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Dans la douceur d’une petite église de France

Un petit bras de la Vesle, près du moulin, à Sept-Saulx (Marne). Photo : Philippe Lacoche.

Un petit bras de la Vesle, près du moulin et de la célèbre Auberge du Cheval-Blanc, à Sept-Saulx (Marne). Le Rémois Patrick Poivre d’Arvor, tout proche de cette chronique, saura de quoi je parle. Il a dû, enfant, se promener sur les rives verdoyantes de cette rivière si française. Gauloise, plutôt, puisque son nom proviendrait, dit-on, de nos moustachus et pugnaces ancêtres. Au retour de courtes vacances dans l’Est, je m’étais arrêté dans cette commune qui m’est chère. Je me répète, je le sais, lectrice comblée, soumise et attentive. Mon grand-père maternel officiait comme jardinier au château Mignot, dont la vaste et luxuriante propriété se trouve sur le territoire de ce village marnais. Là, j’ai passé mes vacances d’enfant et d’adolescent en compagnie de Guy, mon sacré cousin, dit le Pêcheur de nuages, qui a choisi de rejoindre ces derniers il y a une vingtaine d’années. Après la visite des membres de ma famille, je choisis de m’arrêter quelques instants au bord de cette petite Vesle que j’aime tant. L’onde, en chutant des vannes du moulin, produisait le même bruit doux, rassurant et lancinant que dans les années 1960 et 1970. Je contemplais l’eau à la recherche des dos fuyants, nerveux et méfiants des chevesnes, vandoises et rotengles. Le pêcheur qui sommeille en moi ne peut s’en empêcher; c’est un vice. Il en existe de pires. Puis, je me déplaçais légèrement sur la droite, le long de ce bras menu qui va se perdre derrière le stade municipal pour rejoindre les bras aqueux de sa mère. Ma petite fiancée m’attendait dans la Dacia, pianotant sur son téléphone portable. Elle devait se dire que j’étais vraiment un drôle de zigue à baguenauder ainsi sur les rives incertaines d’un presque ruisseau à la recherche de souvenirs enfouis dans la nuit des temps. Se doutait-elle que des images me traversaient l’esprit? Je revoyais la silhouette costaude de mon oncle Pierrot, le père de Guy, équipé d’une épuisette en train de remonter un énorme chevesne sous nos yeux enfantins, étonnés, ébahis et émerveillés. La bestiole devait bien afficher les deux kilogrammes sur la balance; ses écailles à la fois brunes et dorées étincelaient sous le soleil d’août. Subrepticement, survint M. Rouleau, le garde-pêche. Pierrot, craignant que l’homme de loi le verbalisât pour braconnage, expliqua que son intention n’était autre que de nous faire admirer le poisson. Et, joignant l’acte à la parole, il le relâcha tout de go. La bête fila, légèrement déboussolée, entre deux eaux, remuant les gravillons crayeux de cet enfant de Vesle. Le matin, étions-nous allés à la messe dans l’adorable églisette de Sept-Saulx où, dit-on, Jeanne d’Arc s’était agenouillée pour prier et où mon cousin Guy officiait comme enfant de chœur? C’est fort probable. Le curé arborait un menton en galoche. Il nous parlait de sa sœur dont la santé, confiait-il, d’une voix de stentor, se dégradait. «Et si ma sœur devenait impotente, je vous quitterais, mes amis…» Cette phrase m’avait à la fois marqué et amusé. Je la répétais à l’envi lors des déjeuners dominicaux qui sentaient le champagne Boutillez et le ratafia; ce mini-sketch faisait rire les miens. Tout cela se passait dans la douceur des Trente glorieuses où il faisait bon, qu’on crût ou non, de se recueillir dans les églises de France. Jamais, alors on eût imaginé, qu’une ordure illuminée pût venir nous décapiter à l’aide d’une lame de 17 centimètres.

PHILIPPE LACOCHE

 

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PPDA: une passion bretonne

Dans un récit poétique et échevelé, l’écrivain déclare sa flamme à cette fascinante contrée.

Patrick Poivre d’Arvor, dans le train d’Abbeville à Paris, en avril 2013. Photo : Philippe Lacoche.
Patrick Poivre d’Arvor et Brigitte Ternisien, libraire à Abbeville, sur le quai de la gare d’Abbeville. Avril 2013. Photo : Philippe Lacoche.

    Je suis né et j’ai grandi à Reims. Longtemps, chez moi, la Bretagne a été d’abord un manque. Que je n’ai eu de cesse de combler.» C’est par ces belles phrases que Patrick Poivre d’Arvor commence son récit? Récit? le mot est exact, certes, mais il est faible; son hymne, sa longue lettre d’amour pour cette région si typique de France. Car c’est bien d’amour dont il s’agit ici. La Bretagne au cœur: le titre en témoigne.

«Un livre écumant et puissant comme la marée.»

Amour des paysages, de la mer et des terres, d’abord. Pour ce faire, il part de Trégastel, son fief familial et intime, et se promène, lentement, le regard aiguisé et l’âme celte en bandoulière. Il en profite par nous donner à lire de succulents morceaux de littérature, à la fois poétique et réaliste. Séduisante, toujours. «Et si Salvador Dali, ce génie fantasque, s’était trompé? Et si le centre du monde, son cœur battant, n’était pas la gare de Perpignan, comme il l’avait proclamé, mais la pointe Saint-Mathieu qui illustre la couverture de ce livre?» écrit-il. «Ma balade en Bretagne ne peut commencer ailleurs. Fin de la terre, face à la mer. Un territoire d’écume et de vent violent, aux falaises escarpées et à la couleur du ciel unique, que le soleil s’en mêle ou pas. Un territoire qui se mérite, étape extraordinaire, par la majesté du paysage offert, d’un pèlerinage géographique et sentimental, pour qui possède la Bretagne au cœur.» La Bretagne au cœur; nous y voilà. On le suit dans ses descriptions nettes et précises comme un compas (éclairé) de navigateur. Patrick Poivre d’Arvor a le sens de l’image percutante et juste; on est en droit de l’en féliciter: «Derrière de hautes haies taillées à la perfection, les demeures ont de la tenue et les jardins ressemblent à des piscines d’herbe vert d’eau.»

Mais la Bretagne de Patrick Poivre d’Arvor n’est pas seulement faite de paysages; elle est aussi faite de femmes et hommes, incrustés, incarnés dans cette terre, d’eau, de sel et de granit. Ou, parfois, simples passants observateurs et attentionnés. Ainsi, on aperçoit Miossec au détour d’une chanson. Olivier de Kersauson qu’il dépeint à la faveur d’un portrait de très haute tenue: «Qui, mieux qu’Olivier de Kersauson, incarne dans l’imaginaire de tous le pays de la mer et celui de la fin de la terre, le roc mêlé à l’océan? J’ai une tendresse particulière pour Kersau. L’Amiral à la proue de Geronimo.» Hommage aussi à ce bel écrivain qu’est Yann Queffélec, fils du grand prosateur Henri Queffélec à l’indiscutable talent mais à l’exigence étonnante. Passent aussi des écrivains amis comme Arnaud Le Guern, Sébastien Lapaque, Jérôme Leroy et Franck Maubert tandis qu’il s’attarde sur le bouillonnant et intrépide Jean-Edern Hallier. Parfois, les anecdotes fleurissent. Par exemple, on apprend – et ce n’est pas à son honneur! – que Sartre pissa sur la tombe de Chateaubriand et que Patrick Le Lay – c’est tout à son honneur! – aida le journal L’Humanité quand celui connut de graves difficultés. Un livre écumant et puissant comme la marée. Un régal.

PHILIPPE LACOCHE

 

La Bretagne au coeur, Patrick Poivre d’Arvor; éd. du Rocher; 178 p.; 16,90 €.

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Neige des hivers d’antan et grêle d’escargots

Je n’aime plus l’hiver. Je l’ai beaucoup aimé, enfant, lorsqu’il était blanc. Je me souviens des bonhommes de neige que nous faisions, mes copains et moi, sur la petite montée, près du transformateur électrique qui menait à la cité Roosevelt, à Tergnier. Ces carottes que nous déterrions dans les silos des jardins de nos pères ou grands-pères, carottes nasales; ces boulets de charbons qui provenaient des caves familiales, boulets oculaires. Les hivers, alors, scintillaient de cristaux de joie neigeuse. Il me revient aussi ceux des vacances d’hiver que je passais à Sept-Saulx, entre Reims et Châlons-sur-Marne (pas encore Châlons-en-Champagne) chez mes grands-parents maternels, jardinier et gardienne de la propriété du château Mignot. Les Trente glorieuses exultaient. 1961 ou 1962; c’était la fin de la guerre d’Algérie. Un de mes oncles portait un uniforme. Permission pour les fêtes? Certainement. Son calot, plié à la japonaise, enroulé sur son épaule gauche. Son teint basané, sa peau tannée par les presque vents du désert, juraient sur le blanc immaculé du chemin poudreux qui menait à la Vesle. Mon regretté cousin Guy (le Pêcheur de nuages) et moi, emmitouflés comme des esquimaux, nous envoyions des boules ouatées en hurlant. Ces hivers-là détenaient le parfum, rare et précieux, de joies merveilleuses. Que sont-ils devenus, ces hivers de l’enfance? Enfouis sous les épidermes et dermes des années mortes. L’hiver 2019-2020 ne me séduit guère; sa mélancolie jaunâtre et humide m’inquiète. Ses ciels ressemblent à ceux des printemps précoces qui s’effilochent, dès mars, en des langueurs filandreuses et grêlées comme les peaux des ados.

De la grêle, parlons-en. Devant ma maison de Résistant du faubourg de Hem, à Amiens, les grêlons, sur les herbes sauvages que je laisse pousser sur ma façade, ressemblent à des oeufs d’escargots.

De la grêle parlons-en. Il y a quelques semaines alors que je m’apprêtais à rentrer dans ma maison de Résistant du faubourg de Hem, une averse de grêle s’abattit sur le quartier. Je me penche vers le trottoir, attiré par les perles de glace qui recouvrent, peu à peu, les minuscules herbes sauvages que je persiste à laisser pousser devant la façade. Les petits grêlons me font penser aux œufs d’escargots que nous trouvions, enfants, dans les talus et jardins de la cité Roosevelt. L’enfance, toujours l’enfance, encore l’enfance; je n’en sortirai jamais.

Le groupe So Watt, au Saint-Germain, à Amiens.

Il me faut parfois de la musique pour l’oublier et ne pas sombrer dans la nostalgie. Ainsi, l’autre soir, à mon cher bistrot Saint-Germain, j’ai assisté au concert du duo So Watt (06 21 59 12 14; sowatt.group@gmail.com). Ester, au chant, et Vincent, à la guitare, égrènent avec talent des reprises de jazz et de soul. À leur répertoire: Ella Fitzgerald, Amy Winehouse, Etta James, Otis Redding, etc. J’eus, alors, l’impression étrange de vivre l’instant présent jusqu’au moment où un morceau me rappela, encore, non pas l’enfance, mais l’adolescence. Un concert des Candles, groupe ternois, équipé d’une section de cuivre puissante et rougeoyante comme le foyer d’une locomotive à vapeur. Un concert, oui, certainement au dancing de Fargniers; mon cousin Guy devait se trouver à mes côtés. En écoutant la reprise de Sam & Dave pensions nous, de concert, aux hivers enneigés de nos enfances défuntes. Le Pêcheur de nuages n’est plus là pour me répondre. So sad.

Dimanche 9 février 2020.

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Bulles Picardes historique Les albums à ne pas rater

Lille et Reims au fil de l’Histoire

x Lille, tome 1: de Lydéric et Phinaert à Charles le Téméraire, Thomas Mosdi (scénario), Winok, Wilmot, Brazao, Chandre (dessin), Béatrice Merdrignac (suivi historique). Editions Petit à Petit, 80 pages, 15,90 euros.
Reims, tome 1: de Clovis à Jeanne d’Arc, Jean-David Morvan (scénario), Rousseau, Scietronc, Ooshima, Ortiz, Vornière, Villaniy (dessin). Editions Petit à Petit, 80 pages, 15,90 euros.

Depuis un certain temps déjà, les éditions Petit à Petit, basées à Rouen ont développé une collection sur l’histoire de villes françaises. Logiquement débutée par Rouen (4 albums parus), puis Le Havre (en 2 tomes), Caen ou Dieppe, la collection sort désormais de ses bases normandes et s’étend sur l’Hexagone, à Nantes, Bordeaux, Le Mans ou Nice. Pas encore Amiens (mais l’ex-capitale picarde pourrait être évoquée dans les années prochaines), mais on se rapproche avec cette fois Lille et Reims.

Le principe est le même à chaque fois. Une approche chronologique – en gros pour ces premiers tomes de la série, des Gaulois jusqu’au Moyen Âge – rythmée en une dizaine de chapitres illustrés en bande dessinée, chacun étant précédés et suivis par un mini-dossier historique bien documenté.

Pour Lille, “ville la plus assiégée de France”, passée du Comté de Flandres au royaume de France, disputée entre Saint-Empire romain germanique et Pays-Bas espagnols, peuplée depuis la préhistoire mais citée pour la première fois dans une charte de 1066, l’histoire – ici – se déroule au fil de la Deûle et avec la rivière “noiraude” comme fil rouge. Déifiée et prenant forme humaine à l’occasion, celle-ci va accompagner – voire orienter – certains épisodes historiques, du jeune chevalier Lydéric établissant les bases de la future ville après avoir battu le seigneur-bandit Phinaert au VIIe siècle jusqu’à la mort de Charles le Téméraire en 1477.
Le rapport à la Deûle est un peu artificiel, et parfois un brin lourdingue, mais les diverses anecdotes historiques révèlent un passé riche et pas forcément connu.

Même logique générale pour ce premier album consacré à Reims. C’est cette fois le scénariste réputé Jean-David Morvan qui est à la manoeuvre (et s’est chargé également de la partie documentaire). Pas de rivière cette fois, mais une dynastie de tailleurs de pierre (les Sertor et leur tendance à faire des personnages souriants) pour avancer au fil de l’Histoire. Le ralliement du chef gaulois local aux Romains, le baptême de Clovis, l’édification de la première cathédrale Notre-Dame, ponctuent ce premier tome, jusqu’à Jeanne d’Arc et au sacre de Charles VII.

Les récits, là encore évoquent des anecdotes historiques intéressantes. Et, point notable s’agissant d’une bande dessinée, les dessins sont, toujours dans un registre réaliste, globalement plus réussis et variés que pour l’album lillois.

Si l’objectif d’une telle collection est bien avant tout de capter un public local, les éléments historiques apportent un vrai enrichissement pour tous lecteurs.

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Non, on ne danse pas pour rien…

 

De gauche à droite : Fiston Bidienfono, Francis Lassus et DeLaVallet Bidienfono. Photo : Philippe Lacoche.

C’était le jour de mon anniversaire. Le midi, mon adorable petit Milou doux m’avait invité chez elle. Champagne Chanoine, blanc de noirs, pinot noir et pinot meunier, de Reims, très brut. Kedgeree, succulent plat anglo-indien à base de haddock fumé, d’œufs durs, de persil, de curry et de beurre. Un délice. Dehors, l’air était enduit d’une brume glaciale. Bientôt, une pluie noire claqua contre les vitres. Milou sortit deux couvertures suédoises fuchsia; nous nous installâmes sur le canapé, devant un DVD: Le Cercle littéraire de Guernesey, de Mike Novell, avec la jolie comédienne Lily James qui se fit connaître à la faveur de la série britannique Downton Abbey. Un film très émouvant qui évoque l’occupation de l’île de Guernesey par les troupes d’outre-Rhin; ces dernières avaient fait de l’endroit une base ultime avant – croyaient-ils, ces sacrés Teutons! – d’envahir l’Angleterre. C’était sans compter sur le courage exemplaire, l’abnégation et la dignité du peuple britannique et de Churchill. Histoire, amours et émotions: un bon moment cinématographique. Le soir, mon petit gnou m’invita à dîner au restaurant Le Quai, quai Bélu, dans le quartier Saint-Leu, à Amiens. L’eau du fleuve Somme fumait telle une soupe aux pois cassés. Les pavés luisaient, humides et gras comme les panses des porcs berkshire. On se serait cru au cœur de Sous la lumière froide, l’un des meilleurs livres de Pierre Mac Orlan. Nous nous installâmes bien au chaud et devant des verres de tariquet. Alors que nous attaquions nos plats, je sentis les yeux de mon voisin de tablée se braquer sur moi.

–Tu n’es pas Philippe Lacoche?

Je contemplais l’homme. Et, tout de suite, je percutais comme le percuteur d’un Beretta 92 FS.

–Francis Lassus!

Francis Lassus, au restaurant Le Quai. Il vient de me reconnaître; nous nous souvenons de notre rencontre au Salon du livre de Deauville, en compagnie de Christian Laborde. Mon petit Gnou nous écoute attentivement… Photo : Philippe Lacoche.

J’avais rencontré Francis, une dizaine d’années plus tôt, lors d’un concert qu’il donnait, en hommage à Claude Nougaro, en compagnie de mon ami l’écrivain Christian Laborde, au cours du Salon du livre de Deauville. J’étais avec mon Milou doux. Nous avions fortement sympathisé. Au Quai (des brumes), Francis me fit savoir qu’il se trouvait à Amiens depuis deux jours car il allait participer, en tant que musiciens (batterie, percussions, chœurs, guitare, etc.) au ballet Monstres, on ne danse pas pour rien, de DeLaVallet Bidienfono, à la Maison de la culture. Ancienne danseuse, mon petit gnou se mêla, non sans grâce et sur la pointe des mots, à notre conversation. Francis nous invita à nous rendre au spectacle. Ce que nous fîmes. Et là: le choc. Du lourd. Du très lourd. Du beau, du puissant. Du direct. Du singulier. Le chorégraphe congolais DeLaVallet Bidiefono (qui a fondé, il y a dix ans, à Brazzaville, la compagnie Baninga) nous a donné à voir et à entendre une œuvre déroutante d’une beauté brutale et poétique. Les textes de Rébecca Chaillon et Armel Malonga (qui se retrouve nue sur scène, à jouer de ses formes généreuses et à se rouler dans la farine lors de la confection d’un pain symbolique) débordent d’excès charnus et de sensualité baroque. Les huit danseurs (dont Fiston et Destin, du clan Bidiefono) s’en donnent à coeur-joie. Sur l’estrade en escalier, non loin de Francis, un autre batteur : Raphaël Otchakowski, à la sublime et étonnante voix de contre-alto. Parfois, la musique développait des accents du Magma, de Christian Vander, des années 1970. À mes côtés, mon petit gnou jubilait. Elle devait se dire, elle, l’ancienne danseuse que, comme le dit DeLaVallet Bidiefono, «on ne danse pas pour rien».

Dimanche 3 février 2019.

 

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    Une poésie tétanique

Matthieu Mégevand nous fait revivre les souffrances du poète Roger Gilbert-Lecomte.

Fondateur du

Matthieu Megevand.

Grand Jeu (avec Roger Vailland, Robert Meyrat et René Daumal), Roger Gilbert-Lecomte était un poète génial et maudit qui se détruisit aux drogues dures et aux alcools délétères. Dans les années 1930, il contribua donc à fonder à Reims, la revue littéraire Le Grand Jeu qui devint l’un des mouvements littéraires et poétiques les plus importants – et les plus méconnus aussi – du XXe siècle. Celui-ci, parallèle au Surréalisme – sans que les jeunes Rémois eussent été au courant de l’existence du rassemblement poétique d’André Breton, fut capital dans la littérature française. Ces jeunes gens intelligents et sombres comme étaient issus de la petite bourgeoisie; ils détestaient leur milieu, crachaient sur ses odeurs de pot-au-feu dominical et de pantoufle chaude. La Grande Guerre venait de prendre fin; le fantôme d’Arthur Rimbaud non plus (à Charleville-Mézières). Ils se prirent pour le créateur du «Bateau ivre», pour Lautréamont et Artaud. Dans La bonne vie, son roman, Matthieu Mégevand écrit: «En attendant, hors des murs familiaux ou scolaires, pendant de longues heures laissées libres, que faire?». Il nous invite à suivre Roger Gilbert-Lecomte dans son parcours littéraire, son martyre, sa vie effroyable car il mourut à Paris, à l’âge de 36 ans, victime du tétanos, les bras criblés par les piqûres d’héroïne. Gilbert-Lecomte: une manière de Christ rock épinglé sur sa croix de souffrance par les shoots de blanche.

Dans les rues de Reims

Roger Gilbert-Lecomte et ses copains arpentaient les rues de Reims, le parc de la Patte-d’Oie, la place d’Erlon, l’hôtel Crystal, la guinguette du Cosmos ou le dancing Aquarium; ils y trompaient leur spleen bluesy et expérimentaient les paradis artificiels afin de s’écarter de l’ordre et du plat quotidien. Ils fument, boivent dans des dancings bondés, du madère, de l’eau-de-vie, du Picon, du champagne et du gin; ils arborent des sourires secs, des regards entendus, beaucoup de cynisme et d’humour noir. Gilbert-Lecomte, Daumal, Meyrat et Vailland sont affalés sur des canapés,; ils appellent des filles. Ils font les fiers, «ingurgitent, se lancent cajoleries et quolibets, et c’est fou ce que l’alcool, la musique et la nuit peuvent receler d’étourdissements et de liberté». Gilbert-Lecomte écrira, au cours de sa vie brève, poèmes, haïkus et proses et poèmes d’une beauté imparable. Vailland deviendra un immense romancier (Les mauvais coups), un résistant courageux (Drôle de jeu) et un reporter talentueux. Daumal se perdra dans le mysticisme. Il fallait un écrivain, un grand, et un styliste doué pour évoquer et rendre palpable la souffrance et les pérégrinations de Gilbert-Lecomte. C’est Matthieu Mégevand. Son écriture est ciselée et précise. Toujours sincère et juste. Le portrait d’André Breton, cet autocrate à l’haleine d’ail et au style bien compliqué, est une merveille. Ce livre est très réussi. (À noter que Matthieu Mégevand envisage d’écrire une trilogie sur trois artistes: un écrivain, un peintre et un musicien. Gilbert-Lecomte est l’écrivain; Toulouse-Lautrec sera le peintre. Quant au musicien, il reste à définir.)Philippe Lacoche

La bonne vie, de Matthieu Mégevand, Flammarion, 155 p., 16 €.

 

 

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Copines et copains Dessous chics

  Mes Dessous chics? Manon! À quoi bon?

                 Une amie très chère, à l’accent justement birkinien, m’a rendu, il y a peu, le CD Birkin-Gainsbourg, Le Symphonique. Je l’ai embarqué dans ma voiture et n’ai cessé de le passer. Grâce aux arrangements égrenés par l’orchestre symphonique, j’ai redécouvert à quel point Gainsbourg avait l’âme slave. Cette mélancolie

La couverture de l’album Le Symphonique de Birkin-Gainsbourg.
Lou-Mary lors d’un spectacle au cabaret la Belle Epoque, en novembre 2009. Elle y chantait notamment “La Gadoue”. Son côté très birkinien faisait mouche.

profonde et tenace qui se dilue dans les eaux absinthe de la tristesse; cet humour dadaïste. Il n’y avait que Birkin et sa voix indicible, si singulière, pour tenir tête aux succulents arrangements de Nobuyuki Nakajima. Je l’ai passé, et repassé. Dehors le temps était gris plomb. Les guirlandes de Noël frissonnaient sous l’effet d’un vent glacial. Je repensais, mélancolique à mon tour, aux événements de ma vie qui furent accompagnés par quelques-uns de ces chansons. 1984. «L’aquaboniste»: nous habitions, Féline et moi, rue Pierre-Jacoby, à Beauvais. Je revois la tête du boucher, au rez-de-chaussée de notre immeuble. Des yeux noirs; une barbe bleutée. Une tête à jouer dans un film de Marcel L’Herbier. Début des années 1990. Sur la route entre Sept-Saulx et Reims. Je reviens des obsèques de mon cher cousin Guy, le Pêcheur de Nuages. Dans la voiture, ma cousine et moi, les yeux embués, nous nous interrogeons longuement sur son choix. Elle finit par dire: «Son désespoir était finalement contenu dans la chanson de Gainsbourg: «Fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve…»…» Je revois la rocade, aux abords de Reims. L’air crayeux. Et toute cette tristesse autour de nous alors, qu’enfants et adolescents, nous avions été si heureux dans la légèreté douceâtre des étés champenois des Trente glorieuses au parfum de blé mûr. 1978. Nous écoutons «Manon», Féline et moi. Nos amours sont naissantes. Les plus beaux instants. Nous nous promenons dans cette Aisne estivale d’antan. Je revois la pochette du disque vinyle de Gainsbourg qui contenait cette chanson grave et imbibée de désespoir amoureux. Nous empruntons le chemin de halage du canal de Saint-Quentin pour aller rendre visite à notre copain Jean Brugnon, éclusier de profession qui, cet été-là, officiait au Point Y. Qu’est devenu Jean Brugnon? 2005. Chez moi, port d’Amont. Lady. B à mes côtés, admirable panthère lascive et sensuelle, ébroue sa crinière brune et me lance, éclatante de sourire et de grâce de dame mûre: «Ta chronique, pourquoi tu ne l’appellerais pas Les Dessous chics, mon chaton?» Les lignes que tu lis chaque dimanche, lectrice adulée, viennent d’être baptisées. 2007. Lou-Mary, vêtue d’un ciré jaune et de bottes en caoutchouc, sur la scène du cabaret La Belle époque, à Briquemesnil-Floxicourt, dans la Somme, chante «La Gadoue» en secouant son joli corps de grande didiche. En écrivant ses lignes, je regarde sur Internet et tombe sur une photographie du fameux cabaret. Envie de boire ou de pleurer. Au choix. Pas les deux, non; un Ternois est incapable de faire deux choses aussi importantes en même temps. Mai 2002. Suis au comptoir du bar Le Saint-Pierre, à Abbeville. J’attaque ma cinquième Bavic. Je croise le regard de Léo, lolita brune comme les blés. Elle a 23 ans; j’en ai 46. Un divorce derrière la cravate et quelques bagarres au compteur. Je lui dis d’une voix pâteuse: «Tes vingt ans, mes quarante, si tu crois que cela me tourmente», à la barbe de son fiancé. Elle me sourit, troublée. Notre passion folle durera trois ans.

Dimanche 24 décembre 2017.

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Rêver au bruit des moteurs des motoculteurs

Dans ma grosse tête de Ternois des sixties, tout est prétexte à rêverie. Par un beau dimanche d’automne ensoleillé comme une jeune fille de mai, je baguenaudais sur la quatrième fête du musée des hortillonnages, à Rivery, en compagnie de la Marquise. Le matin même, sur les ondes de France Inter, ma chère radio nationale, j’avais entendu un homme parler si bien du poiré («Ce crémant de poire», disait-il en salivant) que je me mis en tête d’en chercher en ces lieux. Je n’en trouvais point. En revanche, je me régalais de succulents fromages de chèvres, de délicats petits saucissons de bœuf et de mouton. Nous déjeunâmes de charcuteries bios (museau, lard, jambon) qui relevaient du divin. (Il eût été n

Soudain, je restai planté devant des motoculteurs anciens. J’étais tétanisé.

écessaire d’entreprendre des recherches sérieuses, de retrouver les porcs qui, titulaires d’une manière de hauteur d’esprit, avaient fait don de leurs corps à la science de la gastronomie charcutière, et de les décorer à titre posthume.) La marquise dégota, à l’ombre, une charmante petite table métallique et rétro. Nous nous installâmes; pour lui faire plaisir, je me rendis, lunettes noires de vieux rocker décati sur le nez, jusqu’à la buvette, et revins avec deux grands verres d’un côtes-de-blaye aussi blond que les cheveux de la regrettée Anita Pallenberg. J’aime la vie quand elle le prend comme ça. Toute en légèreté, en douceur automnale, en cochonnailles moelleuses. René Nowak, le créateur du lieu magnifique, nous invita à visiter le musée. Passionnant. Soudain, je restai planté devant des motoculteurs anciens. J’étais tétanisé. Je fermai les yeux. Le ronronnement d’un moteur, au loin. Un jardin potager au bout des pelouses, en face du château de Sept-Saulx, entre Reims et Châlons-sur-Marne (et non pas Châlons-en-Champagne, ce nom «moderne» qui tourne le dos à la rivière pour embrasser une région qui lui doit tant! La modernité est une ingrate, une garce) où mon grand-père exerce la profession de jardinier. C’est l’été. Je suis en vacances. Chaleur torride. Année 1966 ou 1967. Un peu plus loin, les tondeuses poursuivies par leurs bonnes odeurs d’essence et d’herbe coupée. Mon cousin Guy, le pêcheur de nuages, m’entraîne vers la Vesle, la plus française et la plus gauloise des rivières de France. Des vandoises et des chevesnes nous y attendent. Au bord de l’eau, nous fumons nos premières baltos et gauloises jaunes, goût Maryland. Nous pensons à Nelly et Sylvie Girardot, jeunes filles du village dont nous sommes amoureux. Mes vacances au château de Sept-Saulx ont la douceur de la pierre tiède et crayeuse des maisons; elles sont rassurantes comme la lecture du Pèlerin qu’une dame pieuse vient apporter chaque semaine à ma grand-mère. Je rêvais, je rêvais; tout est prétexte à rêverie. La Marquise m’invita à trinquer. Nos verres tintinnabulèrent. Retour au passé simple et à l’imparfait. Le présent d’hier, déjà, se fanait comme les fleurs en automne, même sous le soleil de Rivery. Notre enfance devrait toujours se conjuguer au présent.

                                    Dimanche 22 octobre 2017.

 

 

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Douce arrière-saison à Merlieux

     La Fête du livre du Merlieux, dans l’Aisne, est l’une des plus belles manifestations littéraires de Picardie. Ce village est un petit bijou de vieilles pierres crayeuses, qui, bien souvent, se laissent caresser, telles de vénérables dames, ex-blondes sensuelles, par la douceur tiède d’un soleil d’une splendide arrière-saison. Il faisait doux et tiède, encore, en ce dimanche. La Marquise m’accompagnait. Elle y signait, comme moi, ses livres. Elle ne connaissait pas; elle découvrit, enchantée, secouant de plaisir sa crinière de lionne brune, baguenaudant parmi les bouquinistes, humant ces vieux papiers qu’on voudrait, jamais ô grand jamais, ne voir disparaître, déchiquetés par les dictatures impitoyables des nouvelles technologies. J’ai connu les prémices de la Fête du livre de Merlieux à la fin des années 1980, si mes souvenirs sont bons. (Ils ne le sont plus, je sais, lectrice fessue, jeune et ricanante; «la vieillesse est un naufrage», eussent pu dire Henry de Montherlant et Romain Gary qui trouvèrent, eux, des solutions radicales et non sans panache.) Je me souviens des repas conviviaux et si littéraires en compagnie de Daniel Corcy, le maire de Merlieux de l’époque, créateur de l’événement, de Régine Deforges, rousse, sensuelle et désirable, et de bien d’autres. (Je crois que j’ai été accompagné à Merlieux, par toutes les femmes et filles qui ont compté dans ma vie de marquis. Elles en revinrent, à chaque fois, transformées, la mine réjouie, comme après une première étreinte amoureuse. Mais le bonheur de la littérature et de la lecture n’est-il pas, au fond, rien d’autre qu’un coup de foudre entre un écrivain et une lectrice énamourée?) En passant devant une sculpture métallique qui lui est dédiée, il m’en souvint aussi du romancier Yves Gibeau

La sculpture en hommage à Yves Gibeau, dans un jardin, à Merlieux.

que je retrouvais souvent à Merlieux. Il résidait à Roucy, dans l’Aisne (où il est décédé en 1994), pas très loin de là. Je l’ai connu à la fin de sa vie; tout de suite, le courant passa entre nous. Nous nous retrouvâmes ensuite à Laon, à Reims, à Saint-Quentin. Je revois sa belle tête de neige où brillaient deux yeux clairs, manières de petits glaciers. Il parlait des temps anciens, de son passé de chansonnier, de Boris Vian qu’il avait bien connu, de son travail de journaliste à Libération, puis à Combat, de son activité de cruciverbiste. Il me parlait aussi d’Antoine Blondin et leurs dégagements au Vel d’Hiv. Je lui disais tout le plaisir que j’avais éprouvé en lisant son roman Allons z’enfants (Calmann-Lévy, 1952), du prix Populiste qu’il obtint grâce à son livre Les Gros Sous (Calmann-Lévy, 1953), prix que j’obtins quelques années plus tard, autre point de connivence. Et surtout, je ne cessais de le questionner sur son sublime et dernier roman (récit plutôt car totalement autobiographique) Mourir idiot (Calmann-Lévy, 1988). Je buvais des bières pression; il buvait du whisky, en regardant Féline, mon ex-épouse qu’il trouvait fort mignonne. À la faveur d’un reportage au début des années 2000, je me suis rendu sur sa tombe au cimetière de Craonne, haut lieu de bagarres sur le Chemin des Dames. C’est là que cet antimilitariste convaincu avait voulu reposer. En contemplant cette tombe toute simple et herbeuse, j’avais l’impression qu’elle s’éclairait de l’intérieur: les glaciers de ses yeux bleus continuaient d’étinceler.

                                           Dimanche 1er octobre 2017.

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Dessous chics Non classé

Une ampoule à l’âme et un Noël gris

    Que la vie est étrange! Tout part d’une ampoule grillée, sur le phare avant droit de ma Peugeot 206 toute cabossée (275 000 kilomètres au compteur; je ne m’en séparerai pour rien au monde; c’est ma façon à moi d’emmerder la société de consommation; ne pas racheter de voiture; on développe la Résistance que l’on peut; celle-ci, je le reconnais, lectrice adulée, est minuscule). Noël approche. Des guirlandes fades pendouillent dans la rue Jules-Barni que je remonte pour me rendre à Longueau afin de faire changer, dans un garage, cette fichue ampoule. Avant, j’étais passé à Saint-Leu, devant l’immeuble où j’avais emménagé, en septembre 2003, après avoir quitté Abbeville, et ma vie d’antan par la même occasion. Je longeai la Somme, me souvenais qu’à Abbeville, justement, je résidais dans un appartement duquel j’apercevais le fleuve. Je m’étais retrouvé à Saint-Leu, en 2003, devant le même cours d’eau. Étrange impression de suivre le fil de l’eau. J’arrive à Longueau; je passe devant la maison de l’avenue Henri-Barbusse que je louais avec Lou. Une autre vie encore. J’avais avancé vers l’Est, vers mon cher département de l’Aisne, celui de mon enfance, de mon adolescence. Tergnier. Ce matin-là, la lumière était grise, humide; je me demandais quel temps il faisait à Tergnier. Les mêmes guirlandes certainement. Je roulais vers le garage; ma vie défilait dans ma tête. Tous ces lieux quittés, abandonnés; toutes ces femmes, ces filles. Les Kinks, sur l’auto

Claire Barré, auteur du livre “Phrères” sur le Grand Jeu.

radio, accompagnaient ma mélancolie qui avait la couleur du temps, de l’air, du ciel. Grisâtre, humide, un peu gras. Je me disais qu’après Longueau, je m’étais retrouvé faubourg de Hem, à l’Ouest où je vis toujours. Un nouvel éloignement de l’enfance, de l’adolescence. La vie file comme l’eau de la Somme. Que faire? Changer l’ampoule pour tenter de retrouver la lumière? Peut-être. Les Kinks sont là; ils me tiennent chaud. «Plastic Man», «King Kong». Mélodies immuables; pansements colorés comme des tubes de Smarties. Il en est quelques-uns, comme ça, dont j’ai besoin. La littérature en fait partie. Je me souvenais aussi que j’avais résidé trois ans à Beauvais. J’avais fait la connaissance de Jacques-Francis Rolland, ami de Roger Vailland. Vailland: mon Kinks de la littérature. Pansement essentiel; quand le blues me noue les tripes, je replonge dans ses Écrits intimes. Ça m’aide à tenir debout. Le garage était en vue. Je me souvins que deux semaines plus tôt, je m’étais rendu à la bibliothèque d’Amiens pour y rencontrer Claire Barré qui donnait une conférence pour y présenter son livre Phrères (éd. Robert Laffont) dans lequel elle évoque le Grand Jeu, mouvement littéraire, fondé par Lecomte, Daumal, Meyrat. Et Vailland. Les Phrères simplistes. Un drôle de jeu, à Reims. Le garagiste changea l’ampoule de ma 206. La ville était toujours aussi grise. Noël ne me réussit plus, moi qui les aimais tant, le Noëls d’antan, blancs, familiaux, douillets. Je repassais devant la Somme. Même eau grisâtre qui filait vers la mer, immense, profonde et absurde. Infinie. «On ne devrait jamais quitter Montauban», disait Lino Ventura. Fallait-il quitter Tergnier?

                                                          Dimanche 8 janvier 2017