec notamment une chanson nouvelle : « Je débute ».

Chanson éponyme de la tournée, donc.

Oui. La tournée s’appelle « Je débute ». Je me suis rendu compte que j’ai passé ma vie à débuter. Je ne suis pas le seul ; je pense que beaucoup d’artistes vous diraient la même chose. Les gens me disent : « Mais quand même, vous avez un acquis ! ». Oui, il y a un acquis. Mais à chaque fois, il faut repartir au charbon. Mais j’éprouve toujours ce sentiment dès que je fais un nouveau disque. J’ai eu le sentiment de recommencer. Pas à zéro, bien sûr. Mais cette expérience, quand vous êtes ventre au public, elle ne vous sert plus à rien. Même les anciennes chansons deviennent de nouvelles chansons. A chaque fois, ça change ; elles ne sont pas placées au même endroit dans le répertoire. Il faut repartir d’un autre pied si j’ose dire (moi qui ai un pied qui est de travers, je ne peux pas trop me permettre de changer de pied !). C’est comme ça. C’est à chaque fois un investissement total, avec les moyens qu’on a, il faut donner le plus qu’on a en soi le jour J. Et c’est tous les jours le jour J.

Le déclencheur a donc été le décès de votre épouse ?

Il a plutôt joué un rôle négatif. Ca m’a fichu par terre. C’était quarante-sept ans de connivence. Quarante-sept ans de compagnonnage car nous n’avons jamais vécu ensemble. On vivait d’une façon très spéciale avec mon épouse, mais on était lié par quelque chose de très fort. On ne peut pas évaluer les dégâts que ce drame procure. Pour elle, j’ai repris une chanson qui était passé à côté, à une époque, et que je trouve bien ; cette chanson s’appelle « Le dernier baiser ». C’est une chanson de film. Le film n’a pas eu de succès ; la chanson a été occultée.  C’est ce qui s’est passé ; je suis arrivé, tout le monde était en larmes. J’arrive on me dit : « Michèle est morte. » On prend ça dans la gueule d’un seul coup. C’est vraiment le dernier baiser. J’ai enregistré la chanson que j’avais donnée à Christophe Mahé, « Je veux du bonheur » qui a été un succès. Je l’ai refaite à ma manière. J’ai également refait une chanson ancienne – ce qui est assez rare -. J’ai gardé le titre, « Comme elles étaient belles ». Une chanson d’amour… « Comme elles étaient belles les filles de ce temps-là ». J’ai transformé en « Comme elles étaient belles les chansons en ce temps-là ; elles étaient si belles que nos cœurs les rechantent parfois. » Je l’ai détournée. Je pense que ce que j’appelle la chanson, est en train de disparaître. C’est une petite chanson avec une belle mélodie à l’ancienne qui dit exactement ce que je pense. Avec la tristesse que cela génère.

Vous avez invité, sur ce disque de grands compositeurs (Cabrel, Julien Clerc, Calogero, Obispo, Carla Bruni, Adamo, Le Forestier, Bruel, etc.). Pourquoi cette démarche ?

Il y a des années que je pense à ça mais je n’osais pas. Mon entourage m’y a poussé. Je pensais que ces artistes allaient me répondre non. Les gens me disaient qu’ils allaient me dire oui. J’étais devenu assez intime avec Cabrel ; j’avais écrit des textes quand il ne parvenait plus à écrire. Il m’avait dit qu’une chanson lui plaisait. Il a terminé son disque et m’a dit : « J’ai trouvé la musique des Muses. » Je lui ai dit que ce n’était plus une chanson pour moi. Je trouvais la musique fort belle ; j’ai donc décidé de la chanter. J’avais déjà une chanson de Cabrel qui est devenu le single, qui est sortie en radio. Et j’ai osé envoyer un texto à Julien Clerc, en lui disant : « Si je t’envoie des textes pour moi, pour un album à moi, qu’est-ce que tu fais ? » Il m’a dit : « Si ça me plaît, je te fais la musique. » Je lui envoyé deux ou trois textes. Il y en avait une qu’il voulait à ce moment-là garder pour lui (je crois qu’il est passé à autre chose depuis). Et il m’a écrit deux musiques. A partir de l’instant où vous avez Cabrel et Julien Clerc, il y a un truc qui commence à prendre fort. A ce moment-là, Calogero m’a envoyé un texto en me demandant si mon disque était bouclé. (Je le connaissais un peu.) Je lui ai répondu : « Pas du tout ! ». Je lui envoie deux textes. Et il a écrit pour moi une chanson que je trouve sublime et qui s’appelle « Le souvenir ». C’est une chanson qui aurait pu être un énorme titre. A ma grande époque, je suis presque sûr qu’on aurait cassé la baraque. Je vais du reste la chanter sur scène. Il y a aussi la chanson « Bordeaux », d’Obispo, qui, elle, a fait son trou. Il a déverrouillé un problème que j’avais avec Bordeaux. J’essayais d’écrire une chanson sur ma ville. Cela depuis trente ans. Mais j’avais Nougaro dans le dos qui était là… comme un corbeau qui me bouffait la nuque. J’en avais écrites mais c’était des chansons un peu intello dans lesquelles je parlais de Montaigne… Ca n’intéressait pas le public. Et tout à coup, il me dit : « C’est marrant, on est de Bordeaux tous les deux. » Et quand j’ai raccroché, une phrase me vient : « Au bord de la Garonne belle… » A partir de cette phrase, la chanson s’est faite. La phrase déclencheur ; c’est comme ça que je marche. Il faut une phrase déclencheur qui amène tout le fleuve de la chanson. Après, j’ai peaufiné ; j’ai travaillé les détails. Mais le gros de cette chanson, je l’ai écrit rapidement. Ce qui est difficile, c’est de trouver les phrases qui ne vous plaisent pas, et de les remplacer.

Saviez-vous que tous ces artistes étaient inconditionnels de vos chansons ?

Inconditionnels, je ne sais pas… Ils m’aimaient bien moi, en tant qu’être humain. Du coup, ils ont fait ça avec plaisir. C’est vrai que j’ai tendance à me dévaloriser par nature. Je ne pensais pas que c’était à ce point-là. En tout cas, ils ont été contents. Calogero est content. Cabrel aussi. Julien, je ne me rends pas compte. J’ai fait faire à Adamo sa première musique sur un texte qui n’est pas de lui. Il n’avait jamais fait une musique sur un texte qui n’était pas de lui ! C’est formidable ! Sur scène, je vais donc chanter quelques chansons nouvelles, mais le public, à mon âge, attend les chansons classiques. Il faut tester les chansons nouvelles lors des concerts ; voir si ça fonctionne. Au départ, j’en propose pas mal ; à l’arrivée, il restera une portion congrue.

Votre duo avec Carla Bruni, sur la chanson « Casablanca », est particulièrement réussi.

Si Carla n’était pas mariée avec qui l’on sait, la presse aurait tout de suite dit que cette chanson était formidable. Carla a beaucoup de talent ; un vrai talent. Elle déploie une vraie originalité ; sa voix ne ressemble à celle de personne d’autre. Elle a un grain de voix qui est le sien. Son talent est occulté par le fait qu’elle a épousé un président de la République. La première fois que j’ai écouté l’une de ses chansons fétiches, je me trouvais dans une brasserie à Nantes, très bruyante. Je dis à un copain qui, je sais, est toujours au courant de tout : « C’est qui, ça ? » Je déclaré : « C’est un tube ! » J’ai entendu au son – sans entendre les paroles – que c’était un tube ; et c’est devenu un tube.

Vous évoquez la chanson « Raphaël » qui rend hommage à Enthoven.

Oui, c’est ça. Père ou fils ? (Rires…) Elle ne cache rien ; elle est d’un naturel qui est subjuguant.

Parmi la vingtaine de chansons, celle intitulée « Mais j’ten veux pas », sur les conséquences d’un divorce, est particulièrement puissante et terrible. Comment est-elle née ?

C’est effectivement une chanson grinçante qui sourit. Grâce aussi à la musique de Julien Clerc. Sa musique sourit. J’ai connu le mec dont je parle dans le texte. Je le voyais en train de se faire plumer. Et il s’est fait littéralement plumer. J’ai fini par ramener ça à quelque chose de plus positif. « Grâce à ça, je n’ai plus rien, mais j’ai trouvé une fille, formidable… » Il n’y a pas que des salopes ; il y a aussi des filles formidables. Pourtant, la fille en question, ne cachait pas son jeu ; il n’y avait que lui qui ne le voyait pas. L’amour, dans ce cas précis, rend plus qu’aveugle. Ce type (qui était très riche et très intelligent) ne voyait absolument pas qu’elle était en train de le déposséder de tout. Elle était dans le calcul, et ça se voyait. C’est une chanson de scène par essence ; je vais voir ce que ça va donner.

La fin de cette chanson est lumineuse.

Oui, c’est vrai. Aujourd’hui, le féminisme est en train de manger le féminisme. Tous les acquis sont en train de tomber en miettes. C’est la société qu’il faut changer ; il faut remettre la femme dans la société. Maintenant, ce sont des gonzesses qui se bouffent entre elles.

Connaissiez-vous déjà Carla Bruni avant de réaliser cette chanson ?

Pas du tout. C’est un hasard complet. J’étais allé voir Francis Cabrel chanter un dimanche après-midi. Le hasard a voulu que Carla – en compagnie de son mari – soit là. Et, malgré ma timidité, je suis allé la voir ; je lui ai demandé si ça l’intéressait de faire une musique sur l’un de mes textes. Elle a tout de suite accepté. Elle m’a donné immédiatement son numéro de téléphone. A partir de là, elle m’a envoyé un texto en me disant : « Je suis très lente. » J’ai compris que la musique arriverait très tard ; je lui ai donc donné une date butoir. Elle est effectivement arrivée très tard, mais c’était tellement magnifique. Ce duo, je l’adore ! J’adore aussi « Lettre à mon fils », qui est une chanson qui dit des choses que personne ne dit. Que ce soit Rockefeller, Robespierre, Napoléon, etc., tous ces gens qui nous ont emmenés là où on en est. J’avais envie de pousser mon petit coup de gueule. Depuis le début de ma carrière, j’ai toujours un petit billet d’humeur dans presque tous mes disques.

Vos chansons sont également souvent empreintes de mélancolie, même si les gens qui connaissent mal votre œuvre s’attardent sur les chansons les plus drôles.

Je me suis laissé exploiter, c’est vrai, notamment par la télévision. J’ai fait des chansons rigolotes. Si vous faites le compte, les chansons un peu marrantes elles ne représentent que dix pour cent. Le reste, c’est de la mélancolie. Quand j’ai débuté dans les années 1960, à la radio on disait de moi : « Oui, il a du talent Serge Lama, mais c’est un chanteur triste. » Comme j’avais envie d’arriver en haut de l’affiche, je me suis mis à tenter d’écrire des chansons gaies. J’ai donc écrit « C’est toujours comme ça la première fois » ; puis j’ai écrit « Superman «  qui m’avait été soufflé par mon directeur artistique qui avait trouvé cette chanson des Kinks. J’ai détourné « Apeman » en « Superman ». Après il y eut « Les p’tites femmes de Pigalle », puis « Femmes, femmes »… Et j’ai été pris dans ce prisme-là. Heureusement, il y eut « Je suis malade »  qui a tempéré cette tendance.

Vous aimiez les Kinks ?

Oui, bien sûr, mais c’est mon directeur artistique qui est parvenu à obtenir les droits. Il m’a dit que ce serait intéressant que je l’adapte. J’ai trouvé « Superman ». Il est certain que je ne swingue pas comme les Kinks mais en tout cas ce n’était pas trop mal.

Vous allez vous produire le jeudi 30 novembre au Zénith d’Amiens, puis un peu plus tard, le mercredi 21 mars 2018 au Tigre, à Margny-lès-Compiègne. Dans quelle formule serez-vous accompagné sur scène ?

Ce sera un grand spectacle-petit spectacle ; les gens aiment que je sois ventre au public et que je chante mes chansons comme ça. Mais il y aura un écran et on sera dix sur scène. Ce sera un grand spectacle mais je garde quand même l’idée de conduire mon tour de chant à ma main. Je ne veux pas que le public ait l’impression que je suis en train de faire un numéro de clown avec des images et des trucs. Il y aura effectivement des images et quelques effets mais juste quand il le faudra. On a fait des choix. Quand vous chantez « Les ballons rouges », les gens vous écoutent. Il n’y a pas besoin de mettre des images partout. Pour certaines chansons, je serai minimaliste. J’essaie de trouver la bonne dose.

Pourquoi avoir repris « Bird on a Wire », de Cohen ?

Parce qu’il est mort l’année dernière et que ça m’a fait de la peine car on a parlé de Bob Dylan qui n’est pas allé recevoir son prix Nobel. Et Leonard Cohen, à mon sens, était un plus grand poète que Dylan. J’ai lu ses livres. Il s’agit donc pour moi de lui rendre hommage. Quand Leonard Cohen a écouté ma version, il a dit : « Lama a fait un meilleur texte que moi ! » Ce qu’il a dit a été confirmé puisque c’est ma version qui a été traduite dans toute l’Europe. Parce que mon texte était un tout petit peu plus simple que le sien.

Est-ce que vous considérez que votre dernier album est autobiographique ?

Toutes mes chansons sont autobiographiques. Depuis le début, de la première à la dernière. Il y a un fond autobiographique chez moi ; c’est comme de la vase. Il y a l’eau, et il y a la vase. Il y a aussi beaucoup de fiction. La chanson « Attention danger », c’est fait de bouts de ma vie, mais aussi je donne plein d’images qui ne sont pas toujours de moi. « Les ballons rouges », c’est moi mais je n’ai pas été un enfant privé de nourriture. On était pauvre ; j’ai été privé de gens qui me faisaient sentir qu’ils m’aimaient. J’ai eu une enfance de solitaire. Ce que j’essaie de dire, c’est ça au fond. Une chanson comme « Je suis malade », c’est un cri. Dans beaucoup de mes chansons, c’est un enfant qui crie.

« Une chanson, c’est à égalité, mots et mélodie », dites-vous. Pouvez-vous revenir sur cette phrase ?

S’il n’y avait pas les mots, il n’y aurait pas la mélodie ; la mélodie appelle les mots. Ils sont inséparables, indissociables. On peut dire qu’ils sont à égalité totale ; on peut dire que c’est injuste car à l’étranger c’est la musique et un son de mot qui va véhiculer la chanson à l’extérieur. Mais dans l’essence même d’une chanson, c’est véritablement indissociable. Si Jacques Datin n’avait pas écrit cette musique-là sur « Les p’tites femmes de Pigalle », ma chanson aurait été une chanson triste parmi tant d’autre car, au départ, c’est parti pour être une chanson triste. Quand j’ai vu ce qu’il avait fait avec sa musique, j’ai réécrit une grande partie de mon texte pour ramener les paroles à la vision qu’il avait eue. (Cette chanson a été inspirée par Claude Lemesle qui, à ce moment-là, avait des problèmes sentimentaux comme il en a eus beaucoup dans sa vie ; c’est un ami, Claude Lemesle. Il m’avait dit : « Maintenant, je vais aux putes… » mais je ne pouvais écrire ça comme ça.) Mais pour moi c’était dramatique ; ce n’était pas une chanson drôle. Quand le rendez-vous des paroles et de la musique n’est pas réussi, ça ne fait pas une très bonne chanson. On sent qu’elle boite.  C’est comme un couple.

Brel, Ferré, Brassens, Gainsbourg, etc. sont encensés dans la presse dite « intellectuelle » (Télérama, Les Inrocks, Libération, Le Monde, etc.) Pas vous qui, pourtant, êtes un vrai littéraire et un authentique poète. Pourquoi ?

Je pense que mon côté chanteur populaire a  occulté des choses… Il y a quelqu’un qui est souvent oublié comme auteur (et pourtant c’est l’un des plus grands auteurs des cinquante dernière années) : Charles Aznavour. Aznavour, on dit de lui que c’est un grand interprète… On ne parle jamais de ses textes qui sont pourtant incroyables. Même Gainsbourg a chanté des textes d’Aznavour. C’est un grand auteur. Je fais partie de ces gens qui sont un peu méprisés par l’intelligentsia qu’on ne sait pas trop bien définir… En revanche quand ces critiques viennent à mes concerts, ils sont conquis. Mais ils ne viennent pas. Ils n’aiment que les choses tendance, les choses mode… Des choses qui ne durent pas ; un chanteur qui dure depuis cinquante ans, c’est beaucoup trop.

Serait-ce l’effet Bayon, mais Johnny Hallyday qui est, certes, un grand interprète et un grand artiste, mais qui n’est pas auteur, pas un compositeur, a le reconnaissance de Libération. C’est étrange, non ?

Contrairement à beaucoup de mes collègues, je n’ai pas construit de réseaux. J’ai passé mon temps sur les routes pendant quinze années de ma vie. J’ai passé 250 jours de ma vie sur les routes. Ensuite, j’ai fait Napoléon, et j’ai joué tous les soirs ; je n’ai pas eu l’instinct de savoir qu’il fallait se faire des réseaux, connaître des gens. Et puis, j’ai le cul entre deux chaises car je suis à la fois un chanteur populaire et un littéraire. Alors… Je propose à la fois des chansons littéraires et des chansons à boire, ou des chansons paillardes parfois, joyeuses… « Les p’tites femmes de Pigalle », ce n’est pas mal écrit…

Parlez-nous du livre-disque « L’extraordinaire aventure d’Abba, le petit sapin », aux éditions Plon.

Il y a dans mon disque une chanson qui s’appelle « Je suis un arbre de Noël » que j’avais écrite à l’âge de 35 ans ; je me disais qu’à l’époque, j’étais trop jeune pour chanter un truc comme ça. Je pense avoir été cela toute ma vie, un arbre de Noël ; un porteur de cadeaux. J’ai fait écouter cette chanson à mon assistante ; elle m’a dit que je ne pouvais pas ne pas mettre cette chanson dans mon disque ; une chanson pleine de joie, d’optimisme, qui réveille les âmes. J’ai demandé à Cabrel de me faire une musique. C’est devenu une vraie chanson. De là, mon assistante, c’est mise à envisager la création d’un conte pour enfant. Un conte qui parle d’amour, d’amitié, de solidarité… C’est un conte de Noël. C’est très mignon, très joli, très joliment écrit. Ce conte fait une centaine de pages. Ce livre CD sortira en novembre.

Propos recueillis par PHILIPPE LACOCHE

Serge Lama : un vrai poète, un chanteur littéraire, mais peu reconnu par les intellectuels. Tant pis pour eux!

Rens. 03 22 47 29 00; www.nuitsdartistes.com

 

 

 

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Dessous chics

Douce arrière-saison à Merlieux

     La Fête du livre du Merlieux, dans l’Aisne, est l’une des plus belles manifestations littéraires de Picardie. Ce village est un petit bijou de vieilles pierres crayeuses, qui, bien souvent, se laissent caresser, telles de vénérables dames, ex-blondes sensuelles, par la douceur tiède d’un soleil d’une splendide arrière-saison. Il faisait doux et tiède, encore, en ce dimanche. La Marquise m’accompagnait. Elle y signait, comme moi, ses livres. Elle ne connaissait pas; elle découvrit, enchantée, secouant de plaisir sa crinière de lionne brune, baguenaudant parmi les bouquinistes, humant ces vieux papiers qu’on voudrait, jamais ô grand jamais, ne voir disparaître, déchiquetés par les dictatures impitoyables des nouvelles technologies. J’ai connu les prémices de la Fête du livre de Merlieux à la fin des années 1980, si mes souvenirs sont bons. (Ils ne le sont plus, je sais, lectrice fessue, jeune et ricanante; «la vieillesse est un naufrage», eussent pu dire Henry de Montherlant et Romain Gary qui trouvèrent, eux, des solutions radicales et non sans panache.) Je me souviens des repas conviviaux et si littéraires en compagnie de Daniel Corcy, le maire de Merlieux de l’époque, créateur de l’événement, de Régine Deforges, rousse, sensuelle et désirable, et de bien d’autres. (Je crois que j’ai été accompagné à Merlieux, par toutes les femmes et filles qui ont compté dans ma vie de marquis. Elles en revinrent, à chaque fois, transformées, la mine réjouie, comme après une première étreinte amoureuse. Mais le bonheur de la littérature et de la lecture n’est-il pas, au fond, rien d’autre qu’un coup de foudre entre un écrivain et une lectrice énamourée?) En passant devant une sculpture métallique qui lui est dédiée, il m’en souvint aussi du romancier Yves Gibeau

La sculpture en hommage à Yves Gibeau, dans un jardin, à Merlieux.

que je retrouvais souvent à Merlieux. Il résidait à Roucy, dans l’Aisne (où il est décédé en 1994), pas très loin de là. Je l’ai connu à la fin de sa vie; tout de suite, le courant passa entre nous. Nous nous retrouvâmes ensuite à Laon, à Reims, à Saint-Quentin. Je revois sa belle tête de neige où brillaient deux yeux clairs, manières de petits glaciers. Il parlait des temps anciens, de son passé de chansonnier, de Boris Vian qu’il avait bien connu, de son travail de journaliste à Libération, puis à Combat, de son activité de cruciverbiste. Il me parlait aussi d’Antoine Blondin et leurs dégagements au Vel d’Hiv. Je lui disais tout le plaisir que j’avais éprouvé en lisant son roman Allons z’enfants (Calmann-Lévy, 1952), du prix Populiste qu’il obtint grâce à son livre Les Gros Sous (Calmann-Lévy, 1953), prix que j’obtins quelques années plus tard, autre point de connivence. Et surtout, je ne cessais de le questionner sur son sublime et dernier roman (récit plutôt car totalement autobiographique) Mourir idiot (Calmann-Lévy, 1988). Je buvais des bières pression; il buvait du whisky, en regardant Féline, mon ex-épouse qu’il trouvait fort mignonne. À la faveur d’un reportage au début des années 2000, je me suis rendu sur sa tombe au cimetière de Craonne, haut lieu de bagarres sur le Chemin des Dames. C’est là que cet antimilitariste convaincu avait voulu reposer. En contemplant cette tombe toute simple et herbeuse, j’avais l’impression qu’elle s’éclairait de l’intérieur: les glaciers de ses yeux bleus continuaient d’étinceler.

                                           Dimanche 1er octobre 2017.

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Presse & Médias

Un été BD pas très dense, mais riche dans la presse

L’été est toujours (plus ou moins) propice à l’extension de l’offre de presse en matière de bande dessinée. L’engouement est certes moins fort cette année, mais quelques titres proposent de nouveau à leurs lecteurs des séries graphiques d’été.

Comme déjà évoqué, le Courrier picard poursuit sa marche avec La Guerre des Lulus, et prépublie en exclusivité durant l’été les planches du tome 5 (à paraître mi-novembre aux éditions Casterman). Dernier tome – se déroulant en 1918 – de cette série des deux auteurs picards Hardoc et Hautière.
Parmi nos confrères de la presse quotidienne régionale, Sud Ouest exhume (mais uniquement dans son numéro du dimanche) des planches strips de De Gaulle à la plage de Ferri – pas vraiment une nouveauté, mais d’un humour qui fonctionne toujours.
Dans un autre genre, Corse Matin propose la bande dessinée de Philippe Antonetti Corsica 1919, tous les jours… et en langue corse…

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Mathieu Sapin bat la campagne

On avait déjà croisé Mathieu Sapin dans les coulisses de la campagne 2012 de François Hollande ou avec les journalistes politiques de “Libération”. On retrouve depuis deux semaines le dessinateur dans ce même quotidien, ou il chronique tous les samedis la campagne présidentielle.

Après une première double page (drôle) de présentation de la démarche, le 25 mars, son premier zoom, la semaine dernière, était consacrée à un meeting de Jean-Luc Mélenchon au Havre (où il parvenait à trouver une correspondance entre le tribun de gauche et Beyoncé).

Ce samedi 8 avril, dans un style faussement fumiste, il débrieffe le “grand débat à onze” de mardi, en compagnie d’un communicant politique, depuis son lieu de vacances au Portugal. Bilan, deux planches très denses et à l’analyse finalement fine et bien sentie…