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Bulles Picardes Les albums à ne pas rater

L’islam défantasmé de Norédine Allam

Dialogue, tome 1, Norédine Allam. Editions Muslim show. 48 pages, 12 euros.

Après le succès de la série Muslim’show dans laquelle on suivait le quotidien, empreint d’humour et de respect, des musulmans de France pendant le mois sacré du ramadan, l’auteur amiénois Norédine Allam fait son retour avec son nouveau bébé baptisé Dialogue, fruit d’une campagne participative qui a convaincu 1000 personnes originaires d’une vingtaine de pays. Un album à connotation pédagogique, qui sonne comme un appel à l’échange, à la discussion, entre le musulman « normal », comme il l’écrit avec des guillemets et l’autre, le non-musulman.

Comme souvent avec Allam, on entre assez rapidement dans le vif du sujet. Cette fois, pas de strips comme il le faisait dans Muslim’show sous le crayon du talentueux Greg Blondin. Dès les premières pages, une histoire s’amorce entre un musulman pratiquant, bien au fait des préceptes de sa religion, et un homme qui ne connaît pas grand-chose de l’islam ce qui ne l’empêche pas, pour autant, d’être très méfiant à son égard. Le ton est sérieux, parfois un peu trop professoral quand le musulman s’exprime mais il est visiblement nécessaire. Car il s’agit de démonter, de déconstruire les idées reçues sur la deuxième religion de France, voire les fantasmes parfois véhiculés sciemment sur des plateaux de télévision ou dans la presse. Jihad, attentats terroristes, désinformation, racisme… les thèmes abordés sont graves mais traités avec une légèreté, une prise de hauteur et un humour qui mettent le lecteur à l’aise. On sourit pas mal. Illustration lorsqu’on voit un livreur de pizzas apostrophé par un musulman qui lui demande s’il se désolidarise des attentats de la mafia italienne.

Rien de mieux que l’absurde pour faire passer un message ou mettre en exergue un raccourci. Norédine Allam l’a bien compris et en use avec parcimonie. A l’inverse, il rétablit des vérités sur les comportements des musulmans, notamment en temps de guerre, aux antipodes des exactions et des massacres commis par les terroristes de Daech. Dont les victimes, rappelle-t-il, à juste titre, sont à 90% des civils musulmans. Une évidence pour qui s’intéresse à ce fléau mais pas pour tout le monde. En particulier ceux qui alimentent le racisme et l’islamophobie ces dernières années, dénonce-t-il en filigrane. Une relation de confiance se noue donc entre les deux personnages tout au long de l’album, elle se renforce encore plus lors de la visite d’une mosquée d’où le non-musulman ressort apaisé, comme par miracle… Mais cette relation frise parfois l’angélisme (rien par exemple sur les tensions entre sunnites et chiites ou sur l’envie affiché par certains musulmans français de se libérer du carcan religieux).

Reste qu’après Muslim’show, conçu par et pour les musulmans, Dialogue s’adresse cette fois aux non-musulmans. Sans prosélytisme, à mon sens, même si les dernières pages sont consacrées à plusieurs citations de sourates du Coran, en lien avec les thèmes évoqués dans l’album. Pas un problème pour Norédine Allam qui assume pleinement sa religiosité, persuadé qu’elle n’empêche pas le dialogue.

Côté graphique, ses dessins peuvent être déroutants au premier abord, l’auteur ayant décidé, il y a quelques années, par conviction religieuse, de ne dessiner que des silhouettes noires et sans yeux. Un choix personnel qui peut surprendre mais qui lui appartient et qui ne gêne pas vraiment la lecture de ce premier tome. Le travail est soigné, avec ce tour de force de faire passer des émotions ou des expressions sur des visages a priori vides. Les mauvaises langues ne pourront s’empêcher de penser que l’islam dénigre les dessins ou les images. Qu’ils se rassurent, il reste les Dialogue(s)…

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Norédine Allam, “Muslim” plus vraiment comique

Le visuel - sans ambiguïté - qui illustre l'exposé de Norédine Allam
Le visuel – sans ambiguïté – qui illustre l’exposé de Norédine Allam

Les comics sont-ils dangereux pour la jeunesse ? La critique est sans doute aussi vieille que l’apparition des premières publications, avant guerre. Cette fois, c’est la jeunesse musulmane à qui est adressée plus précisément cet appel à la vigilance. Et particularité, c’est un (ex)-dessinateur de bande dessinée lui même qui se fait le procureur : l’Amiénois Norédine Allam, auteur de la trilogie du Muslim Show.

Son blog du BDouin, qui sert habituellement de vitrine à ses productions ou à des strips gentiment moralisateurs promouvant les préceptes de l’islam, s’enrichit depuis le 26 avril d’un “modeste exposé” sur le danger représenté par ces “nouvelles idoles des temps modernes”. Mais ici, aucune fascination dans ce titre. Et c’est au sens propre, au sens religieux et au premier degré qu’il faut entendre le terme “idole”…

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A l’agenda du Muslim show

Norédine Allam, créateur de la série Muslim Show porte un projet en crowfunding d’agenda musulman.

Scénariste de la série Muslim Show et membre du studio Bdouin à Amiens, Norédine Allam se lance dans un projet collaboratif de crowfunding sur la plateforme Easi Up.

L’objectif en est l’édition d’un agenda musulman « Muslim show », dans lequel on trouverait, entre autre, un double calendrier grégorien/hégirien, des citations et proverbes d’inspirations musulmans, un glossaire islamique, un who’s who musulman et, bien sûr, des petites BD du Muslim Show.
Devant comporter autour de 180 pages, il devrait être disponible début juillet, si le montant de la collecte est atteint.
Sur ce point, pour l’heure, avec des possibilités de dons allant de 12 à 1000 euros, le projet a atteint 35% de l’objectif, avec 145 soutiens et 4314 euros (sur les 12 000 euros attendus).

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humour Les albums à ne pas rater

Muslim show 3 : La fête des voisins

Muslim show, tome 3 : voisins, voisines, Noredine Allam, Greg Blondin, éditions du BDouin, 48 pages, 10 euros.

Troisième tome déjà du “show humoristique musulman” développé par les deux Amiénois  Norédine Allam et Greg Blondin.

Après le ramadan et le mariage arabo-musulman, ce nouveau Muslim show s’attache à dépeindre plus largement la cohabitation entre musulmans et non-musulmans en France. Prière au travail (ou à la fac), port du voile dans la rue, assiduité à la mosquée ou aux prières, méfiance et incompréhensions réciproques, tout est passé au tamis des gags de Norédine Allam renforcé par le trait cartoon chaleureux de Greg Blondin. Toujours nourri des strips publiés sur le blog (ainsi que désormais sur une page facebook fort suivie) et d’une quinzaine d’histoires inédites.

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actualité - reportage Bulles Picardes Les albums à ne pas rater

Les éditions de la Gouttière dessinent bien la crise

La crise, quelle crise ? collectif, éditions de la Gouttière, 64 pages, 12,70 euros.

Après Cicatrices de guerre(s), sur 14-18, place à une autre guerre, économique celle-là. Et qui fait aussi son lot de victimes. Mais les fronts sont plus mouvants et divers encore. Et les armes souvent plus inégales, entre traders et financiers d’un côté, salariés ou laissés pour compte de l’autre. Ce recueil aborde ces différentes facettes d’une situation dans laquelle on baigne, au bas mot, depuis… un demi-siècle. Car, pour toute une génération – voire même plusieurs depuis les années 70 – ce “changement subit”, cette manifestation “soudaine” est devenu un état de fait, un tunnel dont on ne voit jamais le bout – depuis Raymond Barre… Généralisée et omniprésente, elle est pourtant difficilement définissable. Dans ce nouvel album collectif, les éditions de la Gouttière y posent donc un regard subjectif. Neuf regards plutôt, pour autant d’histoires courtes au ton au départ plutôt doux amer, pas si catastrophiste donc. Ou souvent, la vie reste la plus forte. Comme si à force d’y vivre, elle était assimilée, à défaut d’être acceptée.

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événements BD

Inspecteur Pidmer : Vincent Caron la plume derrière l’oiseau

Guide nature dans le Marquenterre, en Picardie maritime, Vincent Caron a transposé ses écrits sur les oiseaux en bande dessinée, avec l’aide du trio amiénois Greg Blondin, Noredine Allam et Francis Laboutique. L’Inspecteur Pidmer vient de sortir, en plein pour le Festival de l’oiseau et de la nature. Dimanche, son inspirateur avait donné une interview au Courrier picard. La voici.

Vincent Caron, expliquez-nous la genèse de cette bande dessinée ?

C’est un projet très ancien. Ayant été guide au parc du Marquenterre (de 1983 à 1989) et à la Maison de l’oiseau (de 1994 à 2001), j’ai commencé à écrire des histoires en 1996, afin d’adapter les visites pour les enfants. J’ai créé un personnage, l’inspecteur Pidmer, un huîtrier pie, qui fréquente les estuaires et raffole de mollusques et coquillages. Ce volatile partait à la découverte des oiseaux de la baie de Somme. J’ai ensuite évoqué ce projet de bande dessinée à Gérard Désérable, de l’équipe du Festival de l’oiseau, en 2007.

Comment ces histoires ont-elles été transposées en bande dessinée ?

Après avoir écrit 150 textes, nous avons cherché un dessinateur. J’ai alors fait la connaissance de Greg Blondin, au salon de la BD, à Amiens, en 2009. Il m’a mis en rapport avec Francis Laboutique, un scénariste de BD. Comme ils avaient des projets en cours, nous n’avons commencé à travailler qu’à partir de mars 2011. On a alors fait appel à un coloriste, Noredine Allam, qui a participé aux adaptations de dessins animés comme Astérix et Cléopâtre. Les trois sont originaires d’Amiens. En septembre 2011, les premières planches sont apparues.

Quelle a été votre contribution à la conception de la bande dessinée, outre votre travail d’auteur ?

Dans un premier temps, j’ai sélectionné une vingtaine histoires sur les 150 écrites. Dix ont été choisies de façon collégiale. J’ai ensuite relu les planches et bulles, afin d’apporter des corrections et petites retouches. J’ai veillé à redonner un peu plus d’importances aux textes, afin de ne pas oublier des informations permettant de comprendre l’histoire. Cela n’a pas toujours été évident de les retranscrire en bande dessinée. Rendre compte de textes très denses en quelques planches n’est pas facile. Et il y a environ un mois, peu après la mi-mars, nous avons envoyé “le bébé” à l’imprimerie. Les éditions Nord Média, pour qui c’est la première expérience en bande dessinée, nous ont souvent titillés pour que l’on livre les planches à temps.

Comment jugez-vous le résultat ?

La bande dessinée est divisée en 46 planches, relatant dix histoires dans un format plus petit qu’une BD classique, afin qu’elle soit maniable facilement. Elle est tirée à 3 500 exemplaires et sera en vente durant le Festival de l’oiseau, puis dans des librairies du Nord – Pas-de-Calais, de Picardie et de Normandie.

Une suite des aventures de L’inspecteur Pidmer est-elle envisagée ?

Nous songeons effectivement à adapter L’inspecteur Pidmer dans une série d’enquêtes policières.

Propos recueillis par ALEXANDRE BOUDARD

« L’inspecteur Pidmer »,  de Vincent Caron, Greg Blondin, Noredine Allam, Francis Laboutique, éditions Nord Média,  12,50 euros. Exposition sur la BD à la bibliothèque municipale d’Abbeville jusqu’au 25 avril, de 10 à 12 heures et de 14 à 18 heures (fermé le lundi)
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événements BD Non classé

À Amiens, 2030, c’est vraiment demain !

Les visions dessinées d’Amiens dans vingt ans sont à découvrir ce samedi 21 avril après-midi à la bibliothèque Louis-Aragon.

On les avait découvertes, un peu par hasard – j’avais été assez scotché, pour tout dire – pour la première fois lors du dernier festival de BD d’Amiens, puis revues dans un cahier spécial et un diaporama sur le site du Courrier picard. Cette fois, on pourra vraiment apprécier à leur juste valeur le travail réalisé par plusieurs dessinateurs de la région dans le cadre du projet urbain d’Amiens Métropole pensé pour l’horizon 2030.

Pour ce qui est de l’aspect bande dessinée, Amiens 2030, c’est donc demain ! Au sens littéral du terme : ce samedi 21 avril à la bibliothèque Louis-Aragon où la municipalité consacre une journée à ce grand projet participatif.

La bande dessinée, Métropole en ébullition, qui retranscrit l’expérience vécue par les personnes ayant participé aux ateliers à travers deux bd-reportages et la reprise des vingt dessins créés à cette occasion.
Des créations dues, entre autre, à Noredine Allam, Fraco, Nicolas Hitori Dé, Greg Blondin, Olivier Frasier, Alex-Imé, Damien Cuvillier ou encore Antoine Dodé.

Une journée, doublement, à marque d’une pierre blanche. Car, d’une part, il sera possible de faire dédicacer son ouvrage par les auteurs ayant participé au projet. Mais, en plus, l’album sera offerte à tous les participants à ce 21 avril (pour les autres, elle sera également disponible, toujours gratuitement et dans la limite des stocks disponibles, en faisant une demande à projetmetropolitain@amiens-metropole.com).

 Amiens 2030 s’expose, samedi 21 avril à la bibliothèque Louis-Aragon, rue de la République à Amiens.  15h15, visite guidée de l’exposition « Amiens 2030 ». 16 heures, présentation de la bande dessinée Métropole en ébullition et dédicaces par les auteurs. L’exposition est visible du 16 au 28 avril à la bibliothèque Louis-Aragon.

 

 

 

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événements BD Presse & Médias

La BD, de Hergé à la Côte picarde, à l’honneur dans “Pays du Nord”

Pays du Nord consacre le dossier de son numéro actuellement en kiosque à la BD, plus particulièrement à Hergé et la Belgique.

On l’a découvert avec un peu de retard – mais le numéro est encore en maisons de la presse jusqu’à la fin du mois. Pays du Nord, le magazine “tourisme – patrimoine – art de vivre” nordiste a fait une échappée, géographique et thématique, dans son numéro de janvier et février en Belgique et sur la bande dessinée.

Au sommaire du mensuel, toujours joliment mis en scène et avec une très riche iconographie, on commence par une interview de Philippe Geluck, qui parle plus de son pays que de son célèbre chat, avant un dossier d’une trentaine de pages sur Hergé et son territoire de prédilection, comprenant une bio plutôt bien informée par Francis Bergeron, puis une balade dans le Bruxelles “bédéphile”, les “jardins secrets” et lieux d’inspiration du père de Tintin, pour conclure sur la présentation des principaux personnages et du Musée Hergé à Louvain-la-Neuve. Un beau numéro donc.

Pidmer prend son envol en Picardie maritime

Mais, pour les Picards, l’autre info concernant la BD dans ce numéro porte sur la sortie prochaine des Enquêtes de l’inspecteur Pidmer. Un polar animalier (avec en vedette un inspecteur huîtrier-pie et son accolyte courlis cendré) à but pédagogique et à destination des jeunes, créé par Vincent Caron – par ailleurs guide nature en Baie de Somme – avec l’appui des Amiénois Greg Blondin (dessin), Francis Laboutique (scénario) et Noredine Allam (coloriste).

L’album (édité par Pays du Nord avec le Festival de l’Oiseau d’Abbeville et de Picardie maritime) étant prévu pour sortir fin mars, quelques jours avant la manifestation abbevilloise, on y reviendra dès que possible… dès qu’on aura vu de plus près la chose.

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humour Les albums à ne pas rater Non classé

Un mariage musulman pour le meilleur et pour le rire

MUSLIM SHOW, t.2 : Mariage, Noredine Allam et Greg Blondin, ed. du BDouin, 48 p., 10,45 euros. Sortie le 18 juin.

Tout juste un an après leur premier album, les deux Amienois Noredine Allam (au scénario) et Greg Blondin (au dessin) avec un nouvel épisode de cette “chronique drôle et légère de la vie quotidienne des musulmans en occident”, qu’ils entendent livrer. Un second “muslim show” consacré, après le ramadan, au mariage. De la demande auprès des beaux-parents au voyage de noces final, en une quarantaine de planches, on aura tout vu, pas mal appris et beaucoup souri sur le mariage à l’orientale. Gestion de la famille, des amis, henné party, choix de la neggafa (l’habilleuse – chef d’orchestre du mariage), défilé en mairie, cérémonie et soirée finale, tout est prétexte à un regard drôle et empathique.

Nettement plus dans le partage que dans le prosélytisme, cet album se moque gentiment des travers et des galères vécues par son jeune (futur) couple. Mais tout est traité avec la légèreté et l’humour qui s’imposent.

Allam et Blondin épinglent parfois de façon aiguisée, mais jamais méchante des ridicules de chacun. Une approche et un ton qui sonnent toujours aussi justes, renforcés par le dessin rond et chaleureux de Greg Blondin, allant parfois vers le cartoon “gros nez”, mais capable d’une belle finesse de trait dans la description, par exemples, des différentes robes traditionnelles.

Même s’il vise un  public ouvertement musulman, possédant toutes les clés des situations décrites ici, ce Muslim show n’a rien de communautariste. Une fois encore, on ne rit pas des musulmans, ici, mais bien avec eux. Par les temps qui courent et les tentatives politiques récurrentes d’exacerber faussement les clivages, cet album n’en devient que plus recommandable. Et cette approche, sans prétention, de l’islam en France vaut beaucoup de “grands débats” sur la question.

A lire, ce dimanche 5 juin dans le Courrier picard, un entretien avec les deux auteurs autour de la sortie de cet album.