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La mare dit. Deux mares, une station essence

Le marquis des Dessous chics nous révèle ce que contiennent les mares des villes et villages.

Une des deux mares qui se trouvent derrière la station essence en face du magasin Super U, rue Edouard-Lucas, à Amiens (Photos : Philippe Lacoche.)
“Pêcher, c’est plonger sa main dans la sciure”, disait le chanteur-poète-nancéien CharlElie Couture (et non pas Charly Lacouture, comme s’égarait Yves Montand) quand on lui demandait ce qui lui plaisait dans ce loisir.

Un rêve d’enfant? Un rêve de pêcheur? Les deux, mon général. À la cité Roosevelt, dans les années 1960, à Tergnier (Aisne), il n’existait pour nous, enfants, adolescents, que trois loisirs: le football, courir les filles et pêcher. Pas n’importe où: dans les pattes d’oie du canal de Saint-Quentin, beau bras liquide, chargé d’eau céladon, de péniches belges et bataves (avant!) et d’histoire (s). Autant dire que, lorsque je ne suis pas en train de penser à la littérature ou au rock’n’roll, je pense à la pêche. Depuis des années, les mares des villes et des villages me font rêver. Autre raison: ma mère avait été élevée par sa grand-mère dans le petit village de Silly-le-Long (Oise). Jusqu’au cœur des sixties, existait, au cœur de cette commune, une belle mare, large, profonde qui servait à la fois d’exutoire aux eaux pluviales et à abreuver les bêtes. Cette mare recelait des histoires. Un petit Polonais s’y était noyé: au cours d’un hiver rigoureux d’avant-guerre, il avait fait du patin sur la glace. Elle s’était rompue; vous imaginez la suite… Une mare, c’est aussi ça: des histoires gaies ou tristes; des légendes; des amours évaporées sur ses rives incertaines et englouties dans la nuit des temps. Certaines, dit-on, recèlent en leurs tréfonds des poissons monstrueux.

«C’est mon côté Bacon, la beauté dans l’horreur.»

L’idée m’est donc venue d’aller y pêcher, dans ces mares, et de me faire accompagner par Raphaël Trombet, 29 ans, d’origine savoyarde, demeurant à Amiens, chargé de mission biodiversité faune au Centre permanent d’initiative à l’environnement CPIE). Paresseux de nature, j’ai donc décidé de commencer par deux mares (séparées de quelques mètres), situées en face du magasin Super U, juste derrière la petite station essence, rue Edouard-Lucas, à Amiens, à deux pas de chez moi. Lorsque je me suis renseigné auprès de mon bon copain Michel Collet, directeur de la communication d’Amiens-Métropole, il a éclaté de rire: «Mais qu’est-ce que tu vas pêcher là-dedans, marquis? Ce sont des bassins de rétention du parc de la Licorne!» Il n’avait pas tort: deux mares derrière une station-service et en bord de route, la flotte doit être dégoulinante d’hydrocarbures. Il y a plus glamour et plus bucolique comme partie de pêche. Mais bon: c’est mon côté Bacon, la beauté dans l’horreur; l’art écorché vif. Je me suis donc raccroché à l’Histoire. Archiviste de la Ville d’Amiens, Manon Fauchaux, m’a confié que dans tout le secteur (faubourg de Hem, Renancourt, etc.), les marais étaient nombreux. Mercredi dernier, équipé d’une canne à moulinet et d’une boîte de vers de terreau, j’ai donc retrouvé Raphaël sur les rives des fameuses mares. Lui, était équipé d’une épuisette (ou troubleau): «Mon but est de ramener diverses espèces sans racler le fond.» Ce qu’il a fait. Et, contrairement à moi, sa pêche était, selon ses dires, très fructueuse. Qu’on en juge. En matière de faune: il a constaté la présence de grenouille verte (adulte entendu, et têtards vus), d’alevins de perches franches (a priori; moi, je pense que ça pourrait être des épinoches), d’hydromètres, de notonectes, de corises (punaises aquatiques), de planorbes et de sangsues (mollusques). En ce qui concerne la flore: il a repéré la présence de Rubus caesius, d’Hypericum perforatum, de Typha latifolia, de Convolvulus arvensis, d’Artemisia vulgaris, de Cornus sanguinea et de Lythrum salicaria. Ouf! En tout cas, il était content comme tout, Raphaël. Un milieu naturel très intéressant, selon lui. (C’est mon copain Michel Collet qui ne va pas en revenir.) En revanche, ma canne est restée au chômage: deux touches minuscules. Aucun poisson dans ma goujonnière.Qu’importe: j’étais bien sous la pluie, à rêvasser en matant mon bouchon. Je me demandais comment il s’appelait, le petit Polonais, mort dans les eaux glacées de la mare de Silly-le-Long à la fin des années 1930. PHILIPPE LACOCHE

Raphaël Trombet, 29 an, savoyard d’origine, demeurant à Amiens, chargé de mission biodiversité faune au Centre permanent d’initiative à l’environnement (CPIE). (Photo : Philippe Lacoche.)
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Confiné au jardin : les graines accouchent sans douleur

Le Confiné est vraiment un drôle de zèbre: il s’est mis en tête qu’en passant de la musique à ses semis, leur venue dans ce monde de brutes serait moins douloureuse. Je désespère!

Le Confiné espère qu’avec de la musique ses semis pousseront plus vite et dans de meilleures conditions. (Photo : Philippe Lacoche.)

Dans la dernière chronique, j’avais lancé un vibrant appel aux lectrices et lecteurs, à la demande du jardinier confiné; il se demandait, en effet, quel était le nom de l’adorable petite plante qui courait sur le muret de son jardin, mitoyen avec l’immense pampa de son voisin Tio Guy. Un peu ignare mais aussi sensible et poète, il avait surnommé celle-ci Marine Vacht, jeune comédienne dont il est secrètement amoureux.

Un drôle de zèbre!

Les réponses ne se sont pas fait attendre. Plusieurs lectrices et lecteurs ont informé, avec beaucoup de précision et de culture, qu’il s’agissait de la cymbalaire des murs, également appelée la ruine-de-Rome. Elle se nomme ainsi car sa forme fait penser à celle d’une cymbale. Une lectrice, certainement très calée en gastronomie, m’a fait savoir également que cette petite plante était comestible, tant crue (en salade) que cuite. Merci à tous ces informateurs, fidèles lecteurs qui, depuis le début du confinement, ont l’amabilité de suivre mes élucubrations. J’ai donc fait part de ces éclairages au jardinier confiné. Je m’attendais à ce qu’il explosât de joie. Il était heureux, certes, et me chargea de remercier ces attentifs correspondants. Ce que je viens de faire plus haut. En fait, j’ai compris un peu plus tard que, depuis trois ou quatre jours, il n’avait plus qu’une idée en tête: surveiller ses semis qui étaient en train de lever. En effet, graines de radis noirs, de navets, d’oseille, de cerfeuil, de persil, etc., craquelaient la terre et pointaient leurs petits museaux telles des musaraignes vertes. Depuis, le Confiné est à plat ventre; il contemple les pousses, les regarde, leur parle. Il envisage même de leur mettre de la musique afin de faciliter leur naissance. «Après tout, les belles mélodies permettent aux vaches de donner plus de lait. Pourquoi ne permettraient-elles pas aux graines d’accoucher sans douleur?» Non, franchement, sans être mauvaise langue, le Confiné est vraiment un drôle de zèbre!

PHILIPPE LACOCHE

 

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Confiné au jardin : des dizaines de Marine Vacth

Le jardinier confiné adore ces jolies petites fleurs. Lecteur botaniste, si tu connais leur nom, écris-moi au journal; je transmettrai cette précieuse information au Confiné. (Photo : Philippe Lacoche.)

Il faisait encore beau temps, ce jour-là. Le Confiné baguenaudait dans son jardin, l’âme légère. Soudain, son attention fut attirée par le muret qui sépare sa modeste propriété à l’immense pampa de Tio Guy. Il sait que les briques, depuis des années, sont recouvertes de lierre. Ce dernier est tenace, têtu, solide, envahissant comme cinq divisions allemandes en 1940. Par rapport au lierre, le Confiné est partagé. Amour et haine. Il apprécie cette belle plante aux feuilles d’un vert brillant. En revanche, il la trouve trop fougueuse et trop entreprenante; elle l’effraie et, surtout, elle lui donne du travail. Par endroits, elle a même endommagé les briques et les jointures du muret.

Amoureux

Chaque année, à plusieurs reprises, il est obligé d’y aller à la cisaille lourde comme on eût pu le dire d’une mitrailleuse. Mais, même avec cette sacrée cisaille, il ne parvient pas toujours à venir à bout des racines. On vous l’a dit: le lierre se tape l’incruste. Le Confiné se rapproche et aperçoit, parmi les feuilles de lierre, d’adorables et minuscules fleurs blanches piquetées d’un bleu tendre. Il n’a jamais été capable de savoir ce dont il s’agissait, mais il les aime; il leur voue même une manière de passion étrange. Il a compris pourquoi il y a peu: avec leur fraîcheur, leur fragilité adolescente, elles lui font penser à la comédienne Marine Vacth dont, en douce, il est follement amoureux. Lorsqu’il contemple ces fleurs minuscules dont il ne connaît pas le nom mais qui ont la fragilité du cresson (lecteurs horticulteur ou botaniste, si tu parviens à les identifier, écris-moi au journal; je transmettrai la précieuse information à l’étrange Confiné), il a l’impression d’avoir devant lui des dizaines et des dizaines de Marine Vacth. D’où son émoi. Confidence: il en pousse même devant sa maison et il refuse de les enlever. Tio Guy, parfois, quand il gare sa grosse motocyclette, les regarde, attendri. Peut-être, lui aussi, est amoureux de Marine Vacth.

PHILIPPE LACOCHE

Marine Vacth. (Photo : Allociné.)