Categories
Bulles Picardes Les manifs à voir et à venir

Enchères virtuelles mais “art books”-catalogues bien réels chez Daniel Maghen

Pendant le confinement, les affaires continuent. Notamment les ventes aux enchères de bande dessinée… virtuelles. Et leurs “catalogues”, véritables art-book qui le sont, heureusement, moins.

Le 12 novembre, Alain Huberty et Marc Breyne ont ainsi réalisé avec Christie’s une vente de 63 lots pour un peu plus d’un million d’euros. Avec notamment une planche originale signé Uderzo du Cadeau de César ayant atteint 170 000 euros.

Et ce jeudi 19 novembre, c’est la deuxième vente aux enchères bande dessinée et illustration organisée par Daniel Maghen Enchères et Expertises qui aura lieu à distance et uniquement en ligne. 160 lots qui ne seront, pour le coup, pas exposés et mis en vente à huis clos.

Autre intérêt, plus “éditorial” à évoquer cette vente ici : les catalogues. Depuis quelques temps déjà, ceux-ci prennent la forme, chez Daniel Maghen de vrais “art book”. C’est encore le cas cette fois, avec pas moins de 3 “catalogues-albums”, couverture cartonnée, dos carré (ou même toilé s’agissant du catalogue général) et qualité de reproduction digne de livres d’art.

Le catalogue général Bande dessinée & illustration – 19 novembre 2020 fait la part belle à Grzegorz Rosinski, à l’image de la superbe couverture originale du Grand pouvoir du Chninkel, mise en couverture. Un dessin à l’histoire rocambolesque, comme le précise Patrick Gaumer, donnée à l’éditeur, égarée ou volée puis finalement restituée des années plus tard à son auteur et aujourd’hui estimée à 70 000 – 80 000 euros !

L’ouvrage présente aussi une planche de cet album magistral – l’un des tous meilleurs one shot de l’auteur et une oeuvre toujours marquante de la bande dessinée : la planche 91 – celle de l’évasion des des chninkels de l’arène du cirque). Egalement présent, Thorgal, bien sûr, à travers notamment une planche du tome 1 de ses aventures.

Pour le reste, on y trouve un dessin d’Hergé, une dédicace de Gaston par Franquin ainsi que toute une série d’oeuvres – planches, couvertures originales ou dessins) signées Moëbius, Hermann, Gotlib, Pratt Batem, Brüno, Caza, Lepage, Loustal, Jacques Martin, Plessix, Joann Sfar, Tardi, Tibet, Yoann, Vance ou Yslaire. D’un grand éclectisme donc et, pour certaines accompagnées d’un commentaire érudit du journaliste et commissaire d’expo Didier Pasamonik.

A ce catalogue s’en ajoutent deux autres, spécifiques.

Le catalogue spécial Ralph Meyer pourrait presque, lui, presque prendre place aux côtés des récents beaux livres d’entretiens illustrés consacré à Jean-Paul Gibrat ou Jean-Marc Rochette, avec un long échange biographique réalisé avec le journaliste Thierry Bellefroid et un commentaire de l’auteur en exergue de chacune des oeuvres mises en vente (essentiellement des planches et dessins de la série Undertaker).

Très bien édité, avec des dessins pleine page, voire en double pages, cet ouvrage s’appuie aussi sur des commentaires techniques et contextuels pour chaque image, offrant une vraie richesse d’analyse sur le travail de Ralph Meyer.

Le catalogue spécial Manara, Crepax et Serpieri, réunit une trentaine de planches et dessins à dominante érotique – comme l’évoque de façon très suggestive sur la couverture Miel, l’héroïne du Parfum de l’invisible de Manara – se passe largement de commentaires, hormis un incipit de Daniel Maghen (rappelant, avec un peu de nostalgie, comment les planches originales de Manara mis en vente pour l’occasion sont passés de collectionneur en collectionneur) et une présentation synthétique des trois auteurs par le scénariste François Landon.

Très largement consacré aux dessins de Milo Manara, ce catalogue permet de voir des originaux de divers oeuvres de l’auteur italien: le Parfum de l’invisible donc, mais aussi Le Déclic ou les moins connus Gulliveriana, Guiseppe Bergman ou Le Gaucho. A la marge, on retrouve quelques planches de Crepax (Histoire d’O et Bianca) ainsi que d’autres de la toujours très sensuelle Druuna de Serpieri.

A défaut donc d’avoir les moyens d’enchérir – par internet ou en envoyant ses ordres d’achat par mail – pour des mises à prix allant de 1500 € (pour une planche originale des Chroniques de la Lune noir d’Olivier Ledroit) jusqu’à 80 000 € (pour le dessin d’Hergé ou la couv du Chninkel), ces trois albums permettent aussi d’apprécier le travail de tous ces auteurs. Et pour un prix nettement plus modique de 20 € à 30 €.

Categories
expositions Les manifs à voir et à venir

Glénat, galerie de Picardie

bandeauSerpieriOuverte depuis maintenant plus de deux ans, ce n’est plus un événement. Ni même un anniversaire. Juste une opportunité. Mais il est vrai que pour un blog de bulles “picardes”,, une visite s’imposait dans cette Galerie Glénat installée, à côté du Carreau du Temple, rue… de Picardie.

Galerie Glénat-boite lettresPremière galerie lancée par un éditeur, le Grenoblois Jacques Glénat (autre occurrence renforçant cette visite, l’auteur de ses lignes confessant des origines également dauphinoises), le lieu est moins imposant et intimidant qu’il n’apparaît dans les photos présentes sur son site (joliment accentuées par un effet grand angle), même s’il offre 160 m2 d’espace. Sobre et bien éclairé, l’accrochage met en tout cas les planches en valeur. Et c’est bien l’essentiel…

Categories
Non classé

Le sexe par la bande

9791020400956sexeetbd2014.jpg_630_820_1Beaux Arts remet le couvert. Deux ans et demi après un premier hors série, le magazine creuse de nouveau le sujet “Sexe & BD”. Avec l’objectif de s’intéresser à “une bande dessinée dont l’érotisme est de plus en plus cérébral” et d’évoquer les “territoires moins convenus mais pas moins troublants” du genre, comme l’évoque Thierry Taittinger dans l’éditorial.

En 144 pages, mix équilibré de planches et d’articles, ce numéro ne fait bien sûr que survoler son sujet. Mais il pose quelques jalons, avec des évocations d’Horacio Altuna, Liberatore, Crepax, le picard d’adoption Paul Gillon, le dessinateur hyperréaliste de Lui Aslan, ou Serpieri et son égérie Druuna (qui fait la couverture du numéro… et dont on apprend la source d’inspiration réelle). Plus un intéressant entretien avec Milo Manara.
Dans une seconde partie, Beaux Arts propose quelques sujets plus thématiques sur le “come-back des pin-up”, les procès en justice intentés à des BD ou les héroïnes libérées et libératrices des “sexties” telles Barbarella de Forest ou Pravda de Pellaert.
En conclusion, on notera le joli petit texte de Camille Emmanuelle, blogueuse et journaliste spécialisée dans la culture érotique, qui conte son “éducation sensuelle” de jeune provinciale studieuse grâce aux albums de Manara. Un hommage à une éducation au plaisir qui pourrait servir de fil conducteur aux auteurs évoqués dans ce hors série.

Côté planches, on retrouve des histoires complètes d’Altuna, une évocation de Casanova par Guido Crepax, une Exhibition de Magnus, des extraits de Barbarella de Forest, Magenta de Nik Guerra, du récent La technique du périnée de Ruppert et Mulot et un inédit de Liberatore et Alain Chabat, Gigolo. Sans compter de nombreuses illustrations.

Rien de tout cela ne justifie vraiment le film plastique qui entoure le magazine ou le tampon “pour public averti” qui barre le bas de la couv’ (et une partie de la fesse de Druuna…), mais l’ensemble est de bonne tenue