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Tant pis pour l’Amour, tant mieux pour la bande dessinée

 Tant pis pour l’amour (ou comment j’ai survécu à un manipulateur), Sophie Lambda. Coll. Une case en moins, éditions Delcourt, 304 pages, 23,95 euros.

Au départ, c’était comme un rêve. “Il était le GIF de loutres de mofeed twitter, le #couplegoal de mon instagram, le mois premium gratuit de mon Amazon, le pot de Nutella de mon panier de légumes bio, le sucre raffiné de mon smoothie détox, le cheat meal de mon régime sans gluten, les graines de chia de mon instafood, le netflix de mes soirées pluvieuses...” Bref, le mec plus ultra.

A 28 ans, stagiaire dans une agence de com juste débarquée à Paris, Sophie flashe sur Marcus, un jeune comédien charmeur. Et c’est réciproque. La romance est sans nuage, Marcus incite Sophie, établie à Montpellier à venir s’installer à Paris. Pas avec lui, mais c’est tout comme. Sauf qu’à partir de là, la situation commence à évoluer. Marcus a des réactions étranges, des propos contradictoires. Ce que Sophie se refuse à voir, même si elle commence bien à saisir le malaise. Puis la relation va se dégrader crescendo, en un vrai ascenseur émotionnel bouleversant complètement la pauvre Sophie. Elle aura la force de rompre, mais cette domination psychique, complétée par un total effondrement de son ego,  continuera longtemps après la rupture, jusqu’à ce que des rencontres salvatrices, notamment avec une psy, qui lui permettront de verbaliser ce qu’elle a vécu: la rencontre d’un manipulateur narcissique.

Blogueuse depuis plusieurs années et illustratrice, Sophie Lambda a choisi d’aborder, pour sa première bande dessinée, un sujet très personnel. Et, pour le coup, il importe peu de déflorer l’histoire, puisqu’il s’agit justement de dévoiler ou de faire prendre conscience de la réalité de cette forme de manipulation psychologique et des moyens d’en sortir – la seconde partie de l’album relevant d’ailleurs plus de la synthèse pédagogique et s’achevant par une liste de numéros utiles et de contacts d’associations. Mais sans jamais se départir d’un solide sens de l’autodérision qui parvient à apporter une légèreté à un sujet et un passage de sa vie manifestement très traumatisant, sans jamais amoindrir la force du propos.

Le dessin, léger lui aussi et semi-réaliste tendant parfois vers le caricatural, dans l’esprit de son blog, y est pour beaucoup. Le ton choisi aussi, à l’image de cette conscience incarnée par un ours en peluche alcoolique (qui fait un peu penser à celui de Ted, mais qui s’avère, comme elle l’explique dès la préface, l’avoir vraiment accompagné dans sa descente aux enfers). Ce décalage, toujours présent, apporte du rythme et maintient, toujours sur le fil, ce récit entre humour dévastateur… et pressions psychologiques qui le sont tout autant.

Cela permet aussi de donner à cette histoire très intime une dimension plus générale. Et faire que ce récit – qui pourrait passer pour un simple exercice de reconstruction en forme de vengeance personnelle – soit un vrai petit manuel de résistance pratique à l’usage de toutes celles (et tous ceux, peut-on penser) qui pourraient tomber sous l’emprise de tels pervers narcissiques ou autre vampires psychiques (pour comprendre la différence, se reporter à la page 213).

Un album vraiment captivant et une belle réussite pour un premier album – de 300 pages quand même – qui se lit d’une traite.

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Histoires d’amours au Salon du livre et de la bande dessinée de Creil

Le 33e salon du livre et de la BD de Creil, dans l’Oise, qui se tient ce week-end a pour thème l’amour. 

Le Salon du Livre et de la BD de Creil est une manifestation que l’on aime bien. Et, justement, cette année, le thème choisi en est: l’amour. Sous toutes ses formes, plus ou moins romantiques ou retorses. Et dans tous les genres également. Avec donc aussi, une bonne part d’auteurs de bande dessinée.

Deux table-rondes avec des auteurs BD

Et, nouveauté de cette 33e édition, le 9e art aura droit lui aussi à des rencontres avec des auteurs.

Première table-ronde, ce samedi 23 novembre à 16 heures autour de “l’image du corps dans les relations amoureuses”.

 

 

 

 

 

 

 

Pour en parler, trois auteurs: Jim (le grand spécialiste des récits graphiques sur les rapports amoureux, auteur, entre autre de la célèbre trilogie – pour l’instant – Une nuit à Rome, Héléna ou De beaux moments); Nicolaï Pinheiro, jeune auteur franco-brésilien, que l’on a retrouvé régulièrement dans Le Psikopat, qui a déjà six albums derrière lui, dont la drôle de vie de Bibow Bradley, sur un jeune GI’s envoyé au Vietnam et qui découvre qu’il ne connaît pas la peur, et qui a publié l’an passé Lapa, la Nuit, magnifique chronique chorale de la nuit d’une bonne dizaine de personnages dans un quartier de Rio, empli de tension sentimentale et sexuelle ; Arno Monin, enfin, déjà présent l’an passé à Creil où il avait été choisi pour réaliser la (jolie) affiche de cette année et qui, après son diptyque remarqué et émouvant l’Adoption, vient de faire paraître sur un scénario d’Aurélien Ducoudray, Monsieur Jules, l’histoire… d’un proxénète à l’ancienne, histoire paradoxalement pleine de sensibilité et de tendresse.

Deuxième table-ronde, dimanche 24 novembre, à 15 heures, sur une approche moins solaire de l’amour, mais plus particulièrement cette fois sur “la difficulté d’être”.

 

 

 

 

 

 

 

Avec trois autres auteurs (et auteures): Sophie Lambda, qui a sorti cet automne Tant pis pour l’amour, au sous-titre qui dit tout: comment j’ai survécu à un manipulateur – mais qui réussit à dire cela avec force et humour.
Deuxième intervenant: Marion Mousse, dessinateur aux thèmes et au style éclectique (on lui doit entre autre une adaptation des Contrebandiers de Moonfleet ou de Capitaine Fracasse, mais aussi une parodie de SF From Outer Space, une participation à un recueil sur les gueules cassées de 14-18, Vies tranchées, ou plus récemment l’évocation d’une grève contre les occupants allemands en 1941 dans le Pas-de-Calais, La révolte des terres, et donc, tout dernièrement, l’album qui justifie sa présence ici, Cyclone, sur un scénario de Clément Baloup, évocation troublante du mal-être d’une adolescente un peu atteinte du syndrome de la Lolita de Nabokov.
Enfin, Cécile Bidault, qui après le récit jeunesse réussi autour d’une petite fille sourde, l’Ecorce des choses, a mis en scène une adaptation du roman d’Agnès Martin-Lugand Les gens heureux lisent et boivent du café, récit poignant sur la résilience d’une femme dont le mari et la fille sont décédés dans un accident de la route.

Une quinzaine d’autres auteurs en dédicaces

En plus de ses six auteurs, une quinzaine d’autres dessinateurs et scénariste seront présents pour des échanges et des dédicaces tout au long du week-end. Par ordre alphabétique: Steve Baker (dessinateur notamment de Bots, auquel une expo avait été consacrée au dernier Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens), Maud Begon (la série ésotérique Bouche d’ombre ou le récent récit fantastique Le réveil des poupées), mais aussi Guillaume Bouzard (que l’on connaît pour ses Poilus, son Autobiography of a mitroll ou encore ses chroniques régulières hilarantes dans le magazine So Foot), Chanouga (la série Narcisse, récit véridique d’un mousse naufragé recueilli par des “sauvages”), Kim Consigny (déjà présente l’an passé à Creil, illustratrice de l’excellente Petite mosquée dans la cité dans la collection Sociorama et, cet automne de Forté, sur une jeune pianiste brésilienne), Xavier Coste (qui après Egon Schiele ou Rimbaud s’est attaché, cet automne à dévoiler la personnalité de Gustave Eiffel), le Belge Fred Druart (auteur du western crépusculaire Tout le plaisir est pour moi et de l’évocation de héros anonymes L’homme qui traversait les montagnes), Corinne Jamar (qui vient pour un roman, publié aux éditions Grand Angle, Les Replis de l’hippocampe, mais qui a scénarisé aussi notamment la série Mermaid), Jung (qui après sa célèbre évocation de son enfance adopté, Couleur de peau Miel, revient sur ce thème sur le mode fictionnel dans son dernier roman graphique, Babybox), Corentin Lecorsier (dessinateur de J.R.R. Tolkien, sur le stand des éditions axonaises A Contresens), l’Amiénois Florent Ledoux et Cédric Liano (auteurs de Break Up, une histoire du hip-hop), Lionel Marty (déjà présent l’an dernier, à l’aise dans différents univers et auteur dernièrement du joli Road Therapy), Nesmo (les séries Univerne et Méto), Leslie Plée (dessinatrice des récents C’est quoi un terroriste, sur le procès Merah, et Tu l’as dit Jamy, avec le vulgarisateur scientifique télé bien connu Jamy Gourmaud). Et, bien sûr, Greg Tessier, “local de l’étape”, qui oeuvre aussi dans l’association La Ville aux Livres à qui on doit ce salon, et auteur désormais bien établi de la série Mistinguette).

Un album issu d’une résidence d’auteur et une expo sur le dessin de presse

De mai à juin dernier, Kim Consigny est intervenu auprès de quatre groupes d’élèves et de personnes en difficulté sociale sur le thème “amour et partage”. L’album qui réunit les strips réalisés dans ce cadre sera remis aux participants ce dimanche 24 novembre à 14 heures, en présence de l’auteur.

A noter enfin que le salon du livre de Creil accueille aussi l’expo pédagogique Cartooning for Peace (de l’association de dessinateurs de presse du même nom) consacrée aux droits de l’homme et à la défense des libertés fondamentales à travers le dessin de presse.

33e salon du livre et de la BD de Creil, Espace culturel La Faïencerie, Allée Nelson. Vendredi 22 novembre (9 heure à 20h30), samedi 23 et dimanche 24 novembre (9 - 19 heures).