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Pierre Christin, de Goscinny au prix Goscinny 2018

Le scénariste de Valérian (entre autre) vient de se voir décerné le prix Goscinny 2019, notamment pour son dernier ouvrage, Est-Ouest, retour autobiographique et non dénué d’autodérision sur sa vie de scénariste et de bourlingueur, de l’Ouest américain jusqu’à l’Europe de l’Est derrière le rideau de fer. 

joli photomontage, entre l’histoire et la science-fiction, que l’on s’est autorisé à reprendre sur le site officiel de Pierre Christin (www.pierrechristin.com).

C’est une récompense plus que méritée. Pierre Christin est le Prix Goscinny 2019, destiné à mettre à l’honneur un auteur pour la qualité de ses scénarios. Comme l’a souligné Aymar du Châtenet (administrateur de l’institut Goscinny, dont dépend le prix), lors de la conférence de presse organisée ce 20 novembre : « En distinguant Pierre Christin, les membres du jury ont souhaité couronner à la fois un album dont le récit est celui d’un itinéraire exceptionnel et le témoignage d’une époque fondatrice du 9e Art. Il a également voulu rendre hommage à un auteur qui, par son talent, la qualité et l’importance de son œuvre, a largement contribué à donner au scénario ses lettres de noblesses. »

En effet, c’est peu de dire qu’il a démontré de telles qualités. Aujourd’hui âgé de 80 ans, avec 52 ans de travail dans la bande dessinée et une centaine d’albums à son actif, Pierre Christin a notamment fortement marqué de son empreinte au moins trois décennies de bande dessinée.

Une des créatures de l’univers de Valérian remercie son créateur. (toujours repris du site officiel www.pierrechristin.com)

Il fut à l’origine avec Valérian et Laureline, à la fin des années 60 – avec les fantastiques dessins de Jean-Claude Mezières en appui – de l’émergence de la science-fiction à la française. Une SF faisant la part belle au space-opera (pas pour rien que George Lucas s’en est clairement inspiré pour StarWars), mais surtout des récits nourris de réflexions sociologiques, ethnographiques, environnementales. Des qualités qui font de Valérian une série tout à fait d’actualité, qui n’a pas vieilli et, oserai-t-on dire “intemporelle” (ce qui va de soi, certes, pour des agents spatio-temporels).

Toujours porté par ce regard très politique et critique (sans être jamais partisan ou dogmatique), porté aussi par l’air du temps des 70′, Pierre Christin, c’est aussi l’album-culte Rumeurs sur le Rouergue (avec Tardi au dessin) suivie de la trilogie des “Légendes d’aujourd’hui” (avec Bilal). Ces histoires-là sont plus datées, mais possèdent toujours la même énergie réjouissante, la même aspiration utopique à voir la société se transformer.

L’Europe de l’Est, derrière le rideau, autre lieu privilégié par Pierre Christin (et, encore une fois, un photomontage réjouissant du site officiel)

Dans les années 80, c’est un Christin toujours aussi plus politique, voire prophétique, qui livrera – toujours avec Enki Bilal – ce qui demeurera peut-être son chef d’oeuvre : Partie de chasse (qui, mieux que bien des essais de “kremlinologues” attitrés, aura su capter la déréliction du stalinisme); une oeuvre qui avait été précédée d’un album tout aussi fort, Les phalanges de l’Ordre de noir (sur ce combat toujours engagé contre le fascisme).

En parallèle, dans une veine plus intimiste et délicate, ce furent aussi ces albums réalisés avec et pour Annie Goetzinger, superbes et singuliers “portraits souvenirs” de femme ou récits plus ludiques des polars de l’Agence Hardy.

Pour l’enseignant, l’universitaire (notamment à l’école de journalisme de Bordeaux qu’il contribua à fonder) qui amena ces toutes premières planches avec Mezières à Goscinny, alors patron de Pilote, ce prix est aussi une façon de boucler la boucle.

Pierre Christin succède à Jean Harambat pour ce prix, décerné cette année par un jury composé d’Anne Goscinny, (présidente de l’Institut René Goscinny), Jean Harambat (lauréat 2018), Stéphane Beaujean (directeur artistique du FIBD-9eArt+), Anne-Hélène Hoog (directrice du Musée de la bande dessinée d’Angoulême) ainsi que des auteur(e)s Florence Dupré La Tour et Valérie Mangin ainsi que des journalistes Anne Fulda (Figaro), Laetitia Gayet (France Inter) et du critique et spécialiste de la BD Didier Pasamonik (ActuaBD.com).
Le trophée sera remis pendant le festival international de bande dessinée d’Angoulême, le 26 janvier prochain.

dessin de couverture d’Est-Ouest, par Philippe Aymond. On the road again…

 

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La bande dessinée à tout prix

La fin d’année est synonyme de remise de prix, en bande dessinée, comme ailleurs. Petit récapitulatif.

La statuette du Prix Goscinny, remis par le FIBD d’Angoulême

Il n’y a pas que les feuilles qui tombent en ce moment. Les prix de bande dessinée aussi.
Nous avons déjà salué le Grand prix de la critique ACBD, attribué à La terre des fils, de Gipi (éditions Futuropolis). L’auteur italien fait d’ailleurs coup double puisqu’il a reçu aussi, quasi simultanément, le Prix RTL de la bande dessinée.

L’ACBD a aussi attribué son prix ACBD Jeunesse, pour Imbattable de Pascal Jousselin.

Début novembre, les Espaces culturels Leclerc de Michel Edouard Leclerc avaient déjà rendu leur verdict pour le Prix Landerneau 2017, catégorie BD. C’est l’album Jean Doux et le mystère de la disquette molle, de Philippe Valette (coll. Tapas / éditions Delcourt, enquête drôlatique dans une entreprise de broyeuses à papier) qui a été choisi par le jury présidé par Juanjo Guarnido. Le dessinateur de Blacksad a salué “une bande dessinée jouissive, drôlissime, accrocheuse et intelligente”, ayant apprécié “l’univers vintage et le style parfaitement adapté au propos mais qui réserve quelques surprises. J’ai été happé par l’histoire jusqu’au feu d’artifice final. On referme cet album, sidéré et avec un grand sourire“.

Autre média récompensant un album, le magazine littéraire Lire, qui a choisi pour sa part Une vie dessinée de l’auteur de Singapour Charlie Chan Hock Chye.

Au-delà de nos frontières, la Ville et le Canton de Genève ont décerné leur “Prix Rodolphe Töpffer international 2017”, saluant la meilleure bande dessinée en français parue dans l’année, à Scalp, la funèbre chevauchée de John Glanton et de ses compagnons de carnage, de Hugues Micol (éditions Futuropolis).

Par ailleurs, le Festival international d’Angoulême (FIBD) a annoncé, ce 30 novembre, son Prix Goscinny – Prix du scénario 2018. Celui-ci est attribué à Jean Harambat, pour son album Opération Copperhead (éditions Dargaud), amusant récit réécrit, dans un style fantaisiste et très british, d’une opération d’intoxication des britanniques, à la veille du débarquement en Normandie de 1944, impliquant les comédiens David Niven (déjà une vedette de premier plan) et Peter Ustinov.

En remontant un peu le temps, on peut encore y ajouter le Prix de la bande dessinée historique, décerné lors des Rendez-vous de l’Histoire de Blois, et qui est revenu, cette année à Pierre-Henri Gomont pour son adaptation de Pereira prétend d’Antonio Tabuchi.
Et tant qu’à rester à Blois, le récent festival de bande dessinée cette fois, BD Boum a aussi mis à l’honneur plusieurs auteurs, dont José-Louis Bocquet, Prix Jacques Lob du scénario, mais aussi Espé pour Le Perroquet (prix région Centre-Val de Loire, pour un album à portée citoyenne) et René Pétillon, Grand Boum 2017 pour l’ensemble de son oeuvre.

Après cette première salve, le prochain grand rendez-vous sera fin janvier, au festival d’Angoulême, qui vient de dévoiler aussi, en cette fin novembre, sa sélection officielle (pléthorique avec pas moins de 70 albums dans ses différentes sélections).

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Emmanuel Guibert, le scénariste, à l’honneur du Prix Goscinny

Le prix René Goscinny 2017 est attribué à Emmanuel Guibert pour l’ensemble de son œuvre.

Le Festival d’Angoulême et l’Institut René Goscinny viennent de décerner leur Prix Goscinny 2017. Et le lauréat en est Emmanuel Guibert.
Né en 1964, il commence à se faire remarquer, à la fin des années 90, comme dessinateur avec le joli album La fille du professeur (ed. Dupuis) avec Joann Sfar au scénario, puis un peu plus tard – et cette fois en scénariste – avec le space opera jeunesse et loufoque Sardine de l’Espace.
Deux séries fortes vont imprimer sa marque et lui apporter la reconnaissance du monde du 9e art – et cette fois en auteur complet – dans une approche sensible et intimiste : Le photographe (ed.Dupuis), tout d’abord, ou il évoque le travail d’une équipe de Médecins sans frontières en Afghanistan sur la base du témoignage et les photos de Didier Lefèvre.
La guerre d’Alan (L’Association) ensuite, créé à partir des souvenirs autobiographiques d’un “GI’s” venu s’établir en France, Alan Ingram Cope…