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Bouboule, Blaise et les frelons asiatiques

L’homme de l’art procède à la destruction du nid de frelons asiatiques.(Photo : Philippe Lacoche.)

   Mes bons voisins, Tio Guy et Béa, m’ont téléphoné, très intrigués, presque affolés.

– Tu as vu le nid dans l’un des pommiers du verger?

«Un nid? Un nid d’oiseau», pensai-je. «Bon. Mais pourquoi, diable, cet appel surprenant?»

– Un nid, oui. Et alors?

– Regarde de ta terrasse. Tu vas voir! Un nid de frelons asiatiques.

Je fonce sur la terrasse. Et là, à à peine dix mètres de ma tronche de piqué potentiel, un énorme nid, une manière de lanterne crémeuse, gigantesque, à base de cellulose. Superbe, à dire vrai. Une sacrée architecture. Comme si les bestioles avaient travaillé à la petite cuillère ou au couteau à peindre. Je m’approche d’un peu plus près. J’aperçois trois ou quatre indigènes, noirs et jaunes comme le drapeau du bien-aimé Empire russe.

– Fais gaffe quand même! C’est mauvais, ces bêtes-là, me prévient Tio Guy. Tu veux mon casque de motard?

Toujours le mot pour rire, Tio Guy. Même dans les situations les plus périlleuses. A deux mètres du nid, un frelon asiatique se met à me regarder de ses minuscules yeux sournois. Je me souviens des bastons dans les bals à la Maison des arts et loisirs de Tergnier (Aisne), dans les années 1970. «Ne jamais baisser le regard, sinon, tu es mort!», m’avait prévenu Bouboule, un fier à bras, gentil comme tout, mais qu’il ne fallait trop chatouiller surtout quand il avait abusé de la bière du Nain d’Alsace. J’avais retenu la leçon; je ne baisse pas les yeux. Lui non plus, le salaud! Que faire dans ces cas-là? Je suis désarmé. Ma chair appétissante et rosée de Ternois bien nourri n’attend plus que son dard. C’est affreux! Je me sens dans la peau d’Yves Montand ou de Charles Vanel, dans Le Salaire de la peur, avec, sous les fesses, quatre cents kilogrammes de nitroglycérine. Ou dans celle de Blaise Cendrars, dans J’ai tué, sublime texte dans lequel l’immense écrivain-poète raconte comment il liquide un Boche à l’eustache au cours de la Première guerre mondiale. «Œil pour oeil, dent pour dent. A nous deux maintenant.» Là aussi, c’est lui ou moi. Soudain, il baisse sa garde et son regard par la même occasion. Et met les bouts vers un destin plus incertain que les rives évoquées par mon regretté ami Robert Mallet. Je regagne la terrasse, en roulant légèrement les épaules comme au temps des bastons, des bals à la Maison des arts et loisirs de Tergnier, et de Bouboule.

– Ce n’est pas le tout, mais qu’est-ce qu’on fait? On ne peut pas laisser cet hôtel à dardons en l’état. Il y a plein d’enfants dans le coin… lâche Béa, inquiète, à juste titre; elle a pris le temps de téléphoner à l’un de ses copains pompiers qui lui a donné le numéro de téléphone d’une entreprise spécialisée dans la défrelonisation.

Je sais que ma voisine Aurore détient les coordonnées de la propriétaire du verger qui réside maintenant dans le Sud de la France. Elle l’appelle. Deux jours plus tard, une manière de cosmonaute arrive, tout de blanc vêtu, équipé d’une sorte de chalumeau. Après une dizaine de coups de fumigène avec son ustensile magique, les bestioles s’envolent par centaines. Prudent, j’assiste au spectacle derrière la fenêtre de ma véranda. Subrepticement, un frelon asiatique se pose sur le rebord. Et se met à me fixer de ses petits yeux sournois. « J’en suis sûr; celui qui m’a défié deux jours plus tôt. Ça ne va pas recommencer?» me dis-je. Et cette fois-ci, Bouboule n’est pas là pour me conseiller. Je fonce vers le téléphone et appelle la police. On n’est jamais trop prudent. Mon copain et confrère Tony Poulain, chroniqueur judiciaire de notre cher journal, devrait, sous peu, le retrouver à la faveur d’une audience du Tribunal de Grande instance.

Philippe Lacoche

Dimanche 29 novembre 2020

Un nid très impressionnant ! (Photo : Philippe Lacoche.)
Tio Guy, l’été dernier badigeonnait son gros cerisier. Pensait-il déjà lutter contre l’invasion des frelons asiatiques? (Photo : Philippe Lacoche.)
Blaise Cendrars, auteur de “J’ai tué”.
Le regretté Robert Mallet, auteur du livre “Les Rives incertaines”.

 

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Confiné au jardin : lait de chaux et boules de sucre

Tio Guy en train de peindre son cerisier. (Photos : Philippe Lacoche.)

Il fait très beau, ce jour-là. Le jardinier confiné se rend sur la terrasse, contemple son jardin d’un œil de propriétaire terrien, manière de possédant russe époque Tolstoï, bien avant les kolkhozes. (Le confiné a toujours détenu des références étranges, vieillottes, engagées, certes, mais d’antan, voire réactionnaires pour certains esprits modernes; il connaît mal l’existence de la Russie; pour lui, n’existe que la bien-aimée Union soviétique qu’il vénère car elle a mis la pâtée aux Teutons à Stalingrad.) Son regard se détourne sur la gauche. Et là, que voit-il? Incroyable! Son voisin Tio Guy était en train de peindre le gros tronc de son cerisier.

Canon de 75

Le confiné recule comme un canon de 75, en octobre 1914, au cours de la bataille d’Armentières. «Mais qu’est-ce qu’il fabrique?», se demande le jardinier, interloqué. «Il y a quinze jours, il exposait un radiateur sur sa pelouse comme l’eût fait Marcel Duchamp avec son célèbre urinoir. Aujourd’hui, il peint son cerisier…» Le jardinier s’inquiète. Il apprécie beaucoup son voisin; il commence à s’inquiéter. «Son bel esprit pragmatique ne serait-il pas chamboulé par le confinement?», s’interroge-t-il encore. Il est vrai que l’histoire du radiateur l’avait laissé sur sa faim. En tout cas, les explications que lui avait fournies Tio Guy. D’abord, il avait répondu qu’il était en train de l’exposer, son sacré radiateur, transformant son impeccable pelouse en galerie d’art. Puis, il s’était ravisé et avait expliqué qu’il bricolait, qu’il avait démonté cette foutue bête à chaleur et, ne sachant pas où la mettre, il l’avait déposée sur son gazon. «Tout ça n’est pas clair», rumine encore le confiné. «Rien ne me dit qu’il ne voulait pas réchauffer sa pelouse afin qu’elle poussât plus vite.» Il s’accroupit afin de ne pas être aperçu. Il observe encore. Tio Guy en met un coup. Après s’être pris pour Duchamp, se prendrait-il pour Picabia ou Picasso? N’en pouvant plus, dévoré par l’inquiétude et la curiosité, il interpelle Tio: «Mais que fais-tu donc, voisin?» «Je ne fais que chauler, tête de confiné!», lui répond Tio Guy, étonné de la question. «Ne savais-tu pas que le lait de chaux appliqué sur les troncs permet de détruire champignons et larves des parasites? Grâce à ça, mes cerises sont de vraies boules de sucre…» Le confiné se souvint alors de Babette et de sa famille escargots, et se dit: «Sous peu, je sens que je vais adopter des larveset que je vais faire une omelette.»

PHILIPPE LACOCHE

Pinceau à la main, Tio Guy en met un coup!
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Vive la Morénie et sa très douce tyrannie!

     Stéphane Denis nous propose une succulente et très drôle fable contre le politiquement correct.

Stéphane Denis. Photo : ©JF PAGA.

Située quelque part entre l’Allemagne, la Belgique et la France – à dire vrai, on ne sait pas trop où–, le margraviat de Morénie, toute petite monarchie, est un bien étrange pays.

Contrairement à la majorité des autres nations d’Europe, la Morénie est heureuse. Elle ignore «les grèves, les manifestations, les crises de Bruxelles, les sommets de la dernière chance, les débats sur l’existence, les responsabilités protocolaires, les algues vertes, la parité et la dette publique».

« Dans cette contrée singulière, tout le monde possède un fusil chez lui et il est obligatoire de l’entretenir.»

Elle est en bons termes avec les Russes mais aussi les Américains. «Nous n’avons aucun trésor national à vendre aux Chinois, aucun industriel otage chez les Japonais, nous n’abritons pas de lanceurs d’alerte ni de réfugiés du djihad», souligne, non sans malice, un conseiller du souverain.

«Les lois de Morénie, qui n’ont jamais aboli la peine de mort, dissuadent les terroristes et la taille du pays, l’immigration.La monarchie morénienne, qui ignore le suffrage universel, est acceptée par tous et Votre Altesse libre d’agir à sa guise, ce dont elle s’abstient avec délicatesse.

Ce n’est pas tout: dans cette contrée singulière, tout le monde possède un fusil chez lui et il est obligatoire de l’entretenir. Il y existe une ligue contre le vote des femmes, fondée par les femmes elles-mêmes, qui, pas folles les guêpes, n’ont pas envie de s’embarrasser de cette corvée. Les cafés, eux non plus, ne manquent pas d’intérêt: «On les fréquente par affinités. Il y en a de plus libéraux ou de plus conservateurs, de laïcs, de francs-maçons, de bigots. On en a connu d’anarchistes. On en compte un qui est partisan de l’Alliance russe et un autre qui vénère l’Alliance atlantique.» Tout pourrait donc aller le mieux possible dans le meilleur des mondes si la douairière, Irène, ne décidait pas de marier son fils Albéric. Ce dernier trouve cette idée bien saugrenue; il préfère, de loin, faire la cour à la fille du pâtissier. À cause de cela, nous acheminerions-nous vers une crise politique désagréable et inédite en Morénie? Ce serait dommage car, il faut bien le reconnaître, plus d’un d’entre nous serait bien heureux de résider dans cet état placé sous le régime de la tyrannie démocratique paisible.

Bien plus qu’un simple roman, c’est une fable que nous donne à lire Stéphane Denis. Une fable délicieuse, drôle, impertinente qui s’en prend avec énergie au politiquement correct. On ne s’ennuie pas une seconde dans ce court texte qu’on pourrait situer entre les meilleurs écrits de Diderot et les fulgurantes et inspirées ironies de Benoît Duteurtre. Percutant, vif et d’une rare élégance, le style de Stéphane Denis contribue à faire de ce livre une pure réussite. Vive la Morénie! Et vive Stéphane Denis!

PHILIPPE LACOCHE

Le mâle blanc, Stéphane Denis; Grasset; 138 p.; 15 €.

 

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Patrick Besson et les poupées russes

Le romancier jubile en racontant trois périodes de l’histoire du communisme. Un régal!

Un romancier n’est jamais a

Patrick Besson, avec élégance et légèreté, cerne l’âme slave et le communisme.

ussi bon, aussi juste que lorsqu’il écrit sur ce qu’il connaît bien. L’histoire de l’ancienne Russie, puis celle de l’URSS, puis celle de la Russie actuelle, Patrick Besson les connaît parfaitement. Ce sont les deux dernières qu’il nous invite à visiter avec des incursions, on s’en doute, dans la première. Il est à l’aise. Il est bon; il est juste. Il jubile. On se régale.

Profondeur historique et humour

Il nous invite d’abord à suivre Marc Martouret, fringant et jeune banquier né d’un père communiste français et d’une mère russe antisoviétique. En voyage à Moscou, il tombe amoureux de Tania dont la mère a, étrangement, connu René Martouret, le père de Marc à la faveur de la célébration des cinquante ans de la révolution d’Octobre. Ce n’est pas tout: René était en relation avec Vladimir Dodikov, président de l’Union des écrivains, un ami de Lénine. Et grand-père de Tania. Tout cela permet à Patrick Besson de cerner trois époques: la révolution d’Octobre, la commémoration des cinquante ans de celle-ci (1967) et aujourd’hui ou presque, avec les pérégrinations moscovites de Marc Martouret.

Comme l’explique l’éditeur en quatrième de couverture, si le titre doit tout à Lénine, la remarquable construction romanesque de Besson, elle, doit tout aux poupées russes. C’est léger comme du Morand, dialogué comme du Vailland (époque Vadim), vif comme du Nimier. Pas une miette de pesanteur pour portraitiser un régime qui, parfois, n’en manquait pas. C’eût pu être gris comme une thèse universitaire ou les murs des maisons d’une banlieue de Moscou; tout au contraire, c’est coloré comme un 45 tours de Bardot maquereauté par Gainsbourg. Du grand art. L’humour de Patrick Besson fait des ravages. Page 69: «(…) dans les pays dits libres, on décourage la lecture par diverses distractions obligatoires comme le sport, la télévision ou le spectacle.» Page 107: «Ces gros volumes de Hegel ou de Marx annotés de la main de Lénine, où sont-ils aujourd’hui? Le KGB aurait dû les rapporter de Paris au lieu de piquer les plans de cet avion supersonique – le Concorde – qui ne volera jamais. Quel intérêt d’être à New York en trois heures? La ville n’aura pas changé de place si on arrive cinq heures plus tard.» Au gré des narrateurs et des personnages, les dissidents en prennent pour leur grade, en particulier Soljenitsyne («le troisième cavalier de l’Apocalypse capitaliste») et Pasternak. On est en droit de ne pas pleurer sur leur sort. Les héroïnes – qu’elles soient ou non du KGB – sont magnifiques, parfois rousses, et sentent bon les parfums de l’Occident ultralibéral. Les formules bessoniennes font mouche et nous transportent: «Lénine était un enfant gâté qui n’a jamais fait d’enfant afin de pouvoir en rester un»; à propos de Cholokhov: «Il buvait déjà beaucoup avant, le prix Nobel de littérature, maintenant il ne fait plus que ça. Rendu célèbre grâce à un fleuve (le Don), lui qui n’absorbe jamais d’eau.» Un roman haletant. Deux cent soixante-huit pages de pur bonheur. PHILIPPE LACOCHE

Tout le pouvoir aux soviets, Patrick Besson; Stock; 268 p.; 19 €.

 

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Koralovski marche à l’ombre

koralovski_t2_couvKoralovski, tome 2: Dans l’ombre du monde, Philippe Gauckler. Editions Le lombard, 48 pages, 12 euros.

Complot mondial autour du pétrole, crainte d’attaques terroristes nucléaires et d’enlèvement de chefs d’Etat… Toutes les menaces qui apparaissaient dans le début de cette aventure se confirment. Viktor Koralovski, l’oligarque échappé miraculeusement de l’attentat qui a fait exploser la prison où il était détenu au secret a pu trouver refuge chez son ami Aleksandr Orlov. Mais ses ennuis sont loin d’être terminés. Et le fugitif est désormais confronté à une conspiration mystérieuse impliquant toute l’industrie pétrolière. Pendant ce temps, à Berlin, la journaliste Anika, impliquée malgré elle dans la découverte de ce SDF entouré de fils de fer barbelés s’avérant être un agent secret américain, est de nouveau projetée dans des événements qui la dépassent. Avec l’aide des deux prétendus SDF (eux aussi membre de services spéciaux), elle va devoir même sauver la mise au président Khanine et à la chancelière allemande. De son côté, le Pentagone s’interroge toujours sur l’objectif de ceux qui ont déposé une ogive nucléaire (désactivée) dans le métro de Berlin, surtout que d’autres ogives font leur apparition, sur un super-tanker ou une plateforme pétrolière…

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Dans la tête du terroriste

Mort au Mort au tsar 2-couvTsar, tome 2 : le terroriste, Fabien Nury (scénario), Thierry Robin (dessin). Editions Dargaud, 56 pages, 13,99 euros. Sortie le 11 septembre.

Fin du diptyque de l’équipée du terroriste Georgi sur fond de révolution russe de 1905 à Saint-Petersbourg.
5 décembre 1904. L’attentat contre le gouverneur de Moscou a échoué. Fiodor a été tué dans la course-poursuite qui a suivi l’explosion. Mais la détermination de la cellule anarchiste composée de l’étudiant Heinrich, de la comédienne Erna et du cocher mystique Vania est intacte. Tandis que l’Okhrana, la police politique du tsar, les pourchasse et qu’un mouchard pourrait bien les dénoncer, une nouvelle opération se prépare. En séjour dans la capitale, Georgi assiste à la terrible répression du dimanche rouge du 23 janvier 1905 et il continue de relater dans son journal le suivi de leur opération, apportant un regard cynique et de plus en plus désabusé sur leur action. D’autant que même l’éventuel succès de leur attentat pourrait aussi signifier leur perte, d’une manière ou d’une autre.

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Un oligarque, du pétrole et des idées

Koralovski_1_couvKoralovski, tome 1: l’Oligarque, Philippe Gauckler. Editions Le Lombard, 48 pages, 12 euros.
Il s’en passe de belle en Russie post-soviétique. Et même plus qu’on ne pensait le savoir.
Emprisonné pour avoir osé défier Khanine, le président russe qui a remis de l’ordre dans le pays après le « far east » ultralibéral de la fin des années 90, Viktor Koralovski, ex-plus grande fortune du pays, parvient à se libérer de sa prison, suite à une attaque au missile qui détruit le bâtiment. Pendant ce temps, à Berlin, une journaliste croise un étrange SDF entouré de fils de fer et découvre, incidemment, les préparatifs d’un attentat nucléaire contre Khanine, attendu dans la capitale allemande. Et derrière tout cela, ces événements, apparemment indépendants pourraient être liées à un coup d’Etat visant à renverser le maître du Kremlin, sur fond de maîtrise du marché du pétrole…

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Le cirque Phénix né de la tempête

Alain Pacherie, créateur et metteur en scène du cirque Phénix, est aussi un homme de coeur.
Alain Pacherie, créateur et metteur en scène du cirque Phénix, est aussi un homme de coeur.

    Le cirque Phénix, et son spectacle « Cirkafrika 2 » sera au Zénith d’Amiens, le jeudi 15 janvier, à partir de 20 heures. Rencontre avec son fondateur et metteur en scène Alain Pacherie.

    Ce n’est pas un cirque tout à fait comme les autres. Entre la comédie musicale, le spectacle général et le cirque. Humaniste, voyageur impénitent et découvreur, Alain Pacherie, qui est par ailleurs fondateur de l’association Culture du Cœur,  explique sa démarche et ses choix.

Alain Pacherie, comment êtes-vous devenu fondateur et metteur en scène du cirque Phénix ? Quel a été votre parcours ?

J’ai rencontré Annie Fratellini qui m’a donné le goût d’un cirque différent.  J’ai adoré cette forme de cirque.  A partir de ce moment-là, je me suis fait ma propre idée du cirque jusqu’à ce qu’en 1999, je fasse construire mon premier chapiteau.  C’était en octobre ; et en décembre une terrible tempête s’est abattue sur la France.  Je me suis dit : « Si je parviens à refaire un autre chapiteau, je j’appellerai Phénix. » J’ai voulu le faire sans mats intérieurs ; ce fut donc le premier cirque construit de la sorte.

Comment un tel type de chapiteau peut-il tenir debout ?

Les cirques traditionnels ont des mats intérieurs. Nous, on a fait des arches extérieures, qui passent par-dessus le chapiteau ; chaque arche fait cent mètres de long. Il faut cinq semaines pour installer ce chapiteau.  Les arches sont découpées en morceaux de douze mètres. Il faut des grues pour installer tout ça.  Puis on monte le toit ; on le tend pour qu’il n’y ait pas de prises au vent. Et on monte les gradins et tous les décors. C’est une véritable construction à chaque fois.

« Tout le monde fait la prière ensemble »

Comment est né le spectacle « Cirkafrika 2 » ?

C’est en 2002, que ma famille m’a emmené aux Etats-Unis, voir un cirque communautaire, fondé par des Noirs et réalisé par des Noirs.  J’ai ressenti une émotion très particulière. Ensuite, je suis parti en Afrique.  J’ai rencontré un artiste burkinabé, Winston, qui est clown. Avec lui, on a fait le premier Cirkafrika en 2012.  J’avais passé du temps à étudier le cirque africain ; j’ai découvert une culture incroyable.  Je me suis dit qu’il fallait que j’en fasse un deuxième ; c’est celui qui est proposé aujourd’hui.  Il y a là des artistes d’Afrique du Sud, de Côte d’Ivoire, de Tanzanie, d’Ethiopie, etc. L’Afrique francophone est représentée tout comme l’Afrique anglophone.  Plusieurs religions sont représentées, et tout le monde fait la prière ensemble avant le spectacle.  Tout le monde se prend la main, en même temps.  C’est très fraternel, comme une chaîne d’union.

On dit que ce spectacle se situe entre la comédie musicale et le spectacle de cirque. Vos goûts vous conduisent-ils à préférer l’un des deux genres ?

Justement, là où je me sens le mieux, c’est quand il y a plusieurs genres.  C’est pour ça que j’ai monté ce spectacle ; il y a un orchestre en live, des chanteurs, des numéros de cirque. C’est un spectacle complet même si ça reste un spectacle de cirque avec d’autres formes de spectacles, de cultures et d’arts de façon à les mettre en valeur.  Le chapiteau sans mats permet de pratiquer des spectacles différents. Préalablement, j’avais fait un spectacle en 3D ; une abeille venait présenter les numéros à un mètre des spectateurs.

« Le cirque est pour moi, une forme artistique idéale, celle de tous les possibles », dites-vous souvent. Pourquoi ?

Parce que le cirque réunit des artistes au talent extraordinaire qui permet de réaliser énormément de choses. On trouve par exemple des danses tribales ; elles sont très visuelles. Elles s’adaptent bien à l’esprit du cirque. Un cirque inter générationnel, inter culturel. Cela permet d’évoluer dans un monde culturel beaucoup plus large.

La musique et la danse sont très importantes dans ce spectacle. Vos goûts personnels vous conduisent vers quels genres, quels styles ?

    Mes goûts sont très éclectiques. Je vais aux concerts ; j’aime le rap, la musique populaire. D’où l’instant où c’est bon, j’adhère.

Le balafon, instrument originaire d’Afrique occidentale, est très présent dans la présente création. Pourquoi ?

   Le balafon est un instrument artisanal constitué notamment de lames de bois, de petits pots de terre ; on utilise un petit maillet.  Quand j’ai découvert cet instrument, je me suis dit, il faut un faire un orchestre.  Autre instrument africain extraordinaire : la kora.  Il y a aussi la flûte africaine dont on  sort un son très particulier.  L’artiste qui en joue, est capable de chanter en même temps.

On dit que l’histoire du cirque en Afrique est douloureuse. Pourquoi ?

A la fin de l’avant-dernier siècle,  on avait mis les Noirs en cages sur les pistes de cirque.  Il y avait eu aussi l’Exposition universelle… Mais les Africains ne sont pas rancuniers puisque là-bas, le cirque peut être un ascenseur social.  Et il y a des numéros extraordinaires ; le cirque s’est très bien développé en Afrique. Maintenant, en matière de cirque, derrière la Chine et la Russie on trouve l’Afrique ; elle talonne ces deux pays.

Vous êtes un homme de cœur. Vous êtes fondateur de l’association Culture du Cœur. En quoi consistent vos actions ?

 J’ai eu énormément de chance dans ma vie.  Je suis originaire de banlieue (je suis né dans le 93, et j’ai été élevé dans le 94).  C’est bien la réussite, mais il faut qu’elle serve à quelque chose.  Comme j’ai eu beaucoup de chance, je me suis dit qu’il fallait que je le rende à ma façon. L’association Culture du cœur a été créée il y a une douzaine d’années ; nous récupérons des places dans les spectacles pour en faire profiter le public défavorisé. La culture, c’est pour tout le monde ; ça nous permet d’offrir des billets de spectacle aux plus défavorisés. Les autres producteurs de spectacles quand on leur demande des places, ils répondent oui.

Vous avez connu la chanteuse Monique Morelli. Dans quelles circonstances ?

J’étais un jeune débutant ; je n’avais pas grand-chose.  Son mari avait demandé des paroles à Louis Aragon. C’était en 1968. Je me suis occupé de Monique Morelli ; j’ai cherché un éditeur pour cette chanson.  Je n’y connaissais rien ; j’ai rencontré un éditeur qui m’a écouté car les paroles d’Aragon se positionnaient contre l’entrée des chars soviétiques à Prague, ce qui constituait un événement.  J’ai demandé une très forte somme car je le répète, je n’y connaissais rien. Une somme bien au-delà de ce qui se demandait habituellement. L’éditeur en face de moi a accepté.  Aragon a été étonné car il était concerné ; il a dit : « Je veux rencontrer ce jeune homme car on ne m’a jamais payé des droits aussi chers pour une chanson. » C’est comme ça que, grâce à Monique Morelli, j’ai dîné un soir avec Louis Aragon et Elsa Triolet, chez Monique Morelli, à Montmartre.  D’abord, Aragon m’a reçu chez lui, rue de Varenne. Il m’a questionné sur mon parcours.  Ces personnes déjà une aura incroyable.

                                             Propos recueillis par Philippe Lacoche

 

 

 

 

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Mireille Mathieu : authentique, gaulliste et française

             L’ambassadrice de la chanson à l’étranger donnera un concert au Tigre, à Margny-lès-Compiègne, le samedi 15 novembre. Elle aime aussi Dire Stra

Mireille Mathieu se produira demain samedi 15 novembre, au Tigre, à Margny-lès-Compiègne, dans l'Oise, à 20h30.
Mireille Mathieu se produira demain samedi 15 novembre, au Tigre, à Margny-lès-Compiègne, dans l’Oise, à 20h30. (Photo : AFP).

its et les Pink Floyd.  Elle a répondu à nos questions.

Comment expliquez-vous que votre cote de popularité n’a jamais cessé auprès du grand public ?

Mireille Mathieu : Je viens de chanter à l’Olympia, puis en Belgique, puis à Lyon, etc., c’était extraordinaire. Un accueil superbe ! L’accueil du public vient peut-être du fait que finalement on me voit peu. Il y a aussi le fait que je suis française et fière de l’être. Je suis authentique et je suis moi-même. Il m’arrive aussi de chanter dans la langue du pays dans lequel je me produis. C’est important. J’ai même fait un florilège des chansons que j’interprète dans des langues étrangères.

Quels sont les temps forts que vous retenez de vos cinquante ans de carrière ?

Le Jeu de la chance, le 1er novembre 1965. Le fait aussi d’avoir pu chanter tout en haut de la Tour Eiffel. Il fallait des autorisations délivrées par un comité. C’était présenté par Stéphane Bern. Il y a de cela environ deux ans. Autre moment fort : ma rencontre avec Jean-Paul II. Je suis catholique. Cela m’a impressionné. Il avait une force dans les yeux, une détermination. Cette rencontre s’était effectuée dans le cadre d’une audience privée avec ma maman ; il y a de ça une dizaine d’années.

Vous êtes restée absente un certain temps de la scène. Qu’avez-vous fait pendant ce temps ?

J’ai effectivement été absente pendant neuf ans. Aujourd’hui, je suis de retour sur scène pour fêter mon jubilé, mes cinquante ans de carrière. Pendant ces neuf ans, j’ai voyagé et chanté à travers le monde. Le public m’apprécie ; il m’aime. Une personne, à l’étranger, m’a dit qu’elle avait le français grâce à mes chansons. Cela m’a fait très plaisir. Notre langue est si belle.

Vous êtes en quelque sorte l’ambassadrice de la chanson française à l’étranger. Comment expliquez-vous ce fait ? Pourquoi vous ?

Je suis restée authentique. Je chante en français. Il existe des artistes qui font dans le genre anglo-saxon. Je ne les critique pas mais ce n’est pas mon truc. Si vous allez chanter à l’étranger, le public vous attend comme artiste français. Avant, les chanteurs interprétaient beaucoup d’adaptations anglo-saxonnes ; il y en a beaucoup moins maintenant.

Que représente la France pour vous ?

Je suis gaulliste. Avant la France était sur un piédestal ; ce n’est plus le cas aujourd’hui. Je me demande parfois si les Français se rendent compte de notre savoir-faire. Dans l’Oural, on enseigne le français. Il y a aussi notre gastronomie, nos fromages. Je ne fais pas de politique mais, au final, on a tous quelque chose du général de Gaulle. Il avait un nom magnifique ; c’est ça, la France !

Qu’écoutez-vous ? Quels sont vos goûts musicaux ?

J’aime les Pink Floyd, Lady Gaga, Lionel Richie, Edith Piaf, la Callas, Dire Straits…

Lisez-vous et quoi ?

Je lis peu car je n’ai pas le temps. Exemple : je ne vais pas tarder à repartir chanter en Russie. Je manque de temps pour lire.

Parmi les nombreux duos que vous avez faits, quels sont ceux qui vous ont marquée ?

Ceux avec Julio Iglesias, avec Patrick Duffy, avec Paul Anka, etc. En fait, tous m’ont marquée. C’est toujours un plaisir de chanter en duo. On a des voix différentes. Une complicité s’instaure. C’est toujours gratifiant et enrichissant.

Vous serez le samedi 15 novembre au Tigre, à Margny-lès-Compiègne, dans l’Oise. Quelle formation vous accompagnera ? Et quel sera votre répertoire ?

Je serai en compagnie de mes quatorze musiciens, de mes choristes, des techniciens son, etc. J’interpréterai à la fois des anciennes chansons et des nouvelles chansons, dont celles qui figurent sur mon dernier triple CD, Une vie d’amour.

Connaissez-vous la Picardie ?

Ma mère est de Rosendaël et de Lille. Je connais plus le Nord de la France mais pas encore la Picardie.

Quels sont vos projets ?

Je prépare une chanson pour Noël pour l’Allemagne. Puis, je repartirai à Moscou. L’an prochain, j’effectuerai une grande tournée en Allemagne et en Russie.

                                                     Propos recueillis par PHILIPPE LACOCHE

 

 

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Le fond de l’art est rouge

La Guerre des Amants, tome 1: Rouge Révolution, Jack Manini & Olivier Mangin. Editions Glénat, 48 pages, 13,90 euros.

Cette Guerre des amants a déjà été saluée ici. Sa singularité, relative, justifie qu’on y revienne. La subtilité, ou du moins, l’effort de complexité, avec laquelle est ainsi évoquée la révolution de 1917 puis les débuts du régime bolchevique est à noter, surtout qu’aujourd’hui la vulgate anticommuniste grossière est la règle. Sans mansuétude, Jack Manini raconte un régime de guerre civile, y glisse un portrait de Trotski pas uniquement porté sur la théorie de la révolution permanente ou une Natalia qui va droit au but, côté sexe. Mais cette audace – relative – permet de refléter ce bouleversement de tous les sens que peut être une période révolutionnaire. L’album évoque également – dans quelques planches très marquantes – les horreurs extrêmes de la famine, mais sans tomber dans la caricature ou le manichéisme. Ses personnages, Natalia et Walter ne le sont pas non plus. Partisans du nouveau régime révolutionnaires mais capables d’en saisir lucidement les impasses.