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Bulles Picardes historique jeunesse Les albums à ne pas rater

Des Tuniques bleues au coeur de l’actu

 Les Tuniques Bleues, tome 65: l’Envoyé spécial, Beka (scénario) et Munuera (dessin). Edition Dupuis, 48 pages, 10,95 euros. 

Pour avoir trop bien couvert des manifestations ouvrières en Angleterre, William Howard Russel, reporter au Times, est éloigné (euh pardon…) envoyé par sa rédaction en chef pour suivre de l’autre côté de l’Atlantique la Guerre de Sécession faisant rage entre les Etats (des)unis du Nord et du Sud. Sur place, l’état-major nordiste embarque dans son armée ce journaliste épris de vérité en le confiant à deux valeureux cavaliers du 22e de cavalerie (ou ce qu’il en reste) le sergent Chesterfield et le moins intrépide caporal Blutch.

Leur objectif est de donner une version (positive) de ce conflit meurtrier auprès du lectorat du vieux-monde. Mais bien entendu, rien ne se passera comme prévu. La liberté de la presse faisant généralement mauvais ménage avec la raison d’Etat !

L’Envoyé spécial, le nouvel album des Tuniques Bleues, est doublement “spécial” et historique. D’abord parce qu’il est le premier scénarisé par Beka (alias Bertrand Ecaich et Caroline Roque, spécialisés dans la littérature jeunesse) et dessiné par Luis Munuera (P’tit Boule et Bill, Zorglub...) collaborateur régulier du journal de Spirou.

Ensuite, parce que ce 65e opus paraît, une fois n’est pas coutume, avant le 64e, (qui, lui devrait sortir en 2021), le dernier scénarisé par Raoul Cauvin, qui a décidé de prendre une retrait bien méritée après plus de cinquante ans de bons et loyaux services, et dessiné par son compère Willy Lambil, accablé par cette nouvelle. Faute d’avoir pu rendre ses planches à temps, les éditions Dupuis ont décidé avec un certain sens du teasing d’inverser le calendrier des parutions.

Il y avait donc une certaine attente voire une inquiétude pour les fans de cette série culte de la bande dessinée franco-belge, dont les premières planches signées Cauvin et Salvérius (remplacé très vite par Lambil après la disparition prématurée du dessinateur) sont parues en 1968 dans le journal de Spirou. Ce far west drôlatique, se déroulant en pleine guerre de Sécession, où évoluent un sergent, militariste convaincu, plus bête que méchant, et un caporal, malin et déserteur contrarié, aux caractères radicalement opposés, a conquis des générations de jeunes lecteurs. Beaucoup sont devenus aujourd’hui parents ou grands-parents, et ont toujours autant de plaisir à replonger dans leurs lectures de jeunesse et à les partager avec leurs propres (petits) enfants.

Finalement  L’Envoyé spécial ne devrait pas les décevoir. Eux-mêmes fans de la série, Beka et Munuera ont su garder les recettes qui ont fait le succès de ces Tuniques bleues, entre humour et souci historique, délivrant chaque fois sa morale sur l’absurdité de la guerre. Ici le choix de raconter l’histoire de ce reporter anglais (William Howard Russel (1820-1907), considéré comme le premier correspondant de guerre), permet d’éclairer sur le rôle des premiers mass-médias écrits à l’ère de la Révolution industrielle, et de ses rapports déjà compliqués avec les puissants de ce monde.

A l’inverse, Beka et Munuera réussissent à sortir du cadre imposé par leurs illustres prédécesseurs en apportant leur touche personnelle graphique et narratif. Au-delà des traditionnelles péripéties de nos deux héros, le récit part dans des digressions inattendues, avec plusieurs histoires indépendantes les unes des autres qui se rejoignent à la fin (comme dans les films de Tarentino).

Ainsi le personnage du méchant sudiste est particulièrement bien brossé psychologiquement et l’intrigue sur un orphelinat tenu par une belle et jeune femme, cachant un lourd secret, détonne dans l’univers classique des Tuniques bleues.

Graphiquement les personnages évoluent aussi sous le crayon de Munuera apportant un style à la fois semi-realiste et naïf pouvant plaire à un nouveau public. Blutch (dont la tête fait étrangement penser à Titeuf) et Chesterfield sont représentés de manière caricaturale, avec des corps élancés et gros nez, dans un style assez cartoon. A l’inverse d’autres personnages, notamment ceux dans les séquences plus dramatiques (comme la femme de l’orphelinat), sont plus réalistes, dans une style proche de Jijé ou Giraud, autres maîtres du western en bande dessinée.

Le découpage est très dynamique et cinématographique avec des séquences, alternant gros plans et plans larges, dignes des films de Sergio Léone. Les scènes de batailles (qui ont toujours été superbement représentées avec Lambil et Cauvin) font l’objet de tableaux spectaculaires, dans des cases grand format voire sur une double page, sans occulter l’horreur de la guerre où les soldats meurent, avec le sang qui gicle !

Au final ces Tuniques bleues suscitent un nouvel intérêt pour cette saga qui au fil des albums avait tendance un peu à se répéter. Le livre aborde des thèmes très contemporains, comme la liberté d’informer, les fake news (toute allusion à un futur ancien président des Etats-Unis est bien entendu totalement fortuite)  et des sujets graves de société, comme le racisme, l’enfance en danger et les violences conjugales. L’album est aussi enrichi par l’interview des auteurs, expliquant leurs techniques de travail et leurs multiples inspirations.

Avec eux, la relève est assurée ! Chargeeeeez !

Un hors série sur les Tuniques-Bleues
et la guerre de Sécession

A l’occasion de la sortie de ce numéro historique des Tuniques bleues, le magazine Géo Histoire sort aussi un numéro spécial (12,90 €, disponible chez tous les marchands de journaux). Un hors série passionnant sur Les Tuniques-Bleues et la guerre de Sécession (1861-1865). Le magazine revient sur cette guerre fratricide, préfigurant les guerres modernes du Xxe siècle, ayant ravagé la jeune nation américaine. Rappelant les origines et le déroulement du conflit, l’album – cartonné à la couverture brillante à la mode BD – est superbement illustré de photos anciennes, mais aussi d’extraits de planches et de dessins inédits et aquarelles de Lambil.

Il met en parallèle avec intelligence l’univers de la bande dessinée et la grande Histoire, montrant les nombreux liens entre la réalité et la fiction, que ce soit à travers les personnalités militaires et civiles de l’époque, les batailles mémorables et le contexte historique. Ce hors série permet aussi et surtout de mieux comprendre les Etats-Unis d’aujourd’hui, dont la récente élection présidentielle, a révélé que les fractures et blessures d’hier ne sont toujours pas réparées et cicatrisées.

 

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Copines et copains Les Dessous chics Littérature

«Immédiatement», c’est déjà si loin

Alain Paucard, écrivain. Ici photographié en septembre 2010. Il avait revêtu du plus beau tee-shirt du maréchal (Staline, pas Pétain!). Photo : Philippe Lacoche.

       Je crois me souvenir que c’est l’ami Alain Paucard qui m’a fait découvrir Livr’arbitres, sémillante et singulière revue littéraire qui n’a pas froid aux yeux. C’est le moins que l’on puisse dire: dans sa dernière livraison (mars 2020), elle propose notamment deux passionnants dossiers: l’un sur le sulfureux écrivain Henri Béraud, (Prix Goncourt 1922 pour Le Martyre de l’obèse) qui passa de l’extrême gauche à l’extrême droite, qui fut, dit-on, à l’origine de la campagne de presse contre Roger Salengro, ministre du Front populaire en 1936 (ce dernier finit par se suicider), qui échappa de peu à la condamnation à mort en 1944 (on dit que ce sont nos amis Anglais qui – peu rancuniers, car Béraud passa la seconde et droitière partie de sa vie à s’adonner avec force et vigueur à l’anglophobie – demandèrent à de Gaulle de l’épargner); l’autre sur le tout autant sulfureux (mais pour d’autres raisons) Jacques Laurent, styliste incomparable, romancier impénitent (la série Caroline chérie, c’est lui) courageux polémiste, esprit frondeur, académicien. C’est bien de savoir mettre en avant la littérature, le style, le panache, l’audace à la hussarde, et ne pas mélanger tout cela à l’esprit bien pensant castrateur et au politiquement correct mou de genou. J’apprécie le ton de cette revue courageuse, bien construite et très bien écrite. J’ai lu avec un plaisir non dissimulé l’article de Maurice Pergnier à propos de Peter Handke et de ses positions pro serbes pendant les guerres de Yougoslavie. Handke, courageux lui aussi, refusa de bêler avec les apôtres du politiquement correct qui tiraient à boulets rouges sur le peuple serbe, l’un des plus francophiles et les plus antinazi de la terre. En France, nous étions alors une poignée (Patrick Besson, Jérôme Leroy, Jean-Christophe Buisson, Sébastien Lapaque, Thierry Séchan, Alain Paucard, etc.) à nous souvenir de l’Histoire, et à soutenir la Serbie. Parmi ces écrivains, journalistes, critiques, artistes, plusieurs faisaient partie de la rédaction d’Immédiatement. Pas étonnant que Livr’arbitres consacre également un dossier à cette revue sœur, née en 1996, fondée par Éric Festor (décédé accidentellement en septembre 1999), Luc Richard et Xavier Perez, qui, interviewé dans ces pages, rappelle l’historique et les ambitions de la défunte Immédiatement. J’adorais cette revue, éminemment littéraire, farouchement hostile aux années-fric et à la parenthèse ultralibérale ouverte au début des années 1980. Amoureuse inconditionnelle de notre beau pays. Elle était constituée de journalistes et critiques de diverses opinions: royalistes, anarchistes, gaullistes, communistes notamment; il m’arrivait d’écrire dans Immédiatement. Quelques amis proches (Christian Authier, Jérôme Leroy, Sébastien Lapaque, Jean-Christophe Buisson, etc.) s’y exprimaient. J’aimais les retrouver à Paris pour des repas et pérégrinations nocturnes bien arrosées. Oui, nous aimions la France, la littérature, l’inclassable Michel Houellebecq, le communiste Roger Vailland et les monarchistes Kléber Haedens, Georges Bernanos et Jacques Perret. Oui, nous espérions alors un rapprochement entre Chevènement et Seguin. Tout ça est si loin; tout ça avait de la gueule. Merci à Livr’arbitres pour cet hommage à Immédiatement.

Dimanche 3 mai 2020.

Patrick Besson, octobre 23017. Paris. Photo : Philippe Lacoche.
Jérôme Leroy, Arras, mai 2015. Photo : Philippe Lacoche.
Jean-Christophe Buisson, journaliste, écrivain (à gauche) et Vladimir Fédorovski, écrivain. Paris. Avril 2010. Photo : Philippe Lacoche.
Sébastien Lapaque, critique au Figaro littéraire et écrivain. Deauville. Mai 2013. Photo : Philippe Lacoche.
Le regretté Thierry Séchan. Photo : Philippe Lacoche.
Christian Authier.
Michel Houellebecq.
Kléber Haedens, écrivain, critique littéraire, journaliste sportif. Hussard.
Jacques Perret, écrivain.
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New York Times, Charlie hebdo : Cachez ce dessin que l’on ne saurait voir…

C’est une polémique à bas bruit. Mais qui dure depuis quinze jours. Et une inquiétante indication de l’évolution de la liberté d’expression. Le 10 juin, le New York Times a décidé de cesser de publier des dessins de presse dans son édition internationale (ce qui était déjà quasiment le cas dans son édition américaine). Un choix éditorial motivé par la parution, le 25 avril, d’un dessin jugé “antisémite”. Dessin qui avait déclenché un tollé parmi la communauté juive et la colère de Donald Trump, avant de susciter les excuses publiques du journal.

Oeuvre du dessinateur portugais Antonio Moreira Antunes, qui travaille pour l’hebdomadaire l’Expresso, ce dessin représentait un Donald Trump aveugle, coiffé d’une kippa et suivant un chien ayant la tête de Benyamin Netanyahou.

La caricature d’Antonio Moreira Antunes, à l’origine de la décision du New York Times de cesser la publication de dessins de presse.

Si le propos de l’auteur était de critiquer l’alignement – réel – de la politique américaine au Moyen-Orient sur celle du leader israëlien depuis l’arrivée de Trump à la Maison Blanche, on peut effectivement estimer que ce dessin, s’il n’est pas antisémite, est pour le moins maladroit. Et que la kippa sur la tête de Donald Trump était inutile, voire contre-productive, tout comme l’ambiguïté entretenue entre la croix de David (symbole religieux) et le drapeau d’Israël (et son étoile bleue). Toute chose pouvant induire une autre lecture du dessin, à savoir que Donald Trump serait manoeuvré par un “lobby juif”.

Mais le débat est désormais nettement plus large. Patrick Chappatte, le célèbre dessinateur suisse, collaborateur du Temps, à Genève, mais aussi de longue date de l’International Herald Tribune puis du New York Times – d’où il se retrouve du même coup viré par la décision du journal – publie une longue tribune pour s’indigner de cette décision de “censure” du dessin de presse au sein du prestigieux quotidien new yorkais et pour s’inquiéter de la réduction de l’espace de liberté que celle-ci traduit.

Après lui, d’autres auteurs, de Plantu à Alex se sont émus, par des textes ou des dessins de cette décision. Alex, dans son dessin pour le Courrier picard du 13 juin, faisait aussi un lien avec une autre polémique récente.

Le 13 juin, dans le Courrier picard, Alex revient à sa manière sur la décision du New York Times, en reprenant aussi la couv’  polémique de Charlie hebdo.

Celle-ci portait sur la couv’ de Charlie hebdo consacrée au mondial féminin de foot, qui a suscité son lot d’indignations sur les réseaux sociaux.

Là encore, on peut trouver le dessin de Biche pas franchement léger avec son clitoris exacerbé en forme de ballon de foot (malgré sa référence à l’Origine du monde de Courbet), mais il ne fait que refléter l’aversion de longue date de l’hebdo satirique à l’égard du foot et du sport business. Pas “politiquement correct” et à contre-courant de l’engouement du moment, mais pas surprenant non plus. Quand à l’aspect “choquant” de la représentation du sexe féminin, cela pourrait presque être un hommage renvoyant au scandale qui avait accompagné le dévoilement du tableau de Courbet. Dans son dernier numéro, ce mercredi 19 juin, Riss s’en prend d’ailleurs à cette “hypocrisie” et le journal, à la différence du New York Times, ne s’excuse nullement, mais en rajoute une couche, avec à la fois une double page de dossier sur le cas du New York Times et une page de rappel des précédentes unes brocardant tout aussi violemment le foot (masculin).

Quoi qu’il en soit, les motifs et les plaignants différent, mais le réflexe reste le même: c’est celui d’une volonté d’interdiction et de “cacher ce dessin que l’on ne saurait voir”.

Or, si toute publication dans un journal relève in fine de la responsabilité de l’éditeur – et avec elle la possibilité parfois de se tromper – la tolérance, la capacité d’auto-dérision et le degré d’acceptation d’un dessin “choquant” sont de la responsabilité de tous. Au-delà du narcissisme de la posture indignée, favorisée par les réseaux sociaux, c’est bien au fond une question de démocratie qui se pose.

Si la pertinence et la subtilité sont toujours un critère de qualité, c’est aussi dans leur capacité à pousser les limites qu’un dessin de presse ou qu’une caricature doivent être jugés. Dans leur manière provocante et parfois outrancière de susciter une réaction et d’ouvrir le débat. Vouloir “aseptiser” le dessin de presse ou, pire encore, le supprimer est un bien mauvais service rendu à l’esprit critique et à la liberté d’expression.

Un dessin de Chappatte, au lendemain de l’attaque contre Charlie hebdo… paru dans le New York Times.
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On se presse moins autour de la BD cet été

Dans la presse (nationale), BD rime avec été. Plus ou moins. Plutôt moins cette année. Même si Libération, une fois encore, sort du lot.

Voilà deux ans, l’été avait été une période faste pour la bande dessinée dans la presse nationale. Chaque formule estivale – allégée de quelques pages pour cause d’actualité générale également en vacances – s’enrichissant de planches diverses et variées.

C’est moins le cas cette année, dans la lignée d’une présence plus faible déjà l’an passé. Certes, au-delà de nos frontières, on peut saluer le bon coup réalisé par Le Soir de Bruxelles (par ailleurs vaisseau amiral du groupe Rossel, dont fait partie, par effets de cascades, le Courrier picard). Le quotidien de référence wallon pré-publie en effet durant tout l’été les planches du prochain tome de XIII, Retour à Greenfalls, à paraître fin novembre chez Dargaud. En revanche, rien de semblable dans l’Hexagone.

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Superman n’est plus journaliste

Cette fois, ça va vraiment mal pour la presse écrite aux Etats-Unis. Même Superman abandonne le navire !

C’est l’un des rebondissements du numéro qui paraît ce 24 octobre aux Etats-Unis.

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Moins de bulles dans la presse nationale cet été

L’an passé, la bande dessinée avait été particulièrement à l’honneur dans la presse estivale. Pour cet été 2012, la situation est, un peu à l’image de la météo, plus morose.

France-Soir n’est plus là. Et l’Humanité, tout comme Le Monde ne semblent pas vouloir ré-éditer leurs opérations de 2011. Bref, moins de bulles à feuilleter. Mais la tradition est préservée néanmoins par certains.

Au premier rang desquels, Libération. Le quotidien de la rue Béranger reste fidèle à son inclination pour le genre. Avec un double rendez-vous estival, qui a débuté en ce samedi 14 juillet. Dans le cahier été, on pourra retrouver “Deux strips par jour pour le prix d’un“, réalisés par Yassine et Toma Bletner, multiblogueurs et créateurs des bandes de “Monsieur Strip“. Un humour un peu trash et loufoque plutôt bien vu. Et en fin de journal, en lieu et place de la double page “Grand angle”, Libération publiera, en pré-publication deux planches par jour jusqu’au 24 août de la nouvelle série du dessinateur espagnol Carlos Gimenez, Pepe (ed. Les Echappés / Charlie Hebdo ; album à paraître le 27 septembre). Un récit en noir et blanc sur la vie du bédéiste José Gonzales dans l’Espagne franquiste de l’après-guerre.
Deux rendez-vous complétés, dans cette édition de fête nationale par la présentation des deux multiblogueurs et d’un entretien avec Gimenez.

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Le bel hommage à Moebius de “Libération” et Bilal

Connu samedi, le décès de Jean Giraud, alias Moebius n’a pu être traité par les quotidiens ne paraissant pas le dimanche. D’où quelques retours ce lundi 12 mars. Et le plus réussi – sans surprise – est le fait de Libération, qui consacre pas moins de cinq pages (dans sa nouvelle séquence “culture” remaniée), dont un joli billet de Bayon (par ailleurs auteur d’un autre article à lire sur “la bande à Moebius”) et, en “der”, un portrait… de Blueberry lui-même ! Le tout annoncé par une magnifique “une” affiche réalisée par Enki Bilal.

Un numéro qui, sans atteindre bien sûr, l’ampleur du cultissime numéro consacré à la mort de Hergé, est un bel hommage rendu par un quotidien qui a toujours eu une inclination réelle envers la bande dessinée.

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Quand la presse redécouvre la BD à l’occasion d’Angoulême

Une fois encore, le meilleur traitement BD à l'occasion d'Angoulême est fait par "Libé"

C’est devenu un des marronniers de la presse. Fin janvier, tandis que le monde de la bande dessinée se retrouve à Angoulême, la plupart des titres y vont de leur sujet, semblant découvrir, une fois par an, ce qu’ils ignorent assez largement le reste de l’année.

Cette année 2012, l’angle était d’autant plus facile que la présidence du festival est assurée par Art Spiegelman, l’auteur de Maus, qui a, par son traitement animalier et unique de l’holocauste, demontré qu’on pouvait dessiner des souris sans pour autant se restreindre à faire des “petits Mickeys“. D’où des sujets assez similaires, dès ce mercredi dans Télérama ou l’Express, entre autre, tournant autour du même jeu de mots : “Spiegelman, quel Art”La Croix, elle exhume de son côté “les BD nos enfances“, avec même une accroche en Une.

Les Inrocks font dans la BD régionale

Dans le registre, faux cul, ou mesquin, on notera que les Inrockuptibles consacrent un cahier 16 pages au Festival d’Angoulême, avec l’Axonais-grolandais Benoît Delépine, également scénariste de BD, en couverture, dessiné par Chantal Montellier et un contenu alléchant : Fred réédite son Petit Cirque à l’occasion du festival ; Les idées noires de Sardon ; Raretés suédoises et opulence ibérique : Mise à l’honneur des productions suédoises et espagnoles et tri dans la sélection officielle en quinze albums incontournables de 2011… Sauf qu’il ne s’agit que d’un supplément régional (hors  l’achat en ligne, payé quasiment deux fois le prix) ! Manière d’asséner qu’hormis quelques fous furieux rassemblés en Charente, la BD n’est vraiment pas un sujet digne d’intérêt ? Lors du 25e anniversaire, notamment, les Inrocks avaient consacré un numéro spécial Bande dessinée de haute volée… et diffusé nationalement cette fois !
Terminons en cependant avec deux traitements, tous aussi rituels et désormais traditionnels, mais d’une toute autre importance et intérêt.

Beaux Arts et drôle de beau travail

Le magazine Beaux Arts magazine a pris le parti, depuis quelques temps d’y aller d’un numéro hors-série consacré au neuvième art. Après les mangas, la BD et le sexe ou les comics US, c’est la bande dessinée d’humour qui est à l’honneur dans ce numéro de janvier. Joli résultat, une fois encore. Sous la rédaction en chef de Vincent Bernière, on peut y lire d’intéressantes (et jamais pédantes ni trop pointues) contributions sur les “grands maîtres de l’humour”, “la comédie sociale” , les nouveaux satiristes, l’analyse des strips comiques ou du “rire universel” chez Tintin. Le tout complété par 70 planches et une belle bibliographie sélective.

Libération fait pétiller les bulles

Autre “must” associé au festival d’Angoulême : le “Libé tout en BD”. C’est devenu un classique, mais aussi un rendez-vous attendu, venant d’un quotidien qui a une légitimité graphique dans ce traitement, puisqu’il fait appel régulièrement à des dessinateurs de bande dessinée pour illustrer certains articles au quotidien.

On saluera la belle “une”, de Dave Cooper (Ripple), très chaleureuse – et illustrant le lancement de la campagne d’Obama, mais aussi une superbe fresque de François Schuiten sur General Motors, un retour sur l’affaire Elodie Kulik illustré par un dessin très délicat (vu le sujet) de Frédérik Peeters, Vuillemin illustrant à la manière de ses sales blagues un sujet sur la recette du chou farci, un dessin magnifique de David Pruhomme pour la nécrologie de Théo Angelopoulos, Ludovic Debeurme et l’interdiction des gros paquebots à Venise ou encore Joost Swarte faisant, sur une pleine hauteur de page l’iconographie de l’enquête sur les marchés de CO2.

Les lecteurs de “Libé” sacrent Coucous bouzon

Spécial BD, également, le cahier livres du quotidien au losange. Toujours aussi avant-gardiste et underground, en revanche. Son ouverture est consacrée à l’album gagnant le “Prix BD des lecteurs de Libération”, en l’occurrence Coucous Bouzon d’Anouk Ricard et sa satire de la vie de bureau. Puis vient, notamment, une enquête sur les “allumés suédois” et la nouvelle génération du pays scandinave, un zoom sur l’auteur finlandais Turunen, l’incontournable Art Spiegelman et la chronique illustrée de Willem. Avec son lot assuré de découvertes. A défaut d’aller au Festival, voilà au moins deux façons de conjuguer actu et BD.

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“Fakir” renoue avec le BD-reportage politique

Fakir, le “journal d’enquêtes sociales”, Amienois d’origine et rayonnant désormais dans tout l’Hexagone, renoue dans son nouveau numéro de septembre-octobre avec le “BD-reportage” (en plus des nombreux dessins de presse habituels dans ses pages).

En l’occurrence, une double page, intitulée “A la fin, c’est nous qu’on va gagner” (slogan gimmick de l’équipe). Cette politique-fiction imagine les dix premiers jours au pouvoir, en mai 2012 de la socialiste “Martine Hollande” (pas de prise de risque ou oécuménisme ?). Oeuvre de François Ruffin (l’âme journalistique du journal) et du dessinateur amienois Damien Cuvillier, ces deux planches conservent le côté acide et critique qui est la marque du magazine, mais le ton et l’épilogue sont plus portés à l’optimisme. L’utopie au pouvoir et l’envie d’y croire.

Si l’auteur de la Guerre secrète de l’Espace s’avère plus doué pour croquer Laurence Parisot ou Alain Duhamel que Jean-Luc Mélenchon ou le syndicaliste de Continental Xavier Mathieu, l’ensemble s’avère être une bande dessinée politique de bonne facture et une synthèse bien affutée sur les enjeux et écueils accompagnant un éventuel retour de la gauche au pouvoir.

Enfin, notons que le site internet du journal a bénéficié d’un joli lifting et s’est nettement enrichi.

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Charlie Hebdo croque l’Humanité

L’initiative avait été lancée l’an passé avec Fluide Glacial.

Ce vendredi 16 septembre, pour sa Fête, l’Humanité renouvelle l’expérience du journal entièrement illustré par des dessinateurs. Cette fois, c’est Charlie Hebdo qui “croque l’actu” et “squatte l’Huma“. Avec Wolinski en “une” (pas le plus inspiré), Luz, Riss, Besse (très bien), Catherine, Cabu. Et l’on notera tout particulièrement un strip “culte” : Pif rencontrant Patapon (par Charb) !

Un résultat réussi pour un numéro collector qui s’avère “gagnant-gagnant”. Pour le quotidien communiste qui a là une manière sympa et originale de lancer son week-end. Et pour l’hebdo satirique, toujours plombé par la période Val et l’affaire Siné, qui trouve ici un moyen de se repositionner sur une ligne plus “engagée” et lisible.